J'emprunte cette expression © à Bernard Thomas - qui l'a forgée dans le billet qu'il a écrit dans Le Canard enchaîné du 12 janvier 1983 -, pour fêter ce 24 août de l'an de grâce 2007 l'annonce de la composition de la "commission Attali".

J'ajouterai trois éclairages, avant d'autres considérations, pour que la lumière soit complète.


Premier éclairage : Lumière 101.

Le premier éclairage s'obtient en allant sur Lumière 101 écouter un entretien.


Deuxième éclairage : le Financial Times.

Il y a six ans et demi, le 10 mars 2001, on pouvait lire dans le Financial Times, sous la plume de Victor Malet, le texte suivant intitulé "Mitterrand aide latest suspect in corruption probe" :
 
"Jacques Attali, a prominent adviser and confident of the late French president François Mitterrand, has become the latest political figure from the Mitterrand era to be investigated in an inquiry into corruption and illegal arms deals with Angola.

Mr. Attali, former president of the European Bank of Reconstruction and Development, was released on bail of FFr1.5m (€225.000) after being put under formal investigation on Thursday into misuse of funds and influence peddling.

The investigation – one of several that have soured the memory of Mr. Mitterrand's years in power in the 1980s and early 1990s – centres on businessman Pierre-Joseph Falcone, who headed a company called Brenco International and is being investigated for suspected arms trafficking.

Mr. Attali's consultancy company, ACA, received $150.000 (€160.000) from Brenco. He benefited from an FFr480.000 flight on a private jet that took him from Paris to Luanda, the Angolan capital, and back on a day trip in 1998. Mr. Falcone also sent gifts to Mr. Attali from Fauchon, the luxury Paris food store.

The investigating judges suspect Mr. Attali used his influence to try to help Mr. Falcone in a tax dispute between ZTS Osos, a Slovak company, and the French authorities. Mr. Attali and his lawyers deny he did any such thing. Mr. Attali does not deny receiving money and services from Brenco, but insists he did not know the origin of the payments.

According to his lawyers, he believed he was being paid by the Angolan government for a report prepared by his consulting firm on the possibility of launching a micro-credit system in Angola for poor entrepreneurs.
"He sent some bills to the Republic of Angola and he received payment",
said lawyer Jean-Michel Darrois.
"He didn't know at the time it came from Brenco. What he knew was Mr. Falcone was an important man in Angola who had oil business there and who was close to the president [Jose-Eduardo dos Santos]."

Although the ACA study found the suggested micro-credit model unsuitable, Mr. Attali and his lawyers say the payment was not unreasonable.

Mr. Attali, 57, a prolific writer and intellectual, resigned from the EBRD in 1993 after being criticised for spending £66m on decorating and furnishing the bank's London headquarters and for taking flights on private jets.

Also under investigation in the same affair is Jean-Christophe Mitterrand, the late president's eldest son and adviser on African affairs, who received $1.8m from Falcone.

In a separate case, Roland Dumas, foreign minister under President Mitterrand, is on trial in a corruption case focusing on the activities of Elf Aquitaine, the former state oil company."


Troisième éclairage : Joseph Macé-Scaron dans Le Figaro.

Huit ans plus tôt, dans Le Figaro du 21 mai 1993, sous la plume de Joseph Macé-Scaron, on pouvait lire un article intitulé "Un 'accroc' qui ne manque pas de précédents (De Jünger à Le Goff, le vivier d'Attali était fécond)". En voici le texte.

"Publier est-il une obligation ? On sait l'importance que François Mitterrand attache à l'écrit. D'où peut-être le zèle de Jacques Attali à multiplier les publications sur des sujets aussi divers que le roman, l'histoire, l'économie, la politique…

Progressivement, le président de la Berd s'est forgé l'image d'un homme Protée, un surdoué aux connaissances éclectiques, à qui "quatre heures de sommeil suffisent".

Ainsi l'emprunt fait aux textes d'Elie Wiesel [dans Verbatim] s'expliquerait-il par les maladresses d'un homme pressé, toujours entre deux mirages. Le problème est que ce n'est pas la première fois que Jacques Attali est mis en cause en raison des libertés prises avec la propriétaire littéraire. A la fin de 1982, il publie une monumentale Histoires du temps.

Paraphrases et emprunts.

Très vite, l'hebdomadaire Tel révèle des lignes reprises d'Ernst Jünger (Le Traité du sablier), que l'auteur a omis de guillemeter. Dans une nouvelle édition, Attali se réfère à Jünger et, au passage, rend à leurs auteurs d'autres extraits de son essai. Le 30 décembre, l'hebdomadaire déplore, à nouveau, qu'il n'ait pas cru bon de citer Dictionnaire des horlogers français qu'il paraphrasait.

Nouvelle édition, mais cette fois, c'est au tour de Libération de dénoncer les emprunts faits à Jacques Le Goff (Pour un autre Moyen Age). Certes, l'historien est cité … dans la bibliographie. Mais les renvois à cette bibliographie sont inexacts.

Trois ans plus tard, avec un bel aplomb, Attali répond aux questions d'Antoine Spire dans Le Matin :
"j'intègre le fruit de mes lectures à mon 'travail'",
dit-il, avant de balayer l'"épisode" d'Histoires du temps
: "on m'accusa de prendre une citation de Montaigne à Le Goff. C'est effectivement mon ami Jacques Le Goff qui m'avait mis, par son grand livre, sur une piste féconde, mais j'allongeais la citation en retournant au texte original".

La défense est curieuse : l'apport d'Attali se résumerait-il à rallonger une citation de Montaigne ? Mais la question n'est même pas là puisque les extraits publiés par Libération montraient des emprunts faits au texte même de Le Goff pages 135, 139, 140… on pourrait aussi citer les passages tirés de Jacob Burkhardt.

L'écrivain Daniel Rondeau soulignera que
"quand Bruits (un des premiers ouvrages d'Attali) était sorti il y a quelques années, un producteur de radio, journaliste à Actuel, Jean-Pierre Lentin, avait eu la surprise de retrouver dans le livre d'Attali des notes qu'il lui avait obligeamment passées sur le statut social des musiciens au Moyen Age. Notes pas spécialement rédigées, mais intégrées telles quelles par Attali."

Dans un entretien accordé au Point en janvier 1988, à la suite de la parution d'Au propre et au figuré, une histoire de la propriété, Attali soulignait :
"Une propriété, c'est au propre quelque chose que l'on a, tout simplement, pour s'en servir". Sans doute, l'auteur-encyclopédiste voulait-il dire "pour se servir".

Kabbale.

Lorsqu'il publie son premier roman, La Vie éternelle, Attali prend soin de dire qu'"on y trouve, enfouis (sic) ou explicitement cités", l'épopée de Gilgamesh, le Cantique des cantiques, le Zohar, les Upanisad, et de nombreux textes de la Kabbale, puisqu'il est fait expressément mention du Golem. Pauvre Gershom Scholem !

Attali écrit comme il s'inspire. Il serait dommage que ces inspirations répétées jettent le discrédit sur l'ensemble d'une œuvre. Au fond, sans doute, faut-il prendre cette œuvre comme elle se présente : une encyclopédie baroque. Baroque dans sa démesure (bientôt une vingtaine d'ouvrages publiés), mais aussi – surtout – baroque dans son art de mêler le vrai et le faux, dans sa volonté de clore le second septennat de François Mitterrand comme il avait commencé au sommet attalien de Versailles : par un feu d'artifice".


Autres considérations.

La commission - une quarantaine de personnes - que va présider ou conduire, peu importe le mot, M. Attali, doit avoir une mission semblable à celle qu'avait reçue la commission - de 16 membres au total - qu'avaient coprésidée en 1959-60 MM. Jacques Rueff et Louis Armand : "recenser tous les obstacles à l'expansion qui devront être supprimés".

Pour sa part, Laurent Wauquiez, le porte-parole du gouvernement, a annoncé officiellement ce 24 août que M. Attali présiderait à partir du 30 août une commission de réflexion "pour la libération de la croissance française".

Y parviendra-t-elle ? On peut toujours se poser la question.

Pour y répondre, je fais appel à François René de Chateaubriand. Dans Mémoires d'outre-tombe, chateaubriand il a écrit :

"[...] regardez à la fin d'un fait accompli, et vous verrez qu'il a toujours produit le contraire de ce qu'on en attendait, quand il n'a point été établi d'abord sur la morale et la justice."


Je ne peux qu'en douter pour cette raison, mais aussi pour les raisons exposées dans ce texte, à l'opposé des idées du maître de la commission.


Addendum n°1.
 
Le texte ci-dessous est tiré de l'hebdomadaire de l'aleps intitulé La Nouvelle Lettre du 25 août 2007, n° 924, p.5.

Jacques Attali, Nouveau Jacques Rueff.

La scène s’est passée en trois temps. Dans un premier temps, François FILLON a annoncé la création d’une commission chargée de recenser les obstacles à la croissance.
Certes, on pourrait se dire qu’une commission de plus, c’est encore reculer les réformes dont le pays a besoin. Mais François FILLON a fait référence à la fameuse commission RUEFF-ARMAND, créée au début de la V° République, justement pour recenser les obstacles à la croissance. Elle avait montré que ces obstacles étaient avant tout d’ordre réglementaire : ce sont les décisions étatiques qui freinent la croissance, depuis le contrôle des prix jusqu’à l’organisation des professions fermées : en fait, le refus par l’Etat de laisser jouer librement la concurrence.

Certes, la mission jadis confiée au tandem RUEFF-ARMAND est toujours d’actualité, puisque la plupart des réformes proposées à l’époque n’ont jamais été mises en oeuvre. Il y a peu, la commission CAMDESSUS, qui avait le même objet, est arrivée aux mêmes conclusions. Elles sont restées sans suite d’ailleurs, compte tenu de l’inertie de l’Etat et du poids des lobbies anticoncurrentiels.

Mais l’initiative du Premier Ministre paraissait sympathique : on pourrait enfin dire ouvertement que la France est malade de son secteur public, de ses corporations, de ses syndicats, de ses privilèges et des dépenses de ses administrations.

Restait la deuxième étape : trouver un président. SARKOZY et FILLON ont eu la bonne idée de faire appel à Philippe SEGUIN. C’était déjà tout un programme, compte tenu de l’homme, et de la fonction : qu’attendre d’un planiste premier président de la Cour des comptes ? Sans aucun doute une vision étatique de l’économie. Même si les récents rapports de la Cour des comptes ont été très instructifs, mais ils sont rarement très libéraux au niveau des propositions.

Comme toujours, SEGUIN a demandé à réfléchir, pour finalement dire non, comme d’habitude, car s’engager ne sied pas à un membre de la Cour des comptes (sic !).

Il fallait donc trouver un nouveau président. SARKOZY allait-il se tourner, ce qui aurait semblé logique, vers un économiste, peut-être pas libéral, n’exagérons pas, mais du moins favorable au libre marché ? C’était compter sans le souci d’ouverture à gauche de notre Président.

Il est allé chercher ATTALI !

Jacques ATTALI, l’ancien conseiller de François MITTERRAND, toujours attaché au socialisme triomphant version 1981, qui s’est ensuite illustré comme on le sait à la tête de la Banque Européenne de Développement et de Reconstruction, dont il a été promptement limogé.
Ses compétences en matière d’économie sont connues, puisqu’il a soutenu depuis des décennies qu’il n’y a pas de science économique (« l’anti-économique »).
Il faut donc croire d’une part que la science n’intéresse pas les gouvernants, d’autre part qu’il n’y a aucun économiste à droite ou au centre, puisqu’il faut aller chercher les ignorants de gauche.

Le président et le premier ministre ont été assez élégants pour laisser ATTALI choisir nombre des membres de sa commission et fixer ses objectifs à sa guise.
Pour les objectifs, il a déclaré aux Echos qu’il y aurait « des réformes radicalement de gauche pour assurer la justice sociale nécessaire à la croissance ».
Ce n’était pas tout à fait la ligne du rapport RUEFF-ARMAND qui avait beaucoup insisté sur le rôle néfaste des professions fermées, de la réglementation et des monopoles publics. Va-t-on seulement en parler ?
Pas du tout : « ce n’est qu’une dimension lilliputienne du sujet ».

Il est sûr que par rapport à Jacques RUEFF, ATTALI est un géant. Il a même écrit une brève histoire de l’avenir, composée de sornettes politiquement correctes.

L’ouverture prônée par le Président prend maintenant l’allure de trous béants. Faut-il un Français à la tête du FMI ?
On va chercher STRAUSS-KAHN, socialiste keynésien et dirigiste, seul professeur d’économie connu du pouvoir (et on apprend que sa campagne, selon Le Figaro, est « financièrement prise en charge par l’Etat français »).
Faut-il un président à la nouvelle commission RUEFF ?
On va chercher ATTALI, ce qui est une offense à la mémoire de RUEFF.
A-t-on besoin de Jack LANG pour réformer les institutions ?
Les hommes politiques de droite ne connaissent les libéraux que quand ils sont dans l’opposition, car ils ont alors besoin de leur soutien.
Une fois au pouvoir, elle ne connaît plus que les économistes de gauche, puisqu’elle veut faire une politique de gauche.

La faiblesse des libéraux, c’est de ne pas être de gauche… ni de droite non plus !


Addendum n°2.
Ci-dessous un article de Sylvie Fagnart paru dans le quotidien belge L'Echo du mercredi 18 juillet 2007 sous le titre "La France tente une nouvelle fois de se réconcilier avec le libéralisme".

Le président de la République a commandé une mission sur le modèle de celle menée par Jacques Rueff en 1959.
Surprise, au début du mois, dans les milieux économiques français acquis au libéralisme (peu nombreux, on vous l'accorde) : l'un des leurs était sorti de l'oubli et cité en exemple par le président de la République lui-même, qui annonçait alors la composition d'une mission chargée, sous l'égide de Philippe Séguin, premier président de la Cour des Comptes, de trouver des recettes pour "libérer la croissance", "sur le modèle de la commission Armand-Rueff".
En se référant à ce tandem, auteur d'un rapport sur la "suppression des obstacles à l'expansion économique", Nicolas Sarkozy rend en fait hommage à l'oeuvre d'un haut-fonctionnaire féru d'économie, se passionnant tout particulièrement pour les questions monétaires, Jacques Rueff.
C'est en effet ce dernier qui convainc le président de l'époque (nous sommes en 1959), le général de Gaulle, de lister les situations structurelles qui empêchent l'économie française de se libérer.
Son compère, Louis Armand, président de la SNCF, ne sert que de "cache-sexe" à cette entreprise libérale. Il est en quelque sorte la caution dirigiste de l'attelage, afin que ne s'effraie point toute la classe politique française, franchement persuadée des bienfaits de la planification.

Rueff, lui, depuis longtemps, récuse tout particulièrement la théorie keynésienne. Il a eu l'occasion de rencontrer le célèbre économiste quand, à la fin des années 1930, il devient attaché financier à l'ambassade de France à Londres.
Et s'oppose à lui quant au traitement du chômage.
Alors que Keynes soutient que le plein emploi peut être atteint si l'Etat met en oeuvre une politique de soutien à la demande, le français assure au contraire que, à partir d'un certain seuil, le système d'assurance-chômage est un frein à la diminution du nombre de demandeurs d'emploi.

Cet exemple illustre le principal leitmotiv de Rueff dans sa théorisation de l'économie, comme dans sa vie de haut commis de l'Etat : supprimer les barrières, faire sauter les obstacles, éliminer toute entrave que ce soit.
En 1959, quand il convainc le général de Gaulle de lui laisser carte blanche pour traquer, dans tous les recoins de la vie économique française, les règlements, rentes ou situations de fait qui, selon lui, entraînent le blocage de la croissance, il est auréolé d'un succès certain.
C'est lui qui, sous la houlette du ministre des Finances, Antoine Pinay, conduit la plus importante réforme financière et monétaire de l'après-guerre, l'apparition du nouveau franc, qui s'appuie sur un assainissement des finances publiques et sur la stabilité monétaire. [...]

Le résultat, rendu public le 21 juillet 1960, consiste en une liste exhaustive de ces fameux freins à l'expansion de l'économie. L'opinion publique retiendra singulièrement la critique faite à l'organisation des taxis parisiens, en sous-effectif permanent en raison d'un système drastique de délivrance de licences. Système qui perdure d'ailleurs toujours... Cet exemple anectotique ne fait pas exception dans le traitement qui est ensuite réservé au rapport Armand-Rueff : l'oubli dans le fond d'un tiroir ministériel. Un bien mauvais présage pour la mission demandée aujourd'hui par Nicolas Sarkozy...

Certes, les circonstances de l'époque ont empêché l'initiateur de ce groupe de travail de s'assurer que ses recommandations étaient bien suivies d'effets.
Devant faire face à une polémique sur sa situation de président de la chambre de la Cour de justice des communautés européennes du charbon et de l'acier, Jacques Rueff quitte la France pour participer à la création de la Malaisie, écoeuré par le peu de soutiens que lui manifestent alors les responsables politiques de son pays.

Mais, selon Georges Lane, l'un des derniers collaborateurs de Jacques Rueff (ce dernier s'éteint en 1978) et professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, l'homme souffre surtout de ne pas être en phase avec la pensée unique qui prévaut alors dans les cercles économiques : la primauté offerte à la planification. Quant à sa mission, elle est empreinte d'un défaut originel : Jacques Rueff, dans son rapport, ne peut évoquer les marchés de crédit et de la monnaie, pierre angulaire de tout système économique.

Philippe Séguin, à qui Nicolas Sarkozy a confié cette mission, rencontrera-t-il plus de succès que Jacques Rueff ?
"Deux données essentielles ont changé depuis 1960 : la fin des politiques monétaires dans les pays européens, avec l'euro, et l'avènement de la société d'information, qui favorise directement la concurrence", analyse Georges Lane.
Néanmoins, l'économiste réserve sa réponse sur les chances de succès de la future commission Séguin. A ses yeux, ce dernier semble lui aussi enclin à prôner le dirigisme, en exacte opposition à Jacques Rueff. Pour Georges Lane, cette option serait la garantie d'un échec.

Sylvie Fagnart, à Paris, pour L'Echo


Rendez-vous fin octobre 2007 ?

Selon RFI par la plume de Antonio Garcia, en date du 6 avril 2007 :

Après plus de six ans de procédure, le juge d’instruction Philippe Courroye a signé, jeudi, l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris de 42 personnes impliquées dans une affaire de vente illicite d’armement au gouvernement angolais, entre 1993 et 2000, dénommée «Angolagate».
Toutes sont soupçonnées d’avoir touché des gratifications de la part des vendeurs d’armes : le Français Pierre Falcone et son associé Arcady Gaydamak. Cette affaire judicaire avait provoqué une certaine tension dans les relations entre Paris et Luanda.


Le juge Philippe Courroye a suivi les réquisitions formulées par le parquet le 28 mars dernier, selon l’édition électronique de l’hebdomadaire Le Point. Des personnalités bien connues de la vie politique française figurent ainsi dans cette liste de suspects, notamment Jean-Christophe Mitterrand, l’ancien ministre gaulliste de l’Intérieur Charles Pasqua et son homme de confiance Jean-Charles Marchiani (ex-préfet du Var).
D’autres personnalités comme Jacques Attali, ex-conseiller de François Mitterrand, ainsi que l’ex-magistrat George Fenech (député UMP) et l’écrivain Paul-Loup Sulitzer vont également comparaître, fin 2007 ou début 2008, pour «complicité de commerce illicite d’armes». I
ls sont tous soupçonnés d’avoir reçu des commissions de la part de l’homme d’affaires français Pierre Falcone et de son associé, le milliardaire israélo-russe Arcady Gaydamak.
Les deux marchands d’armes devront probablement être jugés par contumace, étant donné qu’ils ont fui à l’étranger depuis plusieurs années.

L’affaire Angolagate a débuté en 1992, à un moment assez délicat pour les forces gouvernementales angolaises qui combattaient les rebelles de l’Unita dirigée par Jonas Savimbi.
Le président José Edouardo dos Santos avait alors demandé de l’aide, concernant la fourniture de matériels militaires, à un cadre du Parti socialiste français, Jean-Bernard Curial.
Ce dernier a transmis cette requête à Jean-Christophe Mitterrand, qui lui a présenté Pierre Falcone, un proche de Charles Pasqua, à l’époque ministre du gouvernement de cohabitation d’Edouard Balladur.
Ce cabinet n’était pas très favorable aux ventes d’armes au régime de Luanda, d’autant plus que le ministre de la Défense, François Léotard, était assez proche de Savimbi.

790 millions de dollars d’armement

C’est par l’intermédiaire de la société Brenco, dont le siège était à Paris, et de sa filiale slovaque ZTZ-Osos, avec des financements de la banque Paribas, que Falcone et Gaydamak ont réussi à monter cette opération.
Ils ont pu ainsi fournir au régime angolais une importante quantité d’armes : chars, hélicoptères, mines, lance roquettes et pièces d’artillerie, ainsi que six navires de guerre.
Ces armes ont été envoyées, pendant sept ans, de plusieurs pays est-européens, comme la Russie, la Bulgarie, la Pologne, la Bulgarie et le Kirghizistan, un marché qui a été évalué à près de 790 millions de dollars.
Les observateurs affirment que cet armement aurait été d’une utilité capitale aux troupes gouvernementales angolaises qui ont réussi à abattre Jonas Savimbi, en 2002, ce qui a marqué la fin d’une guerre civile qui a fait plus de 500 000 morts en 27 ans. Selon l’enquête, Falcone et Gaydamak ont fait des bénéfices évalués à 400 millions de dollars dans les ventes d’armes à l’Angola.
Ils ont gratifié plusieurs personnes qui auraient facilité les transactions : 2,6 millions de dollars à Jean-Christophe Mitterrand, 450 000 à Charles Pasqua, 380 000 à Paul-Loup Sulitzer, 160 000 à Jacques Attali, entre autres. Jean-Christophe Mitterrand a été emprisonné, pendant trois semaines, en décembre 2000 et janvier 2001.
Il a été libéré contre une caution de 762 000 euros. L’accusation affirme qu’il a eu un «rôle déterminant» dans la mise en relation de Pierre Falcone et du régime angolais. Le fils aîné de l’ancien président de la République est soupçonné de «complicité de commerce illicite d’armes et recel d’abus de biens sociaux», mais il nie ces accusations. Plusieurs autres intéressés reconnaissent avoir reçu de l’argent, de la part du marchand d’armes, mais au titre de rémunérations pour des études et des conseils.

Les Angolais se fâchent contre Paris

Pierre Falcone avait également été arrêté à Paris, en novembre 2000. Il a été libéré, en novembre de l’année suivante, après avoir versé une caution record de 105 millions de francs (16 million d’euros). Il avait été mis en examen pour «commerce d’armes illicite, fraude fiscale, abus de biens sociaux et trafic d’influence», notamment pour avoir vendu des matériels militaires sans autorisation.
Le président angolais s’est insurgé, à plusieurs reprises, contre l’arrestation de son «mandataire» et il a nommé Pierre Falcone, en juillet 2003, comme membre de la délégation angolaise auprès de l’Unesco, pour qu’il puisse bénéficier de l’immunité diplomatique.
Mais le juge Courroye a fait savoir à l’homme d’affaires que cette immunité ne pouvait pas couvrir l’instruction en cours, obligeant ainsi Falcone à abandonner la France.

Les autorités angolaises n’ont jamais accepté cette situation et elles ont même essayé d’exercer des pressions diplomatiques sur Paris, considérant que l’affaire Falcone n’était pas de la compétence de la justice française. Luanda soutient que l’achat des armes n’a pas été réalisé en territoire français et que Falcon n’était qu’un simple intermédiaire dans les transactions. L
’ambassadeur d’Angola à Paris a même été «rappelé pour consultations» à Luanda, en 2004, et le président Eduardo dos Santos a mis plusieurs mois avant de donner son accréditation à l’ambassadeur de France.

Des rumeurs ont même circulé, selon lesquelles l’Angola allait interdire les activités du groupe Total sur son territoire.
Or, la situation semble s’être améliorée dernièrement.
Selon la publication Lettre du Continent, «la compagnie pétrolière qui vient d’inaugurer le champ de Dahlia (220 000 barils par jour) ne devrait pas pâtir de l’Angolagate», tandis que l’ambassadeur d’Angola est «venu aux nouvelles à l’Elysée» et Paris va nommer «dans les prochains jours» un ambassadeur à Luanda.
Il faut noter qu’aucun Angolais ne figure sur la liste des 42 personnes qui vont être jugées, même si le juge Courroye, contre l’avis du parquet, impute aussi à Pierre Falcone des versements d’argent à Eduardo dos Santos et à une quinzaine de ses proches : 37 millions de dollars crédités sur un compte au Luxembourg pour le président angolais.


Trois ans plus tôt, Airy Routier avait écrit dans Le Nouvel Observateur, n° 1897, du 15 mars 2001 un article intitulé "Le tableau de chasse du juge Courroye"

Garde à vue et mise en examen de Jacques Attali, perquisition au Quai-d’Orsay et mise en cause d’Hubert Védrine: jusqu’où ira le juge qui instruit l’affaire des ventes d’armes à l’Angola?

Finalement, au point où on en est, pourquoi pas Hubert Védrine? Jeudi dernier, les juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez mettaient en examen Jacques Attali au terme de 48 heures d’une garde à vue éprouvante, pour «recel d’abus de biens sociaux et trafic d’influence» dans le cadre de l’affaire Falcone, pour laquelle Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné de l’ancien président de la République, accusé de «recel de trafic d’armes» a passé les fêtes de fin d’année en prison.
Le lendemain, alors que leurs collègues manifestaient devant Matignon pour réclamer plus de moyens, les juges conduisaient une perquisition symbolique au Quai-d’Orsay, en l’absence du ministre des Affaires étrangères, en voyage dans les Balkans.
Les juges avaient même décidé de perquisitionner son domicile. Ils ont finalement rebroussé chemin.
Il n’empêche, le mal est fait: Hubert Védrine est à son tour éclaboussé. Marylise Lebranchu, ministre de la Justice, s’était étonnée qu’une manifestation de magistrats ait été organisée à la veille d’élections importantes, «ce que n’ont jamais fait les grands syndicats». E
n privé, dans l’entourage de Lionel Jospin, on se scandalise tout autant de cette opération conduite contre un membre important du gouvernement, deux jours avant le premier tour des municipales.

De quoi le juge soupçonne-t-il Hubert Védrine?
D’être intervenu, en 1998 auprès de son collègue Dominique Strauss-Kahn, alors ministre des Finances, pour réduire la dette fiscale de Pierre Falcone, accusé de «trafic d’armes» et incarcéré depuis le 26 novembre dernier.
Selon l’hypothèse du juge, au cours d’un dîner organisé à son domicile en septembre 1998, Jacques Attali aurait mis en contact Hubert Védrine et l’avocat fiscaliste Allain Guilloux, qui défendait les intérêts de Falcone et de nombreux autres clients célèbres.
Et Attali aurait été rémunéré par Pierre Falcone à hauteur de 1 million de francs, sous couvert d’une étude sur la mise en place de microcrédits en Angola.
Un Post-it trouvé dans les bureaux parisiens de Pierre Falcone justifie ce soupçon:
«AG a vu JA qui est très optimiste. Il faut qu’AG passe à l’échelon supérieur.»

Autre motif d’énervement de la part du juge: le contrat d’Attali avec la société de Falcone a été découvert par les policiers, lors de la perquisition du 1er décembre, «dans une petite armoire derrière l’évier».
Falcone était incarcéré depuis quatre jours, nul ne savait que des disquettes informatiques révéleraient le nom de ses obligés et Jacques Attali a sans doute voulu se faire plus discret qu’à l’ordinaire.
Les juges, un moment, ont cru qu’ils avaient trouvé le gros lot. Sur une page des agendas d’Attali, était écrit «Védrine enveloppe».
Courroye se précipite. Faux espoir: aussitôt interrogée, la secrétaire a indiqué qu’il s’agissait d’un mémo pour envoyer à Védrine, sous enveloppe, le dernier livre de son patron!
Rien d’étonnant à cela puisque les deux hommes ont travaillé près de dix ans ensemble à l’Elysée, auprès de François Mitterrand.

Problème: aucun élément factuel ne vient confirmer un trafic d’influence que nient tous les protagonistes.
Jacques Attali a dit aux juges qu’il ne «savait même pas que Falcone avait un dossier fiscal». Il a versé au dossier son étude sur les microcrédits pour l’Angola, un contrat de 200 000 dollars qui devait être payé en trois tranches mais qui a été réduit à 150 000 dollars.
«Mon client n’avait pas dormi, il avait eu froid, il était bouleversé, blessé, affirme son avocat Jean-Pierre Darrois: mais les enquêteurs, comme les juges, n’ont pu trouver une seule contradiction dans ses déclarations.»

De son côté, Allain Guilloux a affirmé que sa démarche auprès de Védrine était officielle.
Il a transmis au ministre les copies de ses requêtes à l’administration fiscale dans lesquelles il expliquait que Falcone et son associé Gaydamak bénéficiaient d’un statut consulaire, qu’ils avaient des passeports diplomatiques et qu’ils étaient, de ce fait, non imposables en France.
A ce courrier était jointe une attestation d’Edouardo Dos Santos, président de l’Angola, faisant état des services rendus par Falcone. La lettre de Guilloux commence par:
«Je vous prie de bien vouloir me confirmer ce statut consulaire…»
Bref: Guilloux faisait son métier.
Et Védrine le sien puisque le conseil donné à ses collaborateurs, sur ce dossier, s’est résumé en un mot: «Eludez.»

Etrangement, lorsqu’il a mis en examen Attali et perquisitionné au Quai-d’Orsay, le juge Courroye savait déjà que sa piste ne menait nulle part. Quelques jours plus tôt, il avait en effet interrogé François Villeroy de Galhau, ex-directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn, ainsi qu’Olivier Sirvieude, alors chef de la cellule fiscale, eux aussi couchés sur les agendas d’Attali. «De quoi avez-vous parlé?», demande le juge.
«Des microcrédits», répondent-ils séparément. «Avez-vous évoqué Pierre Falcone et son dossier fiscal?» «A aucun moment», répondent Villeroy et Sirvieude, qui tombent du ciel.
Selon les avocats des différentes parties en cause, il n’y a dans le dossier pas la moindre trace d’intervention de Védrine, ni a fortiori de transaction.

Pourquoi alors ces mises en cause publiques? Lors de sa première perquisition chez Attali, Courroye s’était arrêté devant un livre de Pascal et avait dit au propriétaire des lieux, en plaisantant: «Vous savez ce que j’aime, moi, chez Pascal?»
C’est: «Tous coupables devant Dieu.» Jusqu’à preuve du contraire?


Malgré tout cela, et dans la droite ligne de L'Anti économie, Piqueur de la Mirandole a commis, début septembre 2007, un article dans L'Express où il explique que les économistes ne servent à rien !

Cette position a amené Jacques Garello, président de l'aleps, à se demander sur le site libres.org, le 19 septembre 2007, "A quoi sert Jacques Attali" dans les termes qui suivent :

La question peut surprendre, puisque tout le monde sait que Jacques ATTALI va faire redémarrer la croissance, grâce aux analyses et aux propositions qu’il remettra au Président de la République. Mais cette question prend un nouveau relief après l’article que le brillant intellectuel a commis dans les colonnes de l’Express :
Or il vient une nouvelle fois d’étaler son ignorance encyclopédique dans un article de l’Express intitulé « A quoi sert un économiste ? ».
Observons d’ailleurs qu’il est particulièrement qualifié pour parler des économistes et de la science économique, lui qui s’est rendu célèbre par son plaidoyer « anti-économie », soutenant que l’économie n’est pas objet de science, mais affaire de choix politique.
Ainsi après la science économique voici que Jacques ATTALI vient d’épingler les économistes.

1° Les économistes ne servent à rien parce qu’ils sont mal utilisés « Les seuls enseignants rarement appelés à diriger des administrations sont ceux dont la discipline aurait dû justifier qu’on les attende au premier rang : les professeurs d’économie ».

Première erreur : le rôle d’un économiste n’est pas de diriger une administration ! Il confond économiste et énarque.

2° Les économistes constituent une secte.
« De fait, leur réputation est sulfureuse et chacun les considère au mieux comme des experts aussi doués que les météorologues et au pis comme des rebouteux.
Et, comme le disait très justement l’un des meilleurs prêtres de cette « Eglise », qui défroqua pour s’intéresser à l’art,
Kenneth BOULDING, « un économiste est un expert qui saura parfaitement vous expliquer demain pourquoi ce qu’il a prévu hier ne s’est pas passé aujourd’hui ».

Deuxième erreur, ce n’est pas une « église », il confond avec le socialisme, qui ressemble souvent à une secte.

Troisième erreur : la prévision n’est pas la tâche majeure d’un économiste, mais un bon économiste peut réellement faire des prévisions à long terme, puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets ( exemple : le SMIC crée du chômage)

3° Les économistes au pouvoir font des catastrophes.
Suivent quelques méchancetés sur BARRE : « Raymond BARRE semble une exception : un économiste monté au plus haut niveau de la vie publique.
En réalité il n’était pas un économiste, mais un professeur ; et peu importe ce qu’il enseignait ; il était surtout un formidable vulgarisateur (je fus très heureux d’être son élève) des idées des autres, aussi complexes fussent-elles, sans jamais avoir été capable d’exprimer la moindre idée personnelle, ni même l’avoir souhaité ».
« Depuis son passage au gouvernement, qui laissa le pays dans une situation pire que celle ou il le trouva, presque personne n’a éprouvé le besoin de renouveler l’expérience… ».

Quatrième erreur : BARRE, même si nous n’étions pas toujours d’accord avec lui, était un économiste et valait mieux que ce qu’en dit ATTALI.

Cinquième erreur : être professeur, c’est aussi être économiste, donc chercheur et scientifique.

Sixième erreur : a-t-il entendu parler de Ludwig Ehrard, ou de Balcerowicz, ou de Klaus ou de Laffer, auteurs de « miracles » allemand, polonais, tchèque ou américain?

4° Les discours des économistes sont éphémères.
Le prix Nobel d’économie est « cette récompense magnifique qui distingue chaque année des travaux sans doute considérés dans cinquante ans comme aussi ridicules que le sont aujourd’hui les œuvres des écrivains récompensés de ce même prix il y a un demi-siècle ».

Septième erreur : le Nobel d’économie n’existait pas il y a 50 ans, il a été créé en 1969.

Huitième erreur : non, les prix Nobel comme HAYEK, FRIEDMAN, BECKER ou bien d’autres ne sont pas les auteurs de travaux oubliés et ce que disait BASTIAT il y a 160 ans n’est pas ridicule au prétexte que cela aurait 160 ans !

5° Pourtant les économistes savent se vendre :« Parce que cette science n’excelle que dans l’art de se vendre » comme le disait l’un de ses plus lucides maîtres, John Kenneth GALBRAITH : « Un économiste, c’est quelqu’un qui ne sait pas de quoi il parle et qui vous fait sentir que c’est de votre faute ».

Neuvième erreur : GALBRAITH n’était pas un véritable économiste et surement pas un des plus lucides ; il s’est tout le temps trompé.

Enfin, dixième erreur, cette définition : ne pas savoir ce dont on parle et vous faire sentir que c’est de votre faute, ce n’est pas celle des économistes, c’est la définition de ce que fait Jacques ATTALI…

Tout cela promet pour le prochain rapport ATTALI sur la croissance...

Soit dit en passant, Jacques Rueff savait à quoi servaient les économistes, par exemple quand il écrivait à propos des taxis, profession fermée par les réglementations socialo-communistes:

"... en 1937, la profession était libre, en 1938, on a fixé un maximum de 22 000 taxis pour l'agglomération parisienne, et par suite de pressions diverses, ce nombre a été réduit progressivement à 12 500, de telle sorte que, pour une ville qui a doublé depuis 1938, le nombre des taxis jugés strictement indispensables en 1938 a été réduit de moitié.

On protège non seulement les hommes, mais aussi les machines, car sur ces 12 000 taxis autorisés, il y en a 1000 seulement qui sont autorisés à faire le "doublage", c'est-à-dire à travailler avec deux chauffeurs, mais pour tous les autres, il ne peut y avoir qu'un seul chauffeur travaillant dix heures par jour.

Ceci veut dire que l'on a doublé systématiquement le montant de l'investissement nécessaire pour desservir la population parisienne, c'est-à-dire que l'on a absorbé là des capitaux qui faisaient défaut ailleurs, par exemple pour construire des maisons (Rueff, L'expansion sans inflation, p.109)" (réed. dans Claassen, E.-M. et Lane, G. (eds.), Oeuvres complètes de Jacques Rueff, tome III : Politique économique, livre 2, Plon, Paris, 1980, p.454n)


Addendum 3 .

Pour compléter, vous pouvez toujours écouter cette émission de Lumière 101.



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