Paris, le 7 février 2010.



En un temps où certains fêtent le soixantième anniversaire de l’instauration du salaire minimum interprofessionnel garanti (S.M.I.G.) en 1950, il convient de débusquer ignorance et mensonges sur le S.M.I.C. (salaire minimum interprofessionnel de croissance) qui a pris la place du S.M.I.G. en 1970.

J’ai déjà eu l’occasion de dénoncer l’ignorance ou les mensonges du mot d’ordre des socialistes au commencement de leur campagne pour l’élection présidentielle de 2007 : voir le billet intitulé « pour un SMIC à € 1500 en 2012 ».

A cette date, et si on s’affranchissait des artifices, il apparaissait que le S.M.I.C. était largement supérieur à €1500 puisqu’il était égal à €1900.

En d’autres termes, le client qui achetait alors un produit à une entreprise employant des salariés "payés au S.M.I.C." ne payait pas leur travail au prix affiché par le ministre du travail, c’est-à-dire le S.M.I.C. brut d’alors, à savoir €1276, mais au prix de €1900.


1. Où se trouvent les artifices ?

Tout simplement, dans le mensonge qu’il existerait des cotisations sociales payées par l’employé sur l’assiette de son salaire brut et des cotisations payées par l’employeur sur l’assiette … du salaire brut du salarié.

La vérité est qu’il y a un prix du marché du travail assis sur la productivité de l’employé que" met en valeur" tout client et que, sur ce prix, des cotisations sociales dites « employé » et « employeur » sont prélevées.

Il s’ensuit que le salarié reçoit sur son compte en banque le montant en monnaie non pas du vrai prix de son travail, mais de ce prix amputé des deux cotisations qu'il a en définitive payées, l'une en le sachant, l'autre en ne le sachant pas.

Sans cette organisation de la sécurité sociale obligatoire calamiteuse qui n’a fait qu’étendre ses tentacules depuis les conditions extraordinaires de sa naissance en 1941-46, l’employé payé au S.M.I.C. aurait du recevoir €1900 au lieu de €1034 !

Le présent billet ne se propose pas de répéter ce que le billet précédemment cité a déjà dit.

Il vise à le compléter étant donné l’avis qu’a livré début décembre 2009, le "groupe d’experts" institué par la loi du 3 décembre 2008.


2. Un complément d'informations.

Deuxième du genre, l’avis du Comité porte sur l’"évolution du salaire minimum interprofessionnel de croissance (S.M.I.C.)".

A cette occasion, il offre en sa page 19 un graphique suggestif qui mérite d’être connu : à savoir l’évolution de la proportion des salariés payés au S.M.I.C. dans la période 1987-2009.

Le voici reproduit :

                                          Graphique 

                  Proportions des salariés payés au S.M.I.C. 
                                       1987 - 2009            




Il ressort de ce graphique qu'en juillet 2009, près de 11% de la population des salariés – sauf apprentis – étaient payés au SMIC (10,6% - très exactement - est affiché). 
En toute rigueur, les salariés en question sont ceux qui "ont été directement concernés par l'augmentation du S.M.I.C. ou de la garantie mensuelle de rémunérations au 1er juillet 2009".

Il apparaît aussi que, depuis 1987, le taux a connu un maximum en 2005 (16,3%) et un minimum en 1993 (8,1%).

Hormis les années 1991-94, le taux des "smicards" a toujours été supérieur à 10% - voire largement supérieur à 10% -  de la population des salariés.

Soit dit en passant, on regrettera que le comité d'experts n'ait pas jugé bon de proposer le même graphique pour la période 1951-2009.  Ses enseignements eussent été on ne peut plus féconds. 

Il reste que le taux de juillet 2009 représente, en nombre de salariés :

                                       1,6 millions

si on restreint le champ des salariés aux salariés des entreprises non agricoles hors intérim.

Sinon, il représente :

                             2,6 millions de salariés.

Ce dénombrement a été effectué après la hausse purement arbitraire de 1,3% du S.M.I.C. en juillet 2009.

En janvier 2010, une nouvelle hausse arbitraire du S.M.I.C. de 0,5% a été décidée par le gouvernement de sorte que, pour 35 heures hebdomadaires de travail, le S.M.I.C. brut s’élève désormais à :

                               € 1344 mensuels,

tandis que le salarié ne retrouve sur son compte en banque que :

                               € 1056 mensuels.


3. Le vrai salaire minimum de 2010.

Mais quel est le vrai prix de son travail, celui qui est payé par vous et moi - et par lui-même - quand nous achetons les produits à la fabrication de quoi il a participé ?

Pour le savoir, il faut compléter la salaire brut et y ajouter une vingtaine de cotisations dites « employeur », certaines ayant varié en assiette, en taux ou en plafond depuis le billet cité en référence, et d’autres ayant été créées comme par exemple le « forfait social » instauré par l'article 13 de la Loi de financement de la sécurité sociale pour 2009, avec un taux fixe de 2% dont l'article 16 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2010 a doublé le chiffre (4%).

Le vrai prix du travail du salarié payé au S.M.I.C. se monte alors à :

                                  € 2100 mensuels.

Telle est la valeur en monnaie du salaire minimum complet en France.

Soit dit en passant, on remarquera que certains préfèrent parler de "salaire superbrut" plutôt que de "salaire complet", comme par exemple le "rapport Cotis" de mai 2009 sur "le partage de la valeur ajoutée".


4. Triste anniversaire.

Bref, à la date où ce billet est écrit (début février 2010), compte des dernières informations en matière d’évolution du chômage, on peut dire, pour ce soixantième anniversaire du « salaire minimum » en France, qu'il y a
environ :

                              2,6 millions de salariés

qui gagnent chacun, par leur travail : 

                                € 2100 mensuels

mais qui ne disposent pour vivre, prendre des décisions et mener les actions qu'ils choisissent de mener, que de :

                                € 1056 mensuels.

50% du prix du travail du salarié payé au S.M.I.C. passe donc à la trappe de la « sécurité sociale » ou, mieux encore, de la "justice sociale" alors qu'à l'origine de l'organisation, moins de 20% y passaient, ce qui était déjà beaucoup.

Mais tout cela, c'est ce qu'on voit.

Qu'est-ce qu'on ne voit pas ?

Qu'à cette trappe de la justice sociale, passent aussi 100% du prix du travail de ceux qui, tout simplement, offrent leur travail et n'en trouvent pas à cause de la réglementation anti économique - car arbitraire - qui consiste à fixer un minimum au prix du travail et qui a pour effet de les exclure du marché du travail.  Eux ne reçoivent donc rien !

On ne voit pas non plus que la floraison actuelle des "marchés noirs" dans de nombreux domaines d'échanges - légaux ou ... illégaux - a pour cause cette réglementation.


La tendance va-t-elle s'accentuer encore ? Où s'arrêtera-t-elle ?
J'ai mon idée sur la question et je l'ai exposée en particulier dans l'ouvrage intitulé La sécurité sociale et comment s'en sortir
et à l'occasion des textes de la rubrique "économie appliquée de l'organisation de la sécurité sociale" de ce blog.


Sacrée sécurité sociale vraiment, triste soixantième anniversaire.



Addendum audio.


Pour plus d'informations sur le sujet, vous pouvez écouter :

La machine à exclure. (Lumière 101 du 10 février 2010) ;

Faut-il revenir sur le salaire minimum ? (R.F.I. du 10 février 2010).

Vers la suppression du salaire minimum national ? (Un monde libre, 16 février 2010).




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