Paris, le 20 septembre 2014.





I. La "théorie de la quantité de monnaie".

Il n’est guère de proposition plus logique que celle que proposait – et cache aujourd’hui - ce qui est dénommé depuis bien longtemps la « théorie de la quantité de monnaie ».

I.a. La proposition.

Malgré sa dénomination en définitive peu appropriée puisqu'elle n'explique pas la quantité de monnaie, la théorie ne fait que soutenir que :

les variations de la quantité de monnaie dans un sens vont de pair avec les variations des prix en monnaie des marchandises dans le même sens, voire la même proportion.

Un point c’est tout, une fois la définition et la mesure de la quantité de monnaie en question admises.
C'est une tautologie et en rien une causalité.

I.b. L'arrière-plan oublié: les quantités de monnaie unitaires convenues.

Mais, malheureusement, le point a été perdu de vue.

En effet, en arrière plan de la théorie, il y a l'oubli que le prix en monnaie d’une marchandise n’est jamais que le nom donné
à la quantité de monnaie unitaire qui a été convenue et consentie (sous entendu, par marchandise autre) entre deux personnes juridiques physiques, dans le passé le plus récent qui soit.

Autre façon de parler méconnue à mettre au premier plan: le prix en monnaie de la marchandise n'est jamais que
le taux d’échange convenu.
Le taux d’échange convenu exprime l’accord de l’échange au sens juridique du mot, un accord à la fois synallagmatique et acquis pour les parties.
Sur la notion, le plus souvent ignorée, de "taux d’échange de deux marchandises entre deux personnes juridiques physiques", Vilfredo Pareto avait beaucoup insisté au XIXè siècle (cf. ce texte de juillet 2014 sur la « boite de Vilfredo Pareto »).

Rien ne justifie de mettre l'accent sur le prix en monnaie plutôt que sur la quantité de monnaie unitaire ou le taux d'échange synallagmatique convenu, sauf une démarche particulière qui mérite alors d'être présentée et qui mettra l'accent sur le prix en monnaie défini autrement comme dans le cas de, par exemple, l'équilibre économique.


I.c. La quantité de monnaie en circulation.

Il en est de même de tous les prix en monnaie des marchandises à chaque échange/instant, qui sont donc des quantités de monnaie unitaires ou des taux d'échange convenus et consentis par les personnes juridiques physiques qui ont échangé.

Toutes ces quantités de monnaie unitaires, une fois additionnées, ne sauraient en conséquence cacher ou faire oublier la quantité de monnaie en circulation qui les inclut et dont elles sont, chacune, un élément plus ou moins important.

I.d. Le fait logique: une tautologie.

Et la "théorie de la quantité de monnaie" n'a fait que prendre en considération le fait logique, au bon sens du mot (cf. Léonard Peikoff, 1967) en disant que, si la quantité de monnaie en circulation variait, c’est que ses éléments (que sont les quantités de monnaie unitaires) variaient et, réciproquement, si ses éléments variaient, c’est que le total pouvait varier.

Quantité de monnaie en circulation et quantités de monnaie unitaires vont de pair et renvoient les uns aux autres, sauf exception.

En d’autres termes,
quantité de monnaie en circulation et prix en monnaie des marchandises vont de pair et renvoient les uns aux autres, sauf exception.

C’était un fait de quantités qui s'imposaient, peu importaient les mesures que cherchaient à y apporter les statisticiens.

La théorie de la quantité de monnaie était une tautologie entre quantité de monnaie en circulation et prix en monnaie des marchandises.

Ce point a été perdu de vue ou oublié sous prétexte qu’on avait abandonné la synonymie de la quantité de monnaie unitaire convenue et le prix en monnaie d’une marchandise. .


II. Le rôle de la "thésaurisation".

L'exception à signaler a trait à la différence entre la quantité de monnaie en circulation et l’addition des quantités de monnaie unitaires, ce qu’on dénommait dans le passé, jusqu’à l’interdiction - sans justification - des "substituts de monnaie bancaires en monnaie or" par les hommes de l’état (à partir de la décennie 1930), la « thésaurisation », c’est-à-dire l’action par chacun de détenir de la monnaie or ou argent plutôt que de la faire circuler, plutôt que de l'échanger.

S’il n’y a pas de thésaurisation, la quantité de monnaie en circulation et l’addition des quantités unitaires de monnaie - et des volumes de marchandises qu'elles impliquent - coïncident nécessairement.
Si toutes les quantités de monnaie unitaires varient dans le même sens, la quantité de monnaie en circulation varie dans le même sens.

Réciproquement, si la quantité en circulation ne varie pas, en son sein, les quantités unitaires ne varient pas toutes dans le même sens et ont donc des sens de variations différents.

S’il y a thésaurisation pour une raison ou pour une autre, la quantité de monnaie en circulation diffère de l’addition des quantités unitaires, elle lui est même supérieure dans la mesure de la thésaurisation.


III. Le rôle donné par le savant au "marché" non synallagmatique.

Il n'y a pas des prix en monnaie et des quantités de marchandises, sauf hypothèse réductrice introduite par le savant.
Il y a des prix en monnaie et des quantités des marchandises qui résultent des échanges dont conviennent les gens, vous et moi, par leurs actions: ce sont les "marchés synallagmatiques conclus".

La démarche consiste à ne pas voir dans les prix en monnaie des marchandises, la conséquence des échanges synallagmatiques des personnes juridiques physiques.

Dans la foulée, elle oublie en général le "coût de l’acte d'échange" que ces derniers lui impliquent et qui ne saurait être mise de côté comme elle l'est par l'économie politique dominante.

 La démarche prend en considération l'hypothèse de l’égalité de l’offre et de la demande d'une marchandise dans un marché, notions introduites et organisées par le savant.

Soit dit en passant, cette notion existe, dans la réalité pratique, dans le cas des marchés dits "organisés".

Il en est de même de la démarche qui a tendu à généraliser le propos et a fait intervenir la complétude supposée des marchés (du type Arrow-Debreu).


La démarche n’apporte rien et contribue à détruire la compréhension des notions de prix en monnaie ou de quantité de monnaie unitaire en laissant de côté la notion de « coût de l’échange » et celle de quantité de monnaie totale.

Il ne faut pas oublier que, si l'acte d'échange n'existait pas, si le « coût de l’échange » évalué n’existait pas, la marchandise monnaie n’aurait pas vu le jour.

Avant qu’il y ait des prix en monnaie (cf. introduction de Friedman dans ses exposés de la décennie 1960), i.e. des quantités de monnaie unitaires ou des taux d'échange convenus, et une quantité de monnaie en circulation échangée, il y a donc eu une diminution du coût de l’échange.


IV. La destruction de la compréhension des faits.

Reste qu’une inattention aux mots a amené certains savants à détruire la compréhension de la réalité, à savoir  celle des faits de quantités.

Ils en sont venus à dire que :

les variations de la quantité de monnaie en circulation dans un sens - à l’initiative d’on ne sait trop qui qu’ils font intervenir -, non pas allaient de pair, mais provoquaient des variations des prix en monnaie des marchandises dans le même sens.

Et la démarche a donné lieu à la prétendue existence d’une relation de causalité entre, d'un côté, la variation de la quantité de monnaie en circulation et, de l'autre, non seulement la variation des prix en monnaie des marchandises  - qui n’aurait donc jamais dû voir le jour -, mais encore celle d’autres considérations économiques (par exemple, le "revenu réel" ou l'activité économique).


V. Les destructeurs.

Irving Fisher en a fait partie, il en a même été le meneur il y a un siècle.

En effet, tout cela a explosé avec, en particulier, les travaux d’Irving Fisher qui n’a pas hésité à introduire dans son livre sur le Pouvoir d’achat de la monnaie (1911), une équation des échanges des marchandises et à faire intervenir conjointement les éléments des échanges de marchandises entre les gens, à savoir les quantités de marchandises, d’un côté, et, de l’autre, leur prix en monnaie.

Mais il n’a pas pris en considération dès le départ l’accord juridique de l’échange, comme il l’aurait dû.
L’accord juridique en question était nécessairement un échange synallagmatique convenu, consenti et passé, qui est donc mis de côté.

Fisher s’en est moqué au point qu’il a échafaudé l’avenir des échanges de marchandises, comme si de rien n’était, et qu’il a tenté de le prévoir à partir de statistiques.

Pour cela, il a mis l’accent sur la notion mathématique de « niveau général des prix », notion qui a suscité maintes critiques (en particulier celle de Murray Rothbard , 1962, sous l'intitulé "The fallacy of the Equation of exchange).

Et il lui a associé la notion de “volume des échanges”.

Il a en outre introduit statistiquement la notion de « vitesse de circulation » de la monnaie, c’est-à-dire le nombre de fois où la quantité de monnaie changeait de mains, en moyenne statistique, dans une période de temps donnée.
Cette "vitesse" n'était autre que l’inconnue de son équation…

Et, par la suite, des études vont faire l’hypothèse que cette vitesse est constante ou presque…

Enfin, Fisher a, en définitive, oublié son équation des échanges - ... tautologique une fois l'inconnue trouvée - et s’est mis à parler de l’influence de la monnaie sur les échanges.

Forts de la causalité supposée et des hypothèses, des savants utiliseront par la suite l’équation des échanges pour expliquer l’influence des variations de la quantité de monnaie sur le niveau général des prix.


Et Milton Friedman a enfoncé le clou de l’erreur cinquante ans plus tard, dans la décennie 1960 (cf. texte de 1970).

Il a transformé les « quantités d’échanges de marchandises » en des « quantités de revenus » développés eux-mêmes par la toute nouvelle « comptabilité nationale », comptabilité statistique et non pas juridique qui a peu de choses en commun avec la comptabilité générale des firmes qui procède des règles de droit (propriété, responsabilité et contrat/échange)…

Friedman en est arrivé à parler du « revenu nominal » (ou « monétaire ») et du « revenu réel » (identifié à l’ « activité économique » du pays) et à s’intéresser aux variations de la quantité de monnaie sur le « revenu réel » comme si les réglementations de la monnaie du XXème siècle n’avaient pas profondément changé cette dernière et ce qu'il fallait en penser.

Il l’a fait en se plaçant, non plus dans la perspective de Fisher, mais dans celle des développements macroéconomiques ou désormais macro économétriques à quoi contribuaient ses travaux.


Rien ne justifie de mettre de côté les règles de droit qui président à l’acte d'échange des marchandises des personnes juridiques physiques contre monnaie comme le font nos savants économiques.

On ne peut d’ailleurs que s’étonner du silence de Friedman sur les grandes réglementations tant nationales qu'internationales qui ont dénaturé la monnaie au XXème siècle et sur quoi insistait Jacques Rueff (cf. texte d'août 2013).

Parler, par exemple, de « liquidité » plutôt que de « monnaie » pour en tenir compte, comme l'ont fait certains, n’y a rien changé sinon augmenter les paradoxes ou les oxymorons.


VI. La théorie de l’inflation.

En relation avec les variations positives des unes et des autres, la théorie de la quantité de monnaie avait introduit le mot « inflation » et, en relation avec les variations négatives, elle avait introduit le mot « déflation ».

Bref, les théories de l’inflation ou de la déflation étaient des aspects de la théorie de la quantité de monnaie.

Et des savants se sont fait forts de mesurer les notions en jeu, non pas les quantités de monnaie en circulation, mais les "niveaux de prix".

A fortiori, les théories de l’inflation ou de la déflation qui s’en sont ensuivi ont renforcé l’erreur initiale et ont donné lieu à des explications autres et diverses quoique les mots « inflation » ou « déflation » n’eussent pas été modifiés.


En conséquence de ces erreurs, les propos tenus sur la théorie de l’inflation ou de la déflation sont sans valeur.

Peu importent les statisticiens qui voudraient leur donner des mesures et les cautionner, indirectement ou non.



VII. De la tautologie à la causalité: le dévoiement.

Reste que des savants, de fait incohérents, ont assimilé, par la suite, la théorie de la quantité de monnaie à une prétendue causalité qui voudrait que les variations de la quantité de monnaie dans un sens soient la cause des variations des prix en monnaie dans le même sens.

Peu importent les statistiques à quoi elle donne lieu et ce que celles-ci veulent montrer.
La science est d’abord méthode et non pas mesure malgré ce que soutiennent beaucoup.

Les statistiques ont contribué à parfaire l'incohérence.


VIII. La course poursuite infernale.

VIII.a. Première réglementation.

Tout cela ne doit pas faire oublier que quelques temps après sa découverte, la marchandise monnaie a connu des réglementations de l’Etat (puissance publique ou pouvoirs publics) le plus souvent non justifiées.

Cela a commencé, au moins en France, par le privilège de monopole donné par le roi à une entité (à savoir l’"administration des monnaies et médailles") et l’obligation donnée aux autres d’employer les « pièces de monnaie » dans leurs paiements de marchandises .

A cet égard, rien ne justifie de considérer aujourd'hui que les réglementations des règles de droit, de l’échange ou de la monnaie par les hommes de l’état qui ont dénaturé la monnaie, sont acquises et ne sont pas susceptibles d’inversion dans un court délai (cf. ce texte d'avril 2014).

VIII.b. Innovation.

Tout cela ne doit pas faire oublier non plus qu’à partir de sa découverte, ou presque, la monnaie a aussi connu des innovations avec, au départ, les "substituts de monnaie bancaires" (billets et dépôts dans les banques à partir des XVII-XVIIIèmes siècles).

A l’opposé des réglementations, il faut reconnaître que les innovations mises en œuvre par les gens sont définitives et ne peuvent que s’accumuler pour le bien de chacun.

VIII.c. Nouvelles réglementations.

Mais il y a eu les réglementations qui ont tendu à les encadrer, à les limiter, voire à les interdire comme ce fut le cas, en général, à partir de la décennie 1930, de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or.

S’en est ensuivie une espèce de course poursuite entre la réglementation qui limite sans raison et l’innovation qui étend avec responsabilité, l’une est absurde et l’autre bénéfique.

VIII.d. Dernières innovation et réglementation en date.

Dernière innovation : la « monnaie électronique » depuis la décennie 1980 (cf. ce texte de décembre 1999)  à compléter par ce texte de septembre 2014.

Dernière réglementation : la « monnaie euro » depuis 1999 (cf. ce texte de mai 2014).



IX. Un dernier mot.

Pour toutes ces raisons, le mot « monnaie » est à prendre aujourd'hui avec la plus extrême réserve.

Pourquoi ne pas le dénommer "Sophie" à défaut de l'abandonner, tant les définitions qui lui sont données ont peu de choses à voir avec la réalité et ce qu’a été le processus de la monnaie jusqu’à il y a un siècle, et avec l’économie politique, science de méthode pour le moins déconsidérée par beaucoup.




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