Paris, le 2 juillet 2016.




Il y a exactement soixante ans, Murray Rothbard publiait un article intitulé "Toward a Reconstruction of Utility and Welfare Economics" dans l'ouvrage collectif intitulé On Freedom and Free Enterprise: The Economics of Free Enterprise, de May Sennholz, ed. (Princeton, N.J: D. Van Nostrand, 1956).


Il sera traduit en français par François Guillaumat en 1991 sous le titre "Vers une reconstruction de la théorie de l'utilité et du bien-être" dans un chapitre de l'ouvrage de titre  Economistes et charlatans (éditions Les Belles Lettres).


L'article était fondamental.

Il remettait en question toutes les idées reçues sur le domaine, récent alors, de la théorie microéconomique (en matière d'utilité et de bien-être), se jouait des artifices mathématiques qui en avaient fait l'audience et proposait des remèdes (en introduisant la "préférence démontrée" en général et la "règle de l'unanimité" en matière d'utilité sociale):

"La thèse de cet article est que, si les théories de l'utilité et du bien-être, autrefois révolutionnaires et plus tard orthodoxes, méritent un enterrement encore plus rapide que celui qu'elles ont reçu, elles ne doivent pas être suivies d'un vide théorique." (Rothbard, op.cit. conclusion)



Qui le connaissait en France?

J'ose dire : "personne".

Qui le connaît aujourd'hui ?

"Toujours pas grand monde", sauf les économistes de l'"école de pensée franco-autrichienne" (cf. ces "audio" réalisés avec François Guillaumat, audio de février 2010, de début mars 2010 et de mi-mars 2010)


La "communauté économique" des professeurs de droit qui, alors, en 1956, s'étaient spécialisés dans l'économie politique (cf. ce texte de février 2016), préférera, dans le meilleur des cas, insister sur le dernier ouvrage de Edmond Malinvaud intitulé Leçons de théorie économique (décennie 1970) ou sur ceux de Jean Jacques Laffont intitulés Cours de théorie microéconomique (tomes 1 et 2) (décennie 1980) quand elle ne vous avait pas fourvoyé dans l'ouvrage de Gérard Debreu intitulé Théorie de la valeur (1960) qui commençait par un chapitre de mathématique de type Bourbaki...

Pour sa part, John Hicks a contribué à développer la "théorie microéconomique" fondée sur des théorèmes dits d'optimisation de fonction (maximisation du profit ou de l'utilité, minimisation du coût) sous "contraintes" (cf. ce texte de 2011 entre Coase et Becker).

Quitte à parler d'un ouvrage étranger, elle préférait mettre l'accent, certes avec réserve, sur l'article contemporain de Milton Friedman intitulé La théorie de la quantité de monnaie, sans relation avec l'article de Rothbard.

Dans le pire, même ces travaux étaient laissés de côté car nos professeurs ne les comprenaient pas.

L'ouverture de la "communauté économique" à des professeurs autres que "... de droit" n'y a rien changé du point de vue de la connaissance sinon que tout a changé à 180 degrés, la mathématique employé sans réserve le plus souvent faisant oublier le droit...



Jamais l'ouvrage de Rothbard ne m'avait été conseillé avant que je misse le doigt dessus dans la décennie 1980.

Il est, en particulier, essentiel pour comprendre que la division de l'économie politique en divers domaines est factice, même si elle est chère à ceux qui la promeuvent, à savoir des historiens de la pensée économique plus ou moins marxistes qui aiment établir des classes...

Peu importe que les théories des domaines se suivent, se chevauchent ou se juxtaposent sinon que la démarche n'apporte rien.

Même si, selon les uns ou les autres, elle fait croire qu'on peut continuer à parler aujourd'hui aussi bien de Adam Smith, de Karl Marx, de John Maynard Keynes, de Milton Friedman, etc. pour tenter d'expliquer la situation économique actuelle.
Mais c'est à tort.

Il en est ainsi, en particulier, dans le domaine de la théorie de la valeur, fondement de l'économie politique (cf. ce texte de décembre 2015).





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