"… the gain of one man is the damage of another; no man profits but by the loss of others.
This dogma was already advanced by some ancient authors.
Among modern writers Montaigne Montaignewas the first to restate it; we may fairly call it the Montaigne dogma.( Mises, Human Action, 1949)


1. L'erreur économique.

En 1949, Ludwig von Mises a écrit dans Human Action un chapitre XXIV intitulé "Harmonie et conflit d'intérêts" dont provient la citation en exergue.

Il y fait référence aux Essais de Michel de Montaigne (ci-dessus), à l'article "Patrie" du Dictionnaire philosophique de François Marie Arouet - Voltaire - et à l'ouvrage fameux de Louis Napoléon Bonaparte – le futur Napoléon III – dont le titre Extinction du paupérisme a amené certain humoriste à le compléter par les mots "… après dix heures du soir".

Voici un passage édifiant du texte de Mises (ci-dessous) :

"The statement that one man's boon is the other man's damage is valid with regard to robbery, war, and booty.
The robber's plunder is the damage of the despoiled victim.

But war and commerce are two different things.
Voltaire erred when--in 1764--he wrote in the article "Patrie" of his Dictionnaire philosophique:

"To be a good patriot is to wish that one's own community should enrich itself by trade and acquire power by arms;
it is obvious that a country cannot profit but at the expense of another and that it cannot conquer without inflicting harm on other people."


Voltaire, like so many other authors who preceded and followed him, deemed it superfluous to familiarize himself with economic thought.

If he had read the essays of his contemporary David Hume, he would have learned how false it is to identify war and foreign trade.
Voltaire, the great debunker of age-old superstitions and popular fallacies, fell prey unawares to the most disastrous fallacy.

When the baker provides the dentist with bread and the dentist relieves the baker's toothache, neither the baker nor the dentist is harmed.
It is wrong to consider such an exchange of services and the pillage of the baker's shop by armed gangsters as two manifestations of the same thing.

Foreign trade differs from domestic trade only in so far as goods and services are exchanged beyond the borderlines separating the territories of two sovereign nations.

It is monstrous that Prince Louis Napoleon Bonaparte, the later Emperor Napoleon III, should have written many decades after Hume, Adam Smith, and Ricardo:
"The quantity of merchandise which a country exports is always in direct proportion to the number of shells it can discharge upon its enemies whenever its honor and its dignity may require it." [2]

All the teachings of economics concerning the effects of the international division of labor and of international trade have up to now failed to destroy the popularity of the Mercantilist fallacy,
"that the object of foreign trade is to pauperize foreigners." [3]

It is a task of historical investigation to disclose the sources of the popularity of this and other similar delusions and errors.
For economics the matter is long since settled. [p. 667]"


Les auteurs de la tradition française - stigmatisée indirectement en tant que telle par Mises - ont donc un point commun flagrant : l'erreur économique. 

Elle tient dans le fait qu'ils soutiennent en effet que tout gain obtenu par un être humain serait un dommage que supporterait un autre, qu'il n'y aurait pas de différence entre la guerre et l'échange avec l'étranger ou encore que l'échange avec l'étranger – ce qu'on dénomme de nos jours le "commerce extérieur" – aurait pour objet l'appauvrissement des étrangers.


2. L'harmonie des intérêts bien compris.

Le chapitre de Mises est, à sa façon, un résumé extrême de l'ouvrage de Frédéric Bastiat Bastiatci-contre intitulé Harmonies économiques publié en 1850, i.e. près de cent ans plus tôt, et des erreurs économiques que ce dernier avait débusquées alors dans les écrits économiques de maints écrivains, économistes ou autres, de ses amis ou non.

Soit dit en passant, on regrettera que Mises n'ait pas développé, même indirectement, à ce point du livre, l'autre tradition française dont Bastiat était un héraut, à savoir la tradition libérale.

On le regrettera d'autant plus que le paragraphe 3 du chapitre, intitulé "L'harmonie des intérêts bien compris" reprend ce qu'avait visé à expliquer Bastiat à ses contemporains dans le livre centenaire .

Le chapitre de Mises est aussi une mise à jour du diagnostic de Bastiat puisqu'apparaissent dans le cénacle des "nuls en science économique" Marx, Engels et les marxiens.
A ce titre, il complète utilement les efforts de Bastiat ou, si on préfère, ceux de la tradition française libérale et est très intéressant.


3. Organisation artificielle ou organisation naturelle.

Mais nous sommes en mars 2007. Et, rétrospectivement, le chapitre XXIV de Human Action acquiert un dernier intérêt qui n'est pas le moindre pour les Français puisqu'il est prophétique : avec l'interventionisme socialiste, avec le dogme de Montaigne, l'erreur perdurera au moins en France.

En 1949, l'Organisation des Nations Unies (O.N.U.) venait d'être instituée. Que fallait-il en penser alors ?
Voici la réponse de Mises :

"The League of Nations did not fail because its organization was deficient.
It failed because it lacked the spirit of genuine liberalism.
It was a convention of governments imbued with the spirit of economic nationalism and entirely committed to the principles of economic warfare.

While the delegates indulged in mere academic talk about good will among the nations, the governments whom they represented inflicted a good deal of evil upon all other nations.

The two decades of the League's functioning were marked by each nation's adamant economic warfare against all other nations.
The tariff protectionism of the years before 1914 was mild indeed when compared with what developed in the 'twenties and 'thirties--viz., embargoes, quantitative trade control, foreign exchange control, monetary devaluation, and so on.[17]

The prospects for the United Nations are not much better, but rather worse. Every nation looks upon imports, especially upon imports of manufactured goods, as upon a disaster.
It is the avowed goal of [p. 688] almost all countries to bar foreign manufactures as much as possible from access to their domestic markets.
Almost all nations are fighting against the specter of an unfavorable balance of trade. They do not want to cooperate; they want to protect themselves against the alleged dangers of cooperation. [p. 689]"


Seulement, suite à la course poursuite permanente que se livrent depuis la nuit des temps l'innovation scientifique et technique - i.e. la réduction des ignorances spécifiques aux êtres humains par leurs propres actions - et les réglementations des législateurs nationaux, régionaux, voire mondial, l'économie mondiale a entièrement changé de physionomie, une fois de plus, ces dernières décennies.

Comme l'avait souligné Mises, les réglementations ont certes tendu à l'emporter au lendemain de la guerre de 1939-45 dans le monde et en France. 

Mais force est de constater que l'innovation scientifique et technique, indicateur de l'organisation naturelle, est parvenue dans le monde à passer en tête par la suite, au grand dam des politiques et des stipendiés par ceux-ci qui, d'une certaine façon, ne comprennent pas la nouveauté et, en conséquence, ne peuvent pas réglementer.  

A cet égard, et en passant, il convient de souligner que les théories économiques dites "orthodoxes" - ou, en anglais, "mainstream" -, toutes "non misésiennes", qu'ils chérissent,  sont développées dans des cadres d'analyse d'où les ignorances respectives des êtres humains sont exclues par hypothèse et d'où, par conséquent, est exclu le processus de découverte ou d'innovation, l'organisation naturelle.  Et ceci explique cela.


4. "Patriotisme économique et boule de gomme" ?

Malheureusement, en France, en mars 2007, la classe politique refuse toujours le principe de la découverte ou l'organisation naturelle et tend à l'entraver.

On a toujours au gouvernement un "ministre du commerce extérieur"  qui monte en épingle, périodiquement, les résultats de ce commerce - exprimé en termes d'exportations ou d'importations de biens et services -, ainsi que ceux de la "balance du commerce extérieur" ou de "celle des paiements courants"…, l'arche du protectionnisme selon Vilfredo Pareto.

Et le prétendu "patriotisme économique", ensemble de réglementations hétéroclites, est un des chevaux de bataille des candidats à l'élection présidentielle de mai prochain.

des veaux



















Addendum.

Le protectionnisme, illusion fiscale ultime, émission radio internet du 12 janvier 2012.



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