Les éditions "Institut Charles Coquelin" (Paris) ont publié - fin 2006 - une traduction du livre de Ludwig von Mises (1881-1973) intitulé
Le libéralisme (La seule solution possible vers le progrès économique et social). 

La traduction de 206 pages a été réalisée par Hervé de Quengo.

Mises (photo ci-contre) avait publié l'ouvrage pour la première fois, en langue allemande, en 1927 - il y a donc quatre vingts ans -, avant de le publier de nouveau en 1964, avec quelques retouches, il y a donc près de quarante ans.

Puissent les anti-libéraux de 2007 le lire.

Ils y retrouveront leur caractère fondamental qui y est décrit en quelques lignes bien senties qui font apparaître que même la nouveauté qu'ils revendiquent implicitement aujourd'hui est un mensonge.

Pour l'information des autres, des "sans opinion", je me permets de reproduire ci-dessous des extraits des pages 11-19 - entre "[...]", j'ai introduit des références de mon cru - qui mettent en pleine lumière les deux "racines de l'anti-libéralisme" :
- le "complexe de Fourier" et
- le "mensonge salvateur" :

"[...] On appelle habituellement 'société capitaliste' une société où les principes libéraux sont appliqués, et 'capitalisme' la situation correspondant à cette société.

Comme la politique économique libérale [sur ce point, on pourra se reporter à H.H. Hoppe] n'a partout été que plus ou moins fidèlement mise en pratique, la situation du monde d'aujourd'hui [nous sommes donc en 1927...] ne nous donne qu'une idée imparfaite de ce que signifie et de ce que peut accomplir un capitalisme totalement accompli.

Néanmoins, on a parfaitement raison d'appeler notre époque l''âge du capitalisme', parce qu'on peut faire remonter toute la richesse de notre temps aux institutions capitalistes.

C'est grâce aux 'idées libérales' qui restent encore vivantes dans notre société, à ce qui persiste encore du système capitaliste, que la grande masse de nos contemporains peut connaître un niveau de vie bien plus élevé que celui qui, il n'y encore que quelques générations, n'était accessible qu'aux riches et aux privilégiés.

Certes, dans la rhétorique usuelle des démagogues, ces faits sont présentés assez différemment. A les entendre, on pourrait penser que tous les progrès des techniques de production ne se font qu'au bénéfice exclusif de quelques privilégiés, alors que les masses s'enfonceraient de plus en plus dans la misère.

Il ne suffit pourtant que d'un instant de réflexion pour comprendre que les fruits des innovations techniques et industrielles permettent de mieux satisfaire les besoins des grandes masses.

Toutes les grandes industries produisant des biens de consommation travaillent indirectement pour le bénéfice du consommateur ; toutes les industries qui produisent des machines et des produits semi-finis y travaillent indirectement.

Les grands développements industriels des dernières décennies – comme ceux du XVIIIè siècle et que l'on désigne de façon peu heureuse par l'expression de 'Révolution industrielle' – ont conduit avant tout à une meilleure satisfaction des besoins de masses.

Le développement de l'industrie d'habillement, la mécanisation de la production des chaussures et les améliorations dans la fabrication et la distribution des biens d'alimentation ont, par leur nature même, bénéficié au public le plus large.
C'est grâce à ces industries que les masses actuelles sont mieux vêtues et mieux nourries qu'auparavant.

Cependant, la production de masse ne fournit pas seulement la nourriture, des abris et des vêtements, mais répond aussi à de nombreux autres demandes d'une multitude de personnes.  La presse est au service des masses presque autant que l'industrie cinématographique, et même le théâtre ou d'autres places fortes similaires des arts font chaque jour davantage partie des loisirs de masse.

Néanmoins, en raison de la propagande zélée des partis antilibéraux, qui inversent les faits, les peuples en sont venus de nos jours à associer les idées du libéralisme et du capitalisme à l'image d'un monde plongé dans une pauvreté et une misère croissantes.

Certes, même la plus forte dose de propagande et de reproches ne pourra jamais réussir, comme l'espèrent les démagogues, à donner aux mots "libéral" et "libéralisme" une connotation totalement péjorative.

En dernière analyse, il n'est pas possible de mettre de côté le fait que, en dépit de toute la propagande anti-libérale, il existe quelque chose dans ces termes qui suggère ce que tout un chacun ressent quand il entend le mot 'liberté'.

La propagande anti-libérale évite par conséquent d'utiliser trop souvent le mot 'libéralisme' et préfère associer au terme 'capitalisme' les infamies qu'il attribue au système libéral. Ce mot évoque un capitalisme au cœur de pierre, qui ne pense à rien d'autre qu'à son enrichissement, même si cela doit passer par l'exploitation de ses semblables.

Il ne vient presque à l'idée de personne, quand il s'agit de se faire une idée du capitaliste, qu'un ordre social organisé selon d'authentiques principes libéraux ne laisse aux entrepreneurs et aux capitalistes qu'une façon de devenir riches : en offrant dans de meilleures conditions à leurs semblables ce que ces derniers estiment eux-mêmes nécessaire.

Au lieu de parler du capitalisme en le rattachant aux formidables améliorations du niveau des masses, la propagande anti-libérale n'en parle qu'en se référant à des phénomènes dont l'émergence ne fut possible qu'en raison des restrictions imposées au libéralisme.

Il n'est nulle part fait référence au fait que le capitalisme a mis à la disposition des grandes masses le sucre, à la fois aliment et luxe délicieux. Quand on parle du capitalisme en liaison avec le sucre, c'est uniquement lorsqu'un cartel fait monter dans un pays le prix du sucre au-dessus du cours mondial. Comme si une telle chose était même concevable dans un ordre social appliquant les principes libéraux. Dans un pays connaissant un régime libéral, dans lequel il n'y aurait pas de tarifs douaniers, des cartels capables de faire monter le prix d'un bien au-dessus du cours mondial seraient presque impensables.

Les étapes du raisonnement par lequel la démagogie anti-libérale réussit à faire porter sur le libéralisme et le capitalisme la responsabilité de tous les excès et de toutes les conséquences funestes des politiques antilibérales, sont les suivantes :

[1)-] On part de l'hypothèse selon laquelle les principes libéraux viseraient à promouvoir les intérêts des capitalistes et des entrepreneurs aux dépens des intérêts du reste de la population et selon laquelle le libéralisme serait une politique favorisant le riche au détriment du pauvre.

[2)-] Puis on constate que de nombreux entrepreneurs et de nombreux capitalistes, dans certaines conditions, défendent les tarifs protecteurs, tandis que d'autres – les fabricants d'armes – soutiennent une politique de 'préparation nationale' ;

[3)-] et on saute alors sommairement à la conclusion qu'il doit s'agir de politiques 'capitalistes'.

En réalité, il en va tout autrement. Le libéralisme n'est pas une politique menée dans l'intérêt de toute l'humanité.
Il est par conséquent erroné d'affirmer que les entrepreneurs et les capitalistes ont un intérêt particulier à soutenir le libéralisme.

Il peut y avoir des cas individuels où certains entrepreneurs ou certains capitalistes cachent leurs intérêts personnels derrière le programme libéral : mais ces intérêts s'opposeront toujours aux intérêts particuliers d'autres entrepreneurs ou d'autres capitalistes.
Le problème n'est pas aussi simple que l'imaginent ceux qui voient partout des 'intérêts' et des 'parties intéressées'.
Qu'une nation impose des tarifs sur le fer, par exemple, ne peut pas être expliqué "simplement" par le fait que cela favorise les magnats du fer. Il se trouve dans le pays d'autres personnes, avec des intérêts opposés, et ceci même au sein des entrepreneurs ; et, en tout cas, les bénéficiaires des droits de douane sur le fer ne représentent qu'une minorité en diminution constante.

La corruption ne peut pas non plus constituer une explication, car les personnes corrompues ne sont également qu'une minorité ; de plus, pourquoi seul un groupe, les protectionnistes, se livre-t-il à la corruption et pas leurs adversaires, les 'libre-échangistes' ?

En réalité, l'idéologie qui rend possible l'existence de tarifs protecteurs n'a été créée ni par les 'parties intéressées' ni par ceux qu'elles auraient achetés, mais par les idéologues qui ont mis au monde les idées qui gouvernent toutes les affaires humaines.

A notre époque, où prévalent les idées anti-libérales, presque tout le monde pense en conséquence, tout comme il y a cent ans la plupart des gens pensaient en fonction de l'idéologie libérale alors dominante.

Si beaucoup d'entrepreneurs défendent aujourd'hui les tarifs protectionnistes, ce n'est rien d'autre que la forme que prend l'anti-libéralisme dans leur cas. Cela n'a rien à voir avec le libéralisme.


Les racines psychologiques de l'anti-libéralisme.

L'objet de cet ouvrage ne peut pas être de traiter du problème de la coopération sociale autrement que par des arguments rationnels.
Mais les racines de l'opposition au libéralisme ne peuvent pas être comprises en ayant recours à la raison et à ses méthodes.

Cette opposition ne vient pas de la raison, mais d'une attitude mentale pathologique – d'un ressentiment et d'un état neurasthénique qu'on pourrait appeler le complexe de Fourier, d'après le nom de ce socialiste français.

Il y a peu à dire au sujet du ressentiment et de la malveillance envieuse.
Le ressentiment est à l'œuvre quand on déteste tellement quelqu'un pour les circonstances favorables dans lesquelles il se trouve, que l'on est prêt à supporter de grandes pertes uniquement pour que l'être haï souffre lui aussi.
Parmi ceux qui attaquent le capitalisme, plusieurs savent très bien que leur situation serait moins favorable dans un autre système économique.
Néanmoins, en pleine connaissance de cause, ils défendent l'idée d'une réforme, par exemple l'instauration du socialisme, parce qu'ils espèrent que les riches, dont ils sont jaloux, souffriront également dans ce cas.
On entend toujours et encore des socialistes qui expliquent que même la pénurie matérielle serait plus facile à supporter dans une société socialiste parce que les gens verront que personne n'occupe une meilleure situation que son voisin.

En tout état de cause, on peut s'opposer au ressentiment par des arguments rationnels.
Il n'est après tout pas très difficile de montrer à quelqu'un qui est plein de ressentiment, que la chose importante pour lui est d'améliorer sa propre situation, pas de détériorer celle de ses semblables qui occupent une meilleure position.

Le complexe de Fourier est bien plus difficile à combattre.
Dans ce cas, nous avons à faire face à une maladie grave du système nerveux, une névrose, qui est plus du ressort du psychologue que du législateur.
On ne peut pourtant pas la négliger quand il s'agit d'étudier les problèmes de la société moderne.
Malheureusement, les médecins se sont jusqu'ici peu préoccupés des problèmes que constitue le complexe de Fourier.
En fait, ces problèmes ont à peine été notés, même par Freud, le grand maître de la psychologie, ou par ses successeurs, dans leur théorie de la névrose, bien que nous soyons redevables à la psychanalyse de nous avoir ouvert la voie de la compréhension cohérente et systématique des désordres mentaux de ce type.
A peine une personne sur un million réussit à réaliser l'ambition de sa vie. Les résultats de notre travail, même si l'on est favorisé par la chance, restent bien en deçà de ce que les réveries de la jeunesse nous laissaient espérer.
Nos plans et nos désirs sont ruinés par un millier d'obstacles et notre pouvoir est bien trop faible pour réaliser les objectifs que nous portions dans notre cœur.
L'envol de ses espoirs, la frustration de ses plans, sa propre insuffisance face aux buts qu'il s'était fixé lui-même – tout cela constitue l'expérience la plus pénible de tout homme. Et c'est, en fait, le lot commun de l'homme.

Il y a pour un homme deux façons de réagir à cette expérience.
On trouve l'une dans la sagesse pratique de Goethe :
'Voulez-vous dire que je devrais haïr la vie
Et fuir vers le désert
Parce que tous mes rêves bourgeonnants n'ont pas fleuri ?'

crie son Prométhée.

Et Faust reconnaît au 'moment le plus important' que 'le dernier mot de la sagesse' est :
'Personne ne mérite la liberté ou la vie
S'il ne les conquiert chaque jour à nouveau.'


Une telle volonté et un tel esprit ne peuvent pas être vaincus par la malchance terrestre.
Celui qui accepte la vie pour ce qu'elle est et ne se laisse pas submerger par elle, n'a pas besoin de chercher refuge dans la consolation d'une 'mensonge salvateur' pour compenser une perte de confiance en soi.
Si la réussite espérée n'est pas au rendez vous, si les vicissitudes du destin démolissent en un clin d'œil ce qui avait été péniblement construit au cours d'années de dur labeur, alors il multiplie simplement ses efforts.
Il peut regarder le désastre en face sans désespérer.

Le névrosé ne peut pas supporter la vie réelle. Elle est trop grossière pour lui, trop ordinaire, trop commune.
Pour la rendre supportable, il n'a pas, contrairement à l'homme sain, le cœur de 'continuer en dépit de tout'. Ce ne serait pas conforme à sa faiblesse.
A la place, il se réfugie dans un fantasme, une illusion.
Un fantasme est, d'après Freud, 'quelque chose de désiré en soi, une sorte de consolation' ; il se caractérise par sa 'résistance face à la logique et à la réalité'.

Il ne suffit pas du tout, dès lors, de chercher à éloigner le patient de son fantasme par des démonstrations convaincantes de son absurdité. [C'est moi qui souligne par les italiques]

Afin de guérir, le malade doit surmonter lui-même son mal. Il doit apprendre à comprendre
- pourquoi il ne veut pas faire face à la vérité et
- pourquoi il cherche refuge dans ses illusions.

Seule la théorie de la névrose peut expliquer le succès du Fouriérisme, produit fou d'un cerveau sérieusement dérangé.

Ce n'est pas ici l'endroit pour démontrer la preuve de la psychose de Fourier en citant des passages de ses écrits. De telles descriptions ne présentent d'intérêt que pour le psychiatre, ou pour ceux qui tirent un certain plaisir à la lecture des produits d'une imagination lubrique.

Mais c'est un fait que le marxisme, quand il est obligé de quitter le domaine de la pompeuse rhétorique dialectique, de la dérision et de la diffamation de ses adversaires, et quand il doit faire quelques maigres remarques pertinentes sur le sujet, n'a jamais pu avancer autre chose que ce que Fourier, 'l'utopiste', avait à offrir.

Le marxisme est de même également incapable de construire une image de la société socialiste sans faire deux hypothèses déjà faites par Fourier, hypothèses qui contredisent toute expérience et toute raison.
D'un côté, on suppose que le 'substrat matériel' de la production, qui est 'déjà présent dans la nature sans effort productif de la part de l'homme', est à notre disposition dans une abondance telle qu'il n'est pas nécessaire de l'économiser.
D'où la foi du marxisme dans une 'augmentation pratiquement sans limite de la production'.

D'un autre côté, on suppose que dans une communauté socialiste le travail se transformera d'un fardeau en un plaisir - et qu'en réalité il deviendra 'la première nécessité de la vie'. Là où les biens abondent et le travail est un plaisir, il est sans aucun doute très facile d'établir un pays de Cocagne. (p.17) […]

Dans la vie d'un névrosé, le 'mensonge salvateur' possède une double fonction. Il ne console pas seulement des échecs passés, mais lui offre aussi la perspective de succès futurs.
En cas d'échec social, le seul qui nous concerne ici, la consolation consiste à croire que l'incapacité d'atteindre les buts élevés auxquels on aspirait n'est pas due à sa propre médiocrité mais aux défauts de l'ordre social.
Le mécontent attend du renversement de cet ordre la réussite que le système en vigueur lui interdit.

Par conséquent, il est inutile d'essayer de lui faire comprendre que l'utopie dont il rêve n'est pas possible et que le seul fondement possible d'une société organisée selon le principe de la division du travail réside dans la propriété privée des moyens de production.

Le névrosé s'accroche à son 'mensonge salvateur' et quand il doit choisir entre renoncer à ce mensonge et renoncer à la logique, il préfère sacrifier cette dernière.
Car la vie serait insupportable à ses yeux sans la consolation qu'il trouve dans l'idée du socialisme. Elle lui dit que ce n'est pas lui, mais le monde, qui est responsable de son échec : cette conviction accroît sa faible confiance en lui et le libère d'un pénible sentiment d'infériorité. (p.18) […]

On ne peut pas envoyer tous ceux qui souffrent du complexe de Fourier aller voir un médecin pour un traitement psychanalytique, le nombre des malades étant bien trop grand.

Il n'y a pas d'autre remède possible dans ce cas que le traitement de la maladie par le patient lui-même.
Par la connaissance de soi, il doit apprendre à supporter son sort dans la vie, sans chercher de bouc émissaire sur lequel il puisse rejeter toute la responsabilité, et il doit s'efforcer de saisir les lois fondamentales de la coopération sociale [...]." (p.19)


Bref, aux racines de l'anti-libéralisme, il faut opposer responsabilité et connaissance des lois fondamentales de la coopération sociale, i.e. des êtres humains, des personnes juridiques physiques. 
Ce qu'a fait Mises quand, près de vingt ans plus tard, il a écrit en 1949 son traité d'économie intitulé L'action humaine.

Mais bien évidemment, Le libéralisme (La seule solution possible vers le progrès économique et social) est à lire tout entier si on veut comprendre le sort fait au libéralisme en France, dans la période actuelle (2007), par les médiatico-politiques de tous bords et démystifier leurs discours.



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