Texte écrit pour la réunion du Séminaire de théorie économique Jean-Baptiste Say, le 1er décembre 1999, à l'Université Paris IX Dauphine.






Je tiens à remercier tous les membres du séminaire pour leurs commentaires, et plus particulièrement, le Professeur Pascal Salin.


Résumé

Dans un article publié dans le Bulletin de la Banque de France (n°70, octobre 1999), Serge Lanskoy se pose la question de savoir "si le nouveau moyen de paiement qu'est la « monnaie électronique » présente les caractéristiques d’une nouvelle forme juridique de monnaie".

Sa réponse est très claire : la « monnaie » électronique n’est pas une nouvelle forme juridique de monnaie, elle est seulement un nouveau titre de créance.

Pour parvenir à ce résultat, M. Lanskoy se fonde sur la tradition qui consiste à distinguer trois stades d’évolution de la monnaie : la monnaie métallique, or ou argent, la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale.

Mais, des traditions autres existent.

Il y a, en particulier, celle des économistes de l'Ecole dite "autrichienne" (et, parmi eux, Karl Menger et Ludwig von Mises) selon laquelle la monnaie est un pouvoir d'achat généralisé circulant dans un espace donné limité.

Sur la base de cette dernière tradition, on ne peut que souligner que la monnaie a, de facto, deux composantes intimement liées :
- une composante "forme du pouvoir d'achat généralisé (noté PAG)" (en abrégé composante "forme") et
- une composante "espace de circulation de la forme du PAG" (en abrégé composante "espace").

Parallèlement, on ne peut que remarquer que, depuis toujours et jusqu'à récemment, la composante "forme" a été matérialisée, la matière variant selon les lieux et les époques.
Pour sa part, la composante "espace" n'a jamais été matérielle : son existence a toujours tenu, de jure, dans le périmètre des frontières nationales à l'intérieur duquel le législateur national avaient ses compétences et les personnes leurs droits et obligations.

Mais, de facto, le périmètre a pu varier, à l'occasion, selon les époques (par exemple, cas des eurodollars, de la zone franc, de la zone dollar aujourd'hui, etc.)

En conséquence de ces faits, je dirai que, depuis toujours et jusqu'à récemment, la monnaie a été, en partie seulement, matérielle et, à ce titre, "incomplète".

A l'heure actuelle, un changement est en cours.
La matérialité de la composante "forme" se complexifie et devient une suite de chiffres "0" et "1" inscrits, par exemple, sur la puce d'une carte plastique ou sur un disque dur d'un ordinateur bancaire.
Quant à la composante "espace", elle tend à se matérialiser, à prendre des formes matérielles, celles de réseaux d'ordinateurs interconnectés volontairement par des personnes par l'intermédiaire de lignes téléphoniques, de câbles ou d'ondes hertziennes et de logiciels.

Etant donnée cette tendance, je dirai que la monnaie est en voie de devenir complètement matérielle, de devenir "complète" et, en définitive, d'atteindre son unité. En d'autres termes, la mise en perspective des différentes générations de "monnaie" électronique qui ont déjà vu le jour et sa prolongation laissent augurer ce résultat.

C'est ainsi que, de la tradition de l'économie autrichienne et de la tendance qu'elle permet de cerner, on peut déduire une réponse à la question que se pose M. Lanskoy, différente de celle qu'il donne.
La réponse est la suivante : le temps n'est plus loin désormais où "la monnaie électronique" donnera à la monnaie son unité et, à ce titre, sera devenue une monnaie nouvelle.


Introduction.

Dans un article récent , Serge Lanskoy se pose la question de savoir si le nouveau moyen de paiement qu'est la « monnaie électronique » présente les caractéristiques d’une nouvelle forme juridique de monnaie. Et avant de déterminer s’il en est bien ainsi, il rappelle les éléments caractéristiques de la monnaie et les raisons qui ont conduit à qualifier de « monnaie » les billets de banque ou la monnaie scripturale.

Se fondant alors sur la tradition qui consiste à distinguer trois stades d’évolution de la monnaie : la monnaie métallique, or ou argent, la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale, il se pose la question de savoir si le nouveau moyen de paiement qu’est la monnaie électronique constitue une nouvelle forme juridique de monnaie, ou bien s’avère n’être en fait qu’une autre manière de gérer de la monnaie scripturale.

Sa réponse est très claire : la « monnaie » électronique n’est pas une nouvelle forme juridique de monnaie. Si la monnaie électronique était une nouvelle forme juridique de monnaie, elle devrait réunir les trois fonctions de celle-ci.
Elle devrait être une unité de compte, être utilisée comme moyen de paiement, et s’incorporer dans un instrument monétaire, ce qui n'est pas le cas. Et tout cela, même si

"certains estiment que dans ces systèmes la monnaie électronique serait une vraie monnaie, car les utilisateurs la considéreraient comme ayant une valeur propre. Or, même si ces titres circulent plusieurs fois, ils ne représenteront toujours qu’une créance sur l’émetteur. De plus, en raison des risques de fraude ou de contrefaçon, les émetteurs devront comparer en permanence le montant d’unités électroniques présent dans le système au montant émis. Cela supposera de faire remonter les unités électroniques régulièrement vers l’émetteur. La monnaie électronique n’est pas prête à circuler dans un système parfaitement hermétique, complètement autonome par rapport au système de paiement en monnaie scripturale ou fiduciaire." (ibid., p.57)

Selon M. Lanskoy, la « monnaie » électronique est seulement un nouveau titre de créance. Cette créance circule de support en support (de PME en PME) jusqu’au moment où elle est convertie chez l’émetteur.

"Les unités électroniques remplissent, semble-t-il, une double fonction : celle de faire constater un droit vis-à-vis de l’émetteur et celle d’apporter la preuve que le porteur du PME sur lequel sont enregistrées les unités électroniques est bien le titulaire de la créance. Les unités électroniques sont donc plus que de simples créances et l’on doit préférer à leur égard la qualification de titres au porteur, que la doctrine s’accorde à appeler dorénavant titres anonymes par opposition aux titres nominatifs. Les unités électroniques présentent, en effet, toutes les caractéristiques de titres anonymes incorporés dans un support électronique, dont la circulation réalise un paiement libératoire." (ibid.)

Mais des traditions autres que celle choisie par M. Lanskoy existent.
Il y a, en particulier, celle des économistes de l'Ecole dite autrichienne (et, parmi eux, Karl Menger et Ludwig von Mises) qui se sont interrogés sur l'émergence de la monnaie dans l'histoire.
Comme les lignes qui suivent vont le montrer, si on l'adopte, on arrive à un résultat un peu différent.

Depuis plus d'un siècle, on peut tirer sur un compte de dépôt à vue qu'on possède chez un banquier de différentes façons (chèque, virement, etc.) et chaque façon fait intervenir des règles juridiques et techniques particulières . Ces temps derniers, les façons se sont multipliées et les règles techniques qui faisaient intervenir jusque alors, principalement, le papier, se trouvent désormais en balance avec des règles techniques faisant intervenir, entre autres, le plastique et l'électronique .

Pour sa part, le législateur a édicté depuis quelques années la dématérialisation de maints titres juridiques en papier et il s'intéresse actuellement à la question de la preuve juridique dans le cas où le support papier est absent. En d'autres termes, il a abrogé certaines règles juridiques en conséquence des progrès techniques réalisés et les a remplacées par d'autres, en harmonie… dans le meilleur des cas, ou bien il tente qu'il en soit ainsi.

Cette évolution n'est pas pour surprendre l'économiste familier de l'Ecole autrichienne. Il l'expliquera par la concurrence et le souci qu'ont les banquiers de réduire toujours et encore le coût de la technique qu'ils emploient depuis que les législateurs nationaux ont décrété, au XXè siècle, l'inconvertibilité de leur monnaies nationales respectives. Et, parfois, le législateur ratifie la réussite dans le domaine.

Mais la banque est postérieure à la monnaie et la monnaie n'a pas toujours existé, dira-t-on.
Qu'à cela ne tienne. L'apparition de la monnaie s'explique elle aussi par la réduction de coûts comme le démontrent des économistes de l'Ecole économique dénommée "Ecole autrichienne", par exemple Menger (1892) ou von Mises (1949).

Très schématiquement, l'explication consiste à dire que la monnaie a été, initialement, une marchandise qu'ont sélectionnée les individus comme moyen d'échange. Elle leur a permis de réduire les coûts des échanges de marchandises qu'ils effectuaient entre eux directement, de diminuer les "coûts de transaction" et les "coûts d'information", espèce de gaspillage que supportent les personnes quand seul le troc existe et qu'elles ne peuvent que chercher à réduire .

Puis les banquiers sont apparus, se sont moulés dans la tendance de la réduction des coûts et l'ont prolongée avec efficacité.

Aujourd'hui, la monnaie a des formes plus subtiles que la marchandise d'hier toujours
"[…] un bien concret utile en lui-même et représentant donc un pouvoir d'achat bien réel"(Salin, 1990, p.51).
Après être devenue aussi, un temps, grâce aux banquiers, des biens, non plus utiles en eux-mêmes - monnaie papier -, mais représentant toujours un pouvoir d'achat étant donné leur convertibilité dans le bien concret (or ou argent), elle a fini au XXè siècle sous la forme de monnaie papier, inconvertible, mais devant toujours représenter un pouvoir d'achat. Très exactement, elle a fini sous forme de papier codant des informations aux termes desquelles le papier représentait un pouvoir d'achat de la personne qui le détenait. On dira que le codage des informations était analogique et la monnaie elle -même analogique. De fait, la valeur donnée à la monnaie est devenue la valeur donnée aux informations que sa forme matérielle comporte …

Depuis quelques années, un nouveau type de codage de l'information est apparu : le codage numérique, un codage en chiffres "0" et "1".
Il n'implique plus nécessairement le papier comme support, mais par exemple, une puce de carte plastique ou un disque dur d'ordinateur. En conséquence, le codage numérique a suscité une forme matérielle possible de la monnaie autre que le papier, la monnaie numérique. Et, de fait, la valeur donnée à la monnaie reste la valeur donnée aux informations que sa forme matérielle comporte.

La monnaie analogique et la monnaie numérique existent ainsi, l'une comme l'autre, en quantité stockée. C'est un autre point commun qu'elles présentent.
La monnaie analogique est stockée dans des porte-monnaie, dans des coffres ou sur des registres en papier, la monnaie numérique l'est sur des puces de cartes plastiques ou sur des disques durs d'ordinateurs bancaires.

Mais les formes matérielles ne doivent pas cacher le fond de la monnaie qui est d'être un pouvoir d'achat susceptible de circuler dans un espace donné, limité .
La monnaie analogique circule manuellement, passe de mains en mains, le cas échéant, par l'intermédiaire du courrier. Mais tout commence chez un banquier et se termine chez un banquier. La monnaie numérique ne circule pas manuellement, mais électroniquement, - et le cas échéant automatiquement - par l'intermédiaire d'ordinateurs interconnectés ou de cartes à puce lues par des lecteurs. Si, aujourd'hui, tout commence encore et tout finit encore chez un banquier, la situation est en voie d'évoluer.

Ce dernier point, en général négligé sauf rares exceptions (par exemple, Salin, 1990), est essentiel si on veut répondre à la question de l'évolution en cours de la monnaie : s'inscrit-elle dans la tendance passée qui a vu les banquiers devenir omniprésents ou bien traduit-elle une bifurcation qui pourrait laisser présager, à terme, la disparition des banquiers et l'apparition d'une monnaie nouvelle?

Nous allons voir que l'évolution technique actuelle recouvre deux phénomènes distincts : l'un est l'apparition de nouvelles formes de monnaie observables et l'autre, l'apparition d'éléments d'une monnaie complète, et, à ce titre, nouvelle, dont l'observation peut être difficile aujourd'hui si on ne prend pas des précautions .

Nous allons montrer que, de la même façon qu'hier, la pièce de métal a caché que la monnaie pût avoir d'autres formes (coupures de billet en papier, compte de dépôt à vue chez un banquier), de même, jusqu'à ces dernières années, le compte bancaire a caché qu'il n'était qu'une forme de dépôt de monnaie, qu'une quantité de monnaie, qu'une forme de "porte-monnaie" parmi d'autres … qui ne manqueraient pas d'émerger du fait de la réduction de l'ignorance grâce à la concurrence. Et désormais, à cause des progrès techniques réalisés, il se trouve en balance avec la carte à puce "porte-monnaie convertible ou non", voire avec le disque dur de l'ordinateur personnel en passe de devenir lui-même "porte-monnaie" (cf. §1).

Nous montrerons aussi que, de la même façon qu'hier, le pouvoir d'achat qu'est la monnaie a reçu une forme matérielle, de même, aujourd'hui, l'espace où le pouvoir d'achat est susceptible de circuler, qu'est donc aussi la monnaie, reçoit une forme matérielle, insoupçonnable hier. Cette matérialisation de l'espace permise par les progrès techniques accomplis est essentielle à cerner pour définir, d'une part, les différentes générations de monnaie "électronique" et, d'autre part, en quoi elles rompent petit à petit avec la monnaie traditionnelle, rétrospectivement "non électronique" ou encore "analogique". Bien plus, on doit l'utiliser si on veut comprendre pourquoi la "monnaie électronique pure" pourrait s'imposer à terme comme monnaie nouvelle : elle sera la première monnaie de l'histoire à être complète (cf. §2).


1. Déjà trois générations de monnaie électronique (cf. tableau ci-dessous, mais non repris dans cette version internet).

Considérons la façon de tirer sur un compte de dépôt à vue chez un banquier qui fait intervenir la "carte plastique" (technique apparue dans la décennie 1960). La carte plastique, à bande magnétique ou à puce, est possédée par le titulaire du compte. Elle lui permet de le débiter au profit d'un commerçant pour effectuer le paiement de son achat de bien.
Au lieu d'écrire sur un chèque la somme dont son compte sera débité au profit du commerçant, le titulaire du compte confie sa carte au commerçant qui la fait lire par un appareil dénommé "lecteur", le commerçant tape la somme convenue sur le clavier du lecteur, lequel permettra de faire débiter le compte (via un réseau matériel de communication constitué, d'une part, par des lignes téléphoniques ou des câbles et, d'autre part, par des comptes bancaires), tout cela sans écriture ni papier. Je considérerai que tirer sur un compte de dépôt à vue bancaire au moyen de la carte plastique, à piste magnétique ou à puce, est la première génération de la monnaie électronique (notée monnaie "1G").
C'est un critère technique, à savoir toute l'infrastructure, toute la machinerie en partie électronique, que nécessite l'action, qui justifie la définition.
On peut préciser que, quand il s'agit d'une carte à piste magnétique, on a affaire avec la forme "1G1" et, quand il s'agit d'une carte à puce, on a affaire avec la forme "1G2".

1.A. La monnaie électronique de deuxième génération (monnaie "2G").

Bien que la carte à puce (apparue dans la décennie 1980) soit plus récente que la carte à piste magnétique (apparue dans la décennie 1970), elle a déjà beaucoup évolué.
Désormais, elle n'est plus uniquement une façon de tirer sur un compte de dépôt à vue bancaire. Quand elle ne l'est pas, elle est le produit d'autres règles techniques qui la transfigurent et sur lesquelles les règles légales en vigueur n'ont plus toujours prises ou sont en porte-à-faux. Elle cache de la monnaie "numérique" et donne naissance à une deuxième génération de monnaie électronique (notée monnaie "2G") :
"The idea of digital money is simple enough : instead of storing value on paper, find a way to wrap it in a string of digits that's more portable and (most important) smarter than its paper counterpart. […]
Because digital cash is endlessly mutable, you can control it much more precisely than paper money". " (White, 1996)

a) La carte à puce "porte-monnaie".

Résultat de l'application d'un premier ensemble de règles techniques, la puce de la carte peut contenir, selon les termes qu'on préfère utiliser, des "signes informatiques", des "signes numériques" ou encore des "unités électroniques" correspondant aux unités de monnaie.
En toute rigueur, elle contient des informations codées numériquement et décodables sur le pouvoir d'achat. Sur métal (pièce) ou sur papier (coupure de billet, chèque, virement, etc.), on dira que les informations sont codées analogiquement. Mais cette différence n'est pas essentielle si l'on en croît certain :
"It doesn't really matter whether the digits on the bank's balance sheet are displayed in ink or in pixels" (ibid.) Quand tel est le cas, la carte à puce n'est plus un moyen de tirer sur un compte de dépôt à vue bancaire, mais le dépôt lui-même, à savoir un dépôt "non bancaire", une quantité de monnaie numérique . Et il est à souligner que le dépôt en question est "transportable" d'un point à un autre dans l'espace et susceptible d'être déchargé par l'intermédiaire d'un lecteur de carte et d'une machinerie complexe (et, à ce titre, son contenu est "transférable électroniquement" à autrui).

Résultat de l'application d'un second ensemble de règles techniques, la puce peut parfois être rechargée après qu'elle a été déchargée. Elle est alors rechargée à partir d'un compte en mémoire sur le disque dur de l'ordinateur situé chez le banquier.

En raison de ces règles techniques, je considérerai que la carte à puce est à cheval ou, si on préfère, fait le trait d'union entre la monnaie "1G" et la monnaie "2G" à laquelle elle donne en définitive naissance :
- en tant que simple carte plastique, elle va de pair avec, schématiquement, l'électronique de la monnaie "1G" ;
- en tant que carte porte-monnaie, elle donne, de facto, naissance à la monnaie "2G", soit à sa première forme quand elle est seulement déchargeable (monnaie "2G1"), soit à sa deuxième forme quand elle est aussi rechargeable (monnaie "2G2").
Et au lieu de considérer le compte de dépôt à vue situé chez un banquier comme une forme de monnaie à lui tout seul, comme une forme fondamentale de monnaie à l'égal de la coupure de billet en papier ou de la pièce en métal, j'admettrai qu'il n'est qu'une forme de dépôt, une quantité de monnaie désormais en balance avec le dépôt "non bancaire" qu'est la carte à puce "porte-monnaie".

b) La carte prépayée : une carte à puce "porte-monnaie" convertible.
Il reste que, dans certains cas, la carte à puce "porte-monnaie" est finalisée par l'achat possible d'un bien donné (carte mono prestataire) ou de plusieurs (carte multi prestataire) chez des commerçants donnés. C'est la carte prépayée (apparue dans la décennie 1980).
Elle est achetée "pleine", à un prix en monnaie, à l'ensemble que forment les commerçants en jeu pour pouvoir acheter leurs biens, des biens eux-mêmes à prix en monnaie.
Elle sera déchargée sur le lecteur de carte du commerçant qui vend tel ou tel bien.
Selon nous, la carte à puce ainsi finalisée définit une troisième forme de monnaie électronique de deuxième génération (monnaie "2G3") car elle n'a pas une seule utilisation possible (comme les monnaies "2G1" et "2G2"), mais deux.

L'autre utilisation saute aux yeux si on n'est pas aveuglé par la technique, si on est sensible à l'action humaine et si on ne néglige pas les préférences des détenteurs de monnaie.
Plutôt que de la décharger, un détenteur pourra préférer utiliser en paiement la carte elle-même. Il l'a achetée 50 francs (pour pouvoir acheter 50 francs de biens ciblés), mais il choisit de l'utiliser en paiement pour acheter 50 francs d'autres choses comme il le ferait, par exemple, avec une coupure de billet de 50 francs. De son côté, la personne qui l'acceptera saura qu'elle pourra, à son tour, l'utiliser en paiement d'un achat de biens quelconques ou pour acheter les 50 francs de biens ciblés.

On en revient ainsi au principe de la pièce d'or ou d'argent et au choix qu'elle offrait à son détenteur : la fondre ou ne pas la fondre (et si la fondre était interdit, la "thésauriser" ne l'était pas) . On en revient au principe de la convertibilité des substituts de monnaie des banques, à taux fixe et à vue .

Ainsi, étant données les préférences des détenteurs de monnaie, tout se passera comme si l'ensemble des commerçants avait émis pour 50 francs de monnaie convertible en les marchandises convenues. En d'autres termes, la carte prépayée est potentiellement une carte à puce "porte-monnaie convertible".

Plus généralement, tout ensemble de commerçants (de biens non financiers ou financiers) pourrait proposer une carte multi prestataire. Tout détenteur de cette carte aurait le choix entre l'utiliser en paiement des biens ciblés (financiers ou non financiers) ou comme l'homologue de la coupure de billet ou du chèque de même valeur faciale, en paiement d'autres biens.
Bien évidemment, on dira que les détenteurs de monnaie ne peuvent avoir la préférence évoquée, parce que le législateur l'interdit. Dans ce cas, on suppose en fait, implicitement, qu'ils ont seulement une "préférence pour le respect de la légalité". Il n'empêche que la monnaie "2G3" est une forme de monnaie électronique convertible potentielle.

c) la carte à puce "porte-monnaie" convertible rechargeable.
Dans d'autres cas, la carte à puce est toujours un dépôt finalisé déchargeable, mais elle peut aussi être (re)chargée.

Dans l'absolu, chaque détenteur de carte peut (re)charger la puce non seulement contre monnaie versée aux commerçants (il verse le prix en monnaie), mais encore contre d'autres cartes à puce prépayées et, par conséquent, non utilisées pour leur cible de biens. Il fait cela en fonction de ses préférences.

Là encore, bien évidemment, on dira que les détenteurs de monnaie ne peuvent pas exprimer leur préférence, que le législateur interdit de telles actions. Il n'empêche que la carte à puce finalisée rechargeable (avec tout ce qui va de pair), la monnaie "2G4", est une carte à puce "porte-monnaie" convertible potentielle.

Bien plus, selon nous, c'est cette monnaie "2G4" qui, pour des raisons techniques, ouvre la voie à la monnaie électronique de troisième génération (monnaie "3G") et, en particulier, à la monnaie "3G pure".

1.B. La monnaie électronique de troisième génération (monnaie "3G")

Les quatre formes précédentes de la monnaie "2G" ont en commun une relation, plus ou moins complexe, qu'ont établie entre eux, le particulier et la banque ou le commerçant et qui respectent des règles techniques et juridiques précises.

Autre point commun : les puces des cartes sont toujours chargeables à partir des seuls comptes bancaires (à l'exception possible de la monnaie "2G4"), c'est-à-dire à partir des disques durs des ordinateurs situés chez les banquiers, étant donné, d'un côté, les interdictions édictées par le législateur et, de l'autre, les "préférences pour le respect de la légalité" supposées implicitement caractériser les détenteurs de monnaie.

Mais ces points communs ne sauraient être des fins ultimes, sans lendemain.

a) Du "paiement de gros" au "paiement de détail".

Primo, il est à souligner que, dès à présent, les banques ont toute possibilité de faire circuler entre elles des fonds de montants élevés, c'est-à-dire des quantités de monnaie importantes, ce qui revient, pour les unes, à des déchargements du disque dur de leur ordinateur "porte-monnaie virtuel" et, pour les autres, à des chargements des leurs .

Il y a aussi des paiements de factures de montants élevés, les "paiements de gros", par les grandes entreprises qui donnent lieu à débit de leur compte bancaire en mémoire sur le disque dur de l'ordinateur de leur banquier et crédit d'un compte bancaire autre, tout cela électroniquement . On aura tendance à voir apparaître dans ces échanges monétaires interbancaires une première forme de la monnaie électronique de troisième génération (monnaie "3G1") .
Si les petits paiements, les "paiements de détail", n'ont été que peu concernés jusqu'à ces dernières années, c'est parce que le particulier n'était pas informaticien ou que le coût de l'informatisation qu'il aurait du supporter était très élevé. Ainsi aux Etats-Unis :
"Although the ACH has allowed the automation of some important types of payments, it has never been widely used by consumers." (Greenspan, op.cit., p. 8)

b) Le disque dur de l'ordinateur personnel : le "porte-monnaie virtuel".

Secundo, si la carte à puce a beaucoup évolué, l'ordinateur personnel a lui aussi beaucoup évolué. Ses capacités ont été multipliées par des chiffres impressionnants tandis que son prix en monnaie était divisé par des chiffres sinon du même ordre, du moins d'un ordre élevé.
Et il est devenu portable.
Désormais, avec les progrès réalisés en matière informatique (simplification de l'utilisation de l'ordinateur personnel, voire portabilité de ce dernier) ou en matière de télécommunication (téléphone portable) et la baisse du prix des ordinateurs, n'importe qui ou presque peut posséder un ordinateur personnel et savoir l'utiliser, en particulier, comme l'utilisent les banquiers :
En conséquence, pourquoi continuer à enfermer les "signes informatiques", les "unités électroniques" dans la puce d'une carte plastique plutôt que dans une zone du disque dur de l'ordinateur personnel ? Pourquoi, si nécessaire, ne pas recharger la carte à puce "porte-monnaie" à partir du disque dur de l'ordinateur personnel (quand l'ordinateur n'est pas portable) ? Pour charger le disque dur de l'ordinateur personnel, il suffit de connecter l'ordinateur à l'ordinateur du banquier chez qui on a un compte bancaire ; pour le décharger, il suffit de le connecter à l'ordinateur du commerçant à qui on achète un bien ou à celui de la banque.
En conséquence, le disque dur devient "porte-monnaie virtuel" personnel, et peut être utilisé à des fins de paiements ou pour recharger sa carte à puce "porte-monnaie".
Et ainsi apparaissent la deuxième forme possible de la monnaie "3G" qui correspond au "porte-monnaie virtuel" non convertible (monnaie "3G2"), et la troisième forme qui correspond au cas de la convertibilité (monnaie "3G3"), si on laisse de côté la quatrième en relation avec l'ordinateur portable (monnaie "3G4").


2. La monnaie électronique, une monnaie complète.

La monnaie électronique est donc constituée dès à présent par un ensemble de trois générations qui sont apparues successivement et qui coexistent, même si, il faut le reconnaître, il y a peu d'atomes crochus entre la première et la troisième.

La carte à puce "porte-monnaie", la carte à puce prépayée (de fait, carte à puce "porte-monnaie convertible") ou le disque dur "porte-monnaie (convertible ou non)" de l'ordinateur personnel, ne sont jamais, chacun, que des formes nouvelles de monnaie à juxtaposer à la forme qu'est le compte de dépôt à vue bancaire sur lequel on tire par chèque ou par d'autres instruments (cartes plastiques incluses), les unes et les autres matérialisant le pouvoir d'achat, attendu avec incertitude et reconnu, qu'est la monnaie.

2.A. La matérialisation de l'aire de circulation du pouvoir d'achat généralisé.

Mais les formes matérielles ne sauraient faire oublier le fond, à savoir que la monnaie est aussi ce pouvoir dans un espace donné, limité, celui où il peut circuler (cf. Salin, op.cit., pp.111-113 par exemple).

Or, il convient de remarquer que, dès à présent, la monnaie "2G" est un pouvoir d'achat matérialisé qui circule déjà dans un espace lui-même matérialisé par des infrastructures et des machineries plus ou moins complexes Et les frontières possibles de l'espace ne sont plus les frontières nationales à l'intérieur desquelles s'exerce le pouvoir de la puissance publique ou des autorités monétaires. D'ailleurs, l'espace n'a plus, en réalité, de frontières nationales, mais une aire à cheval sur les frontières nationales d'un ou plusieurs pays. Et de toutes les façons, peu importe le périmètre, c'est la surface qui compte.

En raison de cette caractéristique, la monnaie "2G" se distingue de la monnaie électronique de première génération (monnaie "1G") et de toutes les autres formes de la monnaie "non électronique", "analogique".
Elle ne se situe pas dans leur prolongement. Elle est une bifurcation qui laisse présager, d'une part, qu'on pourrait atteindre une monnaie qui aurait la complétude que lui prête la théorie, à savoir un pouvoir d'achat circulant dans une aire donnée, limitée, l'un et l'autre étant matérialisés.
D'autre part, elle laisse présager que les banquiers n'auraient plus nécessairement le rôle central qu'ils ont acquis. Et la monnaie "3G" fait avancer dans la voie ouverte.
Analytiquement, étudier la monnaie suppose, en effet, de prêter attention non seulement au pouvoir d'achat qu'elle est, mais aussi à l'espace où il circule, et qu'elle est aussi. D'ailleurs :
"l'activité consistant à gérer la monnaie et à la faire circuler est logiquement distincte de l'activité consistant à la créer" (Salin, op.cit., p.111).

Le fait est que, dans le passé, les projecteurs ont été braqués sur le seul pouvoir d'achat et non sur son espace de circulation. Et jusqu'à présent, le processus de matérialisation du pouvoir d'achat et ses résultats avaient seuls retenus l'attention.
L'étude de l'espace de circulation avait été laissée de côté. Certes, R. Mundell (Prix Nobel de sciences économiques 1999), parmi d'autres économistes, s'est intéressé aux "zones monétaires" et, en particulier, aux "optimales" (Mundell, 1961). Mais il se plaçait dans une perspective de politique monétaire, il mettait l'accent sur les règles juridiques, légales, sur les accords entre autorités monétaires qui lui donneraient existence. A aucun moment, il n'a songé à examiner le processus de matérialisation possible de l'aire de circulation de la monnaie et ses résultats possibles. Le principe n'effleurait pas alors l'esprit de qui que ce soit.

Il reste que rien ne justifie ce choix sinon que le pouvoir d'achat avait reçu, initialement, une forme matérielle et que son espace de circulation n'en avait pas reçu et qu'il était jugé inconcevable qu'il en reçût un.

Aujourd'hui, la situation change sous la pression des événements, à savoir les progrès des techniques qui ont été appliqués à la monnaie et qui ont permis une certaine matérialisation de l'aire de circulation d'une monnaie.

Au cœur des préoccupations des individus (et en particulier des hommes de l'Etat), apparaît désormais l'aire matérielle où le pouvoir d'achat peut circuler. Et sont agités les problèmes de cryptage, de secret et de sécurité auxquelles elle donnerait lieu. Le pouvoir d'achat sous quelque forme que ce soit passe un peu au second plan. D'une certaine façon, l'aire matérielle le conditionne et tire son importance de cette influence, pour l'instant non maîtrisée.
Et en conséquence, ils en arrivent à prêter attention, plus ou moins inconsciemment, autant, sinon plus, au processus de matérialisation de l'espace de circulation du pouvoir d'achat (et à son résultat) qu'à celui du pouvoir d'achat lui-même (et à son résultat).

Aujourd'hui, la monnaie "3G" est donc le produit de l'application d'un ensemble de règles techniques qui consistent à :
- numériser les unités de monnaie inscrites en des comptes de dépôt à vue bancaires (le pouvoir d'achat est mis sous forme matérielle, celle de "bits d'information"),
- les inscrire sur des puces de cartes plastiques personnelles ou des disques durs d'ordinateurs personnels ou de banques ;
- relier entre eux, interconnecter les ordinateurs de banques (il en résulte des réseaux bancaires privés, des espaces monétaires clos, mais matériels),
- relier les ordinateurs des banques et les lecteurs de carte ou les ordinateurs personnels (il en résulte d'autres réseaux bancaires privés, d'autres espaces monétaires clos, mais matériels),
- faire circuler les unités de monnaie ainsi numérisés d'une puce ou d'un disque dur à un autre disque dur ou à une autre puce :
* soit à partir d'un ordre donné par un banquier,
* soit à partir d'un ordre donné par un titulaire de compte, c'est-à-dire un client autorisé par son banquier (mot de passe),
* la circulation étant toujours cryptée pour des raisons de sécurité et échappant ainsi techniquement au législateur.

2.B. La "monnaie électronique pure" (monnaie "3G pure")

Cela étant, il est possible de juxtaposer aux quatre formes citées de la monnaie "3G" une cinquième, la monnaie électronique "pure" (notée monnaie "3G pure").
D'une part, cette forme correspond toujours à un pouvoir d'achat mis sous forme matérielle (celle de bits d'information inscrits sur un espace d'un disque dur d'ordinateur), à un pouvoir d'achat dont l'aire de circulation, elle-même sous forme matérielle, sous forme d'un réseau spécifié d'ordinateurs en connexion, rassemble commerçants, banquiers ou non, et non commerçants. Elle résulte de l'application des règles techniques qui consistent à :
- détenir des unités de monnaie numérisées sur le disque dur de son ordinateur ", des bits d'information de Digicash, de Cybercash, de Cyberbuck ou de Wells Wallet (dont la quantité consiste toujours en une série de chiffres 0 et 1 et un logiciel),
- pouvoir interconnecter son ordinateur avec les ordinateurs de personnes "banquiers" mais aussi de "non banquiers" (il en résulte des réseaux privés, des aires monétaires closes, mais matérielles),
- faire circuler les unités de monnaie d'un disque dur à un autre disque dur en paiements ou en recettes :
* à partir d'un ordre qu'on donne (ce qui suppose un mot de passe, une technique de cryptage et un logiciel spécifiques),
* la circulation étant toujours cryptée pour des raisons de sécurité et échappant ainsi techniquement à l'œil du législateur.

D'autre part, elle ne figure plus nécessairement le résultat d'une relation particulière avec une banque, mais plutôt celui d'une relation particulière avec un "opérateur de réseau". La monnaie "3G pure" apparaîtra, de facto, le jour où les disques durs des ordinateurs personnels seront chargés à partir de sources qui pourront être autres que les disques durs des ordinateurs bancaires. Les raisons de ce choix se trouveront dans des coûts moins élevés des T.I.C. (acronyme officiel pour désigner les "techniques de télécommunication, informatique et communication") et des préférences mieux satisfaites des détenteurs de monnaie.

L'apparition effective suppose que les détenteurs de monnaie actuelle mettent en concurrence les banques avec les firmes a priori non bancaires qui se présenteront, une concurrence qui ne sera pas sans rappeler celle que les banquiers avaient instaurée il y a maintenant bien longtemps lorsqu'ils avaient mis en concurrence les ateliers monétaires en proposant comme services, entre autres, la convertibilité des substituts de monnaie qu'ils allaient créer, une convertibilité à taux fixe dans les marchandises monnaie des ateliers monétaires. Vraisemblablement, les firmes en question proposeront des services adaptés à la nouveauté, à commencer par celui de verser un taux d'intérêt aux détenteurs de leurs monnaie, tout se faisant en temps réel.

A cet égard, la monnaie "3G pure" a plusieurs sources de chargement imaginables. Au lieu d'être le disque dur de l'ordinateur situé nécessairement chez une banque, la source pourra être le disque dur de l'ordinateur situé chez :
- une firme industrielle ou commerciale (de la firme traditionnelle au "marché organisé" en passant par la firme de logiciels),
- une firme financière, un fonds d'investissement, un marché financier organisé,
- une firme d'assurance, et, pourquoi pas
- un simple particulier.

L'apparition effective de la monnaie "3G pure" suppose simultanément que les détenteurs de monnaie actuelle choisissent d'adhérer à un réseau. Ce pourra être un réseau bancaire d'une espèce différente de celle d'aujourd'hui ou un réseau purement non bancaire.

- Réseaux bancaires d'une autre espèce.
Les réseaux bancaires d'une autre espèce n'auraient plus, comme sources, les postes isolés du passif comptable des banques que sont les comptes bancaires des titulaires (particuliers ou entreprises). Les sources seraient ces postes en relation fixe soit avec un ou plusieurs postes de l'actif, soit avec les capitaux propres, la relation étant convenue, d'un commun accord, entre la banque et les titulaires de comptes. Ce serait de jure l'abandon des substituts bancaires, le retour, le cas échéant, aux substituts monétaires du passé (d'avant l'interdiction légale de la convertibilité), mais le retour, à coup sûr, à une "vraie monnaie", à un pouvoir d'achat généralisé constant.

S'agissant, par exemple, du service de la convertibilité, il peut aller du retour au passé avec la convertibilité en bien "or" à l'avenir avec la convertibilité en des biens aussi divers que les "contrats de futures" échangeables sur tel ou tel marchés organisés (au nombre desquels est à faire figurer bien évidemment aujourd'hui les contrats de futures ou d'options sur le marché de l'or) en passant par la convertibilité indirecte .

- Réseaux non bancaires.
Les réseaux non bancaires auraient, comme sources, des comptes ouverts sur les disques durs des ordinateurs des "opérateurs de réseau" (firmes industrielles ou commerciales, fonds d'investissement, marchés financiers organisés, etc., voire simples particuliers ).
Ces comptes seraient là encore en relation fixe soit avec un ou plusieurs postes de l'actif de l'"opérateur", soit avec les capitaux propres, la relation étant convenue, d'un commun accord, entre l'opérateur et les titulaires de comptes.
Les réseaux non bancaires pourraient être fermés ou ouverts (Internet) - dans chaque cas, le cryptage des transactions interviendrait - et en relation ou non avec des réseaux bancaires .


Conclusion : la monnaie électronique est-elle une monnaie nouvelle ?

Cela étant, on peut répondre à la question de savoir si la monnaie électronique est ou non une monnaie nouvelle.

- Une première réponse, négative.

Si on se limite à mettre l'accent sur les formes de la monnaie au nombre desquelles on fera figurer les trois générations de la monnaie électronique (monnaies "1G", "2G" et "3G") et si on se borne à voir dans la monnaie la matérialisation d'un pouvoir d'achat généralisé attendu avec incertitude et reconnu, mais sans plus, la réponse à la question est négative : la monnaie électronique n'est pas, effectivement, une monnaie nouvelle. Elle témoigne seulement d'un codage numérique d'informations sur le pouvoir d'achat et non plus du codage traditionnel analogique.

- La réponse, affirmative.

Si on se garde de l'oubli des deux caractères de la monnaie (pouvoir d'achat et espace de circulation de celui-ci), si on étudie les faits et prolonge les tendances où ils se trouvent, la réponse à la question devient potentiellement affirmative. La monnaie "3G" est la première génération de monnaie complète, elle est donc une monnaie nouvelle dans son principe car le pouvoir d'achat qu'elle représente a une aire de circulation totalement matérialisée.

Quant à la forme qu'est la monnaie "3G pure", aujourd'hui en gestation, elle sera un jour, véritablement, la monnaie nouvelle. Il en sera ainsi car, d'une part, elle sera clairement une monnaie complète qui matérialisera le pouvoir d'achat et son aire de circulation.

D'autre part, elle affranchira potentiellement les détenteurs de monnaie, non seulement juridiquement, mais encore techniquement :
* juridiquement, ils échapperont à l'œil des législateurs nationaux ou des autorités monétaires en raison du cryptage et du secret de leurs échanges monétaires,
* techniquement, ils ne seront plus nécessairement soumis aux banques et autres ateliers monétaires à l'intérieur du périmètre formées par les frontières nationales ; ils pourront, au contraire, les mettre en concurrence avec de nouveaux arrivants dans une aire de leur choix, à dimension non donné a priori.

Bref, la monnaie "3G pure" donnera à chacun la liberté de satisfaire au moindre coût ses préférences en matière de monnaie et de mettre en concurrence les émetteurs de monnaie qui se présenteront.

Pour toutes ces raisons, la monnaie "3G pure" sera une monnaie nouvelle.

- Vers un échange du troisième type ?

Il reste que l'évolution technique à laquelle nous assistons aujourd'hui recouvre, en fait, non pas deux phénomènes (comme développé ci-dessus), mais trois : le troisième est l'espérance morale que la monnaie pourrait bien céder sa place à autre chose dans l'avenir.
Car de même que, hier, la monnaie a permis de passer de l'échange direct à l'échange indirect (tout en étant la condition de celui-ci) , de même, aujourd'hui, la monnaie électronique de troisième génération et, très exactement, la monnaie "3G pure", laisse imaginer qu'on pourrait passer de l'échange indirect à un échange d'un troisième type (dont elle serait la condition).

En effet, nous l'avons rappelé : la monnaie n'a pas toujours existé, c'est un progrès technique, économique et social. Pourquoi devrait-elle être perpétuelle ? Parce qu'elle serait parfaite ? Ne rêvons pas.

La seule certitude que nous ayons est que, si elle disparaît, c'est qu'un moyen d'échange jugé préférable par les personnes, auquel ils donneront plus de valeur, aura été découvert.

Pourquoi oublier que les biens ne sont pas définis par leurs propriétés techniques, mais par la valeur que les gens donnent à la chose ou à l'objet qu'ils représentent ?
"Good is not defined by its technological properties but by its homogeneity in relation to the demands and wishes of the consumers" (Rothbard, 1997, p.302)

Et il en est ainsi de la monnaie. A la question :
"dans quelle mesure peut-on dire qu'une monnaie, l'or par exemple, est représentative d'un 'pouvoir d'achat'?" (Salin, op.cit., p.46)
on répondra :
"... on a trop facilement tendance à y [pouvoir d'achat] voir une notion objective et facilement mesurable, alors qu'il s'agit essentiellement d'une notion subjective, c'est-à-dire de la perception qu'en ont ceux qui agissent." (ibid.)

A l'origine, la monnaie recevait deux valeurs de la part des individus : une valeur intrinsèque (la valeur donnée à la marchandise qui la concrétisait) et une valeur d'échange (son pouvoir d'achat attendu avec incertitude) dans un espace donné et limité. Et tout détenteur de monnaie veillait à l'égalité des deux valeurs qu'il donnait ou arbitrait entre elles.

Puis les banquiers ont découvert les substituts de monnaie et proposé la convertibilité de ceux-ci en marchandise monnaie, une convertibilité à taux fixe et à la demande à leur guichet, en leur siège. Et le détenteur de monnaie a gardé la liberté d'arbitrer entre les valeurs qu'il donnait. Puis, après avoir institué des banques centrales nationales, les législateurs nationaux ont interdit la convertibilité et autorisé les banquiers à créer des substituts de monnaie non convertibles, c'est-à-dire des substituts bancaires. Et les détenteurs de monnaie ont perdu leur liberté traditionnelle d'arbitrage pour acquérir celle d'arbitrer entre détenir le pouvoir d'achat ou ne pas le détenir (c'est-à-dire échanger immédiatement la monnaie contre des marchandises). Bien plus, les législateurs les ont obligés à accepter en paiements les substituts bancaires dans l'espace de leur compétence juridique. Et il y eut, en conséquence, les inflations nationales et l'inflation mondiale du XXè siècle, des phénomènes d'ampleurs inconnues dans le passé .

Désormais, avec les monnaies "2G" et "3G", le détenteur a la liberté de donner une valeur à l'ensemble "pouvoir d'achat matérialisé et aire de circulation matérialisée de celui-ci " et non plus seulement au "pouvoir d'achat matérialisé".

Or, de trois choses l'une, la valeur qu'il donne à l'ensemble est supérieure, égale ou inférieure à la valeur qu'il donnait au seul pouvoir d'achat généralisé matérialisé. Si elle est inférieure, c'est que la matérialisation de l'espace retranche quelque chose ? Que pourrait-elle bien retrancher ? Si elle est égale, c'est qu'elle n'ajoute rien. Il y a encore de quoi s'étonner.

Je ferai l'hypothèse que la valeur que le détenteur de monnaie donne à la monnaie "2G" ou "3G" est supérieure, en particulier, à cause de la liberté accrue qui lui échoit et dont il ne peut que tenir compte dans son évaluation de l'ensemble matériel .

Et la tendance vers la monnaie "3G pure" peut s'expliquer par la recherche, par chacun, de la valeur la plus élevée . Confortera la tendance que la monnaie a le résultat explicable économiquement -qu'est la réduction des coûts de transaction et d'information- quand les personnes prêtes à échanger ne se connaissent pas ou n'ont pas confiance les unes dans les autres. Sinon, on peut montrer que la monnaie, en tant que simple pouvoir d'achat, n'est pas essentielle (cf. Telser, 1981, pp.5-6).

Le fait que l'aire de circulation soit matérialisée et les personnes aient choisi volontairement le réseau de la monnaie qu'elles détiennent définit des niveaux de connaissance et de confiance. Ils rendent moins essentielle la valeur donnée à la seule forme matérielle du pouvoir d'achat.

N'oublions pas enfin que la monnaie a ce résultat explicable économiquement quand les personnes effectuent leurs échanges dans des marchés qui ne sont pas organisés. Si le marché est un marché organisé, financier ou non, on peut montrer là encore que la monnaie n'est pas essentielle (cf. Perlman, 1971, p.236).

Le fait que, dans l'aire de circulation matérialisée, interviennent détenteurs de pouvoir d'achat et commerçants, donne naissance à des échanges, au départ peu organisés, mais qui, à coup sûr, ne peuvent que le devenir beaucoup. Ce fait rend encore moins essentielle la valeur donnée au pouvoir d'achat matérialisé.

Pour ces différentes raisons, ni la monnaie que nous connaissons aujourd'hui, ni ce qui va de pair, à savoir, entre autres, les banquiers et les "T.I.C.", ni ce à quoi elle contribue, à savoir l'échange indirect, ne sauraient être la fin de l'histoire.

Tant elle apparaît différente de ce qui l'a précédée, la monnaie "3G pure" fournit une raison pour laquelle pourrait disparaître l'échange indirect et apparaître un nouveau type d'échange, un échange d'un troisième type plutôt qu'un retour à l'échange de premier type, c'est-à-dire au troc. En d'autres termes, en côté d'être la monnaie nouvelle résultant de nouvelles techniques d'échange, la monnaie "3G pure" pourrait aller de pair avec un nouveau type d'échange, l'un renvoyant à l'autre.


Notes de bas de page

Lanskoy, S. (1999), "La nature juridique de la monnaie électronique", Bulletin de la Banque de France, n°70, octobre, pp.45-61.

Selon Pareto :
"[...] c'est la seule initiative privée qui nous a donné les virements de compte chez les banquiers, les chèques, les warants" (Pareto, 1896, §277)
" Le système des chèques et de leur compensation s'est développé indépendamment de toute action des gouvernements. Ceux-ci n'ont su qu'y mettre obstacle par les droits de timbre dont ils frappent les chèques" (ibid, §523)

Pour ne pas évoquer la concurrence qui s'exerce sur le banquier lui-même (et sur quoi on va revenir ci-dessous).

Au sens juridique, la "dématérialisation" est le processus par lequel le papier et sa manipulation sont supprimés.

"La définition de la dématérialisation [des moyens de paiements et des titres] est d'une banale simplicité : 'Il s'agit du processus par lequel la manipulation de papier est supprimée'" (Jasor et Mabille, Les Echos, 23 mai 1997)

"Il ressort de la lecture du rapport du Conseil d'Etat que 'le message électronique pourrait tenir lieu d'écrit ou d'acte sous seing privé'" (Pauliac, Les Echos, 17 mars 1999)

Il n'en reste pas moins qu'économiquement, la monnaie reste sous une forme matérielle bien que complexe !

Jusqu'à ce que la monnaie soit déclarée inconvertible (en or), les banques créaient des substituts de monnaie : les coupures de billets ou comptes de dépôt à vue étaient convertibles à taux fixe en la marchandise monnaie "or".

Depuis lors, elle crée des substituts bancaires : ce sont les coupures de billets ou les comptes de dépôt à vue inconvertibles. N'étant plus convertibles, les coupures de billet et les comptes bancaires ont perdu leur caractère de substituts de monnaie et sont devenus de simples postes du "passif" comptable des banques, ce qu'on peut dénommer des "substituts bancaires", en lesquels, à l'avenir, les personnes détentrices ou utilisatrices devraient avoir confiance. Quant aux pièces de métal de valeur faciale inférieure à la valeur du métal (or) qu'elles contenaient, elles disparurent de la circulation et ne servirent plus de moyen à l'échange indirect.

On dira, en d'autres termes, que la marchandise ainsi sélectionnée et devenue "monnaie" a permis de passer de l'échange direct, du troc, à l'échange indirect. L'échange direct reposait sur le moyen "immatériel" qu'est la "double coïncidence des besoins" des personnes prêtes à échanger, l'échange indirect repose, lui, sur le moyen "matériel" qu'est la "monnaie", pouvant circuler dans un espace donné, limité, non matérialisé.

Cette définition de la monnaie en termes de pouvoir d'achat rassemble des auteurs aussi différents que, par exemple, P. Salin (1990):

"[La monnaie] peut se définir comme un pouvoir d'achat généralisé, c'est-à-dire un pouvoir d'achat échangeable à tout moment, contre n'importe quoi et auprès de n'importe qui." (Salin, 1990, p. 41)

ou J.-C. Trichet, Gouverneur de la Banque de France (1997) :
"le porte monnaie électronique [...] repose sur l'utilisation du micro processeur d'une carte, sur lequel sont enregistrés des signes électroniques représentant un pouvoir d'achat transférable à un nombre élevé de bénéficiaires potentiels" (Banque de France, 1997, p. 142)

Mais tout le monde ne s'accorde pas sur la définition. Par exemple, selon la Commission bancaire (1997) :
"La monnaie électronique [est] définie comme désignant des signes monétaires stockés sur un support électronique non assimilable à un compte bancaire traditionnel, qu'il s'agisse de porte-monnaie électronique (carte prépayée) ou de porte-monnaie virtuel (figurant sur la mémoire d'un ordinateur)" (Commission bancaire, 1997, p.135)
En toute rigueur, dans un état de droit, d'être un droit de propriété susceptible d'être échangé librement contre un ou plusieurs droits de propriété -.

Cela explique selon nous le résultat auquel parvient S. Lanskoy qui considère que :
"La monnaie électronique n'est donc pas une nouvelle forme de monnaie mais un titre de créance qui permet de faciliter la circulation de la monnaie scripturale" ( Lanskoy, op.cit., p.61)

Selon S.Lanskoy :
"D'un point de vue juridique, chaque unité électronique est donc un titre de créance incorporé dans un instrument électronique et accepté comme un moyen de paiement par des tiers autres que l'émetteur" (ibid., p.61)

Selon la Commission bancaire (1997) :
"La monnaie électronique [est] définie comme désignant des signes monétaires stockés sur un support électronique non assimilable à un compte bancaire traditionnel, qu'il s'agisse de porte-monnaie électronique (carte prépayée) ou de porte-monnaie virtuel (figurant sur la mémoire d'un ordinateur)" (Commission bancaire, 1997, p.135)

D'où d'ailleurs la dénomination française de "porte-monnaie", alors que la dénomination anglaise est "smart card".

On rappellera que la convertibilité en or avait des inconvénients. Selon Dowd (1995) :
"[…] the gold standard has drawbacks of its own, perhaps the most important of which is that it generated a certain amount of price-level instability itself". (Dowd, 1995, p.67)

On dira aujourd'hui "en temps réel".

Selon Gramlich (1999) par exemple :
"In the United States, as early as 1853, more than a half-century before the Federal Reserve System came into existence, private banks in the New York area formed an exchange and settlement system that economized on the movement of paper and settlement balances. In 1970, some of these arrangements were automated and became the basis for a wire transfer system called the Clearing House Interbank Payments System (CHIPS). CHIPS is still the leading clearing and settlement system for large dollar interbank payments originating in international trade and finance. … The Fed created a 'goldwire' system that involved inter-District settlements through the Gold Settlement Fund. … This system quickly gave way to a telegraphic system for adjusting reserve balances. This system in turn evolved into a highly automated and centralized Fedwire system to handle large volumes of high-value payments settled in reserve balances on a real-time basis. The Fedwire system is the key interbank system for federal funds market. …
In the early 1970s, a group of California commercial banks , in cooperation with the reserve Bank of San Francisco, organized an automated clearing system operating within the San Francisco District. A similar development occurred in the Atlanta District, with groups in other Districts studying similar systems. These efforts led to the creation of an Automated Clearing House (ACH) throughout the entire Federal Reserve System. The federal government along with some other large private employers began making some payroll deposits through this system in 1975." (Gramlich, 1999, p.2)

Selon Hueter et Craig (1998) :
" Our systems and banking arrangements for handling high-value dollar payments are all electronic and have been for many years. Banking records, including those for loans and deposits, have been computerized since the 1960s." (Hueter et Craig, 1998)

Selon Greenspan (1996) :
"The history of the Automated Clearing House provides a useful caution. The Federal Reserve, in partnership with the banking industry, has taken a leading role in developing the ACH system for more than twenty years. It was the advent of the ACH that led many economists to discuss money in a 'cashless society'. […] This experience suggests that creating new technology and providing an interbank electronic clearing system were easy " (Greenspan, 1996, pp.7-8)
Cf. Board of Governors of the Federal Reserve System (1997). 

Selon Hueter et Graig, par exemple, aux Etats-Unis :
"The Automated Clearing House (ACH) system makes payroll transfers electronically, using a network to move funds from the employer’s account to the employee’s. In the case of a payroll transfer, the firm is the originator, arranging with its bank to transfer funds to its employee’s account. The firm’s bank assembles all the firm’s transfers regardless of transaction type (payments for utilities or other services) and sends an electronic message containing a list of transfers to the ACH operator.
The operator electronically sorts the transfers to their various banking destinations (not all payroll transfers go to the same bank) and calculates the total of credits (or dollar amounts) that need to be transferred.
He or she sends an electronic message containing a list of the transfers to the various receiving banks, including the employee’s bank or financial institution, which then credits the employee’s account. The ACH operator is the key element in the process that clears and settles transactions between banks, eliminating the need for bilateral relationships between financial institutions. Like a billing agent, the operator informs the various banks that their accounts have credits or debits. In the case of the payroll transfer, the operator sends the firm’s bank an electronic notice to debit the amount of the payroll and also the employee’s bank of a credit. The transaction is usually settled with finality on the next day, when accounts are officially balanced with the proper funds. In response to rapid increases in check volume in the 1960s and concerns about the cost of supporting future growth efficiently, the ACH payment mechanism was established in 1972 as an electronic alternative to the traditional paper-based check collection system." (Hueter et Craig, 1998)

Le système de paiements transfrontières en euros pour les gros montants est le système TARGET.

Selon Dowd, à côté de la convertibilité (directe), il y a la convertibilité indirecte :

"[…] 'indirectly convertible' system in which the issuer(s) of currency undertake to convert their currency not into the nearly comprehensive basket as such, but into some medium of exchange (MOR) of the same value […] it promises a much higher degree of price stability […] "(ibid., p.68)

On remarquera que, dès à présent, il existe des particuliers qui ont émis des coupures de billets malgré les interdictions. Ainsi aux Etats-Unis, selon Rockwell :
" For years, J.S.G. Boggs has suffered every manner of government intimidation because of his art. He draws currency, very beautiful currency, which he calls Boggs’ bills. He’s not trying to fool anyone, and there’s no mistaking them for dollars.
In fact, they are much nicer looking than the Treasury’s new bills that feature overgrown heads of politicians and official graffiti of all sorts.
Because Boggs’ bills are both lovely and fun, he quite often persuades merchants to accept his artistic creations in exchange for goods and services. They’ve even been known to give change–in dollars.
The more famous he becomes (the University of Chicago has just published a book about him) the more his art is in demand. But far from getting a grant from the National Endowment for the Arts, he’s been subjected to three Secret Service raids. The agency seized 1,300 bills from Mr. Boggs’ home, and despite the refusal of several courts to convict him of counterfeiting, the government won’t return his property." (Rockwell, 1999)

On entend par "réseau fermé" des réseaux d'ordinateurs auxquels on peut accéder avec autorisation très restreinte. On peut leur opposer les "réseaux ouverts" qui sont en accès libre et où l'information qui y circule peut être observée, interceptée par un tiers si la procédure de cryptage qui les ferme "virtuellement" s'avère inefficace. Il y a enfin les "réseaux de marque" :
"Branded networks consist of group of providers that use a retail brand identification for marketing purposes and use the central organisation for establishing network operating rules, business strategy, and network operations (in the case of e-money, a clearing house). The central organization may ou may not be owned by members. In the credit card market-place, Visa and MasterCard are owned by their members, while American Express and Discover Card are owned by single organizations that provide a stand alone network to compete against the larger Visa/MasterCard networks" (MacAndrews, 1999, p.350).

Et à coup sûr, à l'époque, elle avait du faire imaginer à certains l'émergence d'un type d'échange autre que le troc,l'échange direct, seul échange qu'ils connaissaient.

On sera tenté de penser, en passant que, si la monnaie avait été d'un seul tenant, n 'avait été qu'un seul pouvoir d'achat et n'avait pas eu une seconde composante (la composante "espace de circulation du pouvoir d'achat") et si elle n'avait pas été valorisée plus ou moins tacitement, par les personnes, la monnaie aurait disparu. A permis à la monnaie de continuer à être employée, non l'obligation d'acceptation ou l'obligation de paiement en monnaie, mais son espace de circulation connu de chaque détenteur.

Une liberté qui lui permettra de retrouver la convertibilité traditionnelle de la monnaie s'il désire une telle convertibilité.
Cette tendance inclut-elle une "déflation" ? Nous laisserons de côté la question.


Références bibliographiques.

Banque de France (1997), Rapport annuel du Gouverneur au Président de la République, Banque de France, Paris.

Board of Governors of the Federal Reserve System (1997), Report to the Congress on the application of the electronic fund transfer act to electronic stored-value products, Federal Reserve System, mars.

CATO Institute (1996), The Future of Money in the Information Age (14è conference monétaire annuelle), site Internet du CATO (Washington), 23 mai.

Commission bancaire (1997), Rapport 1996, Commission bancaire, Paris.

Dowd, K. (1995), "The Mechanics of Indirect Convertibility", Journal of Money, Credit, and Banking, 27, 1, février, pp.67-88.

Gramlich, E.M. (1999), "Remarks (before the Electronic Payment Symposium, University of Michigan)", site Internet du Fed, 17 septembre

Greenspan, A. (1996), "Remark (Conference on Electronic Money and Banking : the Role of Government)", site Internet du US Treasury, 19 septembre.

Hueter, J. D. et Craig, B. R. (1998), "Global ATM Banking : Casting the Net", Economic Commentary (Federal Reserve Bank of Cleveland), 15 Août.

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MacAndrews, J.J. (1999), "E-Money and Payment System Risks", Contemporary Economic Policy, 17, 3, juillet, pp.348-357.

Menger, C. (1892), "On the Origins of Money", Economic Journal, 2, juin, pp.239-255 dans Littlechild, S. (1990), Austrian Economics, tome II, chap. 9, Edward Elgar..

Mundell, R.A. (1961), "Optimal Currency Areas," American Economic Review, 51, Septembre, pp.657-664.

Mises (von), L. (1949), Human Action (A Treatise on Economics), 3è ed. 1966, Henry Regnery Cy.

Pareto, V. (1896), in Bousquet et Busino (eds.) (1964), Cours d'économie politique de Vilfredo Pareto, Droz, Genève.

Perlman, M. (1971), "The Roles of Money in an Economy and the Optimum Quantity of Money", Economica, août, pp.233-252

Rockwell, L.H. (1999), "What is money?", site Internet du Mises Institute (New-York), 26 août.

Rothbard, M. (1997), The Logical of Action Two (Applications and Criticism from the Austrian School), Edward Elgar, Cheltenham.

Salin, P. (1990), La vérité sur la monnaie, Odile Jacob, Paris.

Telser, L.G. (1981), "Why There are Organized Futures Markets", Journal of Law and Economics, 24, 1, avril, pp.1-22.

White, L. H. (1996), "The Technology Revolution and Monetary Evolution", in CATO Institute, The Future of Money in the Information Age.



Annexe

"Both the ACH and ATM systems are examples of networks, where the benefits of one participant enhances the value of the structure for the other participants.
Networks are difficult to analyze, but some recent results from economic theory suggest that competitive networks are preferable in a social sense to monopoly networks.
Twenty-five years of technological progress have transformed the way banking is done.
Paychecks can be deposited, charitable contributions withdrawn, electronically.
Customers can make cash withdrawals without ever seeing a human teller, at a machine their bank doesn’t own, perhaps even in a country where their bank has no office. These innovations have not only affected customer convenience, but have also changed the economic reference points for evaluating the efficiency of the electronic payments industry.

The ACH system
The Automated Clearing House (ACH) system makes payroll transfers electronically, using a network to move funds from the employer’s account to the employee’s. In the case of a payroll transfer, the firm is the originator, arranging with its bank to transfer funds to its employee’s account.
The firm’s bank assembles all the firm’s transfers regardless of transaction type (payments for utilities or other services) and sends an electronic message containing a list of transfers to the ACH operator.
The operator electronically sorts the transfers to their various banking destinations (not all payroll transfers go to the same bank) and calculates the total of credits (or dollar amounts) that need to be transferred.
He or she sends an electronic message containing a list of the transfers to the various receiving banks, including the employee’s bank or financial institution, which then credits the employee’s account.
The ACH operator is the key element in the process that clears and settles transactions between banks, eliminating the need for bilateral relationships between financial institutions.
Like a billing agent, the operator informs the various banks that their accounts have credits or debits.
In the case of the payroll transfer, the operator sends the firm’s bank an electronic notice to debit the amount of the payroll and also the employee’s bank of a credit.
The transaction is usually settled with finality on the next day, when accounts are officially balanced with the proper funds.
In response to rapid increases in check volume in the 1960s and concerns about the cost of supporting future growth efficiently, the ACH payment mechanism was established in 1972 as an electronic alternative to the traditional paper-based check collection system.
One distinct advantage of ACH transactions over regular checks is cost.
On the consumer end, there is no charge for paying your gas bill by the ACH system; with a check, there is the cost of the stamp, the check, and your time.
From the corporate perspective, the cost of handling a check mailed by a consumer to the com-pany’s bank lock box is 14 cents (compared to 5 cents for an ACH payment).

The ATM System
Once the payroll is deposited, an ATM system permits an employee to access the money at any time and from practically any place in the country.
When a cardholder tries to withdraw money from an ATM machine, it sends a signal to a switch linked to the various financial institutions that issue ATM cards.
This switch connects the ATM machine electronically with the card-holder’s bank, which automatically updates the cardholder’s account and transmits its approval back through the switch to the ATM machine.
Only then does the cardholder receive cash.

There are three types of ATM systems: proprietary, shared/regional, and national/international.
A proprietary system, operated by a financial institution that purchases or leases ATMs, acquires the necessary software or develops it in-house, installs the system and markets it, and issues cards of its own design (proprietary systems are less prevalent today).
A shared/regional ATM system is a network that comes into being when customers of one or more financial institu-tions have access to transaction services at ATMs owned or operated by other financial institutions.
A common type of sharing is the joint venture with other financial institutions, featuring common access and cooperative control.
A national/international system is also a network, one that enables an ATM machine in New York to connect with another in Los Angeles.
Through service agreements with regional and proprietary networks, national networks link ATM machines coast to coast.

Networks
Although ACH and ATM systems are both networks, they are of two quite different sorts.
The ACH network connects two retail customers.
For example, the government uses a bank’s ACH services to send out Social Security checks, whose recipients, in turn, use ACH payments to cover electric bills or insurance payments.
The ATM network connects two banks, giving customers access to a range of teller services.
Networks can be thought of as mechanisms through which economic agents (business firms, households, financial institutions) can interact with one another.
An inherent feature of a network’s structure is that it requires many components to provide a typical service.
More formally, networks are composed of links that connect nodes.
[…], the nodes are the originator, the sending bank, the ACH operator, the receiving bank, and the final receiver, all linked electronically.
Some other commonly used networks are long-distance phone services and the Internet.

A network’s main characteristic is that its components are complementary: one needs the other in order to provide a service.
Thus, a network is made up of complementary components that together produce a service or good.
In the ACH example, the linkages from the employer’s bank to the ACH operator and the ACH operator to the employee’s bank are complementary.
A single transaction is a good made up of two complementary links, the first between the employer’s bank and ACH operator, the second between the ACH operator and the employee’s bank.

This complementarity leads to another feature: network goods and services exhibit network externalities.
The benefit one person or institution gets from using a network depends on how many others are using it.
For example, the value to a consumer from purchasing a VCR may depend on the number of rental movie titles available.
The number of movie companies willing to publish titles in the same format in turn depends on the total number of people who own VCRs.

Network externalities are very different from some other common externalities such as pollution, where economic activity by some individuals produces pollutants that affect a broad population. Individuals make choices about participating in an activity that generates pollution, but have little choice about being affected by it.

Network externalities are more self-contained.
An individual’s decision to subscribe to a network creates external benefits for other subscribers by increasing the size of the network.
To enjoy the externality effects, however, one must join the network.

The benefits of the ATM network today are much greater than at its inception because it has grown so large.
Access to ATMs and the convenience they offer cardholders are much greater now that there are more machines connected to more banks.
Similarly, banks can substitute cheaper ATM transactions for more expensive human teller transactions because their customers are willing to use the machines, which are more convenient because more banks are placing machines on the network.

The ACH system is a payments network.
Users must be members of the network; the more members, the more valuable a membership." (Hueter et Craig, op.cit.).



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