Paris, le 1er janvier 2016.




Il y a deux grandes écoles de pensée scientifique : celle selon qui la science, c'est la méthode et celle selon qui la science, c'est la mesure.

En matière d’économie politique, la science de la mesure a gagné officiellement depuis au moins la décennie 1940.

En France, en témoigne chaque jour l’existence du monopole de production de données que le législateur a créé sous le nom d’I.N.S.E.E. en 1946 et dont le premier directeur déclarait alors qu’il fallait « passer de la France des mots à la France des chiffres » (cf. Desrosières, 2003).

Aux Etats-Unis d’Amérique, à la même époque, la Cowles Foundation avait la même démarche.

Les dégâts sont incommensurables.


1. Les prix en monnaie des marchandises.

Longtemps, les prix en monnaie des marchandises ont intéressé les savants économistes sous un angle essentiel, mais oublié aujourd'hui le plus souvent.

Cet angle n'était, en effet, que l'idée que les prix en monnaie des marchandises n'étaient jamais qu'un des deux éléments des échanges accomplis, aboutis, des "marchés conclus", chaque fois, entre au moins deux personnes juridiques physiques, de besoins ou désirs diamétralement opposés.

L'autre était la quantité totale de marchandises échangée, les deux donnant lieu à l'harmonie économique.

Rien ne justifiait de privilégier l'un par rapport à l'autre.


2. Quantité de monnaie et indice de prix mesurés.

… "L'analyse économique fournit des réponses particulières à des questions particulières",


disait Friedrich von Hayek (1899-1992) dans un article d'Economica, en mai 1933, intitulé "La tendance de la pensée économique".

Et l'explication simultanée des prix en monnaie des marchandises et de leurs quantités était une question particulière.

Et les économistes de tenter de les expliquer.
Mais cela n'a eu qu'un temps.


Il disait aussi:

… "Depuis l'époque de Hume et Adam Smith, l'effet de chaque tentative pour comprendre les phénomènes économiques - c'est-à-dire, de chaque analyse théorique - a été de montrer que, en grande partie, la coordination des efforts individuels dans la société n'est pas le produit de la planification délibérée, […]

Malheureusement, on n'a jamais donné à ce résultat le plus ancien et le plus général de la théorie des phénomènes sociaux, un titre qui lui permettrait d'avoir une place suffisante et permanente dans notre pensée. "


Malheureusement, les hommes de l'état ont proféré le contraire et l'ont développé en pratique pour le mal de chacun de nous.

Ils ont été aidés par les mesureurs, comptables, statisticiens ou économètres, qui s'en sont moqués et l'opinion a suivi les résultats de leurs propos indignes.

Il est à souligner, en effet, que, de façon globale, la mesure des prix, en monnaie ou autre, des marchandises a fait intervenir comme méthode le domaine des mathématiques qu'était la statistique ou l'économétrie tandis que la mesure de la quantité de monnaie s'articulait sur ceux des règles de droit et de la comptabilité en droits constatés (sous-domaine des mathématiques).

Rien ne justifiait d'opposer une mesure à l'autre ou de choisir l'une plutôt que l'autre (cf. ce texte de juillet 2009).
Les deux devaient se compléter.


3. Le prix en monnaie d'une marchandise n'est jamais qu'une quantité de monnaie convenue.

Le prix en monnaie d'une marchandise n'était jamais qu'un synonyme de la quantité de monnaie unitaire convenue ou consentie, et donc passée.

Ludwig von Mises (1881-1973) (photographie ci-dessous, à gauche, en compagnie de Jacques Rueff (1896-1978), à droite) avait insisté sur le point :


 "les prix ne sont pas mesurés en monnaie, ils sont de la monnaie" (Mises, 1953, p.664).

Mises, L. von (1953), « Remarques sur le traitement mathématique des problèmes de l'économie politique », Studium Generale, décembre, pp. 662-665, traduit de l’allemand par François Guillaumat.


En disant cela, Mises confortait, pour sa part, l'idée que les prix en monnaie cachaient des quantités de monnaie et l'harmonie économique.

A chaque instant, les prix en monnaie, c'est-à-dire les quantités de monnaie unitaires convenues de marchandises, n'étaient en effet rien d'autres que, à un facteur près (à savoir les quantités de marchandises échangées elles-mêmes), des échanges de quantités de monnaie qui changeaient de mains volontairement ...

Rien ne justifiait de séparer "prix en monnaie" et "quantité de monnaie" sauf  l'erreur commise sur la compréhension de la théorie de la quantité de monnaie ... (cf. ce texte de décembre 2014).

. Monnaie et prix en monnaie.

A la question par quoi  Milton Friedman (1912-2006) aimait à commencer ses conférences dans la décennie 1960, à savoir:

… "pourquoi s'intéresser à la monnaie plutôt qu'à des épingles?"

celui-ci aimait à répondre :

… "parce que les prix des marchandises échangés sont exprimés en monnaie".



Soit dit en passant, sans le rappeler, ou sans peut être le savoir, Friedman reprenait, à sa façon, Vilfredo Pareto (1848-1923) selon qui


"Une marchandise en laquelle s'expriment les prix des autres marchandises, est un numéraire ou une monnaie (§269 de son Cours de 1896-97).



Et Pareto de préciser alors :


"Le numéraire se distingue de la monnaie en ce que
la monnaie intervient matériellement dans les phénomènes économiques, et
le numéraire n'intervient pas matériellement".



Et Friedman de mettre l'accent sur la quantité de monnaie plutôt que sur les prix en monnaie et de contribuer à la déroute des économistes.


4. Les indices de prix.

Reste que les quantités de monnaie unitaires des marchandises n'ont pas souvent procédé de la quantité de monnaie mesurée par les comptables, mais davantage des indices de prix mesurés par les statisticiens ou les économètres.

Ce fait est pour le moins discutable et n'est pourtant jamais évoqué.

En effet, les mesureurs des prix en monnaie des marchandises que sont les statisticiens ou les économètres ne sauraient connaître tous les prix en monnaie à chaque instant, ni a fortiori dans une période de temps.

Ils font des choix sur ceux-ci à l'aide des méthodes de leur crû, en limitant en particulier le nombre des prix qu'ils prennent en considération.

Ils en tirent des "indices de prix".

Vraisemblablement, ils voudraient les voir apprécier par l'opinion alors que ces indices ne mesurent rien de la réalité, mais, au contraire la distordent.

. Il y a indice et indice.

Etant donné l'évolution de l'économie politique au XXème siècle, statisticiens ou économètres ont séparé les prix les uns des autres et ont déterminé des indices différents.

C'est ainsi que la notion de "niveau des prix" a été mesurée par divers indices dits "de prix" - cachant la notion théorique de marché des marchandises - et que, par exemple, la notion de "salaire" ne faisait pas partie de ces indices et a été mesurée par des indices qui lui étaient propres - cachant la notion théorique de "marché du travail" ou de "celui de l'emploi" -.


5. Les prix en monnaie sont étroitement liés à la quantité de monnaie totale, en circulation.

Reste que tout prix en monnaie de marchandises, c'est-à-dire toute quantité de monnaie unitaire convenue (pi), cache
- la quantité de monnaie totale existante (M), ou
- une augmentation de celle-ci (dM), à savoir la quantité de crédit (dC) qui a été achetée à l'offre de monnaie et qui a donné lieu à un complément de quantité de monnaie pour les échanges en question (somme des pi.qi), toutes choses égales par ailleurs.

Soit il y a eu substitution pure et simple au sein de la quantité de monnaie en circulation, soit il y a eu augmentation, au moins au départ.

Algébriquement, on a:

       M + dM = somme des échanges pi.qi,

soit:
       M(1+dM/M) = somme des échanges pi.qi.

Soit dit en passant, si on voit dans le rapport "M/(somme des pi.qi)" la notion de "demande de monnaie" (Md) et dans (dM/M) la notion de variation de l'"offre de monnaie", on peut écrire que:

                     Md.(1+dM/M) = 1,

qui n'est qu'une relation algébrique particulière entre l'offre et la demande de monnaie, plus intéressante que l'équation des échanges d'Irving Fisher (cf. ce texte de décembre 2015 ou celui-ci de décembre 2014).


6. Les prix en monnaie ont été oubliés au profit de la quantité de monnaie.

Dans un passé récent à l'échelle de l'histoire, est arrivé un jour où des économistes se sont séparés des "marchés conclus" ordinaires précédents et de l'harmonie économique à quoi ils conduisaient.

La démarche, prétendument fondée sur la théorie économique, les a amenés à deux grandes perspectives différentes:
- les uns se sont intéressés aux seuls prix en monnaie de telles ou telles marchandises,
- d'autres à la seule quantité de monnaie et à ses effets économiques.

Et on n'est pas sorti de cette fausse alternative qui s'était coupée de l'harmonie économique et y a introduit, à la place, l'équilibre économique (cf. ce texte de septembre 2015 ou celui-ci de mars 2015), voire la croissance (cf. par exemple ce texte d'avril 2014 ou celui-ci de mars 2015).

a. L'économie dirigiste.

Dans le cas de la seconde perspective, depuis au moins la décennie 1930, des économistes n'ont plus vu dans les échanges convenus par les gens, l'harmonie économique.

Au contraire, ils ont considéré, contre toute attente, que les variations de prix en monnaie qui résultaient des échanges passés et qu'ils observaient, créaient des perturbations, voire des crises, au lieu de les résoudre.

Ils ont fait valoir alors que seule l'action des hommes de l'état pouvait être la solution à l'équilibre économique.

Et la déroute s'est accrue.

b. La politique monétaire.

Au nombre de ces actions, il y a eu l'apparition de ce qui a été dénommé la "politique monétaire".

Elle a été montée en épingle.

Selon la démarche, les hommes de l'état auraient la capacité de la faire varier soit directement soit indirectement (via un taux d'intérêt).

Et ils n'ont pas hésité à affirmer que les prix en monnaie qu'ils dirigeraient en conséquence seraient constants ou comme si.

c. L'univers de l'économie politique.

Ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui ne devrait pas être mis, comme il l'est par les banquiers centraux et leurs actions, au centre de l'univers imaginé de l'économie politique.

Quitte à faire une analogie avec l'astronomie - avec toutes les réserves qui s'imposent -, ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" est analogue à la Terre au sein de l'univers.

C'est une planète, en particulier de la "Voie lactée", parmi des milliards d'autres, indénombrables, qui ne saurait affecter l'expansion de l'univers (et non pas l'équilibre de celui-ci qui n'existe pas...).


7. Le processus d'organisation "monnaie".

En ce qui me concerne, je considère que ce qu'on a dénommé "monnaie" depuis l'origine est un processus d'"organisation" ou d'"institution" - que certains dénomment aussi "système" - qui a contribué à diminuer le coût d'opportunité marginal de l'échange.

Le processus d'organisation a été spontané au départ, mais il a été transformé en dirigisme par les hommes de l'état au fur et à mesure qu'il se déroulait (cf. ce texte de décembre 2015):

… "Les limites du langage font qu'il est quasiment impossible de l'affirmer sans recourir à des mots métaphoriques. […]

Mais dès que nous prenons de telles expressions dans un sens littéral, elles deviennent fausses […]

Et dès que nous reconnaissons cela, nous avons tendance à tomber dans une erreur contraire, qui est, toutefois, très semblable en genre : on nie l'existence de ce que ces termes sont censés décrire.

Il est, bien entendu, extrêmement facile de ridiculiser Adam Smith pour la célèbre «main invisible» - qui conduit l'homme 'à promouvoir une fin qui ne faisait pas partie de ses intentions'.

Mais c'est une erreur pas très différente de cet anthropomorphisme que de supposer que le système existant sert une fonction déterminée, seulement dans la mesure où ses institutions ont été délibérément voulues par les individus. […]

Dans le corps de la science économique, il n'y a probablement pas de partie qui montre mieux que la partie la plus difficile, la théorie du capital et des intérêts, comment notre incapacité à comprendre le fonctionnement du système existant conduit
- à insatisfaction à son égard et aussi
- à action qui ne peut que faire empirer la situation.[…]

Cet exemple d'analyse sera, peut-être, suffisant pour expliquer pourquoi l'économiste va arriver à des conclusions très différentes de celles atteintes par ceux pour qui les phénomènes économiques représentent un nombre d'événements indépendants, expliqué
- par leurs causes historiques individuelles, et
- en aucune manière par la logique implicite du système."


avait encore écrit Hayek dans le même article de 1933.

Il avait ajouté :

… "Je continue à penser que notre connaissance [économique] justifie que nous disions que le domaine de l'activité rationnelle de l'État au service des idéaux éthiques soutenus par la majorité des hommes n'est pas seulement différent, mais est également beaucoup plus étroit qu'on le croit souvent.

C'est bien entendu sur ce point qu'un nombre croissant d'économistes sont en complet désaccord avec l'opinion populaire qui considère inévitable une extension progressive du contrôle de l'État."



Et des réglementations intempestives de la monnaie à l'initiative des hommes de l'état aveugles ont contribué à faire disparaître le rapport ...

. La monnaie n'est qu'un rapport.


Au cœur de ce processus, il y a eu, en effet, l'intermédiaire de l'échange sur quoi les économistes avaient mis l'accent dans le passé en le dénommant "monnaie".

 Etant donné l'échange, la monnaie n'est qu'un rapport mathématique d'un type analogue à l'accélération d'un corps.

Au lieu d'être le rapport d'une vitesse de déplacement d'un corps au temps - rapport qui, lui-même, est aussi le rapport physique d'une force à une masse ... -, ce qu'est l'accélération, la monnaie est le rapport du coût d'opportunité marginal de l'échange (donné par les gens) à l'organisation où ils vivent.


8. Un dernier mot.

Il y a donc, en pratique, un écart injustifiable entre les prix en monnaie des marchandises mesurés par des indices, leurs quantités de monnaie unitaires convenues non mesurées par une vraie comptabilité et la quantité de monnaie totale, en circulation, mesurée par une comptabilité réglementaire.

Et cet écart se retrouve dans ce qu'on dénomme "inflation".

Exemplaires sont les propos des "autorités" de la zone €uro sur l'inflation.
Ils attestent de la déroute des savants économistes officiels sur le sujet.






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