Selon le Comité Nobel, le but final de la théorie de la "conception de mécanisme d'allocation de ressources", dont il récompense des chefs de file, cette année 2007, est de permettre

"de distinguer les situations dans lesquelles les marchés fonctionnent bien de celles dans lesquelles il n'en est pas ainsi".


De quel marché s'agit-il ?

De celui-ci
 










ou bien de celui-ci
Lloyd's 2000











Y aurait-il un seul type de marché supposé ? On ne sait pas trop.

De plus, c'est quoi une situation où le marché fonctionne bien ?
Certains se référeront à ce qu'ils dénomment "la théorie économique classique" et diront que celle-ci imagine un monde idéal où les marchés fonctionnent efficacement à 100 pour cent pour réunir des acheteurs et des vendeurs et pour qu'ils échangent les ressources rares.
En d'autres termes, les développeurs de la théorie économique classique organisent par la pensée ou l'imagination la réalité ! 

La théorie de la "conception de mécanisme d'allocation de ressources" situerait-elle donc au pays d'Alice, celui des Merveilles ?

Pas tout à fait.
Elle reconnaît que de tels marchés purs existent rarement -- les consommateurs ne peuvent pas être pleinement informés au sujet de leurs choix tandis qu'il peut également y avoir des coûts additionnels et sociaux au delà des prix, comme dans le cas de la pollution par exemple.
Au moins, est-ce ce qu'avance le Comité Nobel.

En d'autres termes, dénominateur commun des deux arguments précédents : la rareté, d'un côté rareté des ressources, de l'autre, rareté des marchés purs.

Mais pourquoi ne pas parler des rares connaissances des gens qui en parlent et qui de fait conditionnent les raretés à quoi ils font allusion par celle de leurs connaissances?
Pourquoi ne pas parler à la place de l'étendue de leur ignorance ou de l'abondance de leurs ignorances respectives qui les amènent à agir?

Qu'à cela ne tienne, Leonid Hurwicz, Eric Maskin et Roger Myerson sont les lauréats du Prix Nobel 2007 pour leur travail sur la théorie de la "conception de mécanisme d'allocation de ressources", une ramification de la théorie des jeux utilisée pour faire fonctionner plus efficacement des marchés supposés imparfaits, pour réduire l'écart de connaissance entre les acheteurs et les vendeurs, et les coûts et les conséquences.

Hurwicz, 90 ans, professeur émérite de l'université du Minnesota, est le plus âgé des gagnants d'un prix Nobel.
Son travail sur la théorie a commencé dans les années 60, quand ses co-lauréats étaient à peine dans l'adolescence. Myerson est de l'université de Chicago (qui passe ainsi à 24 lauréats, plus d'un tiers de tous les gagnants). Maskin est professeur de science sociale à l'Institut d'Etude Avançée et conférencier en sciences économiques avec le rang de professeur à l'université de Princeton.

Qu'est ce que la "conception de mécanisme d'allocation de ressources"?

Prenons un exemple préliminaire.
Deux enfants se chamaillent pour diviser un gâteau qu'ils veulent manger.
Quelle méthode pour qu'ils divisent équitablement le gâteau? 

Les parents font connaître leur méthode:
l'un des deux enfants coupera et l'autre choisira la moitié la plus grande.
Selon eux, cela donnera au premier l'incitation de couper aussi également que possible.

La méthode "le premier-coupe, le second-choisit" est un exemple simple de mécanisme d'incitation cohérent.
Leonid Hurwicz, Eric Maskin, et Roger Myerson ont reçu le prix Nobel de sciences économiques pour leur étude de ces mécanismes d'incitation cohérente ou, plus généralement, de leur "conception de mécanisme d'allocation."

La "conception de mécanisme d'allocation de ressources" est en vérité une manière de penser les "institutions", les "organismes" ou "organisations".
L'institution, dénommée malheureusement "mécanisme d'allocation de ressources" dans ce domaine de la science économique, est de plus un jeu non coopératif.
Elle se donne comme facteurs "des messages" ou "des signaux" provenant d'opérateurs et elle y répond en donnant un résultat.

La "conception de mécanisme d'allocation de ressources" a pour idée de créer des institutions qui produiront des résultats désirables tout en respectant le fait que les gens ont des informations privées spécifiques et visent chacun leur propre intérêt.

Et il s'avère qu'il est très difficile de concevoir les mécanismes qui fonctionnent bien tout en respectant les contraintes de l'information et de l'intérêt personnel.
Ironiquement, "le" marché, un mécanisme a priori non conçu, est le meilleur exemple d'un mécanisme d'incitation cohérente puissant.

S'agissant des raisons données pour accorder le Prix, le comité Nobel a aussi écrit :

"… ces résultats soutiennent l'argument de Friedrich Hayek's (1945) selon quoi les marchés agrègent efficacement l'information privée importante."

La "conception de mécanisme d'allocation de ressources" n'est pas ainsi simplement un appareil mathématique justifiant les éclairs de génie de Hayek.
Leonid Hurwicz, parrain du domaine, a été influencé par Hayek et par son adversaire Oscar Lange.
On peut considérer que Hurwicz a essayé de prouver quand les buts de Lange pourraient fonctionner en tenant compte des objections de Hayek.

Voici bien longtemps que des économistes avancent que les marchés sont défiés par des externalités, des biens publics, l'information asymétrique etc.
Et l'économie publique standard de répondre : "donc le gouvernement".- un exemple limpide du sophisme du Nirvâna ! -.

Au moins, les théoriciens de la "conception de mécanisme d'allocation de ressources" prennent-ils le défi au sérieux.
En conséquence, ils essayent de concevoir des institutions qui fonctionnent dans les mêmes contraintes que le marché - i.e. des institutions qui respectent les contraintes d'information et d'intérêt personnel -.

Les résultats ont été mi-figue mi-raisin.
Les mécanismes qui fonctionnent en théorie sont très compliqués - beaucoup plus compliqués que le marché ou d'autres mécanismes qu'on peut voir utilisés en pratique.
Il y a peu d'espoir que la "conception de mécanisme d'allocation de ressources" vienne à la rescousse des rêves de Lange et autres.

De façon plus réaliste, certains voient dans la "conception de mécanisme d'allocation de ressources" un instrument pour rendre les marchés plus puissants.
Dans certaines situations, par exemple, la "conception de mécanisme" démontre que des biens publics peuvent être volontairement fournis.
Dans d'autres situations, la "conception de mécanisme" peut rendre le gouvernement plus efficace, mais elle le fera en rendant le gouvernement davantage "comme le marché."
L'externalisation des services gouvernementaux comme la collecte des ordures, les prisons, et les routes, par exemple, peuvent être menées encore plus loin si des contrats sont conçus plus soigneusement.

La théorie de la "conception de mécanisme d'allocation de ressources" fournit un cadre pour penser les meilleurs types de contrats possibles.
L'utilisation la plus pratique de la "conception de mécanisme" en date en est une illustration. Elle est à la base des enchères sophistiquées qui ont été suivies pour vendre les fréquences U.M.T.S..

Pourquoi sophistiquées ?

Prenons l'exemple d'une enchère simple.
Supposez que vous vouliez vendre une peinture rare, un tableau de maître et en tirer le maximum.
Il y a deux acheteurs potentiels, Pierre, qui évalue la peinture à 100.000 euro, et Paul qui l'évalue à 20.000 euro.

Le problème serait simple si vous aviez l'information - vous fixeriez alors le prix à 99.999 euros, Pierre achèterait et en tireriez presque le maximum.
Mais à combien Pierre et Paul évaluent la peinture est de l'ordre de leur propre information privée.

Combien alors devriez-vous vendre la peinture ?

Une possibilité qui vous vient rapidement à l'esprit est l'enchère.
Dans une salle des ventes, Pierre et Paul enchériront pour la peinture et les offres continueront à monter jusqu'à ce que Paul soit forcé de lâcher à 20.001 euro.
Ainsi l'enchère vous rapportera-t-elle 20.001 euro.

Ce n'est pas mauvais mais est ce le prix maximum possible ?
Il faut alors se rappeler que Pierre évalue la peinture à 100.000 euros et qu'à ce prix il y a beaucoup de monnaie sur la table à gagner. 

Que faire ?
Des enchères sophistiquées.

Les enchères sophistiquées ont convaincu les gouvernements qu'ils avaient à gagner à vendre des fréquences.
L'influence de la théorie de la conception de mécanisme d'allocation peut être vue dans la structure des enchères, telles que la vente par le gouvernement britannique ou français des licences U.M.T.S. dites aussi "3G", qui a accru les recettes non fiscales des ministères des Finances de ces pays.
C'est grâce à un procédé innovateur conçu pour acculer les acheteurs potentiels à avoir des enchères qui reflètent ce qu'ils considéraient comme la valeur réelle des permis, et qui les empêchent de s'entendre pour payer des prix inférieurs.

Mais les gains réels sont arrivés quand le spectre des fréquences, qui était gaspillé dans leurs mains, a été retourné au secteur privé.

Selon Jeffrey Lacker, président de la Banque de réserve fédérale de Richmond (Etats-Unis), la théorie de la "conception de mécanisme d'allocation de ressources" offre des voies pour comprendre ce qui s'est produit sur les marchés financiers cet été.

La théorie de la "conception de mécanisme" s'intéresse certes à l'utilisation des incitations et des règles pour créer des méthodes efficaces d'allocation des ressources, mais surtout pour établir des règles pour des marchés ou des solutions de rechange aux marchés.
 
"Elle prend très aux sérieux les contraintes informationnelles dans quoi agissent les gens",
M. Lacker a dit le lundi 15 octobre 2007
dans un entretien avec le Wall Street Journal.
Elle
"recherche l'allocation optimale sans prendre parti sur les institutions qui existent ou surgissent...
Souvent les marchés peuvent réaliser une allocation optimale, mais parfois l'intervention du gouvernement est exigée, et parfois les arrangements institutionnels comme les intermédiaires financiers ou les chambres de compensation sont capables de réaliser de bonnes allocations."

M. Lacker considère que la théorie de la conception de mécanisme d'allocation suggère qu'
"il n'est pas évident que la liquidité soit une contrainte importante"
malgré l'agitation récente sur les marchés financiers qu'elle a provoquée.

Elle suggère plutôt que le problème a été davantage un manque d'information, une conclusion qu'il a considérée
"conforme au manque d'utilisation observable dans l'escompte officiel"
la manière qu'a le Fed de prêter directement aux banques.

"j'ai soutenu la réduction du taux d'escompte et je pense que c'était la bonne chose à faire,"
ajoute-t-il.

Cependant,
"si la liquidité avait été le problème, nous aurions vu plus d'utilisation de l'escompte officiel... elle ne s'est pas avérée être cruciale."

"Si la liquidité n'était pas le problème, je pense que, dans cette situation, il se comprend de maintenir la politique de taux d'intérêt centrée sur la croissance et l'inflation plutôt que sur le fonctionnement du marché financier,"
a dit M. Lacker, discutant la décision du Fed d'attendre jusqu'à septembre pour couper des taux d'intérêt.

Le F.O.M.C.
"a attendu jusqu'à ce que plus d'information ait été disponible au sujet des implications pour la croissance et l'inflation."

"Je veux m'assurer que les gens comprennent combien profond et important est ce domaine,"
conclut Lacker.

"Sans conception de mécanisme d'allocation, soit les modèles standards supposent qu'un système bancaire existe soit qu'il n'existe pas.
C'est la seule approche logique pour décrire ce qu'est le rôle économique des banques ou d'autres intermédiaires financiers."

Selon Alex Tabarrok :

de façon générale, la "conception de mécanisme d'allocation" augmente l'appréciation qu'on peut avoir des marchés, ne fût-ce qu'en montrant à quel point il est difficile de produire de bons résultats tout en respectant les contraintes que les marchés doivent satisfaire.
En un sens, la "conception de mécanisme d'allocation" est aux marchés ce que les algorithmes génétiques sont à la vie humaine.
Les théoriciens pourront peut-être un jour concevoir un meilleur mécanisme de marché ou un meilleur code génétique.
Mais pour l'instant, les gains proviennent de l'utilisation de leur compréhension approfondie pour améliorer doucement quelque chose de déjà assez merveilleux.




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