Paris, le 14 novembre 2013.



1. La bureaucratie.

Des bureaucrates de l'organisme dénommé "Commission de Bruxelles" viennent de réaliser une étude dite "économique" - cf. ce texte du 13 novembre 2013 -.

Aux termes de cette étude, l'Allemagne a un solde de sa balance des paiements - du compte courant - qu'ils jugent être "trop excédentaire".

Et nos bureaucrates de demander aux membres du gouvernement de l'Etat de l'Allemagne d'en faire disparaître l'excédent.

Ils reprennent ainsi l'idée de certains Américains qui, fin octobre dernier, s'inquiétaient déjà de l'excédent - cf. ce texte du 31 octobre dernier -.


2. Les erreurs permanentes.

Le fait et la démarche n'ont rien de nouveau, ils témoignent des mêmes erreurs que par le passé.

2.a. L'artifice comptable.

Par exemple, il y a près de 70 ans, en fin de guerre dite "mondiale", des politiques de divers pays se réunissaient à Bretton Woods (1944) et convenaient, primo, d'instaurer des taux de change fixes officiels de leurs substituts de monnaie bancaires nationaux respectifs en monnaie or et, deuxio, de faire en sorte que les balances des paiements des uns et des autres soient "en équilibre" à ces chiffres à l'avenir (cf. tous les élements).

Pour y aider, selon eux, ils créaient en particulier un organisme, à savoir le Fonds monétaire international - cf. ce texte de mars 2009 -, qui serait chargé que tout se passe pour le mieux.

Malgré tout, dans la décennie 1960, le solde de la balance des paiements des Etats-Unis était déficitaire.
Elle était même l'objet de deux grands commentaires opposés:
- selon les uns, le déficit était dû aux étrangers qui cherchaient à détenir toujours plus de dollars des Etats-Unis,
- selon les autres, le déficit résultait de la politique économique du gouvernement des Etats-Unis.

Face à cela, à la fin de la décennie 1960, le gouvernement américain décida de modifier les règles de calcul de la balance des paiements en proposant deux soldes distincts:
- l'un fondé sur les "règlements officiels",
- l'autre fondé sur les "liquidités" (cf. ce texte d'octobre 2011).

Et, via le F.M.I., fut décidée l'allocation de Droits de tirage spéciaux aux pays membres, au début de la décennie 1970, pour "augmenter les liquidités internationales" (cf. ce texte de mars 2011).

2.b. La faillite niée.

Malgré tout, le président des Etats-Unis suspendit en août 1971 - cf. ce texte de juillet 2011 - le taux de change fixe officiel du dollar des Etats-Unis, puis, après maintes conférences internationales mi-chèvre mi-choux, il abandonna définitivement le taux de change fixe officiel du dollar en mars 1973.

Le F.M.I. aurait dû disparaître en conséquence de cette faillite, il n'en a rien été.
Loin d'être jugé à cette aune, il a reçu d'autres statuts irraisonnés et a pu continuer à voguer ainsi jusqu'à aujourd'hui inclus.

2.c. Une nouvelle faillite à attendre.

Des politiques et autres bureaucrates des pays de l'Europe géographique n'en sont pas restés là.

Après avoir mis en oeuvre, tant bien que mal, un "système monétaire européen" à partir de la fin de la décennie 1970, ils en sont arrivés à créer ce qu'on dénomme aujourd'hui l'"€uro" - cf. ce texte de août 2013 -.

Mais, dans le cadre de l'€uro, aujourd'hui, ne voici pas que l'un de ses membres, l'Allemagne, se trouve montrée du doigt pour son excédent de la balance des paiements en ces termes:

"In the case of some countries like Germany the report refers inter alia to the high current account surplus".
"Dans le cas de certains pays comme l'Allemagne, le rapport fait référence inter alia à l'excédent élevé de la balance courante."

"A closer analysis is deemed appropriate in order to investigate the nature of the German current account balance, the specific factors behind its level and persistence, and the role that domestic policies can play in promoting domestic demand."
"Une analyse plus approfondie est jugée appropriée afin d'enquêter sur la nature de la balance allemande du compte courant, les facteurs spécifiques derrière son niveau et sa persistance, et le rôle que les politiques nationales peuvent jouer dans la promotion de la demande intérieure."

Et d'en revenir à une proposition du Conseil des Ministres de l'Union européenne:

"In the context of the 2013 European Semester, the Council of Ministers recommended to Germany to sustain conditions that enable wage growth to support domestic demand, for example by reducing high taxes and social security contributions, especially for low-wage earners.
Moreover, it was recommended that Germany takes measures to further stimulate competition in the services sectors including construction, and – among other measures in the field of energy policy – to continue efforts to accelerate the expansion of the energy networks.
For further information please see: http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/13/st10/st10636-re01.en13.pdf."

- en français -

"Dans le contexte du semestre européen de 2013, le Conseil des Ministres a recommandé à l'Allemagne de maintenir des conditions qui permettent la croissance des salaires pour soutenir la demande intérieure, par exemple en réduisant les impôts élevés et les contributions de sécurité sociale, en particulier pour les bas salaires.
En outre, il a été recommandé que l'Allemagne prenne des mesures pour stimuler davantage la concurrence dans les secteurs des services comprenant la construction, et - entre autres mesures dans le domaine de la politique énergétique - pour poursuivre les efforts visant à accélérer l'expansion des réseaux d'énergie.
Pour plus d'informations, voir :
http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/13/st10/st10636-re01.en13.pdf".


3. Le vrai totalitarisme.

Certes, nos bureaucrates de la Commission de Bruxelles se sont posés la question:

"Isn't a current account surplus a good thing?"
- en français -
"Un surplus du compte courant n'est-il pas une bonne chose?"

Mais ils y ont répondu à partir d'une base doctrinale indigne du genre, du type:

"Deficits and surpluses are a natural consequence of economic interactions between countries.
External borrowing and lending allows countries to transfer consumption over time."

- en français -

"Les déficits et excédents sont une conséquence naturelle des interactions économiques entre les pays.
Les emprunts et prêts extérieurs permettent aux pays de transférer leur consommation au fil du temps."

Comment peut-on s'exprimer ainsi, aussi effrontément, sans connaissance de la réalité!

Où se trouve, par exemple, la "conséquence naturelle" d'un pays comme la France où l'Etat oblige ses citoyens à lui payer plus de 51% de leurs revenus en 2012? (cf. tableau ci-dessous).

                                                      Tableau


Source ; Eurostat http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-21102013-AP/FR/2-21102013-APFR. PDF


Y aurait-il plusieurs natures selon eux dont celle qu'ils veulent imposer?

Comment peut-on continuer à pérorer sur une théorie économique fausse et à vouloir que les enseignements qu'on en tire deviennent obligations des actes de chacun sinon un totalitarisme une fois de plus nécessairement aveugle?





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