Paris, le 27 mars 2017




1. Remarques préliminaires.

Longtemps, l'économie politique a procédé de la théorie dite "de la valeur".
Il ne semble pas excessif de dire que celle-ci a même été au départ de l'économie politique (cf. ce
texte de juillet 2014).

a. Economie politique et autres sciences.

Cette position que lui ont donnée les premiers économistes, a contribué à séparer l'économie politique des autres sciences, les autres étant "
Wertfreiheit", c'est-à-dire ignorantes de la notion de "valeur" compte tenu de l'axiome que la réalité était libre ...
Le savant non économiste ignorait ainsi la notion de "valeur" et, en particulier, celle de "coût" (cf. ce texte).

b. Une erreur.

Mais il y a eu, en particulier, la mauvaise démarche qu'a évoquée, il y a quelques décennies, Raymond Barre (1924-2007) à cause, vraisemblablement, des propos erronés de Joseph Schumpeter (1883-1950), socialiste bon teint, aux termes de quoi :

"L'histoire de l'économie politique peut être faite de deux points de vue que Joseph Schumpeter a bien mis en évidence :

1) II est d'abord possible de retracer l'évolution de la pensée économique :
il convient alors d'étudier les opinions, les doctrines, les documents de politique économique, qui ont trouvé dans les faits économiques des diverses époques leur inspiration et qui se rattachent à des systèmes d'économie politique fondés sur certains principes normatifs.

2) II est aussi possible de décrire l'évolution de la science économique, c'est-à-dire des hypothèses, des outils d'analyse par lesquels les économistes se sont efforcés de maîtriser la réalité économique et d'en fournir une explication.

« Par histoire de l'analyse économique, écrit Schumpeter dans son livre posthume, j'entends l'histoire des efforts intellectuels que les hommes ont fait pour comprendre les phénomènes économiques, ou ce qui revient au même, l'histoire des aspects analytiques ou scientifiques de la pensée économique » (History of Economic Analysis, p. 3).


Dans ce chapitre, nous ne serons pas fidèles à une tradition qui fait consacrer en France de longs développements préliminaires à l'histoire de la pensée économique.
Beaucoup d'économistes ont été des réformateurs politiques et sociaux ; aussi leurs oeuvres figurent-elles à bon droit dans les histoires de la pensée économique, dans des études sur les grandes oeuvres politiques ou dans des histoires des doctrines sociales.
L'intérêt de ces oeuvres est certes grand sur le plan des idées et de la culture ; mais si Fourier, Cabet ou Bastiat sont des personnalités attachantes, on peut s'interroger sur l'importance de leur contribution à la connaissance des phénomènes économiques et de leurs relations.

De surcroît, l'histoire de la pensée économique présente souvent l'inconvénient de mêler
- ce qui relève de la science économique, c'est-à-dire l'exposé d'uniformités théoriques concernant les faits, et
- ce qui relève de la doctrine, c'est-à-dire les jugements de valeur qui procèdent d'une opinion personnelle (religieuse, éthique ou politique), d'une conception du monde (Weltanschauung).
Or on conviendra qu'il y a, par exemple, quelques différences entre
- une théorie de la détermination du salaire sur le marché du travail, qui permet d'expliquer le niveau effectif des salaires, et
- une doctrine qui se prononce sur tel ou tel niveau de salaire jugé souhaitable dans un livre classique : Scope and Method of Political Economy (p. 34),

John Neville Keynes distingue :
« Une science positive... un corps de connaissances systématisées concernant ce qui est ;
une science normative ou régulatrice... corps de connaissances systématisées discutant des critères de ce qui doit être... ;
un art..., un système de règles pour atteindre un but donné» ;
l'auteur ajoute que la confusion entra ces divers plans de pensée est source d'erreurs nombreuses et fâcheuses.
ll serait regrettable de négliger cette distinction.

Une telle attitude conduirait d'ailleurs à mettre en relief les désaccords qui naissent entre économistes de leurs diverses conceptions du monde et à négliger le fonds d'explications communes à tous les économistes, qui peut constituer un terrain d'entente pour des hommes d'opinions opposées.
Il est alors aisé, devant l'arc-en-ciel des doctrines, de parler de faillite de l'économie politique.

Lionel Robbins note avec humour et bon sens :
« Enfermez M. Hawtrey dans une chambre comme secrétaire d'un Comité composé de Bentham, de Boudha, de Lénine et du président de United States Steel Corporation, réunis pour statuer sur la morale de l'usure et il est peu probable que M. Hawtrey puisse produire un document voté à l'unanimité.
Réunissez ce même comité pour déterminer les résultats objectifs d'une réglementation gouvernementale du taux de l'escompte, et il ne semble pas dépasser les possibilités humaines d'obtenir l'unanimité ou tout au moins un rapport majoritaire, Lénine votant peut-être contre» (Essai sur la nature et la signification de la science économique, p. 145).

Nous insisterons essentiellement, pour notre part, sur l'histoire de la science, ou de l'analyse économique.

Il est évident que nous ne pourrons la retracer dans le détail : cela supposerait en effet une connaissance précise des phénomènes et des mécanismes économiques.
Une telle étude ne peut être qu'un couronnement.

Aussi nous bornerons-nous à tenter de signaler l'état de la science économique contemporaine en marquant les principaux jalons de son développement.

Nous décrirons d'abord la constitution de la science économique en partant du point de vue que « le seul critère, et le plus important, de la maturité d'une science, c'est l'état de sa théorie systématique » (Talcott Faisons).
(...)
Nous distinguerons dans cette évolution 4 phases : 
- la phase pré-scientifique jusqu'au XVIIIème siècle,
- la phase de la naissance de la science économique (1750-1870),
- la phase de découverte et d'élaboration des principes théoriques fondamentaux (1870-1930),
- la phase contemporaine d'approfondissement et d'extension." (Barre, Economie politique, Thémis, 1969)


N'y pensons plus.

c. L'émergence socialiste.

Reste qu'à partir du XVIIIème siècle, l'émergence de ce qui allait devenir le "socialisme", avait tendu à dénaturer le propos initial de l'économie politique, à savoir la "théorie de la valeur", ou à le faire oublier, ou les deux...

En effet, des économistes ont amené des gens à affirmer que l'économie politique était "Wertfreiheit" quand ils n'hésitaient pas à dire qu'elle n'était pas une science.

Et ils sont partis de telle ou telle mathématique ou de telle ou telle transposition des sciences physiques, biologiques ou autres pour développer des faits ou phénomènes économiques qu'ils voulaient expliquer.


d. Bastiat et Pareto.

Entretemps (cf. texte de janvier 2007), comme pour mettre un terme à la divagation qu'il constatait en 1850, Frédéric Bastiat (1801-1850) avait fait le point sur le "
principe de la valeur" en économie politique dans le livre intitulé Harmonies économiques.

D'après lui, la "valeur", c'était alors:
- pour Adam Smith (1723-1790), la matérialité et la durée,
- pour Henri Storch (1766-1835), le jugement,
- pour Jean Baptiste Say (1767-1832), l'utilité,
- pour David Ricardo (1772-1823), le travail,
- pour Nassau Senior (1790-1864), la rareté.

En d'autres termes, Ricardo n'avait pas été original.
Dans la droite ligne de Smith, de la matérialité et de la durée, il avait privilégié quelque chose de non matériel, un objet non matériel, un service, à savoir le travail.
En mettant l’accent sur un des "facteurs de production", valeurs en général, il cachait le privilège donné par le savant économiste, à la production sur l'échange comme si la production était plus importante que l'échange, comme si l'action humaine était d'abord action de production avant d'être action d'échange...

Pour sa part, Storch avait mis l’accent sur le jugement de valeur de la personne sur la chose.

A sa façon, Say avait ciblé la notion en introduisant la valeur « utilité » de la chose (cf. un de ses livres où intervenait Say
https://archive.org/details/coursdconomiepo02saygoog).

Senior n'avait pas été non plus original.
Il avait mis l'accent sur un aspect de la matérialité et de la durée de Smith qu'il avait dénommé "rareté".
La "rareté" cachait, à la fois, la quantité d’objet matériel à l'instant "t" et une norme ignorée, à savoir celle que ceux qui en parlaient dénommaient ainsi.

A la question de l'état de la « théorie de la valeur" proposé par Bastiat, quelque temps plus tard, Vilfredo Pareto (1848-1923) a ajouté, pour sa part, dans son  Cours d'économie politique (1896-97), les propos de :
- Karl Marx (1818-83) qui faisait référence explicitement à la "marchandise" et au "travail" et dont lui-même n'a pas hésité à démontrer les erreurs (cf. par exemple §18),
- Gustave de Molinari (1819-1912) qui expliquait la valeur par l'"intensité comparée des besoins" (cf. §81) et
- W. Stanley Jevons (1835-82) qui, selon lui, aurait introduit en économie politique le concept de "taux d'échange" d’une marchandise en une autre (cf. §74) et qu'il a préféré dénommer "prix d'une chose en une autre chose", ne mettant pas ainsi, malheureusement, l’accent sur l’accord convenu entre les parties.

Et puis plus rien de fondamental depuis lors, à ma connaissance, sinon l’utilité transformée par telle ou telle mathématique en fonction continue dérivable ou seulement continue ...

e. Evaluation ou mesure.

Il convient de distinguer,
- d'un côté, la question de la "valeur" donnée par la personne aux notions de "objet matériel" ou de "service" (par définition objet non matériel) ou à la notion d'"acte humain", qui résultent de son évaluation, et,
- de l'autre, celle de sa "mesure".

Evaluer un objet matériel ou un service n'est pas, en effet, le mesurer.
Le savant économiste donne une valeur, il ne la mesure pas nécessairement, physiquement ou autrement.
Il peut la mesurer au moyen de la référence à telle ou telle mathématique ou au moyen d'un instrument de physique ou de chimie ou de toute autre science.

f. Sans valeur ou de valeur nulle.

Il convient de ne pas confondre, non plus,
- d'un côté, quelque chose à quoi la personne qui en parle n'a pas donné de valeur - elle l'a dite alors "sans valeur" - et,
- de l'autre, quelque chose à quoi elle a donné une "valeur nulle", une "valeur égale à zéro" - merci aux chiffres de l'arithmétique ...

Dans les deux cas, la valeur donnée n'apparaît pas dans les résultats du raisonnement sur quoi l'économiste a mis l'accent, tout se passe comme si, dans le second cas, elle avait disparu...



2. Les faits.


Avant que les approches du socialisme perpétuassent leurs destructions perdurantes, en particulier, en faisant oublier la "théorie de la valeur", les économistes ont défini, comme types de "valeur", un nombre croissant de notions courantes dont il s'agirait de ne pas s'écarter d'autant qu'ils ne les ont jamais comparées, au moins de façon explicite.

Rétrospectivement, on peut dire que sont apparues, dans l'ordre ;
- les choses elles-mêmes et les biens ou maux qui leur étaient donnés naturellement par les gens;
- les marchandises (échanges) et leurs quantités échangées, leurs taux ou rapport d'échanges de quantités,
- les objets matériels ou les services (objets non matériels ou immatériels), leurs quantités (travail, information, chance de gain ou risque de perte, etc.), leurs taux ou rapports de quantités ;
- les produits et les facteurs de production (travail, capital, matières premières, etc.), leurs quantités, les taux ou rapport des quantités (productivité, efficacité, rendement, etc.) ;
- ce qu'on a dénommé "monnaie", intermédiaire des échanges, et sa quantité,

- les prix en monnaie des quantités de marchandises échangées, rapports des quantités convenus,
- l'utilité que chacun pouvait donner à une chose,
- l'utilité marginale ou l'ophélimité élémentaire que chacun pouvait donner à ce qu'il considérait comme la dernière partie de la chose qu'il avait en ligne de mire, les taux ou rapports d'utilités marginales de ces quantités (cf. ce
texte de décembre 2015).

Reprenons chacun rapidement.


3. La chose, premier exemple de "valeur"...

La "valeur" a pour premier élément ou fait ce que les gens ont dénommé "chose", élément de la nature, fait de la réalité, qui a été cernée par leur intelligence.
La chose était un exemple de valeur dès lors que celle-là en recevait une, de la part de la personne (cf. ce texte d'octobre 2015).

a.Les notions de "richesse" et de "fortune".

Précisément, Say a centré l'enseignement de l'économie politique sur les richesses, "valeur" par excellence dont l'ensemble dénommait la "fortune" (cf. son livre intitulé Catéchisme de l'économie politique 1815):

"Qu’entendez-vous par ce mot les RICHESSES ?

On peut étendre la signification de ce mot à tous les biens dont il est permis à l’homme de jouir ;
et sous ce rapport la santé, la gaîté sont des richesses." (Say, 1815, p.8)

Et Say de souligner :

… "Dans un ouvrage élémentaire, où l’on est obligé d’emprunter le langage commun, surtout en commençant, j’ai dû renoncer à des expressions plus exactes, mais qui supposent dans le lecteur et plus d’instruction et plus de capacité pour réfléchir." (ibid. p.8n)

Et Say de souligner encore:

… ;"Tous les biens capables de satisfaire les besoins des hommes, ou de gratifier leurs désirs, sont de deux sortes : ce sont
- ou des richesses naturelles que la nature nous donne gratuitement comme l’air que nous respirons, la lumière du soleil, la santé ;
- ou des richesses sociales que nous acquérons par des services productifs, par des travaux." (ibid. p.8n)

b. Bien ou mal.

Tout cela ne doit pas faire oublier  qu'à l'origine, la "valeur" qu'était la chose, a été aussi synonyme de "bien" ou de "mal".
C'était soit un "bien", soit un "mal" que la personne avait donné à ce type de la "valeur" qu’il ciblait.

Mais l'habitude l'a, semble-t-il, modifiée et on en est arrivé à parler de "valeur d'un bien"... en oubliant le pléonasme, après que François Quesnay (1694-1774) a ajouté la notion de "bien économique" en économie politique.

Soit dit en passant, ce n'est qu'au XXème siècle que l'expression "mal économique" a commencé à voir le jour dans le domaine et à être distinguée du "bien économique".

Pour sa part, la notion de "valeur ajoutée" des comptables nationaux, à partir de la décennie 1950, a contribué à donner au mot "valeur" un synonyme de plus, le dernier en date ...

. (Droit de) propriété.
Böhm-Bawerk (1881) a rédigé une étude approfondie sur la question de savoir si les droits de propriété étaient eux-mêmes des biens, et il aboutit à une réponse négative.

Un droit de propriété sur une chose n'est rien d'autre que le renforcement de la probabilité de contrôler ce bien, grâce à l'appui de la police et de la justice étatiques.
Ces forces étatiques ont pour fonction de faire en sorte que les biens soient possédés par leurs propriétaires légitimes et leurs soient rendus s'ils ont été volés.

Le droit de propriété lui-même n'est pourtant pas un bien puisqu'il ne permet pas au propriétaire de parvenir à la satisfaction de ses besoins.
Seul le bien possédé - et donc contrôlé - le permet.
Si un propriétaire se fait voler son bien, le perd ou le détruit par inadvertance, même si son droit de propriété subsiste, le besoin ne peut plus être satisfait.

Böhm-Bawerk a remarqué, en outre, que si les droits de propriété étaient des biens, alors le propriétaire et possesseur d'un bien aurait toujours deux biens, le bien lui-même et le droit sur ce bien.
On assisterait donc à une multiplication par deux, tout à fait injustifiée, du nombre de biens.

De même, le droit d'auteur n'est pas un bien : ce sont les sommes qu'il rapporte (s'il en rapporte) qui sont des biens, et ainsi de suite.

. la notion de « bien public ».
Les socialistes se vautrent dans la notion de « bien public », notamment depuis les travaux de Samuelson (1954).

Un bien est dit « public »
- si le fait qu'un individu le consomme ne réduit pas la consommation de ce même bien par les autres individus (principe de non-rivalité) et
- si aucun individu ne peut être exclu de sa consommation (principe de non-exclusion).

Ce type de bien est aux antipodes du bien privé qui, lui, est rival et exclusif.

Rothbard (1962, p. 884-885) a proposé une critique de la notion de bien public dans la perspective autrichienne.

Bref, chose, valeur, bien, richesse ou fortune, c'est la même réalité.


4. La marchandise, autre exemple de "valeur".

Toute marchandise – chose échangée ou échangeable par les gens - qui a été cernée par l’intelligence de la personne, a aussi reçu le nom de "valeur" ...

La valeur ... d'échange qu'est la marchandise s'oppose à la valeur d'usage d'autres choses.


Dans son 
Cours d'économie politique (1896-97), Pareto s'était opposé à Ricardo ou à Marx en ces termes:

« K. Marx dit aussi fort bien :
"La marchandise est d'abord un objet extérieur, une chose qui par ses propriétés satisfait des besoins humains de n'importe quelle espèce.
Que ces besoins aient pour origine l'estomac ou la fantaisie, leur nature ne change rien à l'affaire."

Mais il oublie aussitôt que cette propriété qui dépend de la « fantaisie» ne peut être que subjective, [...]. »(Pareto, 1896-97).


La marchandise est donc un objet ... subjectif.

Fondamentalement, tout service est une marchandise.

… 2. On ne conçoit pas que des hommes puissent vivre quelque temps rapprochés les uns des autres, sans pratiquer l'échange des choses et des services :
mais de cet acte naturel, et pour ainsi dire instinctif, il y a loin à l'idée abstraite d'une valeur d'échange, qui suppose que les objets auxquels on attribue une telle valeur sont dans le commerce;
c'est-à-dire qu'on peut toujours trouver à les échanger contre des objets de valeur égale.

Or, les choses auxquelles l'état des relations commerciales et les institutions civiles permettent d'attribuer ainsi une valeur d'échange, sont celles que, dans le langage actuel , on désigne communément par le mot de richesses ;
et si nous voulons nous entendre en théorie, il convient d'identifier absolument le sens du mot de richesses avec celui que présentent ces autres mots valeurs échangeables. […]

3. Il faut bien distinguer
- l'idée abstraite de richesse ou de valeur échangeable, idée fixe, susceptible par conséquent de se prêter à des combinaisons rigoureuses,
- d'avec les idées accessoires d'utilité, de rareté, d'appropriation aux besoins et aux jouissances de l'homme, que réveille encore, dans le langage ordinaire, le mot de richesses : idées variables et indéterminées de leur nature, sur lesquelles dès lors on ne saurait asseoir une théorie scientifique.» (Cournot, 1838, p.29)


a. le débat entre "échange direct" et "échange indirect".

Il y a des choses que les gens ont échangées entre eux directement, c'étaient des marchandises.

Il y a aussi des choses que les gens ont échangées entre eux, mais indirectement, en faisant intervenir un intermédiaire des échanges qui est lui-même une "marchandise".

Les « marchés conclus » entre au moins deux personnes témoignent, à la fois, des marchandises échangées et de leurs prix.

Ils cachent des échanges synallagmatiques ou des échanges de marché (entre une offre et une demande de marchandises de deux populations).

b. Marchand et non marchand.

Les marxistes s'efforcent de faire croire qu'il existe des valeurs marchandes et d'autres qui ne le seraient pas sans donner d'explication non idéologique.

Le fait est qu'une chose non marchande est pour son propriétaire une chose qu'il juge avoir un coût d'échange trop élevé.

c. Le débat entre "chose échangée" et "chose échangeable".

Il y a des choses que les gens ont échangées, à savoir des marchandises.

Il y a aussi des choses échangeables (cf. Pareto) ...

. L'avenir attendu . vendabilité . pouvoir d'achat . échangeabilité.
Pour autant que les choses sont produites en grand nombre, il faut s'attendre à ce qu'elles soient vendables, achetables (pouvoir d'achat), échangeables dans l'avenir, soit qu'il s'agisse des mêmes soit des nouvellement produites.

Echangeabilité et liquidité sont deux façons de parler de la même réalité qu'est la marchandise ... sinon que l'échangeabilité insiste sur l'avenir alors que la liquidité est davantage, à la fois, neutre ou éternelle.

Pour autant que ces choses existent en petit nombre, leur échangeabilité est discutable.

Face à la chose jugée unique, il existe différentes techniques de marché pour les échanger ...


Bref, valeur ou marchandise, c'est la même réalité.


5. Objet matériel ou service, exemples de "valeur".

Il a sauté aux yeux de certains économistes que la valeur qu'était la chose, réunissait en fait deux valeurs de nature différente, à savoir l'objet matériel ou le service, cela quand le savant économiste ne confondait pas chose et "objet", comme, par exemple, Antoine Augustin Cournot:

« 2. On ne conçoit pas que des hommes puissent vivre quelque temps rapprochés les uns des autres, sans pratiquer l'échange des choses et des services :
mais de cet acte naturel, et pour ainsi dire instinctif, il y a loin à l'idée abstraite d'une valeur d'échange, qui suppose que les objets auxquels on attribue une telle valeur sont dans le commerce;
c'est-à-dire qu'on peut toujours trouver à les échanger contre des objets de valeur égale.» (Cournot, 1838, p.29)


Ainsi, tout objet, élément matériel ou corporel de la nature, qui a été cerné par l’intelligence de la personne, a été une valeur.
Il a reçu ce nom de "valeur" d'au moins une personne.
Au nombre des objets matériels dénommés, il y a, par exemple, aussi différents soient-ils, ce qu'on dénomme « capital » ou « monnaie » …

Tout service, autre élément de la nature, autre fait de la réalité, mais diamétralement opposé à l’objet matériel car non matériel ou incorporel, qui a été cerné par l’intelligence de la personne, a reçu le nom de "valeur"  dès lors que celle-là en recevait une, de sa part (cf. ce texte de février 2014).

Reste que, pour des économistes, objet matériel et service ne sont pas a priori indépendants l'un de l'autre.

Selon certains, le service est, à la fois, un produit de l'un ou des uns et un consommé de l'autre ou des autres.

Un objet matériel se voit parfois obtenir des gens, des services qu’il produit.

Et un service cache aussi, à son tour, un objet matériel que possèdent des gens.

Il y a une relation, à la fois, d'unité et de causalité, entre objet matériel et service que coiffe leur rassemblement.

Seule l'ignorance de chacun peut cacher l'un ou l'autre comme dans le cas de la notion de "capital humain" de la personne.

a. (Droit de) propriété, exemple de service.

Ces notions cachent la notion de (droit de) "propriété"...

Les droits de propriété ne sont jamais que des relations immatérielles entre les acteurs économiques et les choses.

b. Le travail, exemple de service.

Au nombre des services dénommés "valeur", il y a le "travail" … cher à certains économistes...

« On a remarqué depuis longtemps, et avec raison, que le commerce proprement dit, c'est-à-dire le transport des matières premières et ouvragées d'un marché sur un autre, en ajoutant à la valeur des objets transportés, crée des valeurs ou des richesses, tout comme
- le travail de l'ouvrier qui extrait les métaux du sein de la terre , et
- celui de l'artisan qui leur donne une forme appropriée à nos besoins.» (
Cournot, 1838, p.29)

En relation avec le "travail", des économistes se sont moqués de tout cela, vraisemblablement faute de connaissance, à l'exemple de Debreu qui n'a pas hésité à écrire dans son ouvrage de 1959 sur la Théorie de la valeur que:

"Le premier exemple d'un service économique sera le travail humain.
Sa description est celle de la tâche accomplie [...]" (Debreu, 1959)

Pour Gérard Debreu (1959), Théorie de la valeur (Axiomatique de l'équilibre économique), Dunod, le travail humain était donc un service, résultat de la tâche accomplie et, par conséquent, envisagée ex post.
Tacitement, ce résultat était une valeur, mais n'était pas évoqué e, tan que telle
Ce qui était pour le moins une erreur.

Le travail n'est pas une valeur pour certains économistes ! 

« K. Marx dit aussi fort bien : [...]
et c'est la cause principale de l'erreur,
qu'il a en commun avec Ricardo,
de placer l'origine de la valeur dans le travail ;
ce qui est proprement confondre le but avec le moyen. » (Pareto, 1896-97, § ).


Pour une fois, Pareto s'est mal exprimé:
la marchandise est un objet subjectif..., un but,
l'origine de la valeur n'est pas dans le travail,... un moyen.

c. Les promesses (titres de créances/dettes) ... , exemples de service.

Au nombre des services dénommés "valeur", il y a la notion de "promesse de chose" dont conviennent les gens.

La notion de "promesse..." cache la notion de "titre de dette" de l'un et de "titre de créance"  de l'autre, dont sont convenus de disposer les gens les uns sur les autres.
Ce qu'on dénomme "finance" recouvre ainsi les dettes et créances.

d. L'information, exemple de service.

Au nombre des services dénommés "valeur", il y a la notion de l'information.

Elle est apparue au XXème siècle à partir de considérations des sciences physiques (comme l’émission, la transmission et la réception).

Elle est, le cas échéant, synonyme de données mi-matérielles, mi-immatérielles de la nature ...

e. La chance de gain ou le risque de perte, exemples de service.

Au nombre des services dénommés "valeur", il y a la chance de gain ou le risque de perte, ainsi que leurs "primes".

Ils sont apparus plus anciennement à partir de considérations mathématiques (fin XVIIème siècle).

Bref, "valeur", objet matériel ou service, c'est la même réalité ...


6. Produit ou facteur de production, autres exemples de "valeur".

a. Valeur et produit.

J.B. Say (1815) a eu l'occasion de distinguer deux types de "valeur" donnés aux choses par les gens, à savoir la valeur proprement dite et le "produit":

"Les choses auxquelles on a donné de la valeur ne prennent-elles pas un nom particulier?

Quand on les considère sous le rapport de la possibilité qu’elles confèrent à leur possesseur d’acquérir d’autres choses en échange, on les appelle des valeurs ;
quand on les considère sous le rapport de la quantité de besoins qu’elles peuvent satisfaire, on les appelle des produits." (Say, 1815


b. Production et méthode.

Say en a déduit ce qu'il fallait entendre par les mots "'produire" et "production":

"Produire, c’est donner de la valeur aux choses en leur donnant de l’utilité ;
et l’action d’où résulte un produit se nomme Production." (Say, 1815


Par la suite, la production va représenter la technique de relation de causalité entre les produits et les facteurs de production.


7. Ce qu'on a dénommé "monnaie", autre exemple de "valeur".

Il est majoritairement oublié que Say avait expliqué qu'étant donné l'échange - sous-entendu "indirect" de choses en propriété à quoi il se réfèrait implicitement ... -:


"La monnaie n’est pas le but, mais seulement l’intermédiaire des échanges [...]

Elle entre passagèrement en notre possession quand nous vendons ;
elle en sort quand nous achetons, et va servir à d’autres personnes de la même manière qu’elle nous a servi." (Say, 1815, p.49).


a. Les intermédiaires des échanges.

Sans acte d'échange ou avec échange direct (troc), pas d'intermédiaires des échanges, pas de monnaie.
Sans monnaie, au mieux des actes d'échanges directs, des prix relatifs et des quantités de ces échanges, au pire pas d'échange direct ... ni de comptabilité (cf. texte de juillet 2016).

Ainsi, en tant qu'intermédiaire des échanges, ce qu'on dénomme "monnaie" (CQDM) est une valeur.

Avec ce qu'on dénomme "monnaie" comme intermédiaire des échanges, les actes d'échanges sont devenus "indirects", ils ont fleuri ainsi que les comptabilités.

La notion de "valeur" ne doit donc pas cacher les notions d'"échanges indirects" et d''"intermédiaire des échanges" qui sont à juxtaposer aux valeurs que sont les marchandises et qui ont conduit aux prix et quantités échangés de l'égalité ou de l'équilibre économique, ils en sont synonymes approximatifs.

Le fait est que, dans le passé, l'acte d'échange a été amoindri par l'intelligence humaine.
En sont résulté l'échange indirect et l'intermédiaire de l'échange, deux façons de parler de la même réalité du nouveau type d'échange.

Dans certain cas, les gens découvrent qu'ils ne peuvent pas échanger directement comme ils le désirent, mais seulement indirectement.

L'échange indirect va de pair avec un intermédiaire des échanges transféré d'une personne à une autre, telle est leur découverte.

Un intermédiaire des échanges n'est pas un moyen d'échange, sauf à confondre intermédiaire et moyen..., mais un élément de l'échange indirect qui lui est, pour les gens, un moyen de changer de situation.

b. Organisation ou institution...

L'échange indirect ou l'intermédiaire des échanges ne doit pas cacher une organisation ou une institution dont il procède.

Mais certains ont considéré que tout cela procédait de la durée (cf. ci-dessous §13)...

 La monnaie a aussi reçu une valeur originale que lui ont donnée, chacun,  les gens ... (depuis la valeur intrinsèque de Cantillon jusqu'au "bitcoin" https://fee.org/articles/what-gave-bitcoin-its-value/ ).

c. Réserve de valeur.

"Valeur", la monnaie est aussi, pour certains, une "réserve de valeur".
Je laisse de côté le faux propos.


Bref, valeur, échange indirect ou intermédiaire des échanges, monnaie, c'est encore la même réalité.


8. La quantité de quoi que ce soit, autre exemple de "valeur".

Toute quantité (ou nombre) de choses qui a été mesuré par l’intelligence de la personne, n'est jamais qu'un type de valeur de plus ...

… « Tout ce que l'homme peut mesurer, calculer, systématiser, finit par devenir l'objet d'une mesure, d'un calcul, d'un système.

Partout où des rapports fixés peuvent se substituer à des rapports indéterminés, la substitution s'accomplit en définitive.
C'est ainsi que s'organisent les sciences et toutes les institutions humaines.» (Cournot, 1838, p.29)


a. La quantité de travail.


S'agissant de la mesure des services dénommés, longtemps, la "quantité de travail" a été une grande façon de définir la "valeur".

Reste que la "quantité de travail" n'est jamais, d'abord, qu'une évaluation de sa réalité par la personne qui lui soit propre.

Mais comment, précisément, les économistes mesurent-ils une quantité de travail ?

En tant que service, le travail n'a pas de quantité!

La notion de "quantité de travail" a été réduite, sans raison, par des économistes  depuis le XVIIIème siècle, puis des sociologues depuis le XIXème siècle, aux notions de "temps", de "durée", de "durable"…, notions mesurées par le physicien ou le statisticien et leurs instruments.

A défaut, la notion de "nombre d'emplois" est venue suppléer, au XXème siècle, aux absurdités de la notion de "quantité de travail" face au mur où celle-ci se trouvait.

b. La quantité de monnaie.

Say a écrit :


"Pourquoi évalue-t-on plutôt les choses par la quantité de monnaie qu’elles peuvent procurer, que par toute autre quantité ?

Parce qu’en raison de l’usage que nous faisons journellement de la monnaie, sa valeur nous est mieux connue que celle de la plupart des autres objets ;
nous savons mieux ce que l’on peut acquérir pour deux cents francs, que ce que l’on peut obtenir en échange de dix hectolitres de blé, quoique au cours du jour ces deux valeurs puissent être parfaitement égales, et par conséquent composer deux richesses pareilles." (p.10)


En d'autres termes, Say a défini ainsi, économiquement, la valeur par la quantité de monnaie contre quoi elle a été échangée.

Ce point a été oublié, sa logique est pourtant indiscutable :

"Quel but se propose-t-on quand on échange sa marchandise contre une somme de monnaie ?

On se propose d’employer cette monnaie à l’achat d’une autre marchandise ;
car la monnaie ne peut servir à aucune autre fin qu’à acheter." (p.48)


Ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui (acronyme "CQDAMA") et à tort, reste un intermédiaire des échanges.

c. La quantité d'information.

S'agissant de la mesure des services en quantité ou nombre, là encore dénommés, il y a la "quantité d'information" - et la fameuse "valeur de l'information"...

Mais comment est mesurée une quantité d'information ?

d. Un rapport/taux de quantités (ou de nombres) de choses.


Tout rapport ou taux de deux quantités (ou nombres) de choses calculé par une personne, est encore un nom donné à la "valeur" dès lors que ...

On peut aussi parler de la "quantité unitaire" d'une chose dans l'autre.

C'est, en particulier, le cas quand l'autre quantité est ce qu'on dénomme "monnaie".

A sa façon, le taux ou rapport de deux choses rend compte d'un "entre" (intervalle, intermède, intermédiaire, entrepreneur, entreprise, entremetteur, entremise).


Et tout cela, c'est encore la même réalité.


9. Un prix, autre exemple de "valeur".

Pour beaucoup de gens aujourd'hui, la valeur de quoi que ce soit, c'est d'abord son prix en monnaie ... imaginé ou passé !

Le prix est tacitement un rapport ou taux, un entre deux quantité (ou nombre) de marchandises convenu entre deux personnes ou deux populations de personnes (offre et demande de marché).

Quand l'échange de choses entre personnes a abouti, quand le taux d'échange de deux marchandises a été convenu par celles-ci, qu'il s'agisse de l'échange synallagmatique ou de celui du marché, tout cela a donné lieu à un prix et à une quantité de marchandises.

a. Prix relatif.

Tout rapport ou taux d'une quantité (ou nombre) de marchandise dans une autre par au moins deux personnes, peut recevoir le nom de "valeur" dès lors que le taux d’échange est convenu et donc cerné ...

Au lieu de "valeur", il est surtout question de sa dénomination "prix relatif" (cf. Pareto).

b. Prix en monnaie d’une marchandise.

C'est le taux d'échange convenu de deux marchandises, dont une "monnaie, par au moins deux personnes,

Le prix en monnaie de l'échange direct nécessairement synallagmatique est différent de l'échange indirect, synallagmatique ou de marché.


« Valeur » est le nom donné à tout rapport ou taux d'une quantité (ou nombre) de marchandise en monnaie par deux personnes ou deux populations dès lors que le taux d’échange est convenu et cerné ...

Au lieu de "valeur", il est question, dans le domaine courant, de sa dénomination "prix en monnaie".

Le "prix en monnaie" d'une marchandise n'est jamais qu'une façon de parler aussi de sa "quantité de monnaie unitaire" convenue, c'est-à-dire de la monnaie "équivalente" à la marchandise.

En relation avec le "travail", le "prix en monnaie" est dénommé "salaire".

. le prix en monnaie n'est jamais que de la monnaie...
Selon Mises :

« Les prix ne sont pas mesurés en monnaie,
ils consistent dans de la monnaie. » (Mises, 1953, p. 664) (1).
_________
(1) Mises, L. von (1953), « Remarques sur le traitement mathématique des problèmes de l'économie politique , Studium Generale, décembre, pp. 662-665 (traduit de l’allemand par François Guillaumat).
_________


Je n’en veux pour preuve que ce que disait Menger de la notion de « monnaie» (article de 1892 intitulé « La monnaie, mesure de la valeur » et écrit en français):


"Ayant cependant reconnu que les rapports d’échange sont déterminés
- non par un mesurage de valeur quelconque,
- mais par le rapport de l’offre à la demande,
il nous reste à expliquer comment les prix sont fixés par ce rapport et sans mesure préalable." (Menger, 1892).

Menger était en partie à côté de la plaque quand il écrivait:

"L’échange ne réclame aucun mesurage préliminaire.
Des biens ont été troqués longtemps avant que la monnaie servît d’intermédiaire dans les échanges ».

Il semble ignorer ce que Pareto a expliqué à partir du "contrat".

Dans le cas d'un marché, échange indirect, relisons encore Carl Menger:


" L’ancienne théorie repose sur l’idée que l’égalité des valeurs est la considération qui domine dans l’échange.
Or, une supposition semblable contredit diamétralement les intentions réelles des trafiquants.
Ni l’un ni l’autre ne songent à échanger valeur égale contre valeur égale :
le but qu’ils poursuivent, c’est de satisfaire leurs besoins, chacun aussi complètement que le permettent les ressources dont il dispose.

Généralement, l’échange ne se produit que lorsque chacune des parties croit y trouver un moyen d’améliorer sa position économique.

Les gens qui font affaire ne se soucient absolument pas d’échanger
- des unités égales,
- des quantités de travail égales,
- des frais de production identiques,
- « des biens égaux en valeur économique », ou
- « les égales quantités de valeur d’usage renfermées dans les produits échangés »,
- ni rien de semblable.

S’ils nourrissaient un tel dessein, ils auraient assurément quelque peine à le réaliser.
Mais ils n’y songent point, loin de là.

Ils échangent pour leur profit économique, et l’avantage réciproque est également la considération qui détermine la quantité des biens échangés.

L’échange ne réclame aucun mesurage préliminaire.

Des biens ont été troqués longtemps avant que la monnaie servît d’intermédiaire dans les échanges.
Alors, à coup sûr, les traficants n’interrogeaient que leurs besoins, les quantités dont ils disposaient et l’importance qu’ils attribuaient aux objets échangeables pour leur train de vie et pour celui d’autres ménages.

L’emploi des métaux comme intermédiaire a rendu le commerce plus facile et donné plus de précision aux calculs économiques, mais il n’a pas changé la nature du trafic.

De nos jours encore, l’effort de chacun pour satisfaire ses propres besoins, aussi complètement que le permettent les circonstances, est la cause déterminante
- non seulement du fait de l’échange en lui-même,
- mais de la fixation des prix.

Le but des gens qui font affaire sur les marchés est
- d’inscrire un gain au chapitre de leurs recettes, et
- pour celui de la dépense, de se procurer le plus de satisfaction possible en troquant argent contre marchandise.

L’achat et la vente sont l’une des formes principales sous lesquelles se manifeste l’universel désir de gagner et d’améliorer sa position.

L’argent est devenu l’intermédiaire de l’échange, mais s’il sert à mesurer les prix, c’est uniquement dans le sens que nous venons de marquer.

Le mobile du troc est le profit,
mais aussi les quantités, qui s’échangent l’une contre l’autre, sont fixées par l’avantage subjectif des deux sujets [3].
___________________
[3] Voir mes Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, Vienne, 1871, p. 172.
___________________

On serait tenté de faire une exception pour le cas où les contractants ne font pas de prix eux-mêmes, mais échangent des quantités déterminées au prix du marché.

L’importance de ce genre d’affaires est vraisemblablement pour beaucoup la source de l’erreur que nous combattons.

Mais dans ce cas exceptionnel lui-même, l’échange n’a pas pour base
- la mesure de certains quantum de valeur, mais
- le prix qui s’est établi sur le marché sous l’empire des mobiles que nous venons de rappeler, chacun de ceux dont le concours a formé ce prix ne poursuivant que son propre avantage." (Menger, 1892).

Et cela avait conduit Pareto à définir CQDM à partir des prix des marchandises :

« Une marchandise en laquelle s'expriment les prix des autres marchandises, est un numéraire ou une monnaie:
- le numéraire se distingue de la monnaie en ce que la monnaie intervient matériellement dans les phénomènes économiques, et
- le numéraire n'intervient pas matériellement [...]» (Pareto, 1896-97, §269)



. réglementation de ce qu'on a dénommé "monnaie" (CQDM).
CQDM n'est pas politique et n'a rien à voir, au départ, avec les considérations réglementaires qui l'ont frappé.

Il a été réglementé dans le passé, mais beaucoup plus qu'auparavant à partir de la décennie 1930, sans aucune raison, par les hommes de l'état et ceux-ci croient les gérer, malgré leur grande ignorance sur le sujet ...

Les hommes du non état, eux, ont accepté la réglementation et ne savent plus en quoi il consiste.

Depuis lors, ils n'ont plus la capacité d'échanger leur substituts de monnaie bancaires en monnaie-or ou -argent au prix convenu au départ...

. Falsification de la (quantité de) CQDM.
L'échange ne saurait être une fin dont CQDM serait le moyen comme cela est souvent dit.

La réglementation de CQDM a contribué à la falsification de (la quantité de) CQDM.

c. Prix des objets matériels et prix des services.

Reste que prix des objets et prix des services ne sont pas a priori indépendants l'un de l'autre.
Tout prix d'objet se voit obtenir des prix de services que leur donnent les gens et tout prix de service cache les prix des objets en propriété des gens.
Il y a une relation d'identité entre prix d'un objet et prix du ou des services que coiffe tout prix de chose.
Ainsi, le salaire cache un prix de patrimoine de la personne.
Seule l'ignorance cache l'un ou l'autre de ces prix.

d. Un taux d'intérêt.

Le prix en monnaie d'un titre financier ne doit pas cacher le taux d'intérêt de celui-ci, autre exemple de "valeur".

Quand le titre financier est "à revenu fixe", il existe une relation fixe entre prix et taux d'intérêt.

Reste que chacun peut trouver un "intérêt", "valeur" pécuniaire ou non pécuniaire, dans une chose et en déduire un taux d'intérêt.


Et tout cela, c'est encore la même réalité.


10. Utilité ou ophélimité de (quantité de) quoi que ce soit, autre exemple de "valeur".

Toute utilité ou ophélimité, notion de théorie économique, d'une chose qui a été cernée par l’intelligence de la personne, est une "valeur" dès lors que ... (cf. Say, 1815 et ce texte de novembre 2015) :

… "Comment donne-t-on de la valeur à un objet ?

En lui donnant une utilité qu’il n’avait pas." (Say, op.cit., p. 10)

Plus encore que la "valeur" - si on peut dire... -, l'utilité est nécessairement subjective.

a. Le coût.

Le coût donné à quoi que ce soit par la personne est une façon de parler de l'utilité et donc de la "valeur".

Le coût des échanges est à distinguer du coût de l'intermédiaire des échanges, a fortiori du coût de ce qu'on dénomme "monnaie" qui en est une forme.

b. Un rapport/taux d'utilités/ophélimités de quantités de choses.

Tout rapport ou taux de deux utilités/ophélimités de (quantités ou nombres de) choses ou marchandises mené par au moins deux personnes, est un exemple de "valeur" dès lors que ...

On peut aussi parler de l'"utilité unitaire" d'une quantité dans une autre.
C'est, en particulier, le cas quand l'autre quantité est ce qu'on dénomme "monnaie".

C'est ainsi que, pour des économistes, quoique différentes, "quantité" et "utilité" renvoient l'une à l'autre, et à la valeur.


11. Utilité/ophélimité, marginale ou élémentaire, de quoi que ce soit, autre exemple de "valeur".

« Valeur » est tout nom donné à une utilité (ou ophélimité), élémentaire ou marginale de (quantité ou nombre de) quoi que ce soit par une personne.

a. Valeur subjective ou objective?

L'objectivité, chère à des gens tel Jacques Monod, ne saurait l'affecter.

Et Vilfredo Pareto avait insisté dans son Cours d'économie politique (1896-97) sur le point en introduisant le mot "ophélimité" dans l'économie politique et en le préférant au mot "utilité" qui pouvait sembler "objectif".

Comme Say, Pareto s'était intéressé à la valeur définie par l'utilité, mais en distinguant l'utilité subjective et l'utilité objective, ce que n'avait pas fait Say.
Selon Pareto:

"82. Une autre grande classe de théories met la source de la valeur dans l'utilité.
Cette conception est développée par J. B. Say. [... ]

Il est difficile, en bien des cas, de se rendre compte si les économistes veulent parler
- de l'utilité subjective (ophélimité), ou
- de l'utilité objective.

Quand ils portent leur attention spécialement sur ce sujet, ils les distingent, mais bientôt ils les confondent.
C'est là, à proprement parler, outre l'omission de la considération des quantités, le défaut de cette classe de théories.

J. B. Say a pourtant très bien vu le caractère subjectif de la valeur;
il dit:
'La vanité est quelquefois pour l'homme un besoin aussi impérieux que la faim.
Lui seul est juge de l'importance que les choses ont pour lui et du besoin qu'il en a.'" (Pareto, op.cit. §82)


b. les taux ou rapport des échanges de quantités/utilités marginales de choses.

« Valeur » est le nom donné à tout rapport ou taux de deux utilités (ou ophélimités), élémentaires ou marginales, de (quantités ou nombres de) choses par au moins deux personnes dès lors que ...

Si ce taux ou rapport d'utilités/ophélimités porte sur des marchandises, le taux ou rapport convenu peut être encore dénommé … "prix relatif".

S'il fait intervenir des marchandises et de la monnaie, le taux ou rapport convenu peut être encore dénommé … "prix en monnaie".

c. le prix, taux d'échange convenu de deux utilités marginales de marchandises (depuis au moins Pareto).

Il peut s'agir autant du prix de l'échange synallagmatique entre deux personnes que celui de l'échange de marché entre deux populations de gens (entre l'offre et la demande...).

Dans les deux cas, il s'agit d'une "valeur", taux ou rapport entre deux utilités marginales de marchandises convenu par les parties (personnes ou populations de gens).


12. Remarque : quid du "temps" ou de la "durée".

Même si elles ont été introduites en économie politique, les notions de "temps" ou de "durée" n'y sont pas des "valeurs", mais des notions qu'ont pris en considération des savants d'autres sciences, discutées ou discutables.

Ces notions de temps ou de durée ont été transposés en économie politique, sans raison fondamentale...

Certes, Ludwig von Mises a évoqué la rareté du temps et la nécessité de l'économiser (1985 [1949], p. 107), et
Murray Rothbard considéré le temps lui-même comme un bien puisque, selon lui, il constituait un moyen indispensable à toute action (1962, p. 11).
La réflexion sur la prise en compte du temps par la théorie de l'action humaine tient une grande place dans l'école autrichienne.

Mais "temps" et "durée" sont deux notions de telle ou telle mathématique (statistique) ou des sciences physiques, chimiques, etc., mal définis, non définies en fait par quelque science que ce soit (cf. Etienne Klein :
* Le temps existe-t-il?
https://www.youtube.com/watch?v=4lf9xFKoT8Y
* Est-on certain que le temps passe ? https://www.youtube.com/watch?v=8nGjId_b23A ).


13. "Facts do not speak…"

Reste que toutes ces notions, éléments de la nature, faits de la réalité, ne parlent pas.

Comme l'a expliqué Mises (1949) avec raison, il faut les faire parler.

Et Mises de les avoir expliqués à l'aide ... de théories qui consistent dans ce que les historiens de la pensée économique marxistes ont dénommé "économie autrichienne"! 







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