A Paris, mai 2006.


Si on écoute les commentaires du programme politique sur quoi ils se seraient mis d'accord, les socialistes du parti du même nom vont asseoir leur campagne pour la prochaine élection présidentielle (réglementairement, en 2007…),
en particulier sur le thème “le SMIC à 1500 euros en 2012".
Par là, ils laissent entendre que le SMIC actuel serait inférieur à 1500 euros.


1. Mensonge ? Ignorance ?

A combien se monte aujourd'hui la rémunération de l'employé réglementairement payé au “SMIC” (salaire minimum interindustriel de croissance) ?

En passant, merci aux 4 vérités pour le dessin de Miège.

Pour le savoir, reportons nous au tableau ci-dessous qui fait apparaître ce qu'était le "bulletin de salaire" d'un employé payé au SMIC en août 2005.



Il ressort de ce tableau que le SMIC recouvre trois grandes considérations comptables différentes :

* le "salaire mensuel brut" : 1275,89 euros ;

* le "net à payer" : 1034,61 euros (salaire mensuel brut – cotisations sociales obligatoires "employé") et

* le "prix du travail de l'employé payé par l'employeur" : 1900,16 euros ("net à payer" + cotisations sociales obligatoires  "employé" + cotisations sociales obligatoires "employeur" + allègement Fillon).


2. Que penser de ces trois considérations du SMIC ?

Deux sont réelles et la troisième imaginaire.

La troisième, c'est le salaire brut mensuel, c'est "l'os que les partenaires sociaux rongent" depuis la création de l'organisation de la sécurité sociale obligatoire par les ordonnances de 1945.  Et surtout depuis  l'instauration du SMIC, c'est leur "grain de sel", celui qu'ils vont de temps à autre chercher à moudre à l'occasion de négociations dites "sociales".

C'est en vérité le cheval que les socialistes viennent d'enfourcher et qu'ils veulent mener à 1500 euros en 2012.

Rappelons, en passant, la différence que faisait en 1850 Frédéric Bastiat entre un économiste et un socialiste :
"Les économistes observent l'homme, les lois de son organisation et les rapports sociaux qui résultent de ces lois.
Les socialistes imaginent une société fantaisie et ensuite un cœur humain assorti à cette société
".

Mais le propos situe – et situe ceux qui les écoutent – dans le mensonge ou l'ignorance.


3. Quelle est en effet la réalité ?

* Premier aspect de la réalité :
le "net à payer" prend la forme de la quantité de monnaie que l'employé reçoit sur son compte en banque et qu'il pourra dépenser pour vivre, c'est le montant de son pouvoir de dépense !
A l'évidence, ce pouvoir de dépense ne correspond pas à la valeur du travail qu'il a effectué, ni au pouvoir d'achat qu'il a gagné par son travail.
Il lui est inférieur à cause des règles de l'organisation de la sécurité sociale, en particulier en matière de cotisations sociales obligatoires.

Et en cachant la vraie valeur de son travail à l'employé, force est de reconnaître que les hommes des syndicats qui veulent faire le bonheur de l'employé à sa place, avec la bénédiction du législateur, contribuent à ce qu'il sous- estime la valeur du travail qu'il fait (1034,61 euros), se sous estime, ce qui est, d'abord et profondément, immoral.

* Quelle est la vraie valeur du travail de l'employé dont celui-ci devrait avoir connaissance en permanence ? Quel est le pouvoir d'achat qu'il a gagné ?
C'est le second aspect de la réalité.

Donne cette valeur la quantité de monnaie que l'employeur doit sortir de son compte en banque pour payer la productivité du travail qu'a déployée l'employé, en d'autres termes, c'est le prix du travail payé par l'employeur, soit 1900,16 euros.
Seulement cette quantité de monnaie ne prend pas en totalité le chemin du compte bancaire de l’employé “smicard”, loin de là: les prélèveurs sont là et effectuent leur sourde besogne en toute irresponsabilité.

Les représentants des syndicats de travailleurs ont beau jeu de dire, après coup, que les "smicards" sont sous-payés et qu'ils veulent une augmentation de leur pouvoir d'achat : ce sont eux qui font en sorte qu'il en soit ainsi avec l'obligation aveugle et arbitraire de sécurité sociale (dont celle des cotisations sociales obligatoires dites "employeur") qu'ils soutiennent (cf. http://bureaucrash.com/blog/the_minimum_wage.)

Reconnaissons en passant qu'elle les fait vivre : où en seraient-ils sinon, si l'organisation de sécurité sociale obligatoire qu'on nous inflige n'avait pas été créée ?

Alors que l'employé devrait disposer d'un pouvoir d'achat égal à 1900,16 euros, il ne reçoit donc que 1034,61 euros.

On est effectivement loin des 1500 euros, mais l'inégalité qu'on peut établir n'est pas dans le sens indiqué tacitement par les socialistes, et ne s'expliquent pas par les raisons qu'ils avancent et que je m'épargnerai de résumer !

Soit dit en passant, je ne saurais trop renvoyer au site d’adresse internet http://cvincent.club.fr/textes/textes/augmentation30.htm
Il permet d’étalonner le SMIC par rapport à des “salaires mensuels bruts ” plus élevés - non "smiqués" - de respectivement 1650 euros et 3600 euros, i.e. des salaires vrais de respectivement 2250 euros et 5000 euros.

En résumé, étant données les règlementations existantes qu’ils ont échafaudées dans le passé avec la complicité du législateur, à partir de la décennie 1950, dans le but de faire régner ce qu’ils prennent soin de dénommer désormais la “justice sociale”, les prétendus protecteurs du “smicard” font en sorte de lui prendre au passage 865,55 euros pour, affirmeront-ils, son bien, pour le protéger, lui et sa famille - et pour autant que son conjoint n’a pas d’activité rémunérée -.  Ils font en sorte d'entretenir la vie chère.


4. Mensonge et ignorance.

En réalité, ils vont dépenser immédiatement les 865,55 euros - soit près de la moitié de la "valeur réelle de son travail" sur le marché, valeur qu'il ignore, répétons-le - pour faire survivre une organisation de la sécurité sociale obligatoire toujours plus inefficace, désormais au bord du précipice, et rémunérer la bureaucratie qui y sévit (de l’ordre de 180 000 personnes au nombre desquelles on retrouvera bien évidemment mains permanents des syndicats de travailleurs dits "représentatifs").

Bref, le SMIC est dès à présent largement supérieur à 1500 euros puisqu'il se situait à 1900,16 euros en août 2005 (1). Et la formule "le SMIC à 1500 euros en 2012" est autant une ignorance (2) qu'un mensonge assis sur l'immoralité de l'organisation de la sécurité sociale obligatoire (3)


Note :
(1) Le SMIC a été relevé en juillet 2006 : le prix du travail est ainsi passé de 1900,16 euros à 2064 euros : cf. Arnoux, A. (2006), "Le salaire complet", Liberté économique et progrès social (bulletin trimestriel de l'aleps), n°116, juillet, pp.2-23.
On ne peut que s'étonner que les "rémunérations des élus" ne fassent pas apparaître leurs "indemnités complètes" : cf. journal du net.
(2) S'agissant de l'ignorance, on peut l'expliquer par ce document.
(3) Les propos tenus sur le SMIC alimentent un dumping politique scandaleux, le seul dumping qui puisse exister ... un temps.


Retour au sommaire de la société civile.