A Paris le 16 avril 2007.


Le texte qui suit a été publié dans Liberté économique et progrès social, 116, juillet 2006, pp. 24-44 sous le titre "Lettre ouverte à une certaine presse de France".


"En France, le libéralisme est avant tout l'objet de fausses représentations", telle est la conclusion à quoi on parvient désormais, chaque fois qu'on prend connaissance de la dernière grande tentative d'une certaine presse de France pour le présenter pour ce qu'il n'est pas.


1. L'avant dernière grande tentative.

Ce fut le cas, le 24 février 2004, quand Pascal Salin (ci-contre) fut pris à parti par deux journalistes du quotidien Libération dans un article intitulé sans vergogne "OPA ultralibérale sur l'agrégation d'économie : polémique autour du président et des membres du jury du concours, accusés de partialité" . (2)

L'article répercutait un libelle dénué de fondement et venimeux qui circulait sur Internet depuis quelques semaines et qui était un des effets de la nomination en juin 2003 par le Premier ministre de l'époque, de sa personne comme président du jury du concours de l'agrégation externe de l'enseignement supérieur en sciences économiques, principale voie pour devenir "professeur des universités" (3).
De fait, le propos des journalistes tendait surtout à renforcer la "pureté du venin".

Le même jour, Le Monde, autre quotidien de France, n'était pas en reste : il menait une attaque plus ou moins feutrée, pour ne pas écrire perfide. Dans le cadre d'un article intitulé "Des universitaires jugent le jury de l'agrégation 2004 d'économie trop libéral et peu compétent", il "informait", en particulier, d'un "vote d'une motion" en décembre 2003 par le Conseil national des universités (4) à propos du jury du concours - véritable manœuvre dilatoire menée par icelui -.

Suivirent dans le même sens les journaux de périodicité différente mais de même couleur Charlie Hebdo, Alternatives économiques, etc.

Etant donné ce qui commençait à devenir une véritable "affaire Salin", Hervé Novelli, député de l'Assemblée Nationale, se fit un honneur, à l'occasion d'une séance hebdomadaire de questions au Gouvernement (5), d'interroger le Ministre de l'éducation nationale sur de tels agissements.
Le ministre étant empêché, ce sera le Secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur qui lui donnera une réponse non seulement en décalage avec la question posée, mais encore en confondant le concours en question avec le "concours de l'agrégation d'économie et de sciences sociales du secondaire" (6). Il conclura sa réponse défaillante par une pirouette:
"l'opposition manque de souffle aux affaires, mais ici elle ne manque pas d'air".


2. Le dernier travestissement.

Une certaine presse de France ne manque pas d'air, non plus, en permanence ! En témoigne, toutes proportions gardées, aujourd'hui en juin 2006, un article récidiviste du quotidien Le Monde (7) écrit cette fois par Jean-Louis Andréani et intitulé "France solidaire et France libérale".

Pour ceux qui constatent les ravages croissants causés par l'étatisme au pouvoir, un des traits les plus renversants de ce texte est qu'il révèle le degré élevé à quoi ses adeptes demeurent aveugles à ces destructions. Ils attribuent les problèmes de société au reliquat de liberté que l'étatisme concède encore à ceux qu'il asservit déjà plus qu'à moitié et non pas au fait que, par nature, il prive du pouvoir de les résoudre ceux qui ont un intérêt réel à le faire.

On remarquera aussi, en passant, qu'à ceux d'entre nous qui avaient lu ce journal à une autre époque, ou sur d'autres sujets (8) , Philippe Nemo (9), spécialiste des médias en plus d'être l'historien des idées que l'on sait (10), avait récemment révélé que les subventions déguisées et le recrutement idéologique avaient fini par introduire au quotidien Le Monde des journalistes paresseux et incultes.

Mais on ne savait pas qu'ils vivent dans un "univers parallèle" (cf. ci-dessous) : M. Andréani ne décrit-il pas une France "dominée par les idées libérales" - c'est-à-dire sans doute une France où l'Etat, par exemple, aurait cessé d'appauvrir les pauvres ou de censurer les libéraux, et où, comme dans les pays véritablement démocratiques, une sauvegarde constitutionnelle contre le "conflit d'intérêts" interdirait aux fonctionnaires de faire de la politique -.

C'est ce discours d'une société française qui devrait ses problèmes à "la domination libérale" qui choque le plus les libéraux en France et dans le monde entier : ils savent quels efforts sont faits pour les marginaliser (11) et, s'il a seulement cherché à s'informer, n'importe qui peut se rendre compte que la France est au contraire l'un des pays les moins libéraux au monde, l'un des les plus taxés et réglementés.

Etant donné que l'article exprime par ailleurs une ignorance de l'économie et de l'histoire pour le moins saisissante, il a trouvé (12) et trouvera des réfutations adéquates.
A cet égard, en voici trois qui valent la lecture car elles proviennent respectivement de Belgique, des Etats-Unis et de France, et éclairent l'étendue du mal : l'une a été écrite par Drieu Godefridi, directeur de l'Institut Hayek (13), l'autre par Philippe Lacoude, Français émigrés aux Etats-Unis (14), co-auteur en 1996 de Action ou taxation (15), et la troisième par François Guillaumat, de l'Institut Turgot (16).


3. Réaction d'outre Quiévrain.

Directement mis en cause par l'article du Monde, Drieu Godefridi a répondu par la réaction – non publiée par le journal – reproduite ci-dessous. N'ayant pas trouvé le miroir qu'il fallait traverser pour accéder à la France "libérale" qu'évoque M. Andréani, il décrit celle qu'il observe depuis Bruxelles.

Cher Jean-Louis Andreani.
J'ai lu avec intérêt votre papier « France solidaire et France libérale » dans Le Monde daté du 15 juin 2006. En tant que responsable de l'institut Hayek, que vous avez la gentillesse de placer à l'avant-garde du combat pour le libéralisme, je voudrais réagir.

Je partage votre constat sur la déliquescence de la société française : absence de projet collectif, angoisse sociale, solidarité en lambeaux, etc. Rien de très original : des libéraux aux communistes, en passant par les « Guignols de l'info », tout le monde est d'accord : la France va mal.

J'ai un peu plus de difficulté, vous l'aurez deviné, avec votre analyse des causes de la descente aux enfers, que vous imputez à la « victoire des idées néolibérales, à partir des années 1980 ». C'est une thèse intéressante, et qu'il n'est pas rare de lire.
Elle n'en est pas moins désopilante : la « victoire des idées néolibérales » en France serait ainsi concomitante de l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Taxer les politiques socialo-communistes de libérales, n'est-ce pas récrire l'histoire ? Vint ensuite Jacques Chirac. De l'avis de tous ceux qui se sont intéressés à son long parcours, M. Chirac a défendu toutes les opinions et politiques possibles, sauf une : il n'a jamais été libéral. N'est-ce pas lui qui, récemment encore, vouait aux mêmes gémonies le communisme et le libéralisme ?

Il n'y a tellement pas eu de victoire des idées libérales en France que - vous l'aurez sans doute observé - lors de la récente campagne référendaire sur le projet de traité constitutionnel européen, les partisans du « non » n'ont cessé de communier dans un même credo : l'abomination de cet « ultra-libéralisme » qui, à les en croire, maintiendrait la France au fond du cul-de-basse-fosse économique et social où elle semble devoir croupir pour l'éternité et dont le projet européen ne serait qu'une figure.

D'Olivier Besancenot à Jean-Marie Le Pen, en passant par MM. Fabius, Mélenchon, Emmanuelli ou Chevènement, sans oublier Villiers et les communistes, il n'y a pas un seul partisan du non qui ne se soit empressé de porter le projet sur l'autel sacrificiel du dieu Antilibéral, au pied duquel, le fait mérite d'être relevé, les « nonistes » retrouvaient d'ailleurs leurs adversaires partisans du « oui » tentant quant à eux de convaincre les Français que la constitution européenne était le meilleur rempart contre le libéralisme. Tout cela lors même que le projet européen est, par essence, favorable aux échanges économiques : c'est assez dire que le débat était quelque peu surréaliste.

Comme je l'écrivais dans Les Echos au lendemain de la victoire du « non », cette communion fraternelle des « nonistes » et des « ouistes » dans l'anti-libéralisme frénétique est révélatrice de l'invraisemblable ivresse idéologique des élites françaises. Quand vous déplorez, par exemple, que « seul le marché gouverne l'accès au logement », ce n'est pas sérieux. Faut-il rappeler que les banlieues françaises, désormais célèbres dans le monde entier, sont hérissées de ces logements sociaux qui firent, longtemps, la fierté de la gauche ?

Se figurer que la France doit ses 10% de chômeurs (un jeune sur quatre), sa croissance cadavérique, l'échec lamentable de toutes ses « politiques de l'emploi » (un oxymore), la multiplication des zones de non droit, l'hyperinflation de son appareil étatique et l'hypertaxation qui en est le corollaire nécessaire, la déliquescence de son enseignement et le caractère irréformable de tout ce qui touche aux droits acquis à un excès de libéralisme relève de la plaisanterie ou de la psychiatrie.

Sans en référer immédiatement à l'exemple du grand Satan américain (qui comme le savent tous les Français, fait payer ses succès économiques à des millions d'Américains qui vivent entre la famine et la prison), traversons la Manche, constatons des données que même le radical-socialiste Jacques Chirac ne peut nier (4%, de chômage et de croissance) et posons la question : les Britanniques doivent-ils ces succès à plus, ou à moins de libéralisme ?

Observez qu'en dehors des frontières, jamais personne n'a eu l'idée saugrenue de qualifier la France de « libérale ». Libérale, la France meurt de ne l'être pas.

Que proposent les libéraux ? De mesurer les politiques menées depuis trente ans à l'aune de leurs résultats, et non du tourbillon de bonnes intentions qui a présidé à leur mise en œuvre. Les politiques de l'emploi, j'en parlais, difficile de contester qu'avec trois millions de chômeurs, l'échec est cuisant. Les politiques de relance, d' « accompagnement de la croissance », etc., jugez-en : depuis une vingtaine d'années, la croissance économique française est de moitié inférieure à la croissance américaine. A ce rythme-là, le niveau de vie des ménages américains sera bientôt le double des ménages français. Les exemples sont nombreux. Mentionnons l'école, cette autre « institution républicaine » chère à la gauche : les classements internationaux (PISA, notamment) indiquent que le niveau d'instruction des jeunes Français ne cesse de régresser. L'université française s'affaisse, les universités anglo-saxonnes triomphent. Les cerveaux s'exilent. En fait, c'est toute une génération qui s'exile : un million de Français, en quelques années.

De ces échecs multiples et répétés, ne faut-il pas tenter de tirer les leçons ? D'autant que ces politiques ont un coût, double : d'abord, des taux d'imposition punitifs (la France est le deuxième pays le plus taxé au monde, encore une marque de ce curieux libéralisme mitterrando-chiraquien). Ensuite, cette ponction impitoyable des travailleurs et des entreprises détourne des circuits économiques autant de capitaux qui, sans cela, eussent été investis dans la production de richesses, de croissance, donc d'emploi. Les pays à forte croissance sont faiblement imposés.

En somme, la France a de facto renoncé à la croissance économique pour mener de coûteuses politiques sociales qui sont autant de désastres : joli marché de dupes. Pourquoi ne pas essayer autre chose ? Pourquoi ne pas redonner un peu de liberté et de responsabilité aux citoyens, aux travailleurs et aux entreprises, en les taxant moins, en les règlementant de manière plus souple et intelligente ? Pourquoi ne pas essayer de simplifier les réglementations existantes (comme l'ont fait par exemple, et avec succès, les socialistes néo-zélandais dans les années quatre-vingt) ? Bien sûr aucun système n'est parfait. Mais quand un système produit le contraire de ce pourquoi il a été institué, n'est-il pas temps de le remettre en cause ?

Il y a urgence : non content d'échouer dans la plupart de ses politiques depuis trente ans (école, emploi, croissance, ...), l'Etat français renonce de plus en plus nettement à remplir ses missions fondamentales : la protection de la personne et des biens, le respect du droit. Lorsque le gouvernement régale ses clientèles d'avantages légaux et pécuniaires, il se réveille bientôt avec tous les jours un nouvel intérêt catégoriel à sa porte. Si on a donné au premier, difficile de ne pas donner au second. Qu'il refuse et la « rue » se déchaîne ; une violence à laquelle l'Etat n'a plus la force morale de résister. Depuis vingt ans - le début de cette ère « libérale » que vous dénoncez - le gouvernement français n'a pas su maintenir une seule grande réforme face aux menaces et à la violence syndicales. Est-ce normal dans une démocratie ?

Ne prenons qu'un exemple : la récente affaire de la SNCM. Refusant d'assumer ses responsabilités de patron, l'Etat français a géré la SNCM (Société Nationale Corse Méditerranée) à coups de subventions - trente mille euros par salarié, par an - conduisant ainsi la compagnie à une situation de faillite virtuelle. Première lâcheté.

La mission de « service public » de la SNCM étant désormais assurée, mieux et moins cher, par deux opérateurs privés, rien ne justifiait de sauver la SNCM de la faillite. Rien, sinon la peur du « conflit social ». Résultat : l'Etat y est à nouveau allé de « sa » poche, à concurrence de plus de cent millions d'euros cette fois, en violation manifeste des règles européennes. Deuxième lâcheté.

Mais tout cela n'a pas suffi. Les syndicalistes français vivent dans une réalité parallèle, une réalité où la loi n'existe pas. Le repreneur choisi par l'Etat ne leur convenant pas, les syndicalistes de la CGT et du STC entamèrent aussitôt un mouvement de grève qui prit rapidement un tour insurrectionnel (séquestrations, destructions de biens, blocus des ports, ...). Résultat : l'Etat céda une nouvelle fois, en faisant entrer dans le capital de la SNCM l'entreprise que les syndicats exigeaient d'y trouver, et en restant actionnaire à concurrence de 25%. Troisième lâcheté.

Même cela n'a pas suffi. Ayant eu l'outrecuidance d'interpeller quatre syndicalistes coupables de crime aux yeux de la loi, l'Etat se vit confronté à une flambée de violence dépassant largement le cadre de la SNCM, paralysant l'économie corse, menaçant l'approvisionnement de l'île et de la région PACA et se donnant les couleurs de la guérilla urbaine. Nouvelle capitulation de l'Etat français.

Sans doute voyez-vous dans ce combat la victoire de l' « intérêt général ». Pas moi. J'y vois le symptôme de la "poltronisation" d'un Etat aux abois face à des privilèges exorbitants et des méthodes syndicales criminelles que rien ne justifie.

La faillite à laquelle nous assistons est, en réalité, celle de la social-démocratie à la française.
Une faillite morale, économique, familiale, sociale. Qu'un coup de chaud balaie la France, et des milliers de personnes âgées meurent, seules, orphelines des solidarités familiales traditionnelles qui n'ont été remplacées que par du vent, des promesses, des « programmes ». La génération mai 68 a détruit, beaucoup, mais elle n'a finalement rien su construire. Le déni de réalité n'y changera rien.

Les deux tâches fondamentales du prochain gouvernement seront
(1) de ramener le syndicalisme français dans le giron de la légalité et de restaurer l'autorité de l'Etat dans les attributions qui sont sa raison d'être, et
(2) de laisser aux entreprises les moyens d'une franche croissance. La croissance économique n'est pas tout, mais elle conditionne tout le reste.

Ouvrez les yeux, Monsieur Andréani. Quittez votre haine du libéralisme, le temps, au moins, d'essayer de le comprendre. Je vous suggère deux lectures qui ne pourront qu'enrichir votre Weltanschauung :
La route de la servitude (17), par F.A. Hayek, et
- Le droit naturel, ses amis et ses ennemis (18), par Patrick Simon.

Je serais heureux de vous rencontrer à votre meilleure convenance pour en discuter, ou d'en débattre publiquement avec vous.

Votre bien dévoué,
Drieu Godefridi,
Institut Hayek.



4. Point de vue d'outre Atlantique.

Si Philippe Lacoude n'a pas été mis en cause par M. Andréani, l'économiste - doublé du mathématicien qu'il est d'abord - n'a pas résisté au besoin de corriger les erreurs de faits observables et de logique qui parsèment l'article. Il s'inscrit dans la plus pure tradition des économistes français depuis Jean Baptiste Say (1767 – 1832) et Frédéric Bastiat (1801 - 1850) tant décriée par les maîtres vraisemblables de notre journaliste.

Cher Monsieur (19).
C'est la première fois que je prends la plume pour commenter un article du journal Le Monde. D'abord, je ne lis pas le journal de référence ; ensuite, je suis assez souvent en désaccord avec son contenu.

Cependant, votre article du 15 juin 2006 "France solidaire et France libérale" m'a beaucoup touché : d'une part, il est un parfait résumé de la crise que traverse la France ; d'autre part, il justifie les huit dernières années de mon existence.

Je me suis trouvé en plein accord sur son constat de départ. La France est bien victime d'une "angoisse sociale multiforme." Il suffit de descendre de l'avion à Roissy-Charles de Gaulle, après une longue absence hors du pays, pour constater une vérité profonde : les Français sont déprimés, gris et râleurs. Et comme les données sont le pluriel d'une anecdote, pour reprendre le bon mot du Prix Nobel d'Economie Simon Kuznets (20), il est facile de vérifier ce fait : les Français sont les plus gros consommateurs d'anxiolytiques et se suicident à un rythme particulièrement inquiétant.

Vous attribuez ce triste état à "la victoire des idées néolibérales, à partir des années 1980, [qui] a donné à l'individualisme une justification politique et économique. "La "France [serait] acquise aux idées libérales". "[L]'individu [serait] le concept essentiel, la concurrence le meilleur régulateur de la société, la loi du marché une règle intangible et salutaire." Selon votre éditorial, "[l]a défense des acquis sociaux ou le refus de la montée des inégalités, l'intervention de la puissance publique dans l'économie sont marquées du sceau de l''archaïsme', ou même du 'crypto-communisme'".

Je souhaiterais savoir comment entrer dans cet univers parallèle où vous vivez, parce que j'aimerais bien m'y installer.

D'après l'étude annuelle du magazine d'investissement Forbes, le "Tax Misery & Reform Index" (21), la France se classe en première position, - cocorico ! - comme le pays le plus taxé au monde (sur les cinquante pays étudiés.)

D'après le Fraser Institute (du Canada), qui publie chaque année son "Economic Freedom of the World Annual Report" (22), la France se classait loin derrière les autres pays développés : en 38ème position en 2003, à égalité avec Chypre, la Grèce, la Jamaïque, le Pérou et l'Afrique du Sud. Juste devant la France, c'est-à-dire un peu plus libres que cette dernière, se trouvent la Jordanie, l'île Maurice, la Corée du Sud, le Portugal, le Botswana et le Salvador. Bref, selon le Fraser Institute, en ce qui concerne la liberté économique, la France, c'est le Pérou.

Pays le plus imposé, la France arrive aussi en première position - re-cocorico ! comme le plus corrompu de tous les pays développés (23)- ceci expliquant cela - s'il faut en croire une étude publiée par l' Institute of Economic Affairs (du Royaume Uni), quelques jours seulement après votre éditorial. Selon la méthode mise au point par l'institut, la France a obtenu 4 médailles d'or de la corruption, loin devant le Japon et l'Italie. Ces pauvres Anglais ont dû se contenter de la quatorzième place.

Depuis 1998, j'ai eu l'honneur de participer chaque année, d'abord comme employé puis comme consultant, à l'élaboration de l'Index of Economic Freedom (24) de la prestigieuse Heritage Foundation (aux Etats-Unis). D'année en année, chiffres à l'appui, et selon une méthodologie mise en place par des économistes de renom, dont plusieurs prix Nobel, le rang de la France régresse.

En clair, la France se trouve maintenant en 44ème position, loin derrière la République Tchèque (21ème), la Lituanie (23ème), l'Arménie (27ème), ou la Pologne (41ème). La France ne se remet pas de ses années de crise et les anciens pays de l'Est lui passent devant.

On peut donc résumer de la façon suivante le prétendu "libéralisme" dont vous parlez :
- Si vous ne travaillez pas, vous serez payés - au nom de la "solidarité"
- Si vous voulez travailler, vous ne le pourrez pas, à cause des obstacles tels que la réglementation du marché du travail, voire les interdictions pures et simples de travailler comme le SMIC pour les plus pauvres, ou alors le dimanche, ou encore les 35 heures.
- Si vous voulez embaucher, vous ne le pourrez pas à cause des barrières bureaucratiques à la création d'entreprises.
- Si vous vous acharnez à passer par-dessus ces barrières, le fisc vous soumettra à ses punitions, brutales et arbitraires, du berceau jusqu'au cercueil.

Bref, en France, il faut être soit fou, soit extrêmement productif pour vouloir travailler : pour obtenir un revenu après impôt comparable à celui d'un Anglais ou d'un Allemand, un Français doit mettre les bouchées doubles. Et le système français "que le monde entier nous envie" ne laisse aucune place aux travailleurs peu productifs, comme les jeunes ou les gens peu diplômés. Le socialisme français est impitoyable aux faibles (25).

Je pense que le problème provient de l'analphabétisme économique dans lequel le monopole de l'éducation a plongé la France.
Dans son livre intitulé Great Economists Before Keynes: An Introduction to the Lives & Works of One Hundred Great Economists of the Past (26), Mark Blaug dénombre au moins deux douzaines de Français (ou de francophones). Dans le volume qui lui fait suite, An Introduction to the Lives and Works of Great Economists since Keynes (27), Mark Blaug ne mentionne que deux Français.
Et encore, ces deux Français-là sont singulièrement antilibéraux.

Ces deux Français ne sont pas Georges Lane (28) ou François Guillaumat (29) que vous mettez en cause dans votre article. C'est pourquoi vous attribuez de «l'extrémisme» à leurs textes respectifs (30) qui ne défendent guère plus que la liberté de vivre en paix dans une société où les producteurs ne seraient pas les esclaves de ceux qui ont décidé de vivre à leurs dépens. J'ai la chance d'avoir eu le premier comme professeur et d'avoir le second comme ami. Je peux témoigner du fait que la seule chose qu'ils demandent c'est le droit pour ceux qui produisent de jouir pleinement des fruits de leurs efforts. Ah, si tous les extrémistes étaient là !

Que vous le vouliez ou non, la taille de l'Etat est le reflet du code moral adopté par la majorité des électeurs. Lorsqu'une majorité de votants a décidé de taxer à plus de 70% (IR + CSG + TVA + charges sociales + TIPP + ISF) les 5% d'individus les plus productifs, que dire de leur sens de la justice ?

Comme je vous le disais, votre article du 15 juin 2006 est un parfait résumé de la crise que traverse la France : il faut avoir passé des années au journal Le Monde ou sur les bancs des facs de sciences sociales, pour exprimer en si peu de mots toute l'incompréhension française de ces problèmes.

D'autre part, votre éditorial justifie les huit dernières années de ma vie. J'ai émigré en 1998, en plein coeur des années Jospin, aux Etats-Unis. Huit ans, presque jour pour jour, avant que vous ne nous gratifiiez de votre articulet.

Avec une famille à cinq mille kilomètres, on peut avoir des doutes sur ce choix. Grâce à votre article, je sais exactement pourquoi j'ai quitté la France. Merci mille fois !

Avec mes multiples diplômes de haut niveau en mathématiques et en sciences sociales, j'avais envie de pouvoir travailler 60 heures par semaine si bon me semblait. Après des années comme chercheur en mathématiques appliquées, pourquoi ne rentabiliser mon capital humain que 35 heures par semaine ? Absurde ! Et pourquoi les centaines de nuits passées devant mon écran à apprendre mon futur métier devraient-elles servir à entretenir des légions de parasites ? - Ah, oui, la solidarité (à sens unique) dont vous parlez.

Après quinze jours de « recherche », un bien grand mot, j'ai décroché mon premier boulot à un salaire évidemment sans comparaison avec celui d'un enseignant-chercheur français. Deux ans plus tard, j'ai fondé ma première entreprise.

Si seulement c'était original ! Mais mes amis de thèse sont presque tous partis, eux aussi. Comme F. S., docteur en économie, chercheur dans une prestigieuse université de la côte est des Etats-Unis. Comme Y. S., docteur en finance, qui n'est pas resté en France malgré une offre de poste de Maître de Conférences, et préside maintenant une compagnie d'assurance de plus de 200 personnes. Ou S. M., doctorant en finance, qui est maintenant Vice-Président d'une grande banque d'affaires à Londres. Ou V. R., docteur en économie, analyste dans une prestigieuse organisation. Ou A. L., Master in Information Systems et Master in Business Administration, qui dirige un département « Applications Financières » pour un employeur connu qui occupe plus de 20.000 personnes.

Ces cas ne sont pas isolés. De nombreux jeunes chercheurs de ma génération ne sont plus en France. Le phénomène est si catastrophique que, peu après mon arrivée en Amérique, en parlant à l'un de mes professeurs, j'ai découvert qu'un des docteurs en mathématiques de mon ancien groupe de recherche habitait à quelques kilomètres de mon domicile ! La personne avait émigré en même temps et atterri presque au même endroit !
S'il vous plaît, continuez, vous êtes sur la bonne voie ! Les Français expatriés ont besoin qu'on les amuse de temps en temps. Quant aux autres, ils pourront toujours aller prendre un peu plus d'anxiolytiques.

Très cordialement,
Philippe J. Lacoude.



5. Et en deçà des Pyrénées

Comme Drieu Godefridi, François Guillaumat a été mis en cause par M. Andréani. Mais il n'a pas suivi la même démarche : voici ci-dessous le courriel qu'il a envoyé à M. Robert Solé, médiateur du quotidien Le Monde .

Cher M. Solé,
J'ai craint, à lire "France solidaire et France libérale "de M. Jean-Louis Andréani, (Le Monde daté du 15 juin 2006), que l'auteur ne donne une fausse impression de propos qu'il a extraits d'un de mes articles, publié en 1987, sur la différence entre le pouvoir politique et le pouvoir économique, ainsi que des réflexions récentes de M. Georges Lane sur la relation actuelle du socialisme vis-à-vis du déterminisme dont ses normes dépendent, alors que les scientifiques n'y croient plus.

L'auteur est entièrement passé à côté de ce qu'entendaient démontrer l'un comme l'autre texte, à tel point que je doute vraiment qu'il ait pris la peine de les lire, et c'est ainsi que, si les citations qu'il en tire ne sont pas falsifiées, il les présente dans le cadre d'une fausse alternative où il leur fait dire ce qu'elles n'ont jamais voulu dire.

Il y raisonne en effet comme tous nos hommes politiques, qui ne semblent pas pouvoir imaginer d'autre "solidarité que celle qu'ils organisent et qu'ils imposent. Cela le conduit à nous prêter des opinions contraires aux nôtres, en particulier que nous ne reconnaîtrions ni solidarité ni bien commun entre les membres de la société. Or, le libéralisme ne consiste pas à affirmer que ceux-ci n'existent pas, mais qu'ils ne peuvent pas naître de la violation des Droits individuels.

Nous représentons donc un troisième terme à l'alternative de M. Andréani, solution qui se fonde sur la solidarité et l'organisation volontaires, non forcées, et sur un bien commun défini par le fait que tout le monde peut le reconnaître comme tel au lieu qu'il soit un concept flou et un prétexte automatique que les puissants brandissent pour s'imposer aux faibles.

Comme il paraît que votre journal prévoit, au delà de ce que la légalité appelle "droit de réponse", de donner la parole à ceux qui souhaiteraient corriger une fausse information ou une fausse impression, je me permets de vous faire parvenir ces quelques considérations, dans l'espoir que vous puissiez en porter au moins l'essentiel à la connaissance de vos lecteurs.

En vous remerciant d'avance,
François Guillaumat

"Introduction à la solidarité libérale.

Je peux au moins me réjouir que l'article de M. Andréani, avec ses mots de socialiste qui se pense démocrate, nous présente, Georges Lane et moi, comme représentatifs d'un libéralisme cohérent, d'autant plus que son auteur ne semble pas avoir une connaissance approfondie de la question. En effet, le libéralisme n'est pas "dominant" en France, il y est proscrit : l'État n'y permet évidemment pas à ses partisans de vivre suivant leurs convictions, et ses monopoles, notamment universitaire, y sont faits pour les empêcher de parler.

Le libéralisme n'est pas une doctrine économique inventée au XVIII° siècle par Adam Smith fonctionnaire des douanes, mais la morale sociale du Décalogue ("tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, tu ne désireras pas injustement le bien d'autrui, etc".) que tout le monde reconnaît dans sa vie quotidienne, et une tradition politique dont les premiers écrits remontent au moins à Lao Tseu.

Cette tradition politique libérale n'oppose pas la défense des Droits individuels à un ou plusieurs biens communs qu'elle rejetterait : elle la tient au contraire, à partir des derniers Scolastiques, pour leur condition nécessaire : c'est ainsi que la véritable solidarité est libérale et non étatiste. "les intérêts personnels poursuivis par les êtres humains dans le respect des lois naturelles de la propriété et de la responsabilité de chacun, sont harmonieux et […] leur ensemble constitue […] l'intérêt général réel de la société" (Georges Lane, "Infradéterministe ou ultralibéral", http://www.pageliberale.org/?p=1419, deux paragraphes en-dessous de celui que cite M Andréani ).

La Déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen du 26 août 1789 reflète, imparfaitement, ces conclusions établies plus d'un siècle auparavant, même si ces Droits, la Révolution française les a surtout massivement violés.
Et s'il est vrai que la "solidarité" des étatistes divise la société en deux camps, il n'y en a pas un qui serait "solidaire" et l'autre pas, et ils ne sont - malheureusement - pas séparés : il y a un camp qui s'impose par la force à l'autre, lequel voudrait bien échapper à ses confiscations, interdictions, et vexations destructrices, et ne le peut pas sans fuir le pays.

Ne pouvant pas imaginer que les fausses représentations de M. Andréani soient délibérées, j'y vois plutôt un reflet malencontreux de ce discours orwellien des étatistes contemporains qui font tout pour qu'on ne puisse pas imaginer la solidarité sociale en-dehors de leur redistribution politique. C'est pourquoi il peut paraître utile de montrer comment cette redistribution détruit, alors que le libéralisme réalise le bien commun et la solidarité sociale. […]

Le 11 mars 1984 à TF1, sur le plateau de l'émission 7 sur 7, devant les journalistes Erik Gilbert et Jean-Louis Burgat et quelques millions de téléspectateurs, Serge Gainsbourg brûle aux trois quarts un billet de 500 Francs pour montrer ce qui lui reste après que le "racket des impôts" est passé, en commentant ainsi : "Faut pas 'déconner', c'est pas pour les pauvres, c'est pour le nucléaire".

En 1985, lors du « Jeu de la vérité », il signera un chèque de 100000 francs au profit de "Médecins sans frontières".

De ces deux gestes, qu'il renouvellera par la suite, nous tirerons quatre leçons :
1) On ne peut pas empêcher ceux à qui on prend les trois quarts des fruits de leur travail - et cela arrive très vite : quel est le smicard qui sait que la Sécurité sociale lui prend déjà la moitié de son salaire ? – de se juger opprimés, et asservis, par un Etat qui, avec ses impôts qui ne visent qu'eux - les impôts de la haine - en fait des Untermenschen de la République. Qu'une société politique qui persécute une minorité et la diffame, en raison même du fait qu'elle produit plus que les autres, ne peut pas prétendre servir un quelconque bien commun. Pour qu'un bien soit véritablement commun, chacun doit pouvoir y reconnaître son bien propre, et il ne peut plus l'être, commun, à partir du moment où les uns nient le Droit, c'est-à-dire l'humanité commune des autres, sous prétexte de le réaliser.

2) Même alors que l'Etat vous asservit aux trois quarts sous prétexte de "solidarité sociale", il ne réussit pas à vous rendre indifférent au bien d'autrui ; la "solidarité" forcée ne tue pas la solidarité naturelle, malgré tout ce qu'elle fait pour la priver de ses moyens.

3) Par définition ce sont les puissants qui imposent la redistribution politique, et c'est aux faibles qu'ils l'infligent ; et l'on croirait moins à ses vertus "solidaires" si l'on gardait ces axiomes-là à l'esprit. Dans "Voleurs de pauvres" (32), j'ai énuméré quelques politiques dont l'opinion croit qu'elles profitent aux pauvres alors qu'elles leur nuisent : salaire minimum, logements sociaux, garanties de prix agricoles, subventions aux transports, retraite par répartition, subventions à la culture, "gratuité" de l'enseignement, impôts sur les sociétés et plus généralement impôts contre l'épargne. J'y décrivais les principes et les premiers procédés de l'illusion fiscale, expliquant pourquoi les hommes publics n'ont aucune idée des effets réels de la redistribution politique et aucun intérêt à les connaître, a fortiori, l'opinion. Sur ce sujet, je publierai bientôt L'illusion fiscale, où j'expose le résultat actuel de mes recherches.

4) Parmi les effets de cette illusion fiscale figure le fait qu'on n'a pas encore tiré la quatrième leçon qui est que Serge Gainsbourg aurait bien pu brûler la totalité du billet, et pour illustrer non pas ce que la redistribution politique lui laisse de son argent, mais ce qu'elle en fait. En effet, les puissants n'y sont solidaires - entre eux - que pour prendre aux faibles. En revanche, pour partager ce qu'ils leur auront pris, ils se disputeront forcément ; dans "La Loi de Bitur-Camember", nous affirmons qu'un raisonnement économique correctement mené - tenant compte de toutes les tendances vers l'équilibre - doit conclure qu'ils dissiperont l'équivalent de la richesse redistribuée au cours des efforts faits pour s'en emparer.

Les lois universelles de la concurrence font donc disparaître les profits de la redistribution politique, que cela amène à détruire l'équivalent de ce dont elle s'empare. C'est parce que cela devient trop visible que les nostalgiques du Front populaire, où l'illusion pouvait encore demeurer à ce sujet, ne croient plus aux lendemains qui chantent.

Face aux vaines destructions de la fausse solidarité forcée, demeurent les vraies solidarités, lesquelles constituent la société civile.

Dans la réalité, on est solidaire lorsqu'on a des intérêts communs. Et cette solidarité-là est inhérente à la nature humaine, parce que nous ne pouvons éviter d'affronter ensemble toutes sortes de défis, qu'on nous les impose ou que nous ayons choisi d'y participer. […]

Aucun être humain ne peut naître ni survivre si au moins une personne n'identifie pas son bien propre avec le sien. L'humanité n'existerait pas sans cette solidarité "par la nature", où chacun donne et reçoit à son tour en vertu des engagements et des affections qui constituent la famille, dont chacun reconnaît le maintien comme un véritable bien commun, à la fois parce qu'il en dépend, et parce qu'elle sert authentiquement chacun de ses membres singuliers, seuls êtres pour lesquels la notion de "bien" puisse avoir un sens.

Autre forme de solidarité naturelle, celle-là imposée par les circonstances lorsque le groupe fait face à un danger commun: chacun sait que la préservation de ses biens, voire de sa vie, dépend des engagements que chacun a pris pour la sauvegarde commune. Les experts militaires ne doutent pas que cette solidarité-là est inscrite dans les gènes, quand ils voient la force des obligations que ressent vis-à-vis des autres chaque membre d'un groupe de combat. […]

Quiconque voit ses semblables dans le besoin est capable de s'imaginer à leur place, voire de comprendre qu'il pourrait bien un jour s'y retrouver ; c'est une raison de plus pour que, dans les groupes plus larges, des pratiques d'entraide se développent, qui peuvent à la longue se transformer en institutions traditionnelles : le Docteur Patrice Planté citait récemment les Hospices de Beaune comme témoignage de cette entraide efficace et raffinée, et qui présente en outre cet autre aspect fréquent, qu'on retrouve dans les églises, de la solidarité sociale comme aspect annexe d'une production principale.

Cependant, on peut juger nécessaire de former des solidarités plus vastes encore, face à des défis de plus grande ampleur. C'est alors que se développent les contrats, engagements plus ou moins longs, plus ou moins formels, où chacun s'engage à fournir un service, et assumer avec lui une partie des aléas d'une organisation commune créée à cette fin.

Ces innovations introduisent dans la solidarité un changement moral dans la mesure où, même s'il les inspire aussi, le sentiment y est moins nécessaire pour que cette solidarité existe : on aide les autres parce qu'on s'y est engagé, parce que c'est leur Droit, et parce qu'on reconnaît que c'est l'intérêt de tous. […]

On pense naturellement, parce que c'est là que c'est le plus clair, aux sociétés d'assurance mutuelle, organisées à partir du XVIII° siècle pour mettre en oeuvre de nouvelles techniques de définition, de diversification et de réappropriation des risques.

On sait moins que les marchés organisés, dits "spéculatifs", jouent le même rôle : en découpant et en recomposant les droits de propriété, ils mettent au point des contrats ajustés aux besoins de chacun, en lui permettant de diversifier son risque, de l'échanger et de le gérer indépendamment de l'épargne.

On reconnaît encore moins que ce sont tous les marchés qui établissent cette solidarité entre les hommes, en les confrontant à une rareté commune, parce qu'ils mutualisent les aléas auxquels ils sont exposés.

Turgot (1727-1781), à la suite de Cantillon (1680-1734) le plus grand économiste du XVIII° siècle, avait bien compris que c'est en établissant la liberté du commerce et du stockage des grains qu'on ferait disparaître les pénuries et les disparités de prix dans l'espace et le temps, et avec elles la faim des hommes: car le spéculateur ne peut gagner que s'il achète où et quand le grain est abondant et bon marché, et vend où et quand il est rare et cher, et il n'a intérêt à s'arrêter que si les différences de prix ne reflètent plus que les coûts de transport et de stockage.
Turgot s'était heurté à l'époque à l'égoïsme criminel et stupide des monopoleurs en matière de grains ; le même égoïsme est à l'oeuvre aujourd'hui, notamment en matière d'emploi, et son masque est la "solidarité sociale" étatiste.

"Les 35 heures" constituent un exemple pédagogique de la fausse solidarité à la place de la vraie. Pour que ceux qui ont un emploi se poussent assez pour admettre les chômeurs en leur sein, il leur suffirait de reconnaître qu'en tant que membres, comme eux, de l'espèce humaine, ils ont le droit de proposer leurs services sans en demander la permission. Ils trouveraient alors un emploi au prix d'une légère baisse générale des salaires, que l'approfondissement des échanges et autres progrès de la productivité inverseraient rapidement.
Mais les étatistes ne veulent en aucun cas que l'on découvre une "solidarité sociale" qui passe par la liberté personnelle, et qui réussirait parce qu'elle les aurait déclarés, eux, inutiles et mêmes nuisibles : alors, à partir d'une glose arithmétique indigente sur des statistiques, ils ont imposé à la place un prétendu "partage du travail" qui n'a fait qu'aggraver les choses, en affaiblissant le zèle des cadres et le revenu des bas salaires, c'est-à-dire la richesse totale dont dépendent les vrais emplois. […]

En revanche, un des événements les plus encourageants de ces dernières années est que de nombreux tiers-mondistes se sont rendus compte que le protectionnisme des pays riches, imposé sous prétexte de protéger les "intérêts nationaux" (tous les partis tiennent à leurs fausses solidarités infligées par la force) interdisait aux pauvres de gagner leur vie : ils se sont mis à le dénoncer, et l'on voit des pays pauvres s'enrichir, parce que la libre concurrence a rendu les riches solidaires des pauvres par la reconnaissance mutuelle de leurs Droits.
Ce progrès semble bien parti, il se fait par à-coups, et d'autant plus difficilement dans les pays où les étatistes s'accrochent à leur pseudo-solidarité imposée, et accusent cette nouvelle et vraie solidarité de provoquer des pertes dont eux-mêmes sont la cause.
En fait, l'enrichissement y est mutuel, aussi sûrement et certainement que la pseudo-"solidarité" forcée ne profite en fait à personne.

Si les tiers-mondistes, qui ont compté quelques fanatiques dans leurs rangs, finissent par découvrir la solidarité vraie, celle qui passe par la reconnaissance mutuelle des Droits, ne peut-on pas espérer que d'autres le fassent à leur tour ?"



6. Le marché médiatico-politique et les sciences.

L'article de M. Andréani ne saurait cacher en définitive que, dans la perspective des prochaines élections présidentielles (qui doivent se tenir en mai 2007 à moins que …) où, de fait, il s'inscrit, une question et une seule se pose aux Français: veut-on que l'Etat de France ait pour Chef, un "(infra)déterministe" ou un "(ultra)libéral", étant donné tout ce qui découle des actions qu'a la capacité institutionnelle de mener le personnage en question, une fois élu ?

Il y a soixante dix ans (1936), et si la Constitution d'alors avait disposé que le Président de la République devait être élu au "suffrage universel" comme il l'est désormais, la question eut été : voulez-vous que la France ait un président "socialiste" ou un président "libéral" ?
On soulignera en passant qu'en 1945, dans son ouvrage intitulé L'ordre social, Jacques Rueff (1896-1978) a donné une réponse générale à la question :
"soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs" (33).

Pourquoi cette évolution implicite du libellé de la question ?
A cette interrogation, on répondra que ce n'est certes pas parce que le régime institutionnel de France est passé de la IIIème à la Vème République.

C'est d'abord, et d'une part, car des scientifiques dans des disciplines autres que l'économie (34) ont porté des coups imparables au prétendu "principe universel" que serait le "déterminisme" (35). Il convient de citer à cet égard les travaux de James Clerk Maxwell (1831-1879) - ci-contre à droite - et ceux de Henri Poincaré (1854-1912) - ci-contre à gauche - qui en ont fait apparaître les premières limites. D'autre part, dans la décennie 1960, quand Edward Lorenz, le grand météorologue, a présenté des travaux qui ont redécouvert les résultats de Poincaré sur l'existence des solutions instables pour des systèmes d'équations d'intérêt physique, la situation est devenue intenable aux déterministes. L'émergence de la théorie mathématique dite "du chaos" venait d'avoir raison de leur totalitarisme. Après avoir été séparé du déterminisme métaphysique, le déterminisme non métaphysique a ainsi éclaté en plusieurs sous-déterminismes – en mathématique, en physique, etc. –, en un "pluralisme ontologique" (36) que je dénommerai, pour ma part, "infradéterminisme", dans le but d'insister sur la dégradation ou sur le recul ... que les prosélytes ont opéré par rapport à leur totem.

C'est ensuite parce qu'en agissant ainsi, les scientifiques en question ont conforté, sans le savoir (37), des argumentations d'autres scientifiques, des économistes ceux-là, tels que Frédéric Bastiat, Ludwig von Mises (1881 -1973), Jacques Rueff ou encore Friedrich von Hayek (1899-1992).
Successivement quand ce n'était pas parallèlement, ceux-ci ont débusqué tous les maux qu'il y avait à attendre des politiques de contrainte, d'oppression, de spoliation, ou de coercition des hommes de l'Etat (38) - i.e. du dirigisme succédané du déterminisme de ces derniers -, des maux à l'évidence contraires aux bienfaits que ces derniers affirmaient que tout le monde tirerait de la politique qu'ils mèneraient.

C'est enfin qu'aujourd'hui, un certain nombre de gens, "socialistes" dans l'âme et fermés (39) à toutes ces évolutions, se satisfont de vouer aux gémonies tous ceux qui ne pensent pas comme eux et estiment y avoir réussi une bonne fois pour toutes en étant parvenus à instiller dans le discours quotidien, pour les stigmatiser, le mot "ultralibéral" et non pas, curieusement, le mot "outre liberté"(40).
 Soit dit en passant, nous écrivons "curieusement" car le simple respect de la langue française eût du les porter à parler d'"outre liberté" …
Mais François Lurçat nous offre une clé, sans le vouloir, pour comprendre leur choix quand il écrit:

"Il ne s'agit plus seulement de réfuter théoriquement la liberté, mais aussi de la détruire pratiquement par des manipulations médiatiques auxquelles de puissantes techniques, inspirées par des vraies et des fausses sciences, prêtent main-forte". (Lurçat, 2003, p.104)



7. Conclusion : êtes-vous "(ultra)libéral" ou"(infra)déterministe" ?

Oui, aujourd'hui, en France, il n'y a qu'un seul débat à avoir et l'offre médiatico-politique dominante refuse de le poser : c'est être "(ultra)libéral" ou "(infra)déterministe", avoir le droit de vivre "outre liberté" ou en deçà du "déterminisme", n'en déplaise à beaucoup de gens, à commencer par M. Andreani qui, dans son article, s'escrime à le faire esquiver en essayant d'y substituer maladroitement et par avance (41) le miroir d'Alice au pays des Merveilles.

Le débat en question est désormais beaucoup plus riche que celui qui a opposé au Vè siècle Augustin, le futur Saint, aux Donatistes et autres Pélagiens, comme le rappelle Elaine Pagels (1988) dans Adam, Eve and the Serpent (42), citée par Lurçat. Le refus ou la condamnation du libre arbitre de l'être humain se ramenait alors tout simplement à l'affirmation du déterminisme universel. Et l'un ou l'autre a pris par la suite diverses formes au cours des âges. En particulier, il a donné au déterminisme scientifique des oripeaux quand il a pris la forme de la mécanique classique aux XVIIè-XVIIIè siècles pour ne pas rappeler qu'il a permis à Pierre-Simon Laplace (1749-1827) d'affirmer, du haut de son déterminisme absolu, que le hasard était l'expression de l'ignorance de l'être humain.

Comme le laissait prévoir le libre arbitre de l'être humain, comme faisait s'y attendre la perfectibilité de la nature humaine qui s'en déduit et sur quoi ont tendu à insister au XIXè siècle tant Frédéric Bastiat que Alexis de Tocqueville (1805 – 1859) (43) , le débat dans les lignes suivies jadis (44) s'est heurté un beau jour à des obstacles que les thuriféraires du déterminisme n'ont pas eu la capacité de surmonter. En dépit des travaux de Maxwell et de Poincaré cités, ils sont certes parvenus, un temps, au XXè siècle, à faire faire silence dans les rangs de ce qu'ils ont dénommé la "communauté scientifique", au prix d'une prégnance croissante de la distinction introduite nouvellement entre "déterminisme physique" et "déterminisme mathématique", mais aidés aussi par l'ignorance des totalitaires de tous poils, philosophique, politique, économique, biologique … qui foisonnaient à leurs côtés. Seulement avec Lorenz et l'émergence de la théorie mathématique dite "du chaos" dans la décennie 1960, le silence a cédé la place à des harmonies, de plus en plus nombreuses, sonnant plaisamment aux oreilles des "(ultra)libéraux".

Dans ces conditions, et très précisément, l'enjeu du débat politique est aujourd'hui la reconnaissance, ou non, une fois pour toutes, du libre arbitre de vous et moi, du droit de choisir.

C'est par suite l'acceptation, ou non, par le marché médiatico-politique de la conséquence immédiate du libre arbitre, à savoir le refus, ou non, par le citoyen de l'esclavage (45) que lui inflige, de façon croissante, l'offre médiatico-politique depuis, entre autres, le coup d'état de la création de l'"organisation de la sécurité sociale" obligatoire en 1945.

C'est, en conséquence, la dénonciation, ou non, des formes atteintes par cet esclavage et, en particulier, celle des plus récentes qui ont donné lieu à la création du sobriquet "justice sociale" ces dernières années et du sobriquet "égalité des chances" depuis la loi du même nom (46).
D'ailleurs, aux yeux de l'"(ultra)libéral", la loi de 2006 sur l'"égalité des chances" ne sera jamais que le dernier oripeau que les "(infra)déterministes" ont trouvé pour habiller leur doctrine constructiviste insoutenable (47) et tenter de la faire perdurer, i.e. pour cacher la coercition quotidienne qu'ils exercent sur leurs semblables (48) et leur refus de la perfectibilité de la nature humaine.


Notes.

2) Cf. par exemple, le texte de Jacques Garello sur le sujet dans la Nouvelle Lettre du 6 mars 2004.

3) Le concours a lieu tous les deux ans.

4) Il faut savoir que ce conseil est l'autorité qui a comme mission de gérer la carrière des "enseignants-chercheurs" – comme il faut dire aujourd'hui… -.

5) Séance du mercredi 3 mars 2004.

6) Lequel n'a strictement rien à voir avec le concours en question !

7) 15 juin 2006, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-783884,0.html.

8) Cf. par exemple http://www.amazon.fr/gp/search/403-8448434-0021251?search-alias=stripbooks&field-author=Hartmann%2C%20Florence.

9) Cf. http://www.turgot.org/a36-Philippe_Nemo.html

10) Cf. par exemple, Histoire des idées politiques aux temps modernes et contemporains, PUF, Coll. "Quadrige", 2002 et 2003 (Prix du livre libéral 2002) et de Histoire des idées politiques dans l'Antiquité et au Moyen Age, Coll. "Fondamental", PUF, 1998, (Prix Koenigswarter de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, 1999).

11) Cf. interview de Bertrand Lemennicier par Le Québécois libre intitulée "L'implosion étatique et l'avenir du libéralisme en France" disponible sur http://www.quebecoislibre.org/000401-8.htm

12) Cf. http://www.pageliberale.org/?p=1448.

13) Cf. http://www.fahayek.org/

14) Français qui, comme de plus en plus d'autres, a choisi de ne pas demeurer "esclave de ceux qui [avaient] décidé de vivre à [ses ] dépens " - et par ailleurs "économiste qui doit savoir de quoi il parle", puisqu'en 1996, il est un des co-auteurs de Action ou taxation, (Editions Slatkine, Paris),. Cf. http://www.lacoude.com/portal/DesktopDefault.aspx .

15) Un des livres les plus importants qui soit paru sur l'impôt au cours des dernières années. Cf. http://www.lacoude.com/docs/public/Content.aspx?Content=59

16) Cf. http://www.turgot.org/quisommesnous.php

17) Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/La_route_de_la_servitude

18) Cf. http://www.turgot.org/a151-Le_droit_naturel_ses_amis_et_ses_ennemis.html

19) Ceci est une version légèrement remaniée de la lettre envoyée au "Courrier des lecteurs" du Monde et non publiée.

20) Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Kuznets.

21) Cf. http://www.forbes.com/global/2006/0522/032.html

22) Cf. http://www.freetheworld.com/release.html

23) Cf. http://www.iea.org.uk/record.jsp?type=release&ID=111

24) Cf. http://www.heritage.org/research/features/index/

25) Cf. François Guillaumat sur le site http://www.liberalia.com/htm/fg_voleur_pauvres.htm

26) Cf. Mark Blaug, http://www.amazon.com/gp/product/1858985714/102-4373235-9832156?redirect=true&v=glance&n=283155

25) Cf. http://www.amazon.fr/gp/product/1858986923/403-8448434-0021251?v=glance&n=52042011

28) Cf. son blog : http://blog.georgeslane.fr/

29) Cf. http://www.liberaux.org/wiki/index.php?title=Fran%C3%A7ois_Guillaumat

30) Texte de Georges Lane intitulé "Infradéterministe ou ultralibéral", disponible sur http://www.pageliberale.org/?p=1419 et texte de François Guillaumat, que cite Lane, intitulé "Le renard libre dans le poulailler libre", disponible sur http://membres.lycos.fr/mgrunert/renard_poulailler.htm

31) L'adresse internet est : Mediateur@lemonde.fr (sole@lemonde.fr)

32) Cf. http://www.liberalia.com/htm/fg_voleur_pauvres.htm

33) Réédité dans Claassen, E.M. et Lane, G. (ed.) (1981), Œuvres Complètes de Jacques Rueff, tome 4 : L'ordre social, Plon, Paris, p.650.

34) Laquelle ne sera pas considérée comme une science de référence.

35) Cf. François Lurçat (1995), L'autorité de la science, Cerf, Paris, et (2003), De la science à l'ignorance, éditions du Rocher, Paris.

36) Pour reprendre l'expression de François Lurçat, 2003, p.105.

37) Dans ses beaux livres cités, François Lurçat fait certes référence à Léo Strauss, Hannah Arendt ou Emmanuel Levinas, mais il est muet sur les économistes dont les noms suivent…

38) Rappelons en passant que, selon Bastiat (1850):
"Au point de vue économique, la Liberté se rapporte à l'acte de produire, la Propriété aux produits.
— Et puisque la Valeur a sa raison d'être dans l'acte humain, on peut dire que la Liberté implique et comprend la Propriété.
— Il en est de même de l'Oppression à l'égard de la Spoliation
."

39) Ils sont tellement fermés parfois qu'ils n'hésitent pas à hacher les propos qu'ils rapportent pour, vraisemblablement, mieux parvenir à leurs fins. Cf. le sort que M. Andréani a fait au texte que j'ai écrit sur La Page Libérale : http://www.pageliberale.org/?p=1419.

40) L'"outre liberté" étant à la liberté ce que l'"outre tombe" est à la tombe, merci Chateaubriand…

41) Il est pourtant central dans le texte de Georges Lane à quoi il se réfère et qu'il hache.

42) Pagels, E. (1988), Adam, Eve and the Serpent, Random House, New-York.

43) Cf. Lane, G. (2006), "La privatisation de la sécurité sociale", Liberté économique et progrès social, n°114, janvier, pp. 2-16.

44) Débat qui, en particulier, a consisté à introduire en économie politique fin XIXè siècle- début XXè siècle, les notions de "perfection" ou d'"imperfection", véritables oripeaux du déterminisme.

45) On rappellera que Bastiat (1850) a écrit dans les Harmonies économiques:
" Et l'Esclavage, qu'est-ce autre chose que l'oppression organisée dans un but de spoliation?"
Et il a souligné que:
" […] le génie de la spoliation n'enchaîne pas seulement le bras, mais aussi les esprits. Il sait imprimer le fer de la servitude aussi bien sur la conscience de Séide que sur le front de Spartacus, réalisant ce qui semble irréalisable: l'Esclavage Mental."
Il a remarqué enfin que :
" […] à la longue (ainsi le veut la nature progressive de l'homme), la Spoliation développe, dans le milieu même où elle s'exerce, des résistances qui paralysent sa force et des lumières qui dévoilent ses impostures. Elle ne se rend pas pour cela: elle se fait seulement plus rusée, et, s'enveloppant dans des formes de gouvernement, des pondérations, des équilibres, elle enfante la Politique, mine longtemps féconde."
Près de cinquante années plus tard, Pareto remarquera, pour sa part, que :
"Ce qui limite la spoliation, c'est rarement la résistance des spoliés ; c'est plutôt les pertes qu'elle inflige à tout le pays et qui retombent sur les spoliateurs. Ceux-ci peuvent, de la sorte, finir par perdre plus qu'ils ne gagnent à l'opération. Alors ils s'en abstiennent s'ils sont assez intelligents pour se rendre compte des conséquences qu'elle aurait. Mais si ce bon sens leur manque, le pays marche de plus en plus à sa ruine, comme cela s'est observé pour certaines républiques de l'Amérique du Sud, le Portugal, la Grèce moderne, etc." (extrait de Pareto, V. (1896-97), Cours d'économie politique, 2 tomes, dans Bousquet, G.H. et Busino, G. (Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo Pareto, tome 1 : Cours d'Economie politique, Librairie Droz, Genève, nouvelle édition, 1964, §1049).

46) Rappelons que le projet de loi pour l'"égalité des chances", n° 2787, a été déposé le 11 janvier 2006 sur le bureau de l'Assemblée Nationale et renvoyé à la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Ce projet a complété la loi de programmation pour la cohésion sociale du 18 janvier 2005, la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005 et le projet de loi relatif à l'égalité salariale entre les femmes et les hommes en débat au Parlement qui sont jugés concourir à la reconnaissance effective du droit à l'égalité des chances. Il comprend ces fameux articles sur le C.P.E. qui ont conduit une partie de la "jeunesse française" à manifester pour leur retrait, retrait longtemps refusé par le gouvernement avant d'être accepté par celui-ci dans des conditions rocambolesque. Il a été voté et promulgué début avril 2006.
Cf. par exemple http://blog.georgeslane.fr/category/Le-retour-de-la-societe-civile/page/15

47) Souvent Alan Greenspan, l'ancien Président de la Banque Fédérale de réserve des Etats-Unis, a été pris à dire à la suite d'une conférence que ceux qui avaient compris ce qu'il venait d'exposer étaient très forts car lui-même ne l'avait pas compris. Et maints journalistes ont glosé, "négativement" sur le propos. Ils auraient du savoir qu'en s'exprimant ainsi, il ne faisait que reprendre un leitmotiv récent des physiciens spécialisés en mécanique quantique qui consiste à dire qu'ils ont renoncé à comprendre ce qu'ils font, qu'ils sont à des limites du "déterminisme physique".

48) On ne saurait trop souligner qu'après avoir été centrées au XIXè siècle et dans la première partie du XXè siècle sur la "redistribution des revenus" ou sur la "redistribution du capital", les nouvelles formes tournent autour de ces derniers foyers en s'y juxtaposant, à la suite des lois qui les ont construites, en particulier la "loi Gayssot" - qui limite la liberté d'expression ! – et la loi qui a inclu dans la Constitution de la Vème République le prétendu "principe de précaution" – qui met en pièces à la fois la liberté et la responsabilité de vous et moi -.