Paris, le 18 mai 2017.





1. De la loi économique.


Ce qu'on dénomme "loi d'offre" ou "loi de demande" en économie politique n'est jamais qu'une façon de parler de deux relations hypothétiques qu'au XIXème siècle se sont donnés, ou à quoi sont parvenus par leur seule raison, des économistes.

Ces relations n'ont rien de juridique, mais tout de la raison de ceux qui les ont proposées.


Malgré cela, contre toute attente, maints fossoyeurs de la pensée économique s’opposent à l’existence de ces relations dénommées "lois".

Et, malheureusement, ils sont écoutés en grand nombre (par exemple, comme l’ont fait apparaître les débats lors de la dernière élection présidentielle en France, mai 2017, et leurs références permanentes aux chiffres de l’I.N.S.E.E.).


2. Des lois de causalité.

Ces lois sont des relations de causalité, quoique de nature mathématique, entre une quantité de marchandises et un rapport ou taux d'échange de la quantité de marchandises à une quantité de marchandise autre.

Rappelons que, si l'on en croît Vilfredo Pareto, la notion de "taux d'échange" est à imputer à Stanley Jevons (cf. Pareto, 1896-97, §74).

"Le terme taux d'échange a été introduit dans la science par Jevons (Money and mechanism of exchange)."(ibid.)


Etant donné les lois, si le taux d'échange varie, alors la quantité de marchandise varie, et non pas l'inverse.


Une des deux relations est monotone croissante, c'est la loi d'offre de marchandises: si le taux d'échange est supposé varier dans un sens, l'offre varie dans le même sens.

L'autre est monotone décroissante, c'est la loi de demande: si le taux d'échange varie dans un sens, la demande varie dans le sens contraire (cf. graphique 1).

                                  Graphique 1



3. L'équilibre du marché.

Troisième hypothèse : elle est encore d'ordre géométrique ou algébrique.
Elle consiste à dire que les lois se coupent en un point (géométrie analytique) ou qu'elles ont un point d'égalité (algèbre).

Le point en question définit la notion que des économistes ont dénommé "équilibre du marché".
Elle est caractérisé par le taux d'échange et la quantité de marchandises correspondants.

Dans ce cas de l'équilibre du marché, nos économistes ont d'ailleurs dénommé "prix" le "taux d'échange".

"Nous emploierons plus souvent le terme prix d'une chose en une autre chose.

Le prix de B en A est la quantité de A qui est échangée contre l'unité de B.
C'est le taux d'échange, quand on prend pour unité la quantité de B.

Le taux d'échange, le prix nous apparaissent donc comme une conséquence du phénomène de l'échange.
Ils sont la résultante de l'échange, et ne pourraient exister sans ce phénomène."(ibid.)


On ne peut que regretter qu'aujourd'hui, la distinction entre taux d'échange et prix ait été oublié et qu'on ne parle plus que de prix


Si l'autre quantité de marchandises du taux d'échange est quelconque, on parle de "prix relatif".
Si elle est une quantité de monnaie, on parle de "prix en monnaie".


4. L'élasticité-prix de la loi d'offre.

Une autre hypothèse qui a été introduite par certains économistes a consisté à s'intéresser à l'élasticité-prix infinie de la loi d'offre, quel que soit le taux d'échange (cf. ce billet de décembre 2016),

L'élasticité-prix est une notion physico-mathématique.

Ils l'ont interprétée comme une "concurrence pure et parfaite" du marché considéré (cf. graphique 2).

                                  Graphique 2



La conséquence en a été que l'intersection de la loi d'offre et de la loi de demande définît la quantité de marchandises d'équilibre, le prix étant identifié au taux d'échange particulier de la loi d'offre.


Soit dit en passant, nos économistes auraient pu aussi l'interpréter comme un "prix réglementé"... mais ils ne l'ont pas fait.

Reste qu'il y a une grande différence entre les deux interprétations : la réglementation du prix cache des coûts rarement évoqués alors que la concurrence pure et parfaite n'en cache aucun ... (cf. ce billet de janvier 2017).



5. L'approche mathématique des lois.

L'instigateur de la démarche précédente des lois d'offre et de demande de marchandises semble avoir été Antoine Augustin Cournot (1801-1877), en particulier, dans son livre de 1838 intitulé Recherche sur les principes mathématiques de la théorie des richesses (cf. ce billet d'octobre 2016 , celui-ci de décembre 2016 ou celui-ci de novembre 2015) où il fait intervenir tous ces éléments.

Et ses successeurs se sont chargés de faire vivre les hypothèses, à leur façon, en y ajoutant d'autres hypothèses (par exemple, sur la stabilité de l'équilibre).


6. Autres hypothèses additionnelles.

En particulier, tel Léon Walras (1834-1910), ils ont créé des "marchés", les ont juxtaposés les uns aux autres et ont fait des hypothèses sur les relations qu'ils imaginaient, sur l'économie de marchés.

Deux grandes écoles ont d'ailleurs vu le jour :
- celle de Walras et de ses successeurs qui, depuis le XIXème siècle, ont fait intervenir « n marchés » et
- celle de John Maynard Keynes et de ses successeurs qui, depuis la décennie 1930, ont préféré un petit nombre de marchés, c'est la théorie macroéconomique (cf. ce texte de Lawrence H. White).


7. La démarche contraire.

D'autres économistes ont suivi le chemin contraire de celui initié par Walras.

Ils se sont donnés le ou les équilibres de marché - ... de l'économie de marché -, ont repris les notions d'offre et de demande de marchandises et en ont déduit des hypothèses sur les relations définissant les uns et les autres (par exemple, dépendance mutuelle).

Et c'est ainsi qu'à les en croire, des économistes ont débusqué dans les lois d'offre et de demande de marchandises des considérations économiques particulières (par exemple, coût de production moyen ou marginal pour la loi d'offre et utilité marginale ou moyenne pour la loi de demande).


8. La démarche des gens de l'I.N.S.E.E.

Exemplaire a été aussi la démarche des gens de l'I.N.S.E.E. (depuis sa création en 1946) qui sont allés au-delà des hypothèses précédentes, sans le savoir ou en le sachant.

Ils ont considéré que la science était mesure avant d'être méthode et mis la méthode économique sous la cloche de la mesure ou bien, si on préfère, l'emploi des mots sous celui de chiffres, ceux de la comptabilité nationale.

En effet, ils ont identifié les nombres des statistiques dont ils avaient reçu le monopole de l'établissement et qu'ils obtenaient (cf. ce texte de février 2010), à ces équilibres et aux relations qu'ils en avaient déduit.

Ils en ont tiré de soi-disant explications économiques du type "la consommation augmente l'activité économique et l'emploi" ou du type "les exportations augmentent l'activité économique et l'emploi".

Et les politiques ou les journalistes n’hésitent pas à reprendre leurs propos pour soi-disant expliquer la conjoncture...


Folles thèses, foutaise.





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