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Paris, le 19 décembre 2016.








Il y a au moins sept erreurs dans l'économie politique majoritaire actuelle qui prétend rendre compte de la réalité (cf. ce texte d'août 2015).


Erreur n°1:
préférer étudier la "rareté des choses" plutôt que l'"abondance des actions" des gens pour rendre compte de la réalité.

A entendre des économistes de la secte, il faut mettre l'accent sur les (quantités de) choses en propriété observée des gens et la "rareté" que celles-ci sont censées cacher.

On peut laisser de côté l'abondance des actions connues de la personne expliquée par les abondants besoins/désirs qui la poussent à agir, pour n'étudier que la rareté des (quantités de) choses en propriété des gens, un jugement de valeur particulier sur leurs résultats.

Sur ce dernier point, je rejoins en partie Antoine-Augustin Cournot dans son livre intitulé Recherche sur les principes mathématiques de la théorie des richesses (1838) quand il écrivait préférer l'idée abstraite aux idées accessoires :

3. Il faut bien distinguer
- l'idée abstraite de richesse ou de valeur échangeable, idée fixe, susceptible par conséquent de se prêter à des combinaisons rigoureuses,
- d'avec les idées accessoires d'utilité, de rareté, d'appropriation aux besoins et aux jouissances de l'homme , que réveille encore, dans le langage ordinaire, le mot de richesses : idées variables et indéterminées de leur nature, sur lesquelles dès lors on ne saurait asseoir une théorie scientifique."


Une des idées accessoires a été, en effet, au départ des économistes dits "autrichiens" par les "historiens de la pensée économique", c'est-à-dire les plus ou moins marxistes, à savoir la notion de "rareté".

Mais, à l'opposé de ce dont n'avait pas pipé mot Cournot, les "économistes autrichiens" ont comme autre idée, idée à la fois abstraite et de tous les jours, la notion d'"action humaine".


Erreur n°2:
préférer étudier les "résultats des actes" des gens plutôt que leurs "actes" pour rendre compte de la réalité.


Selon des économistes, des deuxièmes ou les mêmes que précédemment, il faut préférer étudier les résultats des actes des gens, à savoir les choses, les valeurs, les richesses, etc. plutôt que les actes eux-mêmes pour rendre compte de la réalité.


Il faut raisonner, en effet, en faisant intervenir les choses observées, les faits, les résultats qu'elles sont, et non pas ce dont elles proviennent, comme l'a expliqué Vilfredo Pareto:

"3. Notre étude a pour objet les phénomènes qui résultent des actions que font les hommes pour se procurer les choses dont ils tirent la satisfaction de leurs besoins ou leurs désirs.

Il nous faut donc d'abord examiner la nature des rapports entre les choses et la satisfaction de ces besoins ou de ces désirs, et tâcher ensuite de découvrir les lois des phénomènes qui ont précisément ces rapports pour cause principale." (Pareto, 1896-97, §3)

En ayant cette préférence du résultat de l'acte sur l'acte, nos économistes peuvent agglomérer les résultats et procéder à des calculs qu'ils jugent bon, mais sans effets explicatifs (cf. ci-dessous).


A l'opposé des "Autrichiens", les économistes de cette secte ont laissé de côté la notion d'action humaine et ce qui va de pair, à savoir, en particulier, l'abondance des actions des gens résultant de l'abondance de leurs besoins/désirs, sinon pour dire que les gens n'ont que l'embarras du choix..., mais ils n'en évaluaient pas le coût...

Le corps ou l'âme, la raison ou la passion, sont pourtant à la base de l'action de chacun, à commencer par celle du savant qui procède à ces hypothèses sur les besoins ou les désirs.
Et rien ne justifie d'ignorer tout cela (cf. Poincaré, Science et méthode, 1908 ou ce texte de février 2013).

. La praxéologie.

La science des actes des gens a reçu un nom au XIXème siècle, c'est la praxéologie (cf. ce texte de Lucien Poirier).

La praxéologie est plus récente que l'économie politique, mais moins que la sociologie.
Et elle n'a pas connu le même succès.

Autant l'économie politique a été imprégnée, voire infectée de sociologie, autant elle a été "protégée" contre la praxéologie.

Tout se passe comme si, pour les économistes de cette secte, l'économie politique et la praxéologie faisaient deux.


Erreur n°3:
préférer étudier les "résultats de l'acte de production" plutôt que les "résultats de l'acte d'échange " pour rendre compte de la réalité.


Selon des économistes, des troisièmes ou les mêmes que précédemment , il faut préférer étudier les résultats des actes de production ( ou de la transformation) des gens plutôt que ceux de leurs actes de production eux-mêmes.

Nos économistes ont d'ailleurs centré leur raisonnement, en particulier, sur le productivisme, la productivité, ou l'efficacité marginale ... tiré, directement ou non, au moins en France, du matérialisme dialectique.


Quoique depuis toujours l'économie politique ait parlé des résultats de l'échange et de la production, en pratique, aujourd'hui, les résultats de la production, ou de la transformation, dominent les propositions.

Bref, selon eux, on peut laisser de côté la notion d'acte d'échange de choses en propriété pour ne considérer que l'acte de production de la personne, l'acte de transformation des choses en propriété ou encore l'offre de valeurs personnelle...

Tout se passe comme s'il fallait préférer étudier les résultats des actes de production ou de transformation plutôt ceux des actes d'échange des gens quoique ce soient les résultats des actes d'échange qui caractérisent prix en monnaie et quantités de choses échangées et qui permettent les calculs.


Erreur n°4:
préférer étudier les "résultats des actes d'échange" plutôt que les "actes d'échange" pour rendre compte de la réalité.


Selon des économistes, des quatrièmes ou les mêmes que précédemment à défaut de mettre de côté la notion de l'échange, il est préférable d'étudier les résultats des actes d'échange des gens plutôt que leurs actes d'échange eux-mêmes pour rendre compte de la réalité.

Il faut raisonner en faisant intervenir les choses en propriété des gens, échangées et observées, résultats des actions d'échange.

En ayant cette préférence des résultats observés des actes d'échange sur les actes d'échange, les économistes peuvent agglomérer les résultats des échanges directs, des échanges indirects et des intermédiaires des échanges.

Exemplaire est ce qu'on dénomme, depuis le XXème siècle, "comptabilité nationale" qui calcule des "valeurs ajoutées" qui sont en vérité, au moins en majeure partie, des quantités de marchandises échangées avant d'être des produits.

L'autre partie est constituée d'"objets frontières" qui donnent lieu, par exemple, au "P.I.B. au coût des facteurs" (cf. Desrosières, 2003).


Erreur n°5:
ne pas voir dans l'échange de choses en propriété des gens entre eux, une action humaine.

Selon des économistes, des cinquièmes ou les mêmes que précédemment , tout cela résulte du fait que l'échange de choses observées semble tomber du ciel... ou serait un "phénomène" indépendant de la volonté de chacun.

Ils devraient se demander comment il pourrait en être ainsi quand on sait que les marchandises observées sont nécessairement des propriétés des personnes juridiques physiques ou morales (cf. en France le Code civil).


Erreur n°6:
préférer étudier les "résultats de l'acte d'échange" sans tenir compte de la diversité des échanges qu'ils cachent.

Friedrich von Hayek a eu l'occasion de mettre l'accent sur la notion d'"économie d'échanges" et de parler de "catallaxie" plutôt que d'économie ... étant donné toutes les erreurs commises à propos de ce mot...

Pour sa part, Ludwig von Mises a distingué "échange direct" (ou "synallagmatique") et "échange indirect" (échange synallagmatique ou de marché, dépersonnalisé selon D. North).

Jean-Baptiste Say, quant à lui, avait mis l'accent sur l'intermédiaire des échanges et défini ce qu'on dénommait alors "monnaie" à partir de lui.

A chacun de s'arranger avec ces types de la catallaxie, autant d'actes d'échange de choses en propriété des gens, pour mener son étude.

Rien ne justifie de préférer la notion générale de résultat d'acte d'échange à celles des divers types d'acte échange qui la composent comme s'y attèlent des économistes, des sixièmes ou les mêmes que précédemment


Erreur n°7:
préférer étudier "ce qu'on voit" plutôt que "ce qu'on ne voit pas" pour rendre compte de la réalité.

Selon des économistes, des septièmes ou les mêmes que précédemment, étudier ce qu'on voit, c'est, après avoir ciblé à tort les résultats des actes des gens plutôt que les actes eux-mêmes (cf. ci-dessus), faire référence aux chiffres (cf. ce texte d'avril 2014 ou celui-ci de juin 2014)...

La "France des chiffres" domine la "France des mots" comme l'avait désiré le premier directeur de l'INSEE, à la création de celui-ci en 1946.
Selon Desrosières (cf. ce texte de mars 2014):

"Francis-Louis Closon (1910-1998), ancien responsable de la résistance gaulliste et premier directeur de l’Insee, de 1946 à 1961, était, à sa façon, conscient de cet enjeu de promotion d’un langage commun quand il affirmait que sa mission était de « remplacer la France des mots par la France des chiffres » [Touchelay 1993].

Il entendait par là substituer
- la raison, l’objectivité des faits dûment mesurés,
- aux passions et subjectivités qui, auparavant, divisaient la société.

Cette idée que la statistique peut contribuer à pacifier un monde ravagé par les effets du verbe et de la démagogie était alors très répandue."


Faire référence aux chiffres, c'est, en particulier, mettre de côté les réglementations de toute nature et tout ce qu'elles cachent, à commencer par leurs variations perpétuelles et leurs effets.

Par exemple, les chiffres concernant ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui (acronyme "CQDAMA") cachent
non seulement
la réglementation de  "CQDAMA")
mais aussi
l(a réglementation des actes d)'échange de choses
- dont il est une réponse et
- qu'il rend échangeable.

La monnaie est un intermédiaire des échanges de choses qui a été inventé par les gens il y a bien longtemps dans des conditions aujourd'hui presque ignorées, mais sur quoi Say avait une idée juste (cf. ce texte de novembre 2015).

L'intermédiaire a donné les capacités juridique, technique ou économique à chacun d'élargir le principe de l'acte d'échange synallagmatique direct au principe de l'échange indirect, synallagmatique ou de marché, qui inclut l'échange direct.

Les formes sous quoi existent CQDAMA n'en est qu'un élément de l'intermédiaire.

Cournot l'avait bien vu en 1838:

"L'usage de la monnaie, que nous a légué la haute antiquité, a puissamment favorisé les progrès de l'organisation commerciale, comme l'art de fabriquer le verre a favorisé beaucoup de découvertes en astronomie et en physique ;
mais du reste, l'organisation commerciale n'est point liée essentiellement à l'emploi des métaux monétaires.

Tous les moyens qui tendent à faciliter l'échange, à fixer la valeur d'échange lui sont bons ;
et l'on a lieu de croire que, dans les développements ultérieurs de cette organisation, le rôle des métaux monétaires diminuera graduellement d'importance."


mais sans dire pourquoi car il n'avait pas débusqué les notions nécessaires, à savoir les notions de "coût de la situation économique", "coût de l’acte d’échange", "coût de CQDAMA" et "amoindrissement de ces coûts" (cf. ce texte d'octobre 2016) ...
Et d'ailleurs peu a changé en théorie depuis ce qu'il avait écrit !


Second exemple, ce que calcule le monopole étatique de statistiques qu'est l'INSEE depuis 1946, au nombre de quoi il y a, en particulier, la notion d'"équilibre économique" (cf. ce texte de mai 2012).





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