Paris, le 9 août 2009.



"Les échanges de marchandises de la France avec l'extérieur ont fortement baissé au premier semestre de 2009", nous a appris, cette dernière semaine, l'administration des douanes (cf. graphique ci-dessous).
 


                          Source : Ministère des finances.

En d'autres termes, moins officiels, les gens résidant en France ont beaucoup moins échangé avec les gens résidant dans les pays étrangers qu'antérieurement.

Par rapport à leurs homologues du second semestre 2008,
les exportations de marchandises sont passées de :

                                 € 200 milliards
à
                                 € 166 milliards ,

les importations de :

                                 € 226 milliards
à
                                 € 192 milliards

(cf. tableau ci-dessous).

                                                                            
Source : ibid.
                                                                            

Etant données les relations monétaires internationales actuelles, en particulier l'absence d'étalon monétaire depuis 1971, et les marchés financiers, peu importent néanmoins ces chiffres.


I. "Pourquoi prêter attention aux échanges extérieurs".

"Pourquoi alors prêter attention aux échanges extérieurs", s'exclameront certains ?

A coup sûr, pas pour faire valoir "l'arche sainte du protectionnisme", comme Vilfredo Pareto aimait à dénommer la balance commerciale, i.e. la mise en regard des exportations et des importations de marchandises, leur solde (cf. billet du 7 décembre 2008 intitulé "Le Péril socialiste" (recueil d'articles de Vilfredo Pareto) ), et comme s'épuisent à le faire certains ministres aujourd'hui comme hier, étant donnée leur ignorance, au moins apparente, de la question.

I.A. Tout nouvel impôt serait suicidaire.

La première raison est que les échanges extérieurs ne sont jamais qu'un indicateur approximatif des échanges intérieurs, rarement calculés, et moins approximatifs néanmoins que le "P.I.B. marchand" calculé par le monopole de production de données qu'est l'I.N.S.E.E. (1946).

En conséquence, leur baisse informe d'une baisse comparable des échanges intérieurs, sur quoi on ne saurait trop insister car les uns et les autres vont de pair avec la production, les revenus, les salaires, les bénéfices, etc.

On peut affirmer ainsi, dès à présent, qu'il y a eu au premier semestre 2009 une forte baisse des revenus en France. 
Les artifices de la comptabilité nationale ou de la comptabilité publique arriveront peut-être à la cacher en partie, mais pas en totalité.

Dans ces conditions, plus que jamais, tout nouvel impôt - du type de la "taxe carbone" sur quoi travaille Monsieur le créateur de la C.S.G. -  serait pure folie.


I.B. La situation française n'est pas originale.

Autre raison de l'attention à porter aux échanges extérieurs, la baisse actuelle de ceux de la France qui n'a rien d'originale.

La même semaine, un service de statistiques officielles allemand - l'Office fédéral de la statistique  - a informé du même mouvement en Allemagne.

Dans le billet intitulé "Echanges, monnaie et prix : soyons simples"  du 25 juillet dernier, j'avais, pour ma part, attiré l'attention sur la baisse des échanges extérieurs des Etats-Unis d'Amérique.


II. Un premier regard : les échanges extérieurs font aussi des "bulles".

Troisième raison, et au premier regard, les échanges de marchandises de la France avec l'étranger ont retrouvé une situation comparable à celle qu'ils connaissaient avant le second semestre de 2005 (cf. tableau ci-dessus).

Les exportations de marchandises s'élèvent à :

                      € 166 milliards
contre
                      € 183 milliards alors,

tandis que les importations de marchandises à :

                      € 192 milliards
contre
                      € 196 milliards alors,

sachant que les unes et les autres avaient graduellement augmenté depuis 2003 et qu'elles continueront de le faire jusqu'au premier semestre de 2008 (cf. graphique ci-dessous).



Source : ibid.


Prenant aussi en considération maintenant que les échanges extérieurs étaient restés stables de 2000 à 2003 (cf. tableau ci-dessus), on peut s'interroger sur les causes soit de la stabilité, soit de l'augmentation graduelle jusqu'au premier semestre 2008, soit du passage de la stabilité à l'augmentation.

S'agissant de l'augmentation, dès lors qu'on la juge finalement importante, voire excessive au premier semestre 2008, on peut voir dans celle-ci une dérive, une "bulle" qui a gonflé au point d'éclater au second semestre 2008.


II.A. Le phénomène de "bulle".

Un mot nouveau, le mot "bulle", est apparu récemment dans le vocabulaire économique à l’initiative, semble-t-il, des financiers, économistes ou non.

Le mot "bulle" est, en effet, à la mode depuis maintenant quelques années en finance et appliqué dans des secteurs aussi variés que l’immobilier (prix de l’immobilier), les marchés boursiers (les prix des actions cotées sur des marchés organisés) ou les marchés obligataires (prix des obligations).
Toute hausse de ces prix jugée excessive par leurs observateurs reçoit désormais le nom de bulle.

Le phénomène que désigne le mot "bulle" n’est en vérité, le plus souvent, qu’une partie d’un phénomène, d’une part, connu depuis longtemps en sciences économiques sous un autre nom et, d’autre part, envisagé d’une manière plus complète, en particulier dynamique et non pas statique comme tend à le faire comprendre le mot bulle.


II.B. Le phénomène d'« inflation ».

Le phénomène en question dont la "bulle" n’est qu’un élément a, en effet, donné lieu, dans le passé, à un concept économique, celui d’inflation.

L’inflation, c’est tout à la fois
- l’augmentation du volume de monnaie en circulation – un volume qui enfle continûment, "une bulle qui gonfle" -,
- l’augmentation qu'on retrouve dans les prix en monnaie des marchandises – on dirait aujourd’hui : "la bulle monétaire crée des bulles" - (effet Cantillon), et
- l’augmentation monétaire qui provoque l’augmentation de tous les prix en monnaie – "la bulle monétaire crée une grosse bulle générale" -.

Faut-il rappeler à cette occasion que les mots "enfler", "inflater" (fréquentatif du mot "enfler"), s’épandre ("prendre de l’expansion") étaient avant-hier autant de synonymes littéraires en relation avec le mot "inflation", pour dénommer une évolution d'une quantité, d’un volume – dans l'esprit de celui de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ... -.

L’inflation est ainsi, aussi,
- une dépréciation du "prix de la monnaie" nationale en monnaie étrangère quand un seul banquier central pratique l'inflation ;
- une augmentation du "coût de la vie" pour tout le pays.

Etant données les variations de prix en monnaie observables qu'elle provoque, l’inflation provoque encore et, à ce titre, est également une redistribution des patrimoines et des revenus qui transparaît dans
- le seigneuriage du banquier privilégié, émetteur de billet : il prend, en particulier, la forme d'un impôt sur les plus pauvres et à quoi ceux-ci ne peuvent échapper,
- les gains des débiteur à long terme à taux d’intérêt fixe,
- le découragement des épargnants, créanciers à long terme à taux d’intérêt fixe,
- le fossoyeur de la confiance dans la justice de la libre entreprise et
- la corruption de la morale publique et de la morale privée.

Les espérances morales inflationnistes.

Il reste que l’inflation a tous ces effets à une condition longtemps laissée de côté par les économistes.

On laisse de côté la condition quand on s’arrête aux variations de prix en monnaie observables, lesquelles appartiennent déjà au passé au moment de leur observation.

On la laisse de côté quand on ne prend pas en considération les conséquences des variations de prix sur chaque décideur, détenteur de monnaie de monnaie.

De deux choses l'une, il se forme, ou non, des espérances morales de prix en monnaie futurs supérieurs aux prix présents.
En d'autres termes, l'inflation donne, ou non, naissance à des espérances morales de prix futurs chez le décideur, détenteur de monnaie.

S'il ne se forme pas de telles espérances, la mise à l'écart de la condition n'est pas critiquable.
On a évidemment les conséquences décrites.

Il en est différemment s'il se forme de telles espérances.

Cette fois, de deux choses l'une, il se forme ou non des espérances morales de prix en monnaie futurs supérieurs aux prix qui se réalisent effectivement.

La condition est que les espérances morales de prix futurs sous-estiment les prix qui se réalisent.

Dans ce cas, les conséquences décrites se produisent en principe seulement.

Il reste que les prix  en monnaie futurs attendus peuvent ne pas rester en deçà de ceux qui se réalisent.

Dès lors qu’ils passent au delà, les conséquences citées s’inversent progressivement et vont tendre à disparaître, c'est la "désinflation".
On dira que chacun s’est immunisé contre les conséquences en particulier par l'intermédiaire des espérances morales


II.C. La confusion.

Le concept à quoi a donné lieu le phénomène complet de l'inflation a été tantôt dénaturé, tantôt déformé au XXème siècle, par des économistes, conseillers ou non du prince, ou par des non économistes, hommes politiques ou autres.

Au XXème siècle, des économistes ont en effet refusé le débroussaillage de la question de l’explication du phénomène de l'inflation par la théorie de la quantité de monnaie,
d’autres l’hypothèse de l’équilibre économique général,
d’autres encore celle d’un marché de la monnaie comparables aux autres marchés,
d’autres vont introduire des astuces du genre "inflation par la demande" ou "inflation par les coûts", "inflation importée", "inflation du prix du pétrole", etc.

A l’opposé, d’autres, ni dénatureur, ni déformateur de l'explication de l’inflation, vont tarder à prendre en considération toutes les conséquences néfastes en négligeant ses conditions juridiques, à savoir
1) le privilège de monopole d’émission de billets donné par le législateur à une banque B,
2) le privilège de monopole de dépôts de réserves des autres banques donné par le législateur à la banque B - qui recevra le nom de "banque centrale", et
3) l’obligation d’effectuer les paiements en la monnaie émise par la banque centrale B et les autres banques, imposée à tous.

Il faudra attendre, en particulier, la prise de position de Friedrich von Hayek dans la décennie 1970 avec son livret La dénationalisation de la monnaie pour qu'il en soit vraiment différemment.

Bref, l'inflation était devenue une espèce d'hydre, incompréhensible pour beaucoup de non initiés.


II.D. Les financiers.

Les financiers sont gens sages, ils savent qu’il n’y a pas de profit certain contrairement à ce que supposent les économistes dénatureurs ou déformateurs.

Ils savent aussi qu’ils gèrent des patrimoines dont ils sont responsables par ventes et achats de propriétés.
Cela les éloigne de l’idée de (faire) s’intéresser à ce que peuvent dire des économistes qui, conseillers ou non du prince, en toute irresponsabilité, ne font pas de différence entre, d’un côté, des achats ou des ventes de propriétés et, de l’autre, des vols légaux ou des dons - ce à quoi se résument les actions des hommes de l’Etat -.

Ils savent enfin et peut-être d’abord que, comme toute activité humaine, leur activité est coûteuse.
Selon tel ou tel, vouloir un peu, beaucoup, ou tout connaître sur un phénomène économique et les débats que son concept a suscités, n’en vaut pas la chandelle.

La solution à ce problème de dénaturation/déformation – qui s'est doublé aujourd'hui de considérations mathématiques -, qu’ont apparemment trouvée sur leur chemin les financiers, ignorants de la science économique ou imperméables à des débats sans fin sur un concept économique, et qu’ils lui ont donnée, a été : "il faut créer un mot, ce sera le mot 'bulle'".

Mais ce faisant, j’y insiste, ils se sont privés de connaissances acquises sur le phénomène par les économistes jusqu’à ces dernières années.

Bref, pour s'en sortir, ces dernières décennies, les financiers se sont forgés le mot "bulle".  Bien leur en a pris.

Et on peut considérer que les échanges extérieurs font aussi des "bulles".


III. Deuxième regard : la dérive de l'"arche du protectionnisme".

Au deuxième regard, la situation des échanges extérieurs de la France au premier semestre 2009 n'est pas comparable à celle qu'ils connaissaient avant le second semestre 2005 en raison de l'"arche du protectionnisme", i.e. de la différence arithmétique entre les importations et les exportations – différence dénommée aussi "déficit commercial" -.

En effet, au premier semestre 2009, le déficit commercial est double de ce qu'il était au second semestre 2005 après avoir augmenté graduellement.  Il est de :

                               € 25 milliards
au lieu de 
                               € 13 milliards

(cf. tableau ci-dessus ).

Je me permets d'insister : en tant que tels, les chiffres de l'"arche du protectionnisme" n'ont pas d'importance étant donné l'état actuel des relations monétaires internationales et du marché financier mondial.

En revanche, ils font apparaître une augmentation de l'arche depuis 2004, i.e. une divergence croissante des importations et des exportations de la France depuis cette date. 

Ce fait a, lui, une signification qu'il convient de rechercher et qui tient à la cause dont il est l'effet. 
Quelle est cette cause ?


IV. Troisième et dernier regard : que s'est-il passé en 2004 ?

Au troisième regard, les situations de 2009 et 2005 redeviennent comparables pour autant qu'elles s'inscrivent dans une tendance de déficits commerciaux croissants qui s'est concrétisée, pour la première fois, l'année 2004 et qui tranche avec,
grosso modo, l'égalité  - équilibre - des années 2000-2003.

Etant donnée sa brutalité, cette tendance a donc nécessairement une cause remarquable, ignorée aujourd'hui, qu'il convient de débusquer.

Que s'est-il donc passé d'extraordinaire en 2004 pour qu'apparaissent simultanément les deux tendances, à savoir :
- d'un côté, la "bulle" des échanges extérieurs,
- de l'autre, la divergence croissante des importations et des exportations de marchandises ?

Je ne répondrai pas à la question dans ce billet.

Mais, pour mettre en appétit le lecteur intéressé par la réponse, je le renverrai dès à présent au billet intitulé "La banque centrale européenne 'sort des clous'" du 26 mai 2009.
Dans ce billet, j'en étais arrivé à m'interroger sur l'année 2004 en relation avec ... la politique monétaire à moyen terme de la Banque centrale européenne (B.C.E.).

2004 apparaissait être l'année où la politique monétaire de la B.C.E. aurait profondément changé… (alors qu'en novembre 2003, Jean-Claude Trichet avait remplacé Wim Duisenberg en tant que président…)

2004 semble donc être aussi une année charnière pour l'économie française.

Bien évidemment, les deux questions sont liées, la France étant un des pays de l'euro
Elles ont nécessairement une seule et même réponse.

Je réserve son développement à un prochain billet.


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