Paris, le 8 septembre 2015.




Etant donné les échanges de choses menés dans le passé par les personnes juridiques physiques et, surtout, leurs coûts évalués, il est arrivé que ces dernières aient cherché à amoindrir dans l'avenir les coûts qu'ils avaient supportés à cette fin (cf. ce texte de février 2015 ou celui-ci de juillet 2014).

Ils ont inventé deux grands intermédiaires, à savoir 
- ce qu'on dénomme la "monnaie" et
- l'institution (ou l'organisation).

N.B. Je laisse de côté l'intermédiaire "institution" (cf. par exemple, sur l'institution, Morris Perlman, "The Roles of Money in an Economy and the Optimum Quantity of Money, Economica, 1971, pp. 233-252) pour m'intéresser uniquement à ce qu'on dénomme "monnaie".


Sont allés de pair avec ce qu'on dénomme "monnaie", les "échanges indirects" de choses, d'une part, et, d'autre part, l'"équilibre économique intermédiaire", résultat des échanges indirects.


1. Une erreur économique.

Le fait est qu'en majorité, les économistes ont laissé de côté ces deux expressions et tout ce qui se cachait derrière leurs notions.

Ils ont continué à parler, à la place, de l'échange et de l'équilibre économique comme si de rien n'était, comme si les intermédiaires, pourtant innovations essentielles, n'avaient pas profondément modifié la réalité économique.

Certes, à d'autres moments, les mêmes ont introduit, pour faire imaginer ou rêver ..., des expressions biaisées du type "intérêt général" ou "justice sociale", où, de fait, le qualificatif détruisait le nom.

Tout cela ne doit pas cacher l'amoindrissement réussi des coûts de l'échange de choses même s'il a été contrecarré en grande partie par des réglementations étatiques fondées sur l'erreur précédente.


2. L'échange indirect de choses.

Hier, avant que la monnaie existât, les marchandises s'échangeaient contre des marchandises.

Les échanges donnaient lieu, chacun, quand ils aboutissaient, à des "marchés conclus", c'est-à-dire à des taux d'échange de choses convenus, à des offres et des demandes égalisées, à des prix des quantités de marchandises exprimés dans une autre marchandise et à des quantités de marchandises.

Quand ils n'aboutissaient pas, quand il n'y avait pas de "marché conclu", c'était que les personnes avaient jugé les coûts des échanges trop élevés, les profits attendus avec incertitude trop bas.

Et s'il en était ainsi, c'était à cause de capacités juridiques, techniques et économiques dont elles ne disposaient pas.

Mais de tout cela, là encore, la majorité des économistes n'a dit mot.

2.a. Des marchandises récurrentes.

Force est de constater que des marchandises récurrentes ont vu le jour, progressivement, à l'initiative des personnes.

Elles se sont trouvées interposées dans des échanges d'autres marchandises et ont donné lieu à deux grands types de taux d'échange de choses potentiels au lieu du seul d'hier.

L'échange de choses est devenu ainsi indirect, en principe, pour chaque personne alors qu'auparavant, rétrospectivement, il était direct.

2.b. La chaîne des échanges indirects.

Au lieu de rechercher une double coïncidence de besoins/désirs, chacune a recherché quelqu'un "à monnaie" pour lui offrir sa marchandise, et pour, ensuite, rechercher quelqu'un d'autre disposant de la marchandise qu'elle désirait.

Soit la démarche était "synallagmatique", soit elle était "non personnalisée" (cf. Douglas North), "multilatérale ou multiangulaire" (cf. Friedrich von Hayek, vol.2, chap.10)

Dans les deux cas, quand les échanges aboutissaient, elle donnait lieu à deux taux d'échange convenus,
- l'un liait la personne - qu'on prend implicitement pour référence - soit à une autre personne (cas de la synallagmatie et de l'échange "offre de marchandise" pour la "demande de monnaie") soit à une demande de marchandise (cas du marché),
- l'autre échange la liait à une seconde personne (cas de la synallagmatie et de l'échange "offre de monnaie" pour "demande de marchandise") ou à une nouvelle offre de marchandise (cf. ce texte de juin 2015).

L'échange indirect de choses est un maillon de la chaîne perpétuelle à quoi il donne lieu.

2.c. Ce qu'on a dénommé "monnaie".

La marchandise en question, à la fois récurrente et intermédiaire, à l'initiative des personnes, a reçu la dénomination de "monnaie".

Par la suite, elle a évolué soit à l'initiative des personnes, soit à celle des hommes de l'état.
Dans le premier cas, il y a eu "innovation", dans l'autre, il y a eu "réglementation étatique".

Et, avec le temps, ce temps que Léo Ferré chantait en ces mots:





la réglementation a tendu à donner des privilèges à l'état dont les effets à court et à long termes méritent attention quoiqu'ils soient complétement ignorés.
Rappelons que :

« Il y a une trentaine d’années [soit 1937], quand on posait la question :
‘qu’est-ce que la monnaie ?’,
il fallait répondre :

‘c’est un bien privilégié, choisi parmi tous les autres, pour briser le troc ;
ce bien remplit en même temps deux fonctions : il est moyen de paiement et réserve de valeur’.
Les manuels de l’époque s’employaient alors à décrire toutes les formes que pouvait revêtir ce bien privilégié.» (Guitton, 1968 p.16)


3. L'équilibre économique intermédiaire.

Sans monnaie, tout "marché conclu" peut être dénommé "équilibre économique", façon de parler plus physique que littéraire de l'égalité entre deux quantités de marchandises, l'une offerte et l'autre demandée (cf. ce texte de mars 2015).

Dans ce monde sans monnaie, l'équilibre économique recouvre
- soit ce dont conviennent les deux parties du contrat d'échange synallagmatique,
- soit l'offre et la demande d'un "marché de choses", concept du savant économiste ou institution pratique.

Avec la monnaie et son évolution, l'équilibre économique est devenu lui-même "intermédiaire" - "conjoncturel" - et non pas ... "final" comme beaucoup ont pris l'habitude de le présenter implicitement.
Parler ainsi de l'équilibre à court terme ou à long terme est, en fait, une absurdité.
A fortiori, et au prix d'une mathématique, l'est tout autant l'équilibre en tant que situation envisagée au-delà de l'infini actuel (cf. ce texte d'octobre 2014).

3.a. L'équilibre économique et la "loi de l'économie" .

L'équilibre économique et la "loi de l'économie" (cf. ce texte de juillet 2015 ou celui-ci plus ancien) sont a priori deux considérations de nature opposée.
A l'équilibre économique, en principe, plus rien ne peut plus se passer tandis que la loi de l'économie exprime la voie permanente d'un amoindrissement des coûts économiques, son rythme.

Mais, on l'a dit, dans un monde d'échange indirect, l'équilibre économique est une absurdité.

3.b. L'équilibre économique intermédiaire et l'échange indirect. 

Il est à remarquer que l'"équilibre économique intermédiaire" et l''échange indirect" de choses sont des concepts diamétralement opposés.
L'équilibre économique intermédiaire est un résultat d'actions alors que l'échange indirect est une action humaine, source de résultats potentiels.

L'équilibre économique intermédiaire cache des offres et des demandes de marchés qui ont eu lieu ou "doivent avoir lieu" alors que les échanges indirects donnent lieu à des offres et des demandes potentielles.

A l'opposé, l'équilibre économique intermédiaire et la loi de l'économie s'harmonisent.
De chaque équilibre économique intermédiaire, dérivent des demandes de marchandises désirées potentielles et le point d'interrogation de nouvelles offres de marchandises potentielles.
La loi de l'économie exprime le rythme des maillons de la chaîne permanente.


4. Les réglementations étatiques.

Les réglementations sur la monnaie, créées par les hommes de l'état, ont fleuri au XXème siècle tant au niveau national qu'au niveau international, dans des proportions sans commune mesure avec le passé (cf. ce texte d'octobre 2014).

Henri Guitton en parlait en ces termes, en 1967:

« Mais aujourd’hui les formes exceptionnelles ont pris le pas sur les formes traditionnelles.
Cette opposition entre l'exception et la norme est même devenue tellement gênante que les perspectives se sont transformées.
C'est paradoxalement à partir de l'exception que l'on pense désormais l'essence du phénomène monétaire.» (Guitton, op.cit., p.16)


Et les essentiels allaient s'accumuler ...

Nous supportons aujourd'hui leurs effets à court et à long termes.
 
Aussi bien hier qu'aujourd'hui, ils sont complètement ignorés (les faits eux-mêmes sont ignorés, cf. texte d'août 2014) alors qu'ils sont dévastateurs et que peu en discutent les causes (cf. par exemple ce texte de Vitor Constäncio d'août 2015).





Retour au sommaire