Paris, le 28 juillet 2017.




Depuis la seconde moitié du XIXème siècle, communistes et socialistes tendent à détruire tous les efforts de la pensée économique menés par les hommes pour développer la science qu'est l'économie politique, en particulier en France, mais aussi ailleurs (cf. ce billet d'octobre 2016).

Tout ce qui constitue de la science dans l'économie politique y est passé à la guillotine par leurs soins, peut-on dire, et cache sa véritable réalité.


1. La valeur.

N'oublions jamais que le point de départ de l'économie politique a été, à partir du XVIIIème siècle, la théorie de la valeur et que, par "valeur", il fallait entendre six types différents de théorie (cf. ce billet de mai 2017), à savoir:

… 1. les choses (animées ou inanimées);
2. les objets et services (au nombre des services, 
    le travail);
3. les produits et facteurs de production (au
    nombre de quoi, le travail, le capital,
    les matières premières, les ressources
    naturelles ...).
4. les marchandises et leurs intermédiaires
    (au nombre de quoi, ce qu'on a dénommé
    "monnaie");
5. les quantités de telle ou telle des éléments
    précédents;

6. les prix en monnaie observés des éléments
    précédents (ou, si on préfère, les quantités
    unitaires de monnaie convenues observées
    ou les taux d'intérêt).



Aujourd'hui, ce ne sont plus que des bribes de ces éléments qui sont pris pour des "valeurs".

Le sont ainsi essentiellement les "prix", à commencer par ceux qui parlent de la "bourse des valeurs"... ou des marchés financiers.

Les "quantités d'objets" en général, la "quantité de monnaie" en particulier (pour ne pas parler de la "masse monétaire"...), ne sont plus considérées telles alors qu'elles l'étaient au départ !

Et Marx et ses amis ont mis l'accent sur la seule quantité qu'était le "travail", à l'exclusion de tous les autres éléments.


2. L'utilité.

Comme si la multiplicité de la notion de "valeur" ne suffisait pas fin XVIIIème-début XIXème siècle, J.B. Say (1767-1832) (de pair avec Bentham) a cru bon d'introduire la notion d''utilité" en économie politique comme "valeur" que la personne donnait à la chose dont elle était propriétaire ou dont elle voulait le devenir.

A la question de J.B. Say :

"Comment donne-t-on de la valeur à un objet?" (Say, 1815 , p. 10)

la réponse était:

"en lui donnant une utilité qu'il n'avait pas".

Très précisément, Say expliquait :

"qu'entendez-vous par l'utilité ?

J'entends cette qualité qu'ont certaines choses de pouvoir nous servir, en quelque manière que ce soit." (ibid.)

Et, dans son Cours d'économie politique (1896-97), près d'un siècle plus tard, reprenant Say, Vilfredo Pareto (1848-1923) a d'ailleurs pu s'opposer explicitement à un propos de Karl Marx (1818-83) en ces termes:

« K. Marx dit aussi fort bien :

"La marchandise est d'abord un objet extérieur, une chose qui par ses propriétés satisfait des besoins humains de n'importe quelle espèce.
Que ces besoins aient pour origine l'estomac ou la fantaisie, leur nature ne change rien à l'affaire."

Mais il oublie aussitôt que cette propriété qui dépend de la « fantaisie» ne peut être que subjective [...].» (Pareto, 1896-97).

La valeur, qu'est l'utilité, est subjective et comparable aux six types de valeur cités ci-dessus qui, eux, semblent, à certains, à tort, être objectifs...

Et c'est le faux débat à l'initiative des marxistes entre valeur subjective et valeur objective... dont s'est libéré Pareto en introduisant la notion d'"ophélimité".

Reste l'apparition au XXème siècle d'un autre type de valeur, à savoir le "coût d'opportunité" qui prend en considération ce qu'on est prêt à abandonner pour obtenir ce qu'on espère...

Les économistes dits "autrichiens", classés ainsi par on ne sait trop qui à la suite des divers travaux de Carl Menger (1840-21), n'ont fait que reprendre ce qu'avait écrit Say pour insister expressément sur la valeur donnée par chacun aux choses qui l'intéressaient.


3. Les mathématiques.

De son côté, en 1838, Antoine Augustin Cournot (1801-72) s'est fait fort de mettre en relations mathématiques les valeurs qu'étaient les quantités de choses, objets ou services, produits ou facteurs de production, marchandises et intermédiaires de marchandises, et les prix en monnaie de celles-ci, leur quantité de monnaie unitaire supposée.

Il a surtout mis l'accent sur les quantités de marchandises et leur prix.

Dans ce but, il a distingué la notion de quantité d'offre de marchandises d'une population et la notion de quantité de demande de marchandises d'une autre population ...

Il en a déduit l'égalité de l'offre et de la demande de marchandises ou, si on préfère, l'équilibre du marché.

Quelques décennies plus tard, Menger a repris la notion de "taux d'échange" de Stanley Jevons pour désigner le rapport de l'offre et de la demande de marchandises et introduit celle de "prix" pour dénommer l'accord, l'égalité.

Soit dit en passant, les mathématiciens ont aussi introduit la notion de "temps" ... sans l'introduire pour parler des quantités de marchandises et des prix.
Autant en cinématique, la vitesse d'un mobile a une définition (rapport d'une distance parcourue à une durée), autant la distance parcourue en a une (géométrique ou topologique), autant la durée n'en a pas (cf. Etienne Klein).
Etant donnée la vitesse du mobile, sa dérivée est dénommée "accélération", sa primitive "distance parcourue" ...
Et Newton d'avoir été le premier à montrer que la force avait un effet sur l'accélération.
En l'espèce, par analogie, la force était double : l'offre et la demande et, à l'accord, elle devenait unique...


De tout cela, Marx et ses futurs amis n'ont eu que faire.


4. Retour sur la notion de "travail".

Le "travail" de la personne était donc jugé être, au XVIIIème et XIXème siècles, un élément de "valeur" ainsi que ce que des économistes dénommaient, sans autre précision, sa "quantité".

Rien à redire sur ce jugement si ce n'est qu'il est difficile de comprendre ce que peut être en pratique une quantité de travail.
Le travail n'étant jamais qu'une "prestation de service", qu'une forme de service de transformation, que peut bien être ce qu'on désigne par sa quantité ?

a. Le travail ne tombe pas du ciel ...

En théorie, l'homme agit, est action à condition d'en avoir les capacités que lui a données, sans le savoir ou en le sachant, l'économiste:

«Besoin, effort, satisfaction, voilà l’homme, au point de vue économique. […]

Son action se borne à soumettre les substances répandues autour de lui à des modifications, à des combinaisons qui les approprient à son usage ( J.-B. Say ).[…]

C’est par pure métonymie qu’on a attribué la valeur à la matière elle-même, et, en cette occasion comme en bien d’autres, la métaphore a fait dévier la science.» (Bastiat, 1850 http://bastiat.org/fr/echange.html)



b. "On ne fait rien sans rien".

L'homme agit, donne des "prestations de service" car il dispose d'un patrimoine plus ou moins ignoré ou méconnu (au nombre de quoi des informations ...) 

. patrimoine et travail.
Importe, et peut-être d'abord, le patrimoine de la personne ...

Si l'homme agit, a les capacités d'agir, c'est qu'il dispose d'un patrimoine, à savoir ce qu'il est, ses capacités en question, de quantité plus ou moins inconnue de lui comme d'autrui, dont il emploie la quantité, en le sachant ou non, qui en résulte.

En pratique, le patrimoine de l'homme n'a pas plus de quantité mesurée évidente que le travail ...

La valeur qu'est le travail de l'homme ne doit donc pas cacher le patrimoine (les talents, etc.)..., que celui-ci cache (sauf sous le nom de richesses ou de fortune...) et qui est une autre valeur.

Il en est de même de leur quantité.

Soit dit en passant, au regard des personnes A et B, le travail de A et le travail de B ne sont pas comparables... tout comme ne le sont pas le patrimoine de A et le patrimoine de B, ni l'utilité de A et l'utilité de B.

Il importe que tout travail soit approprié à une personne, à savoir celle qui mène la prestation de service.
Peu importent la production ou le facteur de production où il est inclut ou bien où des économistes l'incluent ...
Peu importent l'offre ou la demande qui l'ont en variable ...

c. La mesure du "travail" par sa "quantité".

Reste que la notion de "travail" de qui que ce soit n'est jamais qu'une forme de "prestation de service" qu'on peut envisager du point de vue de son propriétaire ou d'un autre point de vue.

Quand on met l'accent sur les seuls propriétaires, on peut dire que la quantité de travail résulte d'abord de l'offre et de la demande de travail, c'est-à-dire de l'échange offert et demandé par les gens.

Le taux d'échange d'une quantité de travail en monnaie est une notion mathématique synonyme de rapport, de type "division" ou "fraction" de quantités monnaie/travail ...

Le "prix du travail" est le "taux d'échange" convenu entre l'offre et le demande.


Quand on laisse de côté les propriétaires du travail et quand on fait intervenir les valeurs à quoi doivent donner lieu les prestations de travail, on peut établir des comparaisons entre elles.


Quand on laisse de côté les propriétaires du travail et quand on fait intervenir la "durée" ou la "longueur de temps" en relation avec les valeurs, on peut dire que les prestations de travail, leur transformation ciblée, peuvent être offertes ou demandées par la durée de travail des personnes.

Et, ainsi, la notion de "travail" en général a reçu des gens une quantité mesurée par la notion de "durée", de "longueur de temps".

d. Retour à la valeur.

A priori, la mesure pratique d'une quantité de travail est un problème économique général sans solution, sauf
- à abandonner la référence à son propriétaire,
- à envisager la valeur dont doit résulter la prestation de travail,
- à admettre les comparaisons de valeurs, et
- à établir une analogie discutable avec les sciences qui font intervenir la notion de "durée" sans la définir...


Etant donné ces difficultés de mesure pratique et comme pour les surmonter, les premiers économistes avaient fait référence en théorie, semble-t-il, à la notion de "valeur".

Ils donnaient aux choses animées, supposées ou non quantifiées, qu'étaient les prestations de travail, des "valeurs" qu'ils comparaient en pensée aux "valeurs" qu'ils donnaient aux choses inanimées et à leurs quantités non discutées, dénommées "objets".


5. Autre inexactitude.

En vérité, ne pas approprier le travail à une personne, mais à un groupe, à une classe, a été le début de la destruction de la notion de travail par Marx et ses disciples.
La massification néfaste a conduit au marxisme.

Elle a consisté
- à abandonner la référence du travail à son propriétaire,
- à envisager les valeurs à réaliser par les prestations de travail et
- à faire des comparaisons des travaux des gens sur la base des valeurs précédentes...

Ils ont eu beau jeu
- de donner une "valeur"...  au travail, au regard de la valeur que sa prestation doit réaliser, 
- d'établir des comparaisons entre le travail de A et le travail de B, au regard de cette réalité,
- de les additionner pour obtenir la quantité de travail totale.

Mais tout cela était inexact comme l'a expliqué Pareto (cf. ci-dessus) car la valeur n'était jamais objective, même si certains voyaient dans la valeur, un(e quantité d') objet...


6. Un dernier mot (provisoire).

Le travail est une prestation de service qui a été recouverte, pendant longtemps, par la notion de "valeur".

Il a un propriétaire.

Il n'a pas de quantité mesurable directement...
La notion de "valeur" qu'il est, ne saurait avoir une quantité mesurée par la notion de "durée" ou de "longueur de temps", lesquelles n'ont pas de définition dans aucune science, répétons-le...

On peut le mesurer par la valeur qu'il a permis d'obtenir, mais celle-ci n'est pas objective, mais subjective, avant d'être échangée, si elle doit être échangée.

Accepter tout cela, c'est le début de la démarxisation.







Retour au sommaire.