Paris, le 26 septembre 2015.



Au moins en France, le discours économique à la mode se résume à commenter
- la croissance économique ou plutôt l'équilibre économique (sous-entendu ... "de sous emploi" ou "de chômage") ou
- la quantité de ce qu'on dénomme "monnaie", voire
- les deux notions en même temps, en faisant intervenir une relation d'égalité, "faussement intuitive" plus qu'explicative.

Primo, le discours sur l'équilibre ou la croissance économiques, notions construites par des théoriciens de l'économie politique, se limite en général à commenter des statistiques (cf. ce texte d'août 2015) ou à faire imaginer des considérations que ces statistiques cacheraient (par exemple, "What's the difference between welfare and well-being?").

Secundo, on ne peut que s'étonner que le discours parle de "monnaie" quoique ce qu'on dénomme "monnaie" n'existe plus au sens du passé, mais davantage comme une chose magique, depuis les réglementations étatiques instaurées dans la décennie 1930 pour les unes (cf. ce texte de mai 2011), depuis le début de la décennie 1970, pour les autres inter étatiques (cf. ce texte d'octobre 2011).

On ne peut que s'étonner aussi que la démarche parle de la "masse monétaire", notion supposée rendre compte de la notion théorique de "quantité de monnaie": "masse" et "quantité" font deux.
Bref, le discours fait comme si rien n'avait changé ou si les personnes étaient ignorantes ou n'avaient pas de mémoire.

Tertio, laissons de côté la relation hypothétique.
Pour simplement l'illustrer, exemplaire est à lire ce texte.


L'important de ce billet est que toutes ces notions ne sont pas des unités de la réalité économique, et donc de l'économie politique, et ne peuvent pas l'être.

Tout ce qui vient d'être dit tend à le faire croire et nous situe dans la tricherie ... du genre "Wolkswagen"
https://twitter.com/business/timelines/647293237082890240 .


1. Les échanges de marchandises par les gens.

La seule unité de la réalité économique tient dans les échanges de marchandises qu'effectuent volontairement les gens, des échanges passés et non pas des échanges à venir, quitte à expliquer, par la suite, que les échanges à venir dépendent des échanges passés, réalisés ou non.


2. Les échanges de marchandises passés.

Les échanges de marchandises passés sont les échanges réalisés autant que ceux qui, quoique désirés, n'ont pas été réalisés.

2.a. La réalité de l'équilibre économique général.

Les échanges de marchandises réalisés sont rassemblés dans la notion d'"équilibre économique général".

La notion inclut prix en monnaie des marchandises et quantités de marchandises correspondantes convenus.

En principe, prix en monnaie des marchandises et quantités de marchandises ne doivent pas être séparés, ils sont fruits des choix des personnes.

L'équilibre économique, caractéristique des marchés conclus, est lui-même intermédiaire et non pas final.
Il est vain de parler, dans ces conditions, d'équilibre économique à court ou à long terme, a fortiori, au-delà de la limite mathématique...

Libre à qui le désire de dire que le prix en monnaie résultant d'un échange de marchandise entre deux personnes ou entre l'offre et la demande du marché d'une marchandise est défini mathématiquement par le rapport entre la quantité de monnaie et la quantité de marchandise en question.

Mais ce n'est qu'une façon de parler, c'est un concept, ce n'est pas un élément de la réalité.


« Mais, ayant un pied dans le monde mercantiliste et l'autre dans le monde classique 4),
_________________
4) Quelques années plus tard Hume eut un pied et demi dans le monde classique.

C'est lui qui introduisit chez les économistes la coutume de donner à la position d'équilibre plus d'importance qu'aux situations constamment changeantes qui y conduisent.

Toutefois il restait assez mercantiliste pour ne pas ignorer qu'en fait nous vivons dans ces situations transitoires :

' C'est uniquement dans l'intervalle, ou dans la situation intermédiaire, qui sépare l'acquisition de la monnaie de la hausse des prix que l'augmentation des stocks d'or et d'argent est favorable à l'industrie...

Il n'importe nullement à la prospérité intérieure d'un État que le volume de la monnaie soit plus ou moins grand.

La sagesse chez le souverain ne consiste qu'à le maintenir, autant que possible, croissant.
Car c'est ainsi qu'il soutient l'esprit d'entreprise de la nation et qu'il accroît l'activité du travail en quoi réside toute la puissance et la richesse réelles.

Pendant tout le temps que le stock Monétaire d'une nation diminue, elle est réellement plus faible et plus malheureuse qu'une autre nation dont le stock monétaire n'est pas plus important mais qui se trouve sur la pente ascendante' (Essai sur la Monnaie, 1752).
________________

[Locke] ne parvient pas à élucider la relation existant entre ces deux proportions et néglige complètement le fait que la préférence pour la liquidité peut varier. » (Keynes, 1936, pp.147-148)

2.b. Equilibre économique.

Le principe de l'équilibre économique cache deux types d'échange de marchandises, en général mis de côté par les théoriciens de l'équilibre économique général.

i. L'échange direct .
La notion d'échange direct de marchandises entre personnes va de pair avec la "double coïncidence des besoins/désirs" de chacun (cf. Jevons 1835-82), très rare aujourd'hui.

Il est cohérent avec la notion d'équilibre économique du "marché", égalité de quantités à un prix.

ii. L'échange indirect
La notion d'échange indirect de marchandises entre personnes ignore les doubles coïncidences des besoins/désirs de ces dernières.

Il amène à mettre l'accent sur la double action successive d'échange de l'une d'entre elles, à savoir
- l'offre de marchandises par celle-ci (objet ou service),
- puis sa demande de marchandises, l'offre initiale ayant eu pour but la capacité de réaliser la demande désirée finale.

Il n'est pas cohérent avec la notion d'équilibre économique du "marché" (cf. ce texte de septembre 2015).

2.c. Les prix en monnaie des marchandises.

Les prix en monnaie des marchandises sont un des aspects de l'équilibre économique général, oublié en grande partie aujourd'hui.

Et les notions statistiques sur les prix en monnaie sont pour le moins critiquables (cf. ce texte).

2.d. Les quantités de marchandises échangées.

Les quantités de marchandises échangées par les gens sont l'autre aspect de l'équilibre économique général, très en vogue aujourd'hui, depuis les élucubrations de J.M. Keynes dans la décennie 1930 qui laissaient de côté les prix en monnaie quoiqu'il mît l'accent sur le taux d'intérêt de la banque centrale.
Un taux d'intérêt sans prix en monnaie ? Absurde !

Mais les notions statistiques sur les quantités sont là encore très critiquables (à commencer par celles de son producteur, le monopole réglementaire qu'est l'I.N.S.E.E. depuis 1946).

2.e. Deux oublis.

Les théoriciens de l'équilibre économique général oublient au moins deux faits.

i. Echanges désirés non réalisés.
Privilégier l'équilibre économique général en tant que réalité, comme ils le font, cache une grande partie des échanges, à savoir les échanges désirés par les gens, mais non réalisés.

Dans le cas de l'échange synallagmatique comme dans celui des autres cas de marché, une partie des personnes ne sont pas satisfaites de celles qu'elles rencontrent pour les échanges qu'elles désirent effectuer et ne les effectuent pas.
Et les théoriciens de l'équilibre économique général laissent de côté ce choix comme s'il n'avait pas d'importance pour l'ensemble !

A ce titre, la théorie de l'équilibre économique général est vaine tout autant que ce qui s'y articule.

ii. Invention, innovations.
Les théoriciens de l'équilibre économique général excluent, par hypothèse, qu'il y ait invention, innovations.
Tout est déterminé.

Pourtant, l'équilibre économique général n'est pas une fin comme certains le supposent ou alors c'est une fin absurde, qui rejoint la situation, au-delà de la limite (notion de Cantor), l'infini actuel, autre absurdité.

L'équilibre économique général exclut aussi l'invention, donc ses offres... autre raison de sa vanité.

2.f. Offre et demande de marchandises passées.


Autant la réalisation que la non réalisation des échanges de marchandises passés résultent des actions économiques de chacune des personnes, à savoir de l'offre et la demande de marchandises.

i - Echanges individuels,
Dans la perspective de chaque personne confrontée à l'échange indirect de marchandises, il y a
- égalité de l'offre et de la demande ("marché un"),
puis il y a à attendre
- égalité de la demande résultant de l'offre précédente et de l'offre nouvelle a priori ignoré ("marché deux").

Pour la personne, le "marché un" a mis fin à l'échange indirect de la demande,
le "marché deux" ouvrira l'échange indirect de l'offre de l'autre personne.

Ce sont :
- les offreurs qui étaient prêts à offrir en dessous du prix d'échange et qui ont réalisé leur offre et
- les demandeurs qui étaient prêts à demander au dessus du prix d'échange et qui ont réalisé leur demandes.

Pour les demandes satisfaites, le service des échanges est donc terminé, alors que les offres nouvelles satisfaites se trouvent au milieu du gué des échanges indirects et cherchent leurs demandes.

ii. Egalité de l'offre et de la demande de choses réalisées
L'égalité de l'offre et de la demande de marchandises ne concerne que les actions réalisées, non pas les non réalisées, et cache l'invention permanente.

Chaque marché a ainsi un "équilibre", situation d'égalité des deux quantités de marchandises offerte et demandée, mais sans lendemain ...

2.g. Situation de l'offre et de la demande de marchandises non réalisée.

L'égalité de l'offre et de la demande de marchandises ne concerne pas les actions désirées non réalisées.

Il faut rappeler qu'une partie des personnes ne sont pas satisfaites de l'échange, à savoir :
- les offreurs qui étaient prêts à offrir au dessus du prix d'échange et qui n'ont pas eu la capacité d'offrir et
- les demandeurs qui étaient prêts à demander en dessous du prix d'échange et qui n'ont pas eu la capacité de demander. 

2.h. Les causes de l'équilibre économique général.

L'équilibre économique général résulte de tout ce qui cause les actions d'offre et de demande de marchandises des gens, à commencer
- par des considérations méconnues et
- par les réglementations étatiques existantes et les réglementations à attendre avec incertitude qui les entravent.

i. Considérations méconnues.
Les considérations méconnues ont des causes multiples, à commencer par les notions d'ignorance et de connaissance ou celles
d'incertitude (espérance et probabilité), de risque de gain ou de perte (variance) ou de marchandise incertaine ou risquée.

ii. Réglementations étatiques.
Les réglementations étatiques portent sur les échanges de marchandises des gens, dont ceux en matière de monnaie.

Elles ne reposent, en général, sur rien d'autres que l'idéologie du législateur depuis le XIXème siècle.



3. Les échanges à venir.

Les échanges de marchandises entre les gens cachent les échanges de marchandises à venir, attendus avec incertitude.

Ils sont nécessairement ignorés par les théoriciens de l'équilibre économique général ou bien de tel ou tel équilibre macro économique.

En relation avec les échanges à venir, importent aux économistes les causes qui expliquent les actions économiques des personnes, libres ou contraintes.

En raison de ce fait du ou des marchés, étant donné la connaissance sur l'économie politique, chacun doit s'attendre avec incertitude que la situation future de marché change dans un sens ou dans l'autre.


Le fait est que, malgré tout, les théoriciens définissent le plus souvent l'ensemble des échanges de marchandises à venir
- d'une part, à partir de l'ensemble des échanges de marchandises réalisés - et non pas des échanges passés, lequel est méconnu à cause des échanges désirés non réalisés -, et,
- d'autre part, en particulier, à partir des quantités de marchandises elles-mêmes ou de la "masse monétaire", et non pas de leurs prix en monnaie.

Par rapport à l'ensemble des échanges de marchandises passés qui inclut les échanges non réalisés ..., ils tronquent donc l'ensemble des échanges de marchandises à venir dans des proportions inconnues de chacun qui les entend, en relation avec le "vrai" équilibre économique.

Etant donné la méthode, il est naturel qu'ils n'arrivent à rien, sinon à tricher.





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