Paris, le 18 octobre 2009.



1. "Comment les économistes ont-ils pu faire tant d'erreurs ?"


Paul Krugman a publié dans le New York Times du 2 septembre 2009 un long article intitulé "How Did Economists Get It So Wrong?" - "Comment les économistes ont-ils pu faire tant d'erreurs ?" -

Paul Krugman est chroniqueur du journal et lauréat du prix Nobel 2008 en sciences économiques.
Son dernier livre s'intitule The Return of Depression Economics and the Crisis of 2008 - Le retour de l'économie de la dépression et la crise de 2008.

L'article a huit sections, les sept premières ayant pour titres respectifs :

1. Prendre la beauté pour la vérité
2. De Smith à Keynes et retour
3. La finance panglossienne
4. Le problème de la macroéconomie
5. Personne n'aurait pu prévoir. . .

6. La chamaillerie sur la relance
7. Vices et frictions

La dernière section est explicite sur le message que veut faire passer Krugman puisqu'elle est intitulée :

                            8. Ré-embrasser Keynes

Voici la traduction que j'en ai faite.


2. "Ré-embrasser Keynes


"C'est pourquoi voici ce que je pense [c'est donc Krugman qui parle] que les économistes doivent faire.

Primo, ils doivent faire face à la réalité gênante que les marchés financiers sont bien loin de la perfection, qu'ils sont sujets à des illusions extraordinaires et à la folie des foules.

Secundo, ils doivent admettre - et cela sera très dur pour ceux qui riaient et chuchotaient à propos de Keynes - que l'économie keynésienne reste le meilleur cadre que nous ayons pour donner un sens aux récessions et aux dépressions.

Tertio
, ils devront faire de leur mieux pour intégrer les réalités de la finance dans la macroéconomie.

Beaucoup d'économistes vont trouver ces changements profondément troublants.
Un long temps, voire un temps sans limite, s'écoulera avant que de nouvelles approches plus réalistes de la finance et de la macroéconomie offrent le même genre de précision, de complétude et de beauté incomparable qui caractérise l'approche néoclassique toute entière.

Aux économistes qui auront une raison de s'accrocher au néoclassicisme, malgré son échec total, de donner un sens à la plus grande crise économique en trois générations.

Cela semble, cependant, comme un bon moment pour rappeler les mots de H.L. Mencken:
«Il y a toujours une solution claire à chaque problème humain - élégante, plausible et fausse».

Quand il s'agit du problème par trop humain des récessions et dépressions, les économistes doivent abandonner la solution élégante mais fausse de supposer que tout le monde est rationnel et que les marchés fonctionnent parfaitement.

La vision qui émerge tandis que la profession repense ses fondements ne peut pas être très claire ; elle ne sera sûrement pas élégante, mais nous pouvons espérer qu'elle aura l'avantage de dire au moins partiellement la vérité."


3. "La fondation ultime de la science économique : un essai sur la méthode".

Aux adeptes de l'école de pensée à quoi se rattache le prix Nobel 2008, je ne saurais trop conseiller la lecture du livre qu'a publié Ludwig von Mises en 1962 et intitulé The Ultimate Foundation of Economic Science. An Essay On Method - La fondation ultime de la science économique : un essai sur la méthode -.

L'ouvrage se compose d'une introduction et des huit chapitres suivants .

Quelques observations préliminaires sur la praxéologie
                    au lieu d'une introduction.
Chapitre 1: L'esprit humain
Chapitre 2: La base activiste de la connaissance
Chapitre 3: Nécessité et vouloir
Chapitre 4: Certitude et incertitude

Chapitre 5: De certaines erreurs populaires concernant le
                    domaine et la méthode de l'économie
Chapitre 6: Autres conséquences de la négligence de la
                    pensée économique
Chapitre 7: Les racines épistémologiques du monisme
Chapitre 8: le positivisme et la crise de la civilisation
                    occidentale



En particulier mérite une lecture attentive son chapitre 5 intitulé "De certaines erreurs populaires sur le domaine et la méthode de la science économique" dont les onze sections sont les suivantes :

1. La fable de la recherche
2. L'étude des motifs
3. Théorie et pratique
4. Les pièges de l'hypostase
5. Sur le rejet de l'individualisme méthodologique

6. L'approche de la macroéconomie
7. Réalité et jeu
8. Interprétation erronée du climat de l'opinion
9. La croyance à l'omnipotence de la pensée
10. Le concept de système parfait de gouvernement

11. Les sciences comportementales


Compte tenu de ce qu'a écrit Krugman, je ne saurais trop insister sur la section 6 intitulé "L'approche de la macroéconomie".

Je vous en propose une traduction ci-dessous tant la macroéconomie appliquée par les politiques ravage la réalité et a ravagé la science économique.

Et ce n'est pas fini… à en croire Krugman.

Voici le texte.


4. "L'approche de la macroéconomie"

"Les auteurs qui pensent avoir substitué, dans l'analyse de l'économie de marché, une approche holistique ou sociale ou universaliste ou institutionnelle ou macro-économique à ce qu'ils dédaignent comme l'"approche individualiste fallacieuse", s'illusionnent, eux et leur public.

Car tout raisonnement concernant l'action doit traiter de la valorisation et de l'aspiration à des fins définies, comme il n'y a pas d'action non orientée par des causes finales.

Il est possible d'analyser les conditions qui prévalent dans un système socialiste dans lequel seul le tsar suprême détermine toutes les activités et tous les autres individus effacent leur personnalité propre et se transforment virtuellement en de simples instruments aux mains des actions du Tsar.

Pour la théorie du socialisme intégral, il semble suffisant d'examiner seulement les évaluations et les actions du tsar suprême.

Mais si on traite d'un système dans lequel l'aspiration à des fins définies de plus d'un homme dirige ou affecte des actions, on ne peut éviter de retracer les effets produits par l'action à partir du point au-delà duquel aucune analyse des actions ne peuvent procéder, à savoir les jugements de valeur des individus et les fins qu'ils visent.

L'approche macro-économique s'intéresse à un segment arbitrairement choisi de l'économie de marché (en règle générale : une seule nation), comme s'il s'agissait d'une unité intégrée.
Tout ce qui se passe dans ce segment tient aux actions des individus et des groupes d'individus agissant de concert.

Mais la macroéconomie procède comme si toutes ces actions individuelles étaient en fait le résultat de l'opération mutuelle d'une grandeur macro-économique sur une autre telle grandeur.

[a. La distinction entre la macroéconomie et la microéconomie, intertitre de mon crû]

La distinction entre la macroéconomie et la microéconomie est, en ce qui concerne la terminologie, empruntée à la distinction de la physique moderne entre
- la physique microscopique qui traite des systèmes à l'échelle atomique, et
- la physique molaire qui traite des systèmes à l'échelle appréciable par les sens bruts de l'homme.

Elle implique que, idéalement,
- les lois microscopique suffisent à elles seules à couvrir tout le domaine de la physique,
- les lois molaire étant simplement une adaptation commode de celles-ci à un problème particulier, mais survenant fréquemment. La loi molaire apparaît comme une version condensée et expurgée de la loi microscopiques.*
[* A. Eddington, The Philosophy of Physical Science (New York and Cambridge, 1939), pp. 28 ff.]

Ainsi, l'évolution qui a conduit de la physique macroscopique à la physique microscopique est vue comme un progrès faisant passer d'une méthode moins satisfaisante à une plus satisfaisante pour traiter les phénomènes de la réalité.

Ce que les auteurs qui ont introduit la distinction entre la macroéconomie et la microéconomie dans la terminologie traitant des problèmes économiques avaient dans l'esprit est précisément le contraire.

Leur doctrine implique que la microéconomie est une façon peu satisfaisante d'étudier les problèmes en jeu et que la substitution de la macroéconomie à la microéconomie se ramène à l'élimination d'une méthode peu satisfaisante et à l'adoption d'une méthode plus satisfaisante.

Le macroéconomiste se trompe si, dans son raisonnement, il emploie les prix en monnaie déterminés sur le marché et par les acheteurs et vendeurs individuels.

Une approche macroéconomique cohérente devrait fuir toute référence aux prix et à la monnaie.

L'économie de marché est un système social où les individus agissent.
Les valorisations des individus telles qu'elles se manifestent dans les prix du marché déterminent le cours de toutes les activités de production.
Si l'on veut opposer à la réalité de l'économie de marché l'image d'un système holistique, on doit s'abstenir de toute utilisation des prix.

[b. L'approche du revenu national, intertitre de mon crû.]

Illustrons, à titre d'exemple, un aspect des sophismes de la méthode macro-économique par une analyse de l'une de ses branches les plus populaires, l'approche dite du "revenu national".

Le "revenu" est un concept des méthodes comptables des affaires à but lucratif.

L'homme d'affaires sert les consommateurs de façon à faire des profits.

Il tient une comptabilité pour savoir si oui ou non cet objectif a été atteint.

Lui (et pareillement aussi, les capitalistes, les investisseurs, qui ne sont pas eux-mêmes actifs dans les affaires, et, bien sûr, aussi les agriculteurs et les propriétaires de toutes sortes de biens immobiliers) compare l'équivalent en monnaie de tous les biens dédiés à l'entreprise à deux instants différents du temps et donc apprend ce qu'a été le résultat de ses opérations dans la période écoulée entre ces deux instants.

D'un tel calcul émergent les notions de "bénéfice" ou de "perte" par contraste avec celle de "capital".
 
Si le propriétaire de l'ensemble à quoi se réfère cette comptabilité dénomme "revenu" le profit réalisé, ce qu'il veut dire, c'est:

si je consomme la totalité de celui-ci, je ne réduis pas le capital investi dans l'entreprise.

Les lois fiscales modernes dénomment «revenu»
- non seulement ce que le comptable considère comme le bénéfice réalisé par une unité d'affaires définie et ce que le propriétaire de cette unité considère comme le revenu dérivé des opérations de cette unité,
- mais aussi le gain net des professionnels et les traitements et salaires des employés.

[N.d.T. : en France, les comptables "fiscaux" en sont arrivés ces dernières années à parler de "dépenses fiscales" ! ]

En additionnant ensemble, pour toute une nation,
ce qui est "revenu" au sens de la comptabilité et
ce qui est "revenu" seulement au sens des lois fiscales,
on obtient la grandeur dénommée «revenu national».

L'illusionnisme de ce concept de revenu national ne doit pas être considéré seulement dans sa dépendance aux variations du pouvoir d'achat de l'unité de monnaie.
Plus l'inflation progresse, plus élevé devient le revenu national.

Dans un système économique où il n'y a pas d'augmentation de l'offre de monnaie et des moyens fiduciaires, l'accumulation progressive du capital et l'amélioration des méthodes technologiques de production qu'elle engendre ont pour résultat une baisse progressive des prix ou, ce qui revient au même, une hausse du pouvoir d'achat de l'unité de monnaie.

Le montant des biens disponibles pour la consommation augmente et le niveau de vie moyen s'améliore, mais ces changements ne sont pas rendus visibles dans les chiffres des statistiques du revenu national.

Le concept du revenu national fait oublier complètement les conditions réelles de la production dans une économie de marché.

Il implique l'idée que ce ne sont pas
- les activités des personnes qui provoquent l'amélioration (ou la dépréciation) de la quantité de biens disponibles,
- mais quelque chose qui est au-dessus et en dehors de ces activités.

Ce quelque chose mystérieux produit une quantité dénommée «revenu national», puis un second processus "distribue" cette quantité entre les divers individus.

La signification politique de cette méthode est évidente.
On critique "l'inégalité" qui prévaut dans la «distribution» du revenu national.
On crée le tabou de la question sur ce qui fait augmenter ou baisser le revenu national et implique qu'il n'y a pas d'inégalité dans les contributions et les réalisations des individus qui génèrent la quantité totale du revenu national.

Si l'on soulève la question de savoir quels facteurs font croître le revenu national, on n'a qu'une seule réponse :
- l'amélioration de l'équipement, des outils et des machines utilisées dans la production, d'une part, et
- l'amélioration de l'utilisation des équipements disponibles pour la satisfaction la meilleure possible des besoins humains, d'autre part.

La première est l'effet de l'épargne et de l'accumulation du capital,
la seconde celui des compétences technologiques et des activités entrepreneuriales.

Si l'on dénomme "progrès économique" une augmentation du revenu national (non produite par l'inflation), on ne peut pas éviter d'établir le fait que le progrès économique est le fruit des efforts des épargnants, des inventeurs et des entrepreneurs.

Ce qu'une analyse non biaisée du revenu national doit montrer, c'est d'abord l'inégalité évidente dans la contribution des divers individus à l'émergence de la grandeur qu'on dénomme revenu national.

Elle a en outre à montrer comment l'augmentation du quota par tête du capital employé et la perfection des activités technologiques et entrepreneuriales bénéficient - en augmentant la productivité marginale du travail et, partant, les taux de salaire et en augmentant le prix payé pour l'utilisation des ressources naturelles - aussi à ces classes d'individus qui elles-mêmes n'ont pas contribué à l'amélioration des conditions et à la hausse du «revenu national».

L'approche du «revenu national» est une tentative avortée de fournir une justification à l'idée marxienne selon laquelle, dans le système capitaliste, les biens sont «socialement» (gesellschaftlich), produits et puis "appropriés" par les individus.

Elle met les choses à l'envers.

En réalité, les processus de production sont des activités des personnes coopérant les unes avec les autres.
Chaque individu collaborateur reçoit ce que ses camarades– en concurrence les uns avec les autres comme acheteurs sur le marché - sont prêts à payer pour sa contribution.
En toute rigueur, on peut admettre que, en additionnant les prix payés pour la contribution de chaque individu, on les dénomme "revenu national total résultant".
Mais c'est un passe-temps gratuit de conclure que ce total a été produit par la «nation» et de déplorer - en négligeant l'inégalité des contributions des divers individus - l'inégalité alléguée de la distribution.

Il n'y a aucune raison non politique de quelque ordre que ce soit à procéder à une telle sommation de tous les revenus dans une «nation» et non pas dans une collectivité plus large ou plus étroite.

Pourquoi le revenu national des États-Unis et non pas plutôt "le revenu de l'État» de l'Etat de New York ou le «revenu de comté» du Westchester County ou du "revenu communal» de la municipalité de White Plains?

Tous les arguments qu'on peut avancer en faveur d'une préférence pour la notion de «revenu national» des États-Unis plutôt que pour celle de revenu de l'une de ces unités territoriales plus petites peuvent aussi être avancés en faveur d'une préférence pour le revenu continental de toutes les parties du continent américain ou même le revenu du «monde» plutôt que pour le revenu national des États-Unis.

Il y a simplement des tendances politiques qui rendent plausibles le choix des États-Unis comme unité.
Les responsables de ce choix sont critiques de ce qu'ils considèrent comme l'inégalité des revenus individuels aux États-Unis - ou sur le territoire d'une autre nation souveraine - et visent à une plus grande égalité des revenus des citoyens de leur propre nation.
Ils ne sont ni en faveur d'une égalisation mondiale des revenus ni d'une égalisation dans les divers États qui forment les États-Unis ou leurs subdivisions administratives.

On peut être d'accord ou non avec leurs objectifs politiques.

Mais il ne faut pas nier que le concept macroéconomique de revenu national est un simple slogan politique dépourvu de toute valeur cognitive." (Mises, 1962). 


5. Une mesure catastrophique de la dépense.

On regrettera que Mises n’ait pas enfoncé davantage le clou en dénonçant l'emploi de l’agrégat "revenu national" comme "mesure" de la dépense et les interprétations de la conjoncture que proposent, à partir de cette dépense mesurée, ses hérauts.

Cela constitue pourtant un autre motif de disqualification complète de la "macroéconomie" keynésienne dont son instigateur ne peut pas être dédouané.

Récemment, le 21 février 2009, George Reisman a réfuté icelle en des termes très heureux dans un texte intitulé "Le redressement économique passe par la reconstitution du capital, non par des 'plans de relance' étatiques".

Soit dit en passant, George Reisman, professeur de science économique émérite à Pepperdine University, est Senior Fellow à l'Institut Goldwater.
Il est avec Israel Kirzner, Hans Sennholz et Louis Spadaro, l’un des quatre économistes qui ont passé leur doctorat dans la discipline avec Ludwig von Mises.
Son site web a pour adresse www.capitalism.net et son blog www.georgereisman.com/blog/.
George Reisman a écrit Capitalism: A Treatise on Economics (Ottawa, Illinois: Jameson Books, 1996) - on peut en télécharger une version .pdf sur son site en cliquant sur le titre : Capitalism: A Treatise on Economics, et en enregistrant le fichier une fois celui-ci affiché à l'écran.

Une "mesure" du revenu ne saurait être une mesure de la dépense. Dans sa recherche d'un résultat net, la "mesure" du revenu est amenée à négliger la plus grosse partie des dépenses parce que celles-ci portent sur ce que les "comptables nationaux" appellent les "consommations intermédiaires", à savoir tous les facteurs de production qui ont été transformés au cours du processus productif.

C'est une erreur élémentaire, voire grossière, que de ne pas comptabiliser ces dépenses sous prétexte que celles-ci portent sur des facteurs qui disparaissent au cours du processus de production.
Qu'on le veuille ou non, des acteurs ont effectué ces dépenses et les produits et services qu'elles recouvrent ont été achetés. Ces derniers correspondent à une activité réelle qui se renouvelle sans arrêt.

Prendre le "revenu" pour une "mesure de la dépense" conduit donc le raisonnement ainsi faussé à inverser les rapports entre les sommes consacrées à la consommation et celles qui sont épargnées comme sources respectives de la dépense totale.

Au lieu de constater que, dans une économie développée, l'épargne paie les trois quarts de cette dépense totale (nonobstant les sophismes qui voudraient faire croire que la création monétaire permettrait de se dispenser de celle-ci en tout ou partie), on perçoit, au contraire, une prépondérance de la consommation.  Cette prépondérance est bien évidemment prétendue et l'ensemble absurde.

L'erreur grossière de comptabilisation - en rupture avec la vraie comptabilisation - entretient cette ultime négation des lois de la comptabilité qu'est le keynésianisme.
Il est en effet en mesure de prendre l'épargne pour de la thésaurisation (concept dénué de signification aujourd'hui).
Il peut ainsi laisser entendre qu'épargner serait "soustraire" de la monnaie au flux des dépenses..., limiter les dépenses par des "fuites" alors que l'épargne est, au contraire, la source principale des dépenses.


6. Le suicide de l'Occident.

Mises ne l'évoque pas dans ce texte de 1962, mais cette approche pernicieuse dite "du revenu national" reçoit parfois une autre dénomination à défaut qu'on lui juxtapose une approche voisine, articulée à une autre notion que le "revenu national", mais tout autant pernicieuse.

La dénomination ou l'approche a été employée, par exemple, par Jacques Rueff qui, en 1976, avait mis explicitement en garde contre son existence : c'est l'approche ou la doctrine dite du "plein emploi".
Jacques Rueff a écrit ainsi :

"… la doctrine du plein emploi … est en train de détruire sous nos yeux ce qui subsiste de la civilisation de l'Occident"

(cf. ce billet et ce texte intitulé "La fin de l'ère keynésienne")


Qu'elle soit "du revenu national" - dont le montant provoquerait le plein emploi ou le chômage - ou "du plein emploi" - à quoi correspondrait un revenu national d'un certain montant -, l'approche est malheureusement l'approche préférée des politiques – et de leurs conseillers – en France.
Elle a conduit, depuis au moins 1976, la France là où elle devait logiquement la conduire et où elle se trouve aujourd'hui –, à savoir sur un monceau de dettes publiques en expansion permanente et sur un sentier de croissance en régression elle aussi permanente allant de pair avec un chômage élevé.


C'est aussi l'approche à quoi fait référence implicitement le prix Nobel 2008 et qu'il semble porter dans son cœur.

Mais "embrasser Keynes", c'est "embrasser la destruction, voire le suicide".
Et vouloir le "ré-embrasser" quand on était parvenu à se défaire de ses bras comme y avaient réussi les Etats-Unis, un temps, ces dernières décennies, c'est du masochisme pré-suicidaire.


N.B. Quelques semaines avant de disparaître (en avril 1978), Jacques Rueff avait déposé chez Plon le titre de l'ouvrage qu'il allait écrire : c'était Le suicide de l'Occident.



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