Paris, le 8 août 2015.



Faute de méthode ou bien de concept, on peut dire n'importe quoi.
Mais forts de ceux-ci, on peut en dire tout autant.

Pour l'éviter, il convient, en particulier, de distinguer plusieurs questions.


1. Pas de définition ou galaxie de définitions.

Il revient au même de ne pas définir un mot de la réalité (ou le concept du mot) ou de lui donner maintes définitions.

Sous prétexte qu'il est jugé qu'il y a parfois "trop" de définitions, une "galaxie de définitions", certains savants en arrivent à dire que la définition à considérer est fonction du problème qu'on se pose.

La liste des concepts de chose à maintes définitions est longue en économie politique, voire innombrable : "valeur", "monnaie", "coût", etc., équilibre, économie...


2. Mesure ou évaluation.

Il convient de distinguer la question de la mesure (du concept) d'une chose et celle de sa valeur .

Evaluer une chose de la réalité n'est pas la mesurer.
On donne une valeur à la chose, objet ou service, on ne la mesure pas nécessairement, physiquement ou autrement.
On peut aussi la mesurer et ne pas lui donner de valeur.

2.a. Cas du service.

Le service, notion économique en général mal définie (cf. ce texte de février 2014), pose, pour sa part, une difficulté de mesure, et non pas de valeur.

Quand le service n'est pas mesuré par une quantité de monnaie échangée comme tel, il l'est, en général, par la durée de temps qu'il recouvre comme y procède la théorie économique bien que la durée de temps ne soit pas une notion d'économie politique !

On ne peut que s'en étonner.

Jamais le service n'est jugé synonyme de l'acte mené par la personne.

Contre toute attente, il est distingué du "bien", voire il est opposé aux biens comme dans l'expression de "biens et services".

2.b. Service ex post ou ex ante.

Ce n'est pas l'oubli de l'alternative marchand/non marchand qui est à mettre en question, mais d'abord celui de l'alternative ex post/ex ante.

Cette alternative est laissée de côté par des textes du genre ci-dessous qui complète ce qu'a écrit Debreu (1959):

"Dans les chaînes de valeur modernes et de plus en plus mondialisées, les services sont étroitement liés à d'autres secteurs de l'économie et au travers des frontières.

Par conséquent, où ils montrent une sous-performance, cela a des conséquences pour l'économie dans son ensemble.

Les services sont également pertinents pour le fonctionnement de l'union économique et monétaire.

En l'absence de taux d'échange entre eux, la capacité des États membres de la zone euro de s'adapter à des chocs spécifiques dépend de la capacité de leurs économies de s'ajuster par la production et les prix.

Cet ajustement est entravée si les rigidités et les distorsions affectent des secteurs importants de l'économie.
En effet, étant donné que les services sont traditionnellement moins exposés à la concurrence, ils sont plus susceptibles de souffrir de rigidités qui les empêchent de réagir efficacement aux signaux économiques.

Dans certains États membres, les rigidités de services - qui sont dans une large mesure non-tradable - peuvent aussi être une contrainte importante de la croissance de la demande intérieure, ce qui entrave le rééquilibrage du compte courant intra-zone euro

Ce chapitre montre que les secteurs de services ont des liens forts avec la fabrication, à la fois en arrière (la demande) et en avant (approvisionnement), et que ces retombées créent aussi de la valeur ajoutée.
Les estimations économétriques montrent que la croissance de la productivité des services contribue à la performance exportatrice de l'industrie manufacturière.

La preuve de la sous-performance des secteurs de services est présentée en termes de mauvaise allocation des ressources productives entre les entreprises et de marges relativement élevées.
Ces facettes de sous-performance sont entraînés par un manque de concurrence."

"p.8n
Through the chapter, services are defined as market services and include: - wholesale and retail trade;
- transport;
- accommodation and food service activities;
- information and communication;
- financial services;

- real estate activities;
- and professional, scientific and technical activities.

Public administration, defence, education, human health and social work activities are therefore excluded." (cf. Quarterly Report on the Euro Area Volume 14, No 2 (2015) Institutional Paper 001 | july 2015).

Cette alternative ex post/ex ante est pourtant essentielle.

Si on n'y souscrit pas, tout est possible et donc incompréhensible.

2.c. La notion de "service" ignorée.

Des économistes se sont moqués de tout cela, vraisemblablement faute de connaissance, à l'exemple de Gérard Debreu qui n'a pas hésité à écrire dans son ouvrage de 1959 sur la Théorie de la valeur que:

"Le premier exemple d'un service économique sera le travail humain.
Sa description est celle de la tâche accomplie [...]" (Debreu, 1959)

Pour Debreu, le travail humain était donc le résultat de la tâche accompli et, par conséquent, envisagé ex post.
Implicitement, ce résultat représentait une valeur, la "valeur travail" ?
Ce qui est pour le moins une erreur.

La notion de "valeur travail" a été une absurdité d'économistes relayés par des politiques qui perdure.

Et qu'une analyse économique excluant le concept d'"acte humain" - ce qui était le contexte de Debreu -, qui identifiait le travail à un résultat ex post d'action, a ajouté à l'absurdité de la théorie (cf. ce texte d'octobre 2014).



3. Sans valeur ou de valeur nulle.

Il convient de ne pas confondre quelque chose à quoi on n'a pas donné de valeur et quelque chose à quoi on a donné une valeur nulle.

Algébriquement, dans les deux cas, le concept de la chose n'apparaît pas dans le résultat du raisonnement, il a disparu.

Reste qu'empiriquement, les deux situations n'ont rien à voir l'une avec l'autre.

Et attention aux conséquences tirées de la dualité.

. Sans coût ou de coût nul.

Ainsi, un échange de marchandises à quoi on ne donne pas un coût, aspect de sa valeur, n'est pas comparable, dans son principe, à un échange dont le coût donné est nul.

Soit dit en passant, il en est de même d'un équilibre économique de marché ou général, ou d'un équilibre macro économique.

Si on suppose que le coût de l'échange n'existe pas, son implication, à savoir ce qu'est ce qu'on dénomme "monnaie", ne saurait exister, ni le coût de ce dernier.
Car sans coût de l'échange, il n'y a pas d'amoindrissement du coût à rechercher, pas de moyen d'échange à trouver, pas de marchandise intermédiaire monnaie à inventer, pas de coût de la monnaie.

D'ailleurs, si le coût de l'échange n'avait pas existé, la monnaie et a fortiori son coût n'auraient jamais vu le jour.


Qu'on le veuille ou non, il faut savoir que ce qu'on dénomme "monnaie" est une conséquence du coût de l'échange.


4. Coût de l'échange et coût de la monnaie.

Il convient de distinguer le coût de l'échange de choses et le coût de ce qu'on dénomme "monnaie".

Le coût de la monnaie n'est jamais qu'un élément du coût de l'échange de choses, lui-même élément du coût de la réalité dont on parle.

Si le coût de l'échange est supposé positif, alors le coût de la monnaie est nécessairement positif ou nul.

Si on suppose que le coût de l'échange est nul, nécessairement son implication - à savoir la monnaie - est d'un coût nul.

4.a. Analyse économique.

Chaque fois qu'un économiste situe ce qu'il explique dans un contexte où le coût de l'échange est supposé nul, il se situe donc dans un contexte de coût inférieur au coût de la réalité où il se trouve, lui, en pratique.

Il se situe, de fait, dans une économie où le coût de la réalité est supérieur à ce qu'il avance, mais sans apparemment s'en soucier.

Ce coût de la réalité supérieur inclut, autre particularité, des échanges qui n'ont pas pu avoir lieu, justement à cause des coûts laissés de côté, et que n'évoque pas toujours la théorie.

On peut considérer que l'hypothèse du coût de l'échange nul et son rapprochement avec le coût de la réalité ont conduit leurs auteurs à mettre le doigt sur des échanges jusqu'alors ignorés.

4.b. La monnaie est supposée ne pas exister.

A l'opposé, chaque fois que le savant situe ce qu'il explique dans un contexte où le coût de l'échange existe et est positif, mais où la monnaie est supposée ne pas exister, il se situe dans une économie où le coût de la réalité où il se trouve en pratique est inférieur à ce qu'il avance, mais là encore sans s'en soucier.

Ce coût de la réalité inférieur inclut des échanges qui peuvent avoir lieu en pratique, mais dont se moque le raisonnement, la théorie.  Ces échanges en sont donc exclus.

4.c. La grande ambiguïté.

Reste que, dans la théorie de l'équilibre économique général ou bien dans la théorie macro économique, où soit la monnaie est supposé ne pas exister, soit son coût est supposé nul, on ne sait pas ce qu'il en est (cf. ce texte de A. Marget, 1935, "The Monetary Aspects of the Walrasian System", The Journal of Political Economy, Vol. 43, No. 2, Apr., pp. 145-186).

On est confronté à l'une ou l'autre des erreurs précédentes sans le savoir.
Et cette ambiguïté est désolante.

Bref, le coût de l'échange n'est pas toujours supposé "nul" en théorie économique, ainsi que le "coût de la monnaie".

Mais la nullité du coût de l'échange, supposée par certaines théories économiques, implique celle du coût de la monnaie et non pas l'inverse comme c'est malheureusement souvent expliqué.

Beaucoup, qui sont malheureusement écoutés, commencent en effet leur raisonnement par la quantité de monnaie et ne la relient pas, au préalable, aux échanges de choses. 

Folles thèses, foutaises.


 

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