Paris, le 1er avril 2016.




1. L'économie politique en France, hier.


Force est de constater que depuis le XVIIIème siècle, depuis l'émergence de l'économie politique dans l'éventail des sciences, celle-là a été oubliée en grande partie.

a. Étienne Bonnot de Condillac.

Faut-il rappeler, par exemple, Étienne Bonnot de Condillac (1714-1780), abbé de Mureau, philosophe, écrivain, économiste français et académicien.

Condillac a écrit un traité magistral, Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre, où il passe en revue de nombreux domaines de l’économie, du commerce et de leur rapport avec la politique.

Il étudie la valeur et en énonce le caractère subjectif,
défend la liberté économique et commerciale, notamment le libre échange, et
dénonce les dangers inflationnistes des manipulations monétaires.

Alternant descriptions théoriques et illustration par l’histoire comparée de quatre royaumes imaginaires (méthode hypothético-déductive),  parmi de nombreux autres domaines de l’économie et de ses rapports à la politique, Condillac y explique que :
- l’échange permet à chacune des deux parties d’obtenir une valeur plus grande de ce qu’il obtient que de ce qu’il cède ;
- les flambées de prix en cas de disette arrivent rarement dans les pays libres, mais plutôt dans les pays qui se barricadent derrière des barrières protectionnistes ;
- les impôts et les réglementations sont des fardeaux dont la multiplication affaiblissent l’économie ;
- les monopoles jaillissent souvent des contraintes réglementaires

et qu’il est alors bien difficile de revenir à une situation saine. 

Au début du XIXe siècle, Antoine Destutt de Tracy a emprunté le terme d'idéologie à Condillac, son inspirateur principal, en prétendant fonder cette « science des idées » en se référant à la "méthode scientifique".
Vers 1795, il avait fondé la société des idéologues, groupe de penseurs articulé sur l'idéologie.

b. Richard Cantillon.

L'ouvrage précédent de Condillac n'est pas sans rappeler celui, voisin, de Richard Cantillon (1680-1734), économiste irlandais qui passa la plus grande partie de sa vie à Paris, où il exerça la profession de banquier et  qui fit fortune grâce au système de John Law.

Les commentateurs de l'ouvrage intitulé Essai sur la nature du commerce en général, ont même été amenés à parler d'un effet économique, l'« effet Cantillon », qui résultait de sa lecture.

Selon cet effet, une injection de monnaie dans l'économie exerce un effet progressif et différencié sur les prix au fur et à mesure que la monnaie se propage par les échanges à partir du point où elle a été injectée.

Les commentateurs ont aussi retenu le rôle de l'entrepreneur dans la vie économique qu'avait mis en lumière Cantillon.


2. L'économie politique en France, aujourd'hui.

Depuis lors, l'économie politique a été transformée, plus ou moins progressivement, en France, en "école du communisme", ce dernier ayant lui-même changé de fond et de forme au fur et à mesure.

Elle semble avoir connu son apogée au lendemain de la guerre de 1939-45, vers 1950-1980 comme en témoigne un travail récent de François Facchini sur les "Idées économiques et politique publique de l'éducation en France (1877-1970)" à partir des succès aux concours de l'agrégation de l'enseignement supérieur (cf. ce texte de février 2016).

J'en retiendrai, dans ce billet, l'extrait suivant tant il est significatif :

"5.2.3. Les marxistes.

Mais la principale nouveauté sur cette période [post 1945] dans le courant socialiste, c’est l’importance prise par le marxisme et les travaux engagés sur la construction d’une alternative socialiste au capitalisme.

Quand Gérard Destanne de Bernis introduit sa thèse sur les entreprises publiques, il affirme que la résistance s’est élevée contre le capitalisme qui est l’origine de la défaite française (De Bernis 1954, p.16).

C’est dans cette perspective que les marxistes souhaitent, d’une part, construire une économie de l’Etat et, d’autre part, démontrer l’inanité du capitalisme.

Pour réussir leur entreprise, il lie Marx et l’humanisme chrétien, d’une part, Marx et Keynes, d’autre part, et Marx et le progrès technique, enfin.

Les deux précurseurs du rapprochement de Marx à la tradition chrétienne sont Henri Denis (Concours 1942) et Henri Bartoli (1908-2008, Concours 1945).
Bartoli va développer ce qui est appelé les études marxiennes (Arena, 2000).

Destanne de Bernis est aussi un chrétien social adhérant au Parti communiste.
Il participa avec d’autres (Gendarme 1950) à cette idée que le développement économique passe par la mise en oeuvre d’un outil de planification et de l’industrialisation.

Dans cette mouvance se place Jean Bénard (1923-1992, Concours 1958), Jacques Valier (1938-2013, Concours 1966) qui est un proche d’Henri Denis et un spécialiste de l’inflation en Amérique du sud ou Pierre Maurice (Concours 1966) qui lui est plutôt un proche d’Henri Bartoli.

Les auteurs qui rapprochent Marx et Keynes sont moins bien identifiés.
On le sait, l’école de la régulation fait de l’articulation de Marx et Keynes l’une de ses principales innovations théoriques.

Ce lien est fait dès 1946 par Jacques Boudeville dans sa thèse qui cherche à montrer comment le Royaume-Uni se serait doté des bons économistes pour renouveler leur choix de politique économique i.e. construire leur Etat social sur la base du plan Beveridge.

Il soutient dans un article de la Revue économique de 1950 qu’il est impossible de démontrer l’inefficacité de l’économie socialiste (Boudeville 1950, p.466).
André Tiano (Concours 1958) fait aussi ce lien lorsqu’il traite de la formation des salaires.

L’originalité de la doctrine collectiviste-marxiste n’est pas tellement
- sur les instruments de politique économique : planification, nationalisation des entreprises, réglementation du marché du travail, généralisation des conventions collectives pour déterminer le niveau des salaires, etc.,
- mais sur le diagnostic qu’elle porte sur l’avenir du capitalisme.

Le marxisme développe une critique radicale du capitalisme qui n’avait pas été financée par l’impôt jusqu’à la nomination d’Henri Denis en 1942 qui était un catholique social puis d’Henri Bartoli qui lui aussi était un catholique social et qui, après une thèse critique sur l’économie du III° Reich, s’engage dans la construction d’une forme de communisme humaniste (Pouch 2001 p.38).

Jean Bénard (Concours 1958) après avoir écrit une thèse soutenant la théorie de la valeur travail chez Marx, participera à l’élaboration du plan et à l’ensemble de travaux autour de la comptabilité nationale.
En 1958, il est marxiste, en 1970 il serait plutôt néo-socialiste.

Les marxistes vont tenter de renouveler l’économie politique par

1) l’introduction de la psychologie (Guiheneuf, Concours 1956) et de la psychanalyse (André Nicolaï, Concours 1962),

2) l’étude de la formation sociale des concepts comme le chômage qui ne sont pas des données, mais des construits sociaux (Guy Caire, Concours 1964),

3) le principe d’un échange inégal entre le nord et le sud pour rendre compte du sous-développement (Samir Amin, Concours 1966, Jacques Valier, Concours 1966),

4) l’étude des théories modernes de l’exploitation du travail (Pierre Maurice, Concours 1966),

5) l’étude minutieuse de l’évolution des modes de régulation du capitalisme (Charles-Albert Michalet, Concours 1968 ; Pierre Dockes, Concours 1969), participer à la construction des modèles de prévision (Herzog, Concours 1968) et penser le sous-développement comme le résultat d’un échange inégal (Samir Amin Concours 1966)." (F. Facchini, 2016, pp.33-34).


Et on n’en est jamais sorti…

Tous ces prétendus économistes ont pu, à loisir, développer le communisme en France, d'une part, en imposant de fausses idées à leurs étudiants et, d'autre part, en s'appuyant sur des partis politiques et les syndicats.

Espérons que le sommet de cette mauvaise évolution en France en a été franchi et permettra de revenir à une "vallée" de vraie économie politique ...

Un signe favorable en a été donné quand nos prétendus économistes en place se sont manifestés à l'occasion de l'agrégation de science économiques de l'enseignement supérieur, en 2003-2004 (cf. ce texte de 2006).


3. Les prix en monnaie des marchandises.


Exemplaires sont leurs erreurs économiques prises pour des vérités, à savoir, par exemple, ce qu'ils écrivent sur les prix en monnaie des marchandises.

Il faut savoir que les prix en monnaie des marchandises n'ont rien à voir avec la "valeur travail", hypothèse construite par K. Marx. 

Mais peu importent les erreurs, marxistes ou marxiennes, tant elles ont été démontrées et ne présentent plus désormais aucun intérêt.

a. La stabilité des prix.


Plus important est qu'il est un fait observé par chacun d'entre nous que les prix varient en permanence et qu'il en est ainsi à cause des actions différentes que mènent les gens, des vérités et des erreurs des résultats attendus avec incertitude.

Certes, si on laisse de côté les actions de vous et moi, comme le font les marxistes ou marxiens, et si on suppose que les prix en monnaie "tombent du ciel", on peut se poser de fausses questions du genre précédent et tenter d'y répondre.

Qu'à cela ne tienne.

b. Le "mal".

Reste que certaines personnes, marxistes ou non, économistes ou autres, voient dans la situation d'"instabilité des prix en monnaie", un "mal" et demandent aux hommes de l'état d'y porter remède, de faire que les prix soient stables.

Ils laissent de côté, par exemple, les multiples effets de l'interdiction de la conversion des substituts de monnaie bancaires en monnaie-or ou -argent à quoi ont procédé, sans raison, les législateurs des pays de l'Occident la décennie 1930, puis la décennie 1970 (cf. ce texte de mai 2011).

Et ils sont écoutés.
Et les hommes de l’état sont supposés s’en préoccuper par l'intermédiaire des réglementations qu'ils fixent et dont ils augmentent le nombre en permanence.


c. La magie.

Cette demande et son écoute ne reposent sur rien de valable, au sens premier de ce mot.

En effet, rien ne justifie de séparer, comme ils le font, les prix en monnaie des marchandises
1) des quantités de monnaie totales que les prix en monnaie, quantités unitaires de monnaie, ont permis aux gens d'échanger, et
2) des quantités de monnaie totales qu'ils n'ont pas permis d'échanger, "qu'ils ont exclues" comme diraient nos socialauds-communistes.


Rien ne justifie de mettre l'accent sur le seul premier point comme cela a été fait, au détriment du second.

Les deux points devraient au moins être pris ensemble, en même temps.


4. L'équilibre économique général.

Cette double séparation, de fait, résulte de la démarche théorique qui consiste à prendre en considération la notion d'"équilibre économique général" et à la réduire sans raison
1) à des prix en monnaie des marchandises (quantité unitaires de monnaie),
2) à des quantités totales de marchandises ou
3) aux deux.

L'"équilibre économique général" est un concept qui remonte au XIXème siècle, à la suite des travaux de J.B. Say, de L. Walras, et qui n'a rien d'évident à comprendre surtout depuis que des mathématiciens, qui se sont pris pour des économistes, ont proposé une autre façon de le présenter mathématiquement, à partir de la décennie 1950 ("mathématique de Bourbaki") (cf. ce texte de novembre 2015, celui-ci de septembre 2014 ou encore celui-ci de mai 2012).


5. L'erreur étatique française.

La deuxième réduction évoquée ("mettre l'accent sur les quantités totales de marchandises") est, aujourd'hui, au cœur de l'économie politique, en France.

Elle est pratiquée par les hommes de l'état et leurs conseillers et mesurée "soi-disant" par la comptabilité nationale (consommation, investissement, P.I.B., etc.) dont, rappelons-le, l'I.N.S.E.E. a reçu le privilège de monopole à partir de sa création, en 1946 ... (cf. ce texte de février 2010 ou celui-ci de l'I.N.S.E.E.).


6. Un dernier mot.

Et, comme je l'ai écrit dans des billets précédents et comme je l'écrirai de nouveau dans des billets à venir, ces mesures n'ont guère de significations car elles ne sont pas d'ordre praxéologique, elles ne procèdent pas des actions de vous et moi!





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