Paris, le 10 janvier 2014.



 
Dans le "Discours préliminaire" de son Traité d'Economie politique (1803), Jean-Baptiste Say considérait que :

"Une science ne fait de véritables progrès que lorsqu'on est parvenu à bien déterminer le champ où peuvent s'étendre ses recherches et l'objet qu'elles doivent se proposer [...]

On a longtemps confondu la Politique proprement dite, la science de l'organisation des sociétés, avec l'Economie politique qui enseigne comment se forment, se distribuent et se consomment les richesses qui satisfont aux besoins des sociétés.
Cependant les richesses sont essentiellement indépendantes de l'organisation politique."

Tout cela est bel et bon, mais Say en arrivait à mettre l'accent sur le gouvernement de l'Etat et non pas sur les objets que les gens cernaient et valorisaient étant donné la nature où ils se trouvaient et dont chacun nepouvait qu'avoir une connaissance limitée.

Qu'il n'y ait pas de ressources naturelles avant que des hommes les découvrent, était mis de côté.

Tout comme l'était le double fait que
- les objets, matériels ou non, corporels ou non, que nous connaissons soient fabriqués par les hommes et ne tombent pas du ciel, et,
- d'un jour à l'autre, des objets soient abandonnés et d'autres apparaissent.


1. Nul n’est censé ignorer la loi.

Suivant en cela Friedrich von Hayek (décennie 1970, Droit, législation et liberté), il convient de distinguer les règles de droit et ce qu'on dénomme traditionnellement la loi, à la base des actes de vous et moi.

La loi est un ensemble de réglement(ation)s pondu(e)s par des autorités, sans compétences particulières le plus souvent, alors que les règles de droit, de justice naturelle ont été découvertes par des gens dans le passé à partir des existences de chacun devenues ainsi "personnes juridiques physiques" et qui tiennent fondamentalement du bon sens et non pas d'une mathématique.

La loi ne serait qu'une limitation des règles de droit ou de justice naturelle existantes si elle ne proposait pas aussi de compléter certaines de ces règles qu'elle juge manquer..., à l'exemple de l'école politique socialiste.

Par exemple, avec l’intervention des réglementations à l'initiative de l'Etat qui dénaturent ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui, la relation entre les règles de droit et la "monnaie" a été parfois perturbée au point qu'elle a disparu ... un temps (décennie 1790 en France).

Les règles de droit sont des conditions des actes que se proposent de faire les personnes juridiques pour améliorer leur situation économique étant donné leur connaissance limitée de la nature.

Au nombre de ces actes, il y a l'acte d'échange qui suppose au moins que deux personnes juridiques fassent le même choix, celui d'échanger.

L'acte d'échange cache ainsi un contrat synallagmatique - adjectif abhorré par nombre d'économistes - et ouvre la voie à, par exemple, la monnaie, marchandise pour diminuer le coût de l'échange.

. Classification des théories monétaires.

Dans un texte de 1917-18, Ludwig von Mises s’était intéressé à la classification des théories monétaires, à son époque.

Il parlait, en particulier, des doctrines monétaires « catallactique » et « a catallactique » et, parmi les "a catallactiques", il mettait l'accent sur la théorie étatiste de la monnaie.

Contrairement au mot "économie", très vague aujourd'hui en raison de toutes les définitions parfois antagonistes qui lui sont donné, les mots "catallactique" ou "catallaxie" et "a catallactique" mettent l'accent sur tout ce qui peut concerner les actes d'échange des personnes juridiques et seulement ceux-ci.


2. On peut mettre la loi à l'écart.

Pourtant, une bonne partie des savants de l’économie politique ou de la science économique s’abstiennent aujourd'hui de faire procéder leur raisonnement de la loi ou plutôt des règles de droit ou de la justice naturelle.

Le respect de la loi ne devrait-il pas commencer, avant toute chose, par sa prise en considération par les savants en économie politique, en science économique?

a. Simplifier.

Certains disent qu’ils mettent de côté la loi pour simplifier l’épine dorsale de ce qu’ils veulent démontrer, de leur raisonnement.

A cette occasion, ils n'hésitent pas à prendre, à la place des règles de droit, telle ou telle mathématique de leur connaissance.
Puis ils donnent aux variables ou aux paramètres, voire à des relations entre ces dernières, des notions économiques.

Tout cela malgré ce qu'en disent des mathématiciens tels que, par exemple, Ivar Ekeland:

"Pour ma part, je chéris l'aphorisme de Sussman :

'En mathématiques, les noms sont arbitraires.
Libre à chacun d'appeler un opérateur auto-adjoint un 'éléphant', et une décomposition spectrale une 'trompe'.
On peut alors démontrer un théorême suivant lequel
'tout éléphant a une trompe'.

Mais on n'a pas le droit de laisser croire que ce résultat a quelque chose à voir avec de gros animaux gris". (I. Ekeland dans Le calcul, l'imprévu (Les figures du temps de Kepler à Thom), Points Seuil, 1984, p.123)

Malheureusement, la réalité est en général ce que dénonçait Ekeland.

Remarquables sont, par exemple, les fausses notions de "hasard moral" (cf. ce texte de 1999) ou d'"asymétrie de l'information" qui, certes, ne font pas intervenir des animaux, mais dont l'absurdité est du même ordre.

Elles sont chères à des économistes du domaine de l'assurance et les amènent à conseiller aux hommes de l'Etat de construire de - faux - remèdes qui feront disparaître les prétendus inconvénients.

Nos "économistes" introduisent aussi, malgré tout, une mathématique de leur choix ou plutôt l’une de celles qu’ils connaissent, tant celles-ci sont aujourd’hui nombreuses et leur diversité incapable à comprendre par qui n’est pas mathématicien.

Ils déduisent des modèles mathématiques qu'ils proposent, des considérations économiques aux variables ou paramètres en jeu, voire à des relations - l'éléphant gris d'Ekeland -.

C’est ainsi qu’hier, en relation avec la théorie de l’équilibre économique général, les systèmes d’équations de Walras, puis de Pareto et enfin de Wald (fin XIXè-début XXè siècle) ont laissé le plus souvent la place, à partir de la décennie 1950, à des modèles de topologie de Arrow et Debreu (cf. par exemple ce texte http://www.hec.unil.ch/faculty/cgrigori/chapitre 1- HPE2.pdf).

La justification de la démarche remonte au début du XXè siècle quand, par exemple, Vilfredo Pareto considérait qu’il ne fallait pas négliger les mathématiques et quand beaucoup d’économistes voyaient dans l’emploi de telle ou telle mathématique un moyen pour que l’économie politique devînt une science, la plus générale et la plus universelle.

Quelques années plus tôt, en 1886, dans la même veine, Léon Walras considérait dans un livre intitulé Théorie de la monnaie http://archive.org/stream/thoriedelamonna01walrgoog#page/n7/mode/2up que :

« Je crois, quant à moi, que, lorsqu'il s'agit d'étudier des rapports essentiellement quantitatifs comme sont les rapports de valeur, le raisonnement mathématique permet une analyse bien plus exacte, plus complète, plus claire et plus rapide que le raisonnement ordinaire et a, sur ce dernier, la supériorité du chemin de fer sur la diligence pour les voyages ».


Au-delà, des économistes font aussi une analogie entre économie politique et autres sciences (sciences physiques, chimiques, etc.) et transposent un modèle mathématique de représentation du ou des phénomènes scientifiques sélectionnés au phénomène économique.

A l'expérience, les "économistes" ne simplifient pas, mais compliquent ce qu'ils colportent, contre toute attente de leur part.

b. Morale ou aveuglement.

D’autres, comme s’ils étaient gênés aux entournures, en particulier par la simplification précédente, adoptent une démarche différente à défaut de revenir aux règles de droit.

Ils font intervenir des règles morales "selon leur cœur" ou bien ils parachutent des réglementations nécessairement aveugles du législateur, le cas échéant plus ou moins en relation avec ces règles morales.

Les unes et les autres limitent les règles de droit et doivent s’imposer à tous.
En d'autres termes, n'ayant pas cherché à faire que ce qui fut juste fut fort, ils font que ce qu'il croît fort (interdiction ou obligation) soit juste.

Dans les deux cas, les éléments économiques de départ voient leur domaine d’existence limité par ces règlementations, voire interdit ou obligatoire pour tous ou pour tel ou tel groupe de personnes.

Ils occasionnent ainsi, en particulier, des coûts en relation avec les règles en question, des coûts inestimables a priori mais que les économistes ont pris l'habitude de mettre de côté.


3. L'"équation des échanges".

L'équation des échanges d'Irving Fisher (1911) mérite attention car, indirectement ou non, beaucoup s'y réfèrent pour expliquer aujourd'hui l'activité économique ou les taux de change des monnaies réglementées.

Cette équation se moque des règles de droit et mélange économie politique et mathématique.

Au départ, elle met en relation les échanges effectifs de marchandises et la quantité de monnaie en circulation observable qui va de pair, sans se soucier des règles de droit ou de la loi.

Les coûts cachés de ce qui est en jeu dans l'équation sont considérables mais, une fois encore, ignorés par la démarche.

Conséquence principale de la démarche: les savants isolent ce qu'ils dénomment "niveau général des prix" sans pouvoir lui donner des causes judicieuses (cf. critique de M. Rothbard sur les erreurs).


4. L'absurdité économique.

Mettre les règles de droit à l'écart des échanges, c'est-à-dire de la catallaxie, est une absurdité économique en dépit de ce qu’écrivent des économistes.

Mises l'avait démontré dès la décennie 1910.

Sans droit de propriété, la catallaxie ne serait pas possible sauf dans l'imagination de certains (du genre Garfinkel et Skaperdas, 2006).

Privilégier la catallaxie par rapport aux règles de droit ou à la loi qui la conditionnent est un biais qui ne peut qu'occasionner de graves difficultés.


5. L'absurdité monétaire.

Autant les règles de droit ou la loi sont en amont de la catallaxie, autant ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui (en sigle, CQDMA) est en aval.

Et mettre CQDMA à l'écart des effets de la catallaxie n’est pas mieux.

Des économistes ont mis de côté la "monnaie" dans le passé à cause de la source des perturbations économiques qu’ils supposaient qu'elle concrétisait dans l'économie pure théorique qu'ils considèraient (Koopmans, Holtrop) et dont ils voulaient s'affranchir.

Loin d'être cela et quoiqu'on n'y insiste pas, ce qu'on a dénommé "monnaie" (CQDM) a été d’abord la cause de la diminution du coût de la situation où se trouvait chacun, du fait du moyen qu'était l'échange et de celui du moyen d'échange qu'était la monnaie.

C’était d’ailleurs pour cela qu’elle avait pu voir le jour librement.

Bien évidemment, si on a mis de côté le coût de la situation de départ de chacun et ce qui deva it en découler, on ne pourra rien comprendre au raisonnement conséquent.

En d'autres termes, la monnaie est une conséquence des règles de droit ou de la loi via l'échange.
Rien ne justifie de séparer la monnaie de l'échange sauf un "mauvais coup" prochain le plus souvent insoupçonné par les hérauts de la sophistique étatique.


6. Une équivalence détestable.

Il revient au même de mettre CQDMA à l'écart des échanges ou de le mettre en amont du raisonnement.

a. La monnaie oubliée.

Mettre CQDMA à l’écart de la catallaxie, c’est la couper de la relation entre les échanges de marchandises - et leurs coûts cachés -, et la monnaie.

Cela revient à privilégier les échanges de marchandises, à s'intéresser à l'économie pure théorique, sans monnaie.

Mais cela cache non seulement une destruction, volontaire ou non, de l’innovation qu’avaient été la monnaie et ses conséquences jusqu'alors, mais aussi un coût de la situation actuelle.


b. L'échange oublié ou rendu "effet économique".

Mettre CQDMA en amont du raisonnement, c’est encore la couper de la relation entre les échanges de marchandises - et leurs coûts - et CQDMA.

Cela revient cette fois à privilégier la quantité de "monnaie" et ses effets économiques, prétendus ou effectifs.

Mais, dans ce cas, on peut aussi inverser faussement la causalité entre l'échange des marchandises et la quantité de monnaie en circulation, en laissant admettre que les échanges des marchandises sont un effet économique et que la quantité de monnaie a une influence sur ce dernier.

On agit ainsi en général sans se soucier des coûts.

Mais rien ne justifie la démarche.





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