Paris le 27 juin 2017




1. Trois notions télescopées.

Au moins trois notions chères à l'économiste se télescopent, aujourd'hui, pour le pire, dans l’esprit des gens, à savoir le temps (ou la durée), le travail et la monnaie.

Ces notions ont en commun de n’être pas définissables ou de ne pas avoir de quantité évaluable ou mesurable par l'être humain.

Mais des statisticiens et certains comptables, sans y insister, font comme s'ils pouvaient les définir, évaluer ou mesurer et les gens de les interpréter dans la foulée comme si de rien n'était.

a. Le temps ou la durée.

Contrairement à ce qu'on croît, les savants non économistes ne définissent pas le temps ou la durée (cf. Etienne Klein, par exemple, " que savons-nous du temps " 2006, ou " le temps existe-t-il " 2007).

Soit dit en passant, ce qui laisse à penser que le temps ou la durée ne peut pas recevoir de valeur économique de la personne, en quantité ou en utilité.

Reste que néanmoins les savants mesurent avec des instruments qui leur sont propres les notions qu’ils en déduisent comme, par exemple, les notions de « vitesse » et d’ « accélération »...


N'oublions jamais que ce serait Adam Smith (1723-90) qui aurait vu dans la "matérialité" et la "durée" de la chose le point de départ de l'économie politique qu'était la "théorie de la valeur",
- si l'on en croît ce qu'a écrit en 1850 Frédéric Bastiat (1801-50) (cf. ce billet de mars 2017) et
- si on n'oublie pas qu'il n'a pas été démenti, mais qu'au contraire, son propos a été renforcé par la suite, par Vilfredo Pareto (1848-1923) en particulier, fin XIXème siècle, avant le désert du XXème siècle sur le sujet comme en témoignait Louis Baudin en 1947 :

"8° Il reste à examiner les théories marginalistes, synthèse moderne de la valeur-utilité et de la valeur-rareté ;
ce sont elles qui, en raison de leur importance, feront l'objet des paragraphes suivants.[...]

Depuis Aristote, la plupart des économistes ont distingué la valeur d'usage et la valeur d'échange (Adam Smith, Ricardo, Stuart Mill),
d'autres ont multiplié les valeurs :
- valeur d'usage concrète et valeur d'usage abstraite (Wagner),
- valeur subjective et valeur objective (Böhm-Bawerk),
- valeur de matière,
- valeur de forme,
- valeur de lieu,
- valeur de temps (Knies),
quelques-uns n'ont au contraire admis qu'une sorte de valeur:
- valeur d'usage (Rossi) ou
- valeur d'échange (Courcelle-Seneuil) ( 1 ).
(1) F. Oulès: Rapport au Comité d'initiative pour le Comité d'initiative pour le Vocabulaire international de la Science économique., mot "Valeur", pp. 3 et suiv.

Nous retiendrons seulement la distinction entre valeur d'usage et valeur d'échange.

La première est une estimation subjective, individuelle, l'expression d'une affinité entre un homme et une chose (2).
2) John Laird, The idea of value p.317.

Elle ne se confond pas avec l'utilité, car chacun de nous, pour émettre une appréciation, tient compte à la fois de l'utilité et de la « désutilité » (effort, peine, coût).

La deuxième semble objective, mais elle n'est jamais que le résultat du heurt de désirs et de moyens individuels.
Elle est distincte du prix, comme nous l'avons noté dans l'introduction.

Certains biens ont une grande valeur d'usage et une faible valeur d'échange, par exemple un médiocre portrait de famille, d'autres ont une faible valeur d'usage et une grande valeur d'échange, tel un aliment sucré pour un diabétique.

Précisons le caractère subjectif de la valeur d'usage.

Pierre juge une automobile préférable à un piano, Paul juge un piano préférable à une automobile ;
c'est parce que les préférences ne concordent pas que l'échange se fait et que chaque partie trouve bénéfice à le faire.

La monnaie ne change pas l'aspect du phénomène, elle représente une automobile pour le vendeur de piano, un piano pour le vendeur d'automobile.

Pierre, qui possède le piano, n'a pas à savoir si le désir qu'il a d'acheter une automobile est supérieur à celui que Paul peut avoir d'acheter un piano.
Peut-être Pierre, étant à la fois musicien et sportif, désire-t-il plus ardemment que Paul les deux objets à la fois, peut-être en tirera-t-il plus grand profit, mais il importe peu.
Pierre peut tirer parti du piano mieux que Paul, pourtant il le lui cède parce qu'il préfère encore l'automobile au piano.
La comparaison s'établit, en somme, pour Pierre, entre le piano réel qu'il possède et l'automobile virtuelle qu'il pourrait posséder; pour Paul, entre l'automobile réelle qu'il possède et le piano virtuel qu'il pourrait posséder.
Il n'existe aucun lien entre ces deux comparaisons (1).
(1) Il n'existe aucun lien direct, mais une certaine opinion commune peut déterminer à la fois les jugements de Pierre et de Paul.
Ces remarques ne sont pas autre chose que la transposition sur le plan individuel de la théorie ricardienne des coûts comparés en matière de commerce international, sous cette réserve que Ricardo regardait le coût comme base de la valeur

En nous plaçant ainsi sur le terrain subjectif, nous évoquons l'origine humaine de tous les phénomènes d'échange :
c'est l'homme qui donne au bien immatériel son caractère de richesse ;
son désir rompt l'« état d'indifférence» qui existe entre la chose et lui (Simmel).

Nous sommes dès lors à même d'examiner comment chacun de nous établit sa courbe d'offre et de demande, en partant de ce postulat que nous agissons conformément à notre désir (2).
(2) I. Fisher : Mathematical Investigations, p. 11.
La valeur des marchandises est régie par la valeur des besoins» (Von Wieser: Der natürliche Werth, p. 5).


Nous disons « désir » et non « plaisir », car le premier n'aboutit pas forcément au second ;
dans la majorité des cas, il implique une croyance, un espoir d'adaptation d'une action à un but ;

exceptionnellement, il peut même recéler sa propre satisfaction, l'état de désir déterminant une jouissance propre supérieure à celle que peut fournir une réalisation immédiatement proche de la satiété.

L'examen des désirs nous fait pénétrer dans la vie intérieure du sujet, là où germent toutes les valeurs ;
il nous dégage des attractions extérieures prises pour point de départ par bien des utilitaires et nous ramène dans le champ de la conscience.

Non seulement les notions chrématistiques anciennes s'évanouissent, mais l'homme vivant, réel, avec ses croyances, ses faiblesses et ses erreurs, devient le centre des phénomènes ;
son désir est l'indication d'une direction donnée à son activité, cette direction peut être logiquement absurde ou moralement désastreuse.
La fin ne nous importe pas ici.

La seule condition exigée est le pouvoir du désir d'imprimer une orientation, en un mot la capacité d'extériorisation (3).
(3) C'est une effectivité, mais d'ordre psychique.
Nous réservons le mot effectivité à l'effectivité matérielle, c'est-à-dire au désir soutenu par des moyens d'achat.

Tous les désirs, quels qu'ils soient, peuvent prendre place dans cette liste :
- désirs politiques (1),
(1) M. Ansiaux: Les besoins politiques, Mélanges H. Truchy, p. 10.

- désir de puissance, désir de domination (2),
(2) R. Maunier : Sociologie coloniale, passim.

- désir de dévouement,
- désir de prestige ... ,

mais à la condition que tous aient leur point d'application dans les biens matériels et se traduisent par la recherche d'un profit.
L'utilisation ultérieure de ce profit importe peu.

Nous désirons des objets, par exemple, afin d'en faire don à des oeuvres charitables et nous les achetons au plus bas prix possible.

Par contre, si nous entendons faire cette charité en offrant au vendeur un prix supérieur à celui qui résulte de la loi de l'offre et de la demande (cas d'une vente de charité), nous sortirons du cadre de notre exposé actuel.


Nous parlons de désirs et non de besoins, car l'emploi de ces termes a causé une grande confusion en économique.


Le mot besoin semble impliquer, à tort ou à raison, une nécessité qui doit être satisfaite à tout prix.
Les besoins vitaux sont heureusement limités et les autres prétendus besoins sont des désirs que l'homme peut réfréner.

En confondant besoins et désirs, on revêt malencontreusement les seconds du caractère impératif que seuls possèdent les premiers.

Il ne faudrait pas croire que la valeur d'usage, étant subjective, reste cantonnée dans le domaine de la psychologie et n'ait pas à être estimée par des tiers.
Elle peut être mise en cause par les tribunaux lorsque règne une économie dirigée et que le prix taxé est manifestement arbitraire.

C'est bien alors la valeur d'usage qui apparaît conforme à la réalité.

Il faut la prendre directement en considération, puisque la valeur d'échange s'est écartée d'elle." (Baudin, 1947, pp. 37-40).



En effet, au même moment, des économistes, essentiellement mathématiciens, ont appliqué à l’économie politique de nouvelles mathématiques qui excluaient des notions économiques antérieures comme celle d’ « utilité marginale ».
La notion d’ « équilibre économique » devenait ainsi une valeur (cf. G. Debreu, (1959), Theory of Value (An Axiomatic Analysis of Economic Equilibrium).

Ils confortaient la démarche des récents économistes émigrés aux Etats-Unis qui y développaient le socialisme (cf. Lange et alii).

On sait la suite qu’on supporte aujourd’hui.

b. La quantité de travail.

Pour leur part, les savants économistes définissent la notion de « service » mais ils ne cherchent pas à l’évaluer ni n’ont aucun moyen de la mesurer.

Malgré cela, des statisticiens économistes ont fait le choix de mesurer la quantité de travail, service par excellence, par le temps (la durée), celui de l'horloge, de la montre ou d'autres instruments non économiques.


Remarquons que le temps (la durée) n'étant pas ou n'ayant pas de valeur économique, ce qu'on en déduit, comme la quantité de travail ou, mieux encore, comme le nombre d’emplois, ne saurait a priori recevoir de valeur économique...

Mais on l’oublie…
Et les politiques se chargent d’en donner de fausses…

c. La quantité de monnaie.

Dans le passé, des économistes avaient suivi la vulgate qui mesurait la quantité de l'intermédiaire des échanges, qu'était la monnaie, par une ou plusieurs unités physiques (or, argent, etc.).

Depuis le XXème siècle, les hommes de l'état ont choisi de les leur(faire) abandonner en créant, à la place, des réglementations, sans raison ...

Curieusement, ce qu’on a continué à dénommer abusivement "monnaie » a perduré.
On se serait attendu à ce que la monnaie disparût...


2. La quatrième notion.

A ces notions problématiques, on peut en ajouter une quatrième, essentielle, à savoir l'"ignorance" ou la "connaissance" de chacun.

En général, le savant, l'homme de science, ne prend pas en considération dans l'action de recherche qu'il mène, sa condition humaine qu'est son ignorance limitée sur la réalité.

Il dit en faire abstraction comme si ce qu'il découvrirait ou inventerait en serait indépendant ...
Admettons-le un instant.

a. Le savant et ses connaissances limitées.

On ne peut que convenir que tout savant, tout homme de science, ne saurait tout connaître de la réalité.

Le propre d'un savant est de faire des recherches - originales - dans des domaines qui l'intéressent.

S'il était supposé tout savoir, il n'aurait rien à rechercher ?
Sachant tout, il ne saurait désirer en savoir davantage encore ! 
Le propos est insensé.


Le savant est lucide sur une partie des connaissances de la réalité, celle qu'il a choisie de développer et dans l'approfondissement de quoi il s'est engagé.


Le savant vise à augmenter, à accroître les connaissances ... et certains savants y parviennent et proposent des connaissances nouvelles, type d'informations.

b. L'explication du comportement du savant.

Dans Science et méthode (1908), Henri Poincaré a proposé tacitement une explication du "comportement du savant" ou de son action.

Selon Poincaré, le savant est d'abord conscient de son ... infirmité d'esprit qu'il considère être un obstacle à son action, à ce qu'il fait et qu'on peut identifier à ses connaissances limitées.

Il admet que sont abondants les faits de la réalité parmi quoi, en tant que savant, il doit effectuer des choix et mener ses recherches dans une partie d'entre eux.

Son esprit est infirme car celui-ci ne saurait dominer cette abondance, mais seulement s'y inscrire pour une part.

Face à l'abondance des faits que la réalité recouvre et qui s'offre à lui, l'homme de science doit choisir :
1 - une méthode des faits, puis
2 - les faits eux-mêmes
pour tenter de les étudier ou de les expliquer.

Au nombre des méthodes, il y a, par exemple, tel ou tel domaine des mathématiques, telle ou telle mathématique.

Selon Poincaré, la méthode doit primer sur les faits.

Mais, ce qui est le plus souvent suivi et regretté par Poincaré, c'est la démarche inverse qui veut que les faits priment sur la méthode ...

c. La science.

Les commentateurs ne sauraient séparer la "science" des "savants" comme ils le font trop souvent.

La science n'existe pas sans les savants.
Les savants sont le point de départ de la science, celle-ci n'existe qu'à cause de ce qu'ils ont fait et des résultats ... qu'ils ont obtenus.

La science n'est jamais qu'un vaste ensemble de résultats de l'action des savants qui ont amoindri, effectivement ou potentiellement, l'ignorance de tout un chacun sur la réalité.

En d'autres termes, la science ne tombe pas du ciel comme aurait tendance à le faire croire bon nombre d'auteurs mais elle est l'effet de l'action humaine.

d. Les connaissances nouvelles, des informations.

Une fois l'action des savants sur la connaissance partielle de la réalité jugée réussie, le fait est qu'il y a augmentation des connaissances, il y a des connaissances nouvelles.

Celle-ci donne lieu à "informations", autre notion permettant de dénommer les nouvelles connaissances obtenues ...


3. L'action de la personne, étant données ses connaissances limitées.

Savant ou non, on sait (connaissance) ou on ne sait pas (ignorance).

En pratique, dans le meilleur des cas, on déduit des connaissances de l'ignorance où on se trouvait hier, après avoir employé une ou plusieurs méthodes.

. L'apprentissage.

 L'une des méthodes possibles est l'apprentissage.

"On apprend à connaître" disaient des philosophes de la Grèce antique.

On déduit de l'ignorance où on se trouve, par apprentissage, des connaissances nouvelles.

Les connaissance nouvelles obtenues s'avèrent ainsi être des limitations de l'ignorance.

En amont de l'apprentissage, il y a en effet l'ignorance de la réalité dont on est conscient, mais pas de son étendue ou de sa quantité ou de sa masse...
Il y a aussi la capacité d'action dont on dispose et dans quoi on peut voir un "patrimoine" ou des "richesses" ou un "capital humain" ...

On dira que la capacité a permis que l'apprentissage amoindrisse l'ignorance d'icelle ... et la rende "connaissance" de la réalité au travers des informations que la personne en a tirées et qu'elle peut faire connaître.


4. Le savant économiste.

Dans le passé, longtemps, la démarche des savants économistes a été de faire l'hypothèse de la "certitude" sur la réalité.
Le savant était ainsi aussi certain que les gens dont il s'occupait !
Ce qu'il disait allait de pair avec l'accent mis sur les résultats des concepts observés, ex post.

Mais tout cela n'avait guère de significations.

Depuis quelques décennies, le savant suppose dans les travaux qu'il mène en sciences économiques qu'autrui qu'il considère, est "incertain".

Mais il est muet sur les raisons qui l'amènent à faire cette hypothèse et les caractéristiques de l'incertitude qu'il se donne, sinon son arbitraire.

Aujourd'hui, en théorie, le savant est aussi incertain sur la réalité que les gens qui l'intéressent.

Et ces incertitudes ne sont pas comparables.

Soit dit en passant :

"Swedish economists such as Myrdal and Lindahl pioneered the distinction between ex ante (expected) and ex post (actual) events." (Lamberton, 1971)


En vérité, Lamberton avait la mémoire courte.
Par exemple, Gilles Deleuze a eu l'occasion de rappeler dans un livre intitulé Le pli. Leibniz et le baroque qu'Aristote avait introduit l'alternative.


Le savant économiste se distingue des autres savants par sa science, l'économie politique à quoi il s'adonne:

"La science à laquelle on donne le nom d'Économie politique, et, qui a si fort occupé les esprits depuis un siècle, est aujourd'hui plus répandue que jamais."

Ainsi s’exprimait déjà Antoine-Augustin Cournot (1801-73) dans la préface de son livre intitulé Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses (1838).

F
ort que l'économie politique fût un ordre naturel, il pouvait dans ce livre exprimer algébriquement et géométriquement les lois d'offre et de demande des marchandises.

Ces lois étaient des relations qu'il supposait exister entre, d'un côté, quantités de marchandise des populations et, de l'autre, prix en monnaie de la marchandise (cf. texte d'octobre 2016).


Un siècle plus tard, dans une préface à un livre de Louis Baudin intitulé La monnaie et la formation des prix, Henri Truchy écrivait :

« L'économie politique est, depuis quelques années, un grand laboratoire où se poursuivent, et souvent dans un beau désordre, de multiples expériences.

Moins heureux que les observateurs adonnés à d'autres sciences, les économistes ne conduisent pas les expériences à leur gré et selon un plan méthodique ;
ils les prennent telles que les circonstances les leur offrent, à l'état brut, formées d'éléments divers dont le triage est difficile à faire." (Truchy, 1947, p.vii).

Rien n'a changé depuis lors mais une chose est certaine : malgré ce qu'en disent certains, l'économie politique n'a pas pour domaines
- ni les fonctions prêtées aux choses par les gens,
- ni l’organicisme,
comme beaucoup le croient.

Malheureusement, les propos de ces derniers sont eux-mêmes crus.

Exemplaire est ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui où fleurissent dans les discours les "fonctions de la monnaie" (cf. ce texte récent de la B.C.E.).
Ces notions sont inexactes.

a. Certitude et incertitude.

Malgré l'étendue de l'ignorance inconnue des gens sur la réalité, variable selon l'un ou l'autre et ignorée en particulier par le savant économiste, ce dernier peut néanmoins vouloir gérer la réalité ou feindre de la gérer.

Il s'avère que, dans ce cas, les notions d'ignorance et de connaissance sont laissées de côté au profit des notions de certitude et d'incertitude, de certain ou d'incertain.

Par exemple, les savants économistes de ce qu'on dénomme la "théorie des jeux" ne s'intéressent pas à l'ignorance, à leur ignorance de la réalité ou à celle des joueurs sur celle-ci.
Ils font intervenir la certitude et l'incertitude.


On sait avec certitude ou avec incertitude (question de degré de la connaissance ...).

Depuis quelques décennies, les savants économistes s'intéressent à l'incertitude qu'ils donnent aux gens, à leurs comportements.

Pour la caractériser, ils font intervenir force de probabilités, de variables ou de processus aléatoires qui ne sont jamais en réalité qu'une certitude déguisée, certes "compliquée", supposée des gens cibles.

L'incertitude fondée sur ces éléments n'est pas synonyme d'ignorance, ni de connaissance, mais d'une certitude accommodée mathématiquement, source de l'incertitude ...


L'incertitude n'a rien à voir avec l'ignorance des savants ni avec celle que les savants donnent aux gens. 

L'incertitude, voire la chance de gain ou le risque de perte, de la personne sur la réalité ou sur tel ou tel fait, n'est qu'une forme d'hypothèses déduites de la certitude.


De même qu'en pratique, la connaissance, le connu, résulte de l'ignorance, de l'inconnu, et des actions des gens visant à l'amoindrir, de même, en théorie, l'incertitude résulte de la certitude, elle en est une complexification logique ...

Mais il n'y a pas de parallèle à établir entre, d'un côté, ignorance et connaissance et, de l'autre, certitude ou incertitude, les relations n'étant pas de même nature.

b. L'échange de marchandises.

L'échange de (droits de propriété sur les) marchandises par les gens est le phénomène premier à quoi doit s'intéresser le savant économiste.

Pour parler d'échange, il faut au moins faire intervenir deux personnes, de besoins/désirs opposés, et qu'elles se rencontrent,

Pour parler de "marché conclu", il faut que les personnes se soient accordées.

Cela cache, d'un côté, deux ignorances à surmonter, en pratique, par les gens qui, de l'autre, s'ajoute à la troisième qui recouvre les connaissances limitées du savant économiste qui veut en parler ...


Dans une réalité où il a introduit, expressément ou non, comme hypothèse de sa théorie, sa certitude sur la réalité où il se trouve et où il suppose qu'il se trouvera dans l'avenir, il croît à tort qu'il lui est loisible d'étudier les décisions des gens qu'il a supposées incertains.
Tout cela nous situe dans l'erreur.

Les propos de ce type, par exemple, sur la notion de prix que peut tenir un savant économiste sont nuls et non avenus.

Le "marché conclu" est en effet caractérisé par le taux d'échange et les deux quantités de marchandises convenus.
Rien ne justifie de privilégier les prix sur les quantités...

Dans ce cas, le taux d'échange des marchandises est dénommé "prix" (cf. ce billet de février 2016 ou "prix d'équilibre" d'une marchandise dans l'autre.

Quand le "prix" est en monnaie, on parle aussi de la quantité de monnaie unitaire convenue (cf. Mises, 1953).

Mais peu importe.

c. Les informations.

Dans une réalité où le savant économiste n'a pas exclu de sa théorie son ignorance partielle sur celle-là, à savoir sur les choses prises en nombre, quantité, utilité ou coût, etc., il peut en arriver à dire que la notion de "prix en monnaie des marchandises" observés a informé tout un chacun sur la réalité, et, en particulier, a amoindril'ignorance de la réalité où il se trouvait.

Mais la relation entre la notion d'information (les connaissances nouvelles) et l'hypothèse sur l'ignorance partielle du savant économiste ne peut qu'être heuristique et amène l'économiste positiviste à la laisser de côté.






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