A Paris, le 28 juin 2014.



"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" a dit le poète.
Mais économie politique sans règle de droit, sans justice naturelle, n'est que ruine de la connaissance.

Exemplaire est le phénomène économique de la période 1968-2014 où nous vivons aujourd'hui. 


1. Le dernier fait statistique en date.

En mai 2014, le nombre de demandeurs d'emploi, sans activité, a bondi de 24800 (+0,7%) pour atteindre un niveau record de 3388 millions en métropole, selon des données publiées jeudi 26 juin dernier par le ministère du Travail.

a) Près de 500.000 demandeurs en plus depuis 2012

Depuis l'élection de François Hollande en mai 2012, près d'un demi-million de nouveaux demandeurs d'emploi sans activité ont poussé la porte de "Pôle emploi". La dernière baisse remontait à octobre 2013.

En mai, aucune catégorie n'échappe à la flambée de ce qu'on dénomme "chômage" : elle atteint +0,4% pour les moins de 25 ans, sur qui se concentrent les efforts du gouvernement (emplois d'avenir, contrat de génération).
Leur nombre reste toutefois en baisse de 3,1% sur un an.

Ce sont toujours les plus de 50 ans qui paient le plus lourd tribut: +0,8% en mai et +11,5% sur un an, une véritable explosion.

Signe de l'ignorance des hommes de l'Etat sur le phénomène et des caractéristiques du phénomène, le nombre de chômeurs de longue durée atteint lui aussi des niveaux historiques:
2,13 millions de personnes pointent à "Pôle emploi" depuis plus d'un an (+0,8% sur un mois, +10,3% sur un an).
Parmi eux, plus de 636.000 sont même inscrits depuis plus de trois ans (+1,8% sur un mois, +17,7% sur un an).

b) Fins de CDD, premier motif d'inscription.

Les fins de contrats à durée déterminée (C.D.D.) restent le premier motif d'inscription à "Pôle emploi", dans près d'un quart des cas.

Parmi les faits notables dans les statistiques de mai, une baisse des radiations administratives de près de 10%.

"Les efforts que le gouvernement continue de déployer doivent permettre d'endiguer cette progression au second semestre 2014", promet le ministère du Travail.

Le gouvernement a lancé lundi un plan pour l'emploi des seniors, qui prévoit de doubler les aides du contrat de génération, de renforcer le suivi des plus de 50 ans par Pôle emploi ou encore de développer l'alternance.
Il compte aussi sur la conférence sociale pour l'emploi des 7 et 8 juillet 2014 pour "donner corps aux engagements souscrits dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité", dont il espère jusqu'à 500 000 emplois à l'horizon 2017.

Le rapporteur général du Budget à l'Assemblée, Valérie Rabault, estime que le pacte pourrait créer, au mieux, 190 000 emplois d'ici à la fin du quinquennat.

c) Réactions politiques et syndicales.

Face aux chiffres de mai, François Fillon, ancien Premier ministre UMP, a dénoncé "la rançon d'une stratégie économique et fiscale qui a écrasé tous les ressorts de la croissance".

Pour le FN, ils "illustrent l'échec continue de la politique économique d'inspiration européenne".

Côté syndicats, la CGT a évoqué une "urgence sociale", dénonçant les "30 milliards d'euros accordés aux entreprises sans contrepartie pour les salariés".

La CFDT a appelé à "redoubler d'efforts pour l'emploi" face à des chiffres "alarmants", se réjouissant toutefois de l'agrément jeudi de la nouvelle convention chômage, qui offre "des droits nouveaux".

Pour Jean-Claude Mailly, numéro un de FO, le gouvernement devrait se demander s'il ne fait pas "fausse route" en maintenant "sa logique économique d'austérité".

Échaudé par l'échec de "l'inversion de la courbe" promise par le chef de l'Etat pour fin 2013, le ministre du Travail, François Rebsamen, se montre "très prudent".
Alors que le taux de chômage était de 9,7% en métropole au premier trimestre, il a dit espérer une "stabilisation" cette année sous le seuil des 10%. "Un objectif limité", a-t-il reconnu jeudi matin.


2. Les faits statistiques de la période récente 2003-2014.

Les remarques précédentes ne sont jamais que la dernière donnée statistique sur un phénomène économique récent qui, à ma connaissance, n'a pas intéressé jusqu'à présent et qui devrait intéresser chacun dès lors qu'il connaît le graphique 1 ci-dessous.

                                               Graphique 1

                             Taux de chômage selon le B.I.T.
                                                2003-2014



Source : B.I.T. pour Bureau international du travail.
http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=14&date=20140605

Le graphique fait apparaître dans la période 2003-2014:
- une tendance continue de l'augmentation du taux de chômage en France, de 2003 jusqu'à aujourd'hui, et
- deux "chutes" ponctuelles dans l'intervalle ...

Les chutes.

Le savant économiste devrait se préoccuper de ces chutes qui font voir, chacune, deux mouvements de sens contraire et successifs, d'abord une baisse, puis une hausse mais, chaque fois, plus forte que la baisse en valeur absolue.

La première chute de la période (2006-2008) - de Premier ministre, Villepin, puis Fillon - est beaucoup plus impressionnante que la seconde (2009-2011) - Fillon seul Premier ministre -.

On peut penser que la première cache une cause elle-même beaucoup plus significative que celle qui a occasionné la seconde.


3. Les faits de la période 1968-2010.

Une façon de faire apparaître la tendance statistique ... à long terme est de faire intervenir l'évolution du taux de chômage depuis 1968 (cf. graphique ci-dessous).

                                              Graphique 2

                                   Taux de chômage par âge
                                              1968-2010


Source : mensuel jusqu'en 09/2006, puis trimestriel, France CVS.
http://france-inflation.com/graph_chomage.php

La tendance statistique n'est pas celle que beaucoup croît...

On peut constater d'après le graphique 2 que, de 1968 à 1984, il y a eu une augmentation importante continue du taux de chômage en France, de près de 1% à 10%.

A partir de cette année 1984, il y a eu alors une stabilisation autour d'une tendance horizontale élevée, "stable" comme diront certains, jusqu'à aujourd'hui inclus, ponctuée de baisses et de hausses successives autour de la tendance, pour toutes les diverses catégories d'âge.

Schématiquement, la hausse a correspondu, à partir de 1974, au "libéralisme avancé" de Valéry Giscard, puis au "socialo communisme" de François Mitterrand, les deux présidents de la république qui se sont succédé, et la stabilisation à l'absence d'idées de ce dernier et de ses successeurs voués, semble-t-il, au principe "ne pas faire de vague"... (cf. ce texte d'octobre 2005).


4. La prétendue explication proposée.

Selon des économistes (d'après le mensuel Challenges), un minimum de 1,5% est nécessaire pour faire baisser le chômage.
D'où sort ce propos? Personne ne le sait...

Et ils mélangent explication et prévision.

Les chiffres de mai "valident la faible croissance.
L'inflexion de la courbe du chômage, ce ne sera pas pour 2014", selon Philippe Waechter, de Natixis.

Pour Eric Heyer, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (O.F.C.E.), "il y a des sureffectifs dans les entreprises, une croissance faible, et même si elle repartait, il faudrait attendre trois trimestres pour avoir un impact sur l'emploi".

L'I.N.S.E.E. a prévu, pour sa part, mardi dernier 24 juin 2014, une légère hausse du chômage (+0,1 point) d'ici à fin 2014: il table sur seulement 0,7% là où l'exécutif espère 1%.


5. La cavalcade réglementaire méconnue.

Les économistes interrogés confondent leur imagination et la réalité.

Aucun n'évoque les alternances récentes, ni a fortiori la forte hausse de 1968-1984 suivie par la stabilité élevée heurtée qui sont d'abord les fruits des réglementations absurdes qui ont vu le jour comme en témoigne l'augmentation considérable du nombre de pages du Code du travail ou de celui du Code général des impôts (cf. ce texte de mars 2014).


6. Retour à l'évolution statistique de la période 2006-2008.

D'après le graphique 1, il apparaît qu'en termes généraux, le taux de chômage est tombé de 9% à 7% de 2006 à 2008, période où la France a changé de président de la république en 2007 et est passé de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy.

Cette véritable chute n'est évoquée par personne.
Pourtant, son écart à la tendance statistique longue aurait dû susciter les études des "experts" et autres universitaires.
Les causes de la chute sont a fortiori mises de côté par les mêmes.

Pourquoi ce mutisme?

Ce mutisme cache l'ignorance des prétendus économistes en vogue depuis au moins la décennie 1930 (cf. ce texte de juin 2007).

Jacques Rueff n'hésitait pas écrire:

«Vouloir lutter contre l'inflation, sans connaître le mécanisme de la régulation monétaire, c'est partir sans savoir où l'on veut aller et surtout en ignorant les moyens d'y parvenir.»

On ne saurait mieux dire des propos des "experts" et autres universitaires englués, non plus dans le phénomène économique dénommé "inflation", mais dans celui dénommé "chômage" (cf. ce texte d'avril 2006).
Qu'ils apprennent à connaître l'économie politique.




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