Paris, le 7 février 2015.




On l’oublie trop souvent, il faut le répéter :
- les prix en monnaie des quantités de marchandises varient en permanence, à cause des décisions prises par vous et moi en matière d’achats ou de ventes des marchandises, étant donné le fait qu’ils varient pour harmoniser ;
- tous ces actes économiques humains contribuent à la diminution des prix en monnaie.

Autrement dit, l’augmentation de l’offre de marchandises l’emporte en permanence sur l’augmentation de la demande ou bien la diminution de la demande de marchandises l’emporte en permanence sur la diminution de l’offre.


1. Marché des ordinateurs personnels.

Exemplaire est l’évolution du prix en monnaie des ordinateurs personnels depuis 1980 (cf. graphique 1).

                                        Graphique 1

PC2015
Source : http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-02-05/six-things-technology-has-made-insanely-cheap

Le prix en monnaie de l’ordinateur personnel s’avère n’être plus qu’un millième de ce qu’il était en 1980, et cela, au bénéfice de tous, en particulier, de ceux qui ne pouvaient que les regarder en 1980, en 1990, en 2000, en 2010, etc.

Le graphique 1 est à comparer à celui (graphique 2) de l'évolution des capacités des ordinateurs :

                                     Graphique 2

Source : McKinsey

L’augmentation de l’offre de PC (et de l'innovation qu'elle inclut) l’a-t-elle emporté sur l’augmentation de la demande ou bien la diminution de la demande de PC l’a-t-elle emporté sur la diminution de l’offre ?

Je laisse de côté la réponse tant elle est évidente.


2. Fixité des prix en monnaie, concurrence et réglementation.

Existe-t-il beaucoup de marchandises dont, au contraire, le prix en monnaie de la quantité échangée n’a fait qu’augmenter, dans des proportions comparables ?

En prévision, on peut toujours le penser, voire l’affirmer.
Il y a quelques mois encore, certains ne prévoyaient-ils pas un prix en monnaie de tel ou tel genre de pétrole à $ 200, à $1000?
Mais le temps a passé et montré les erreurs.

Il n’y a que dans la majorité des théories économiques dominant le paysage intellectuel actuel que la concurrence, c’est-à-dire la liberté économique, maintiendrait constants les prix en monnaie des quantités de marchandises à défaut de les augmenter.

Contrairement à la réalité observable, ces théories ne veulent jamais que la concurrence les diminue ou, si elles l'admettent, car contraintes, il ne le faudrait pas...


Forts de cette idée fausse et sous l’influence croissante du socialo-communisme en France comme ailleurs, depuis le XIXè siècle, les pouvoirs publics des pays ont décidé, depuis des décennies, de réglementer les prix en monnaie des quantités de marchandises – de les bloquer, de diminuer les uns ou d’empêcher la diminution des autres - pour faire comme si il y avait concurrence

Les théories à quoi ils se référent identifient, sans y insister, mathématiquement, la fixité des prix en monnaie créée par le système réglementaire qu’ils construisent, pour ne pas dire « structurent », et la fixité apparente - ou qu’ils imaginent - en relation avec la concurrence.

Mais fixité réglementaire et concurrence font deux et, à diagnostic faux, remède faux.

Au nombre de ces réglementations, on ne saurait ne pas insister un instant sur l’interdiction de la conversion des « substituts de monnaie bancaires » (billets et dépôts) en monnaie-or, depuis la décennie 1930, qui a, non pas bloqué, mais anéanti ce qu’on dénommait « monnaie » jusqu’alors.
Ce qu'on dénomme « monnaie » aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la marchandise monnaie d’hier (cf. ce texte de janvier 2014).
Pourquoi la majorité des gens ne s'en formalise-t-elle pas?

On ne saurait non plus ne pas insister un instant sur le salaire minimum du travail fixé par les mêmes, lequel empêche toute diminution du prix au travail (cf. ci-dessous).


Bien évidemment, ces théories mettent aussi de côté les marchés qui procèdent de la réglementation, à savoir les « marchés noirs », pour que l’analogie avec la concurrence soit « parfaite » aux yeux de leurs constructeurs: en concurrence, il ne saurait y avoir en effet de « marché noir »...

Les théories mettent de plus de côté les monopoles (aussi différents que, par exemple, la banque centrale ou les organismes de sécurité sociale), voire les monopsones, que se sont accordés les pouvoirs publics pour, à les écouter, le « bien du peuple ».
Ils peuvent ainsi, à leur guise, faire varier les prix en monnaie des marchandises monopolisées ou monopsonisées, sans raison.


3. Variation ou fixité.

Ces théories séparent surtout les prix en monnaie des marchandises de leurs quantités, laissant entendre que les deux notions – le prix et la quantité - sont indépendantes l’une de l’autre et ont des variations sans relation.

Et leurs disciples de s’intéresser
- tantôt à l’étude de l’approfondissement de l’une,
- tantôt à celle de l’autre,
selon les marchandises qu’ils privilégient.

Et ils n’hésitent pas, là encore, à prévoir.
C’est, par exemple, la prévision perpétuelle, en France, de la diminution du chômage.

Mais un prix en monnaie n'est jamais qu'une quantité de monnaie unitaire convenue entre deux personnes juridiques physiques (P.J.P.) ou plus et, à faux diagnostic, faux remède et fausse prévision.


Reste qu'on peut se demander si la variation des prix en monnaie des quantités de marchandises est cohérente avec la fixité de la quantité de monnaie.

Ou, alors, la fixité des prix en monnaie des quantités de marchandises est-elle cohérente avec la variation de la quantité de monnaie ?

Voilà deux grands problèmes économiques théoriques !

Laissons de côté le premier pour nous intéresser au second.


4. Rétrospective.

Si on regarde le passé, on constate que la quantité de monnaie a augmenté.

Si elle a augmenté, c’est que la quantité de monnaie en circulation, celle qui résulte des accords d’échange des P.J.P. les unes avec les autres, de vous et moi, a eu pour causes les raisons de ces accords d’activités,
- autant ceux des particuliers et chefs d’entreprises « non bancaires » que
- ceux des banquiers, central ou de second rang.

a. Particuliers et chefs d’entreprise.

Les particuliers et chefs d’entreprise ont échangé des marchandises "non monnaie" contre des marchandises « substituts de monnaie bancaires » (billets ou dépôts bancaires) qui ont débouché sur
- des « quantités de monnaie unitaires convenues », i.e. des taux d’échange de la quantité de monnaie à la quantité de marchandise échangée convenus ([dM/Xi]i pour i=1,2,…), ou
- des prix en monnaie (pi).

Soulignons-le en passant:
l'acte d'échange de la P.J.P. a pour élément important les taux d'échange en monnaie des marchandises convenus : symboliquement:
* [dM/Xi]i pour vente ou
* [Yj/dM]j pour achat.

“On ne fait rien sans rien”, mais avec des capacités (juridiques, techniques et économiques) au nombre de quoi
- primo , le capital humain de chacun,
étant donné ce moyen, il y a des fins ou des objectifs des actes d'échanges de la P.J.P. que les prix en monnaie des marchandises harmonisent ;
- secundo, l'offre proposée avant la demande de quoi que ce soit qu’il désire,
l'acte d'échange de la P.J.P. ne devrait pas cacher la succession de l'offre de marchandise, puis de la demande ;
la démarche n’exclut pas la notion d’équilibre puisqu’à l'offre doit correspondre un équilibre (accord, égalité) en quantité de monnaie unitaire “pi” et en quantité totale de marchandise « Xi », puis à  la demande, un autre équilibre « pk », « Yk ».

Elle remet seulement en question l’équilibre habituel, qui s’imposerait…

Attention à la demande de travail...

Les chefs d’entreprises demandent des quantités de travail (qui cachent un prix en monnaie, un taux de salaire, qui va de pair) - qu'en France, l’I.N.S.E.E. dénomme curieusement « offre d’emploi », montrant ainsi son ignorance sur l’économie politique -.

Ces quantités de travail vont de pair avec, en particulier, des quantités de dettes que les chefs d’entreprise offrent (qui cachent un prix en monnaie qui va de pair) ou de monnaie qu’ils possédaient et qu’ils vendent (qui cachent un prix en monnaie qui va de pair).

i) Avec ces échanges de marchandises vont de pair leur prix en monnaie dont personne ne parle, à commencer par les statisticiens, alors qu’ils devraient être un élément des indices de prix en monnaie des marchandises mesurés.

ii) Au lieu de voir dans les salaires ce qui a harmonisé les actes d’échange – services, travaux - des P.J.P., l’accent est mis sur les P.J.P. qui auraient voulu être parties à l’échange et qui ne l’ont pas été – elles constituent le nombre des « chômeurs » -.

iii) Les salaires sont jugés être
tantôt trop bas (d’où la règlementation du SMIC, cf. ce texte ),
tantôt trop élevés (d'où la réglementation sur, par exemple, la limitation des bonus).

Et il est demandé au législateur de s’y opposer par des réglementations car « ils ne jouent pas leur rôle ».

A cette occasion, une causalité leur est donnée qui est à l’opposé de leur causalité vraie, à savoir l’harmonie évoquée ci-dessus.

iv) les variations des salaires sont jugées :
tantôt trop fortes,
tantôt trop basses.
Et il est demandé au législateur de s’y opposer car « elles ne jouent pas leur rôle ».
A cette occasion, une causalité leur est donnée qui est à l’opposé de leur causalité vraie.

Intermède et marchandise monnaie.

Il ne faut pas oublier que, dans le passé, la  succession de l’offre de quantité de marchandises, puis de la demande par la P.J.P. a fait que des économistes ont mis le doigt sur la « marchandise intermédiaire » qu’était la marchandise monnaie depuis la nuit des temps et dont découlaient les prix en monnaie de marchandises.

A la base de l’existence de l’intermédiaire monnaie, hier, il y avait en effet :
- les actes successifs d'échanges de marchandises de vous et moi, c’est-à-dire les échanges indirects et
- non pas, l'équilibre (macro)économique (général) des marchés, donné ou bien vers quoi on se dirigeait, c’est-à-dire les échanges directs.

Cela est souvent oublié par la démarche en termes d’équilibre des économistes
- qui mettent l'accent
* sur la juxtaposition des marchés comme si les échanges étaient directs plutôt que
* sur leur succession qui atteste que les échanges sont indirects ; 
- et qui préfèrent l’équilibre (macro)économique général au cycle conjoncturel.

Hayek [1929] concluded the passage with the statement that “the crucial problem of Trade Cycle theory” is "the incorporation of cyclical phenomena into the system of economic equilibrium theory, with which they are in apparent contradiction ." (White, 2014, p.5…)

rappelle Lawrence H. White (2014)*.
______________________
* White, L.H. (2014) «  Hayek and Contemporary Macroeconomics » , George Mason University, Department of Economics, Working Paper No. 15-05.
______________________

Mais il ne s’interroge pas sur la grande question : pourquoi Hayek cherchait-il une telle incorporation ?

Et il n’y répond donc pas.

La théorie de la conjoncture se suffisait pourtant à soi-même pour expliquer la réalité économique.


b. Les banquiers.

Les banquiers ont échangé des marchandises « substituts de monnaie bancaires », émises pour l’occasion par leurs soins, contre des marchandises « créances/dettes » (Cj) qui ont aussi débouché sur
- des « quantités de monnaies unitaires convenues » ([dM/Cj]j) ou
- des prix en monnaie (pj) (qui cachent des taux d’intérêt).

Attention à la demande de crédit...

Dans le « système » monétaire qu’on connaît aujourd’hui, les banquiers gèrent des quantités de choses dénommées « billets ou dépôts bancaires » - qu’on devrait dénommer « substituts de rien bancaires » par analogie avec les « substituts de monnaie bancaires » d’hier (cf. ce texte de janvier 2010) - qui vont de pair avec des quantités de marchandises « créances/dettes » échangées :
- les premières sont offertes par le banquier,
- les secondes sont demandées par ses soins.
Il y a identité de départ, une fois le « marché conclu », entre offre de monnaie et demande de crédit.

Par la suite, après paiement en monnaie du débiteur au créancier ce qu’il lui doit, selon le choix en monnaie du créancier,
- soit rien ne change pour le banquier en question(le créancier était client de la banque, la « monnaie » passe d’un compte à un autre),
- soit tout change pour ce dernier (le créancier était client d’une autre banque, la "monnaie change de banque").

Avec ces créances/dettes du banquier avec ces clients vont de pair leurs prix en monnaie dont personne ne parle, à commencer par les statisticiens, alors qu’ils devraient être un élément des indices de prix en monnaie des marchandises mesurés.


5. Quantité de monnaie et ensemble des prix en monnaie.


Bref, la fixité des prix en monnaie des quantités de marchandises n’est pas cohérente avec la variation de la quantité de monnaie.

Quantité de monnaie unitaire convenue et prix en monnaie d’une quantité de marchandise sont certes synonymes.
Quantité de monnaie en circulation et ensemble des prix en monnaie des marchandises sont tout autant synonymes.
On passe des uns aux autres sans difficultés.

Mais les mesureurs, comptables, statisticiens ou économètres, créent des accrocs sur les variations de ces notions avec les instruments qu’ils emploient.

Autrement dit, la difficulté apparaît ou s’ajoute quand les mesureurs, comptables, statisticiens ou économètres, mettent leur grain de sel.

Les statisticiens, en particulier, se sont chargés, semble-t-il, de (faire) mettre l’accent sur les niveaux de prix en monnaie qu’ils mesurent.
Ils ne prennent pas en considération la totalité des prix en monnaie des marchandises, synonyme de la quantité de monnaie en circulation, seulement une partie plus ou moins restrictive de la totalité.

Malgré cela, ils contribuent à faire croire que la variation des prix en monnaie des marchandises est cohérente avec la fixité de la quantité de monnaie en circulation (théorie chère à beaucoup d’économistes) ou que la variation de la quantité de monnaie l’est avec la fixité des prix en monnaie des marchandises (autre théorie chère…).


6. Monnaie, prix en monnaie et jugement de valeur.

Longtemps, la monnaie a été l’objet de jugement de valeur.

Dès son origine, il a été perçu que "la mauvaise monnaie chassait la bonne" (Aristophane a eu l’occasion de l’évoquer, cf. ce texte de juillet 2010).

Par la suite, il a été question de fausse ou de vraie monnaie, d’artificielle ou de naturelle, de malsaine (état totalitaire) ou de saine, de faible ou de forte (n’est-ce pas M. Trichet...), etc.
On était dans la rhétorique, non pas dans l’économie politique.

Aujourd’hui, seuls les prix en monnaie des marchandises sont l’objet de jugement de valeur d’une majorité de la population.
Ils ne sont pas jugés pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils devraient être selon les personnes en question.

i) Au lieu de voir dans les prix en monnaie ce qui a harmonisé les actes d’échange des P.J.P., l’accent est mis sur les P.J.P. qui auraient voulu être parties à l’échange et qui ne l’ont pas été – les « exclus du marché » -.

ii) les prix sont jugés être :
- tantôt trop bas,
- tantôt trop élevés.
Et il est demandé au législateur de s’y opposer par des réglementations car ils ne jouent pas leur rôle.
A cette occasion, une causalité leur est donnée qui est à l’opposé de leur causalité vraie, l’harmonie évoquée précédemment.

iii) leurs variations sont jugées :
- tantôt trop fortes,
- tantôt trop basses.
Et il est demandé au législateur de s’y opposer car ils ne jouent pas leur rôle.

A cette occasion, une causalité leur est donnée qui est à l’opposé de leur causalité vraie.


7. La séparation de la quantité de monnaie et des prix en monnaie.

Séparer les prix en monnaie des marchandises, de la quantité de monnaie en circulation, comme l’ont fait une majorité d’économistes depuis le XIXème siècle, aidés en cela par les mesureurs, me semble avoir été un cheval de bataille, en grande partie efficace jusqu’à présent.

Et il n'a pas protégé de l’absurdité.

Les prix en monnaie des marchandises sont en effet restés identiques à ce qu’ils étaient, à eux-mêmes, dans leur principe, alors que
- la quantité de monnaie a changé de formes avec la réglementation et l’innovation pour ne plus rien vouloir dire aujourd’hui et que
- son fond reste ignoré, à savoir la diminution du coût de l'échange (cf. ce texte de novembre 2014) !


8. Un dernier mot.

Pour toutes ces raisons, les prix en monnaie des marchandises et la quantité de monnaie en circulation, échangée, convenue, ne sont plus synonymes alors qu’ils devraient l’être et quoiqu'ils ouvrent des voies d'études différentes.

Ils ne le sont plus, en particulier, dans la tête des gens.
Et des hommes politiques ignares peuvent dire en toute impunité qu’il faut augmenter la quantité de monnaie pour développer la croissance (idée du « quantitative easing program », cf. texte d'octobre 2012), ceux-là semblent les croire comme s’il n’y aurait pas d’augmentation considérable des prix en monnaie des marchandises et pas nécessairement de croissance, à la suite de ce choix politique.

En attendant, ce choix ne fait pas peur aux actions de la e-industrie (cf. graphique 3):

                                     Graphique 3

Source: Bloomberg.




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