A Paris, le 1er octobre 2005.
Le texte ci-dessous est paru dans le périodique de l'aleps - 35 avenue Mac
Mahon, Paris 17ème - intitulé

Liberté économique et progrès social, n°57, mars
1990, pp.16-22

sous le titre "La conjoncture, alibi du dirigisme".
Je lui ai ajouté un épilogue en cette année 2005.
Il est un fait méconnu : l'analyse de la conjoncture, discipline économique,
est, en France, l'objet d'une seule approche, laquelle est de nature dirigiste.
Elle fait abstraction de la propriété, de la responsabilité et de la liberté
d'échange des êtres humains. Mais, comme aucune autre approche n'est invoquée
officiellement, l'analyse de la conjoncture et son approche privilégiée sont
confondues. Tout se passe donc pour l'opinion publique comme si le confluent de
sources d'informations qu'elles représentent était sinon empoisonné, du moins
dépourvu des contrepoisons nécessaires à sa santé.
Une approche concurrente est pourtant évidente. Elle consiste à définir la
conjoncture en relation avec les intentions, décisions ou actions récentes ou
prochaines des personnes juridiques (du particulier à l'entreprise) et non plus
en relation avec celles d'une collection de clones ou d'une "classe
statistique" aux noms variés de producteurs, consommateurs, investisseurs,
épargnants, retraités, immigrés, etc. C'est l'approche libérale. Elle suppose
d'abord d'asseoir la conjoncture sur sa spécificité, la liberté de l'être
humain, et sur la condition d'exercice de celle-ci, l'état de droit, i.e. le
respect de la liberté, de la propriété et de la responsabilité.
A ces éléments essentiels de l'approche libérale de la conjoncture s'opposent
ceux de l'approche officielle dirigiste, à commencer par une conception
déformée de la liberté sous-jacente à la balance des paiements et par l'oubli
que le budget de l'Etat est la contrainte par excellence des citoyens (cf.
ci-dessous).
Il convient de se rendre compte que, à partir de cette déformation et de cet
oubli, les gouvernements dirigistes ont le toupet d'avancer qu'ils sont
esclaves de la conjoncture: exemple d'argument par excellence s'il en faut un,
s'il n'y avait pas de chômage, il n'y aurait pas le problème du déficit de la
sécurité sociale. Il faut en finir avec ce type de faux argument qui fait que
la conjoncture, telle qu'elle est présentée officiellement, est l'alibi du
dirigisme. La réalité est que, s'il n'y avait pas eu l'organisation
socialo-communiste de la sécurité sociale, à coup sûr, le gouvernement de
France n'aurait pas pris les mesures qu'il a prises en matière de chômage
depuis la fin de la décennie 1960, il n'aurait pas suivi cette prétendue
"politique de plein emploi" qui a eu pour conséquence – prédite par l'approche
libérale (cf.
Rueff 1976) - que la France a connu une augmentation ininterrompue du
chômage de masse depuis lors.
1. La situation paradoxale de la liberté.
Pour les dirigistes, la liberté est un objectif, lointain le plus souvent, non
le mode de vie quotidien de chaque être humain. Or, la conjoncture ne saurait
rendre compte des objectifs, mais seulement des résultats de décisions ou
d'intentions d'actions. Il s'ensuit que l'approche officielle ne peut qu'être
muette sur l'état de la liberté individuelle, l'état de droit. Elle se prive
d'en parler.
Pour les non dirigistes, la liberté n'est pas une fin, c'est un moyen. C'est le
moyen précieux que dès sa naissance la personne a reçu en propre, en toute
propriété et apprend à utiliser, chaque jour qui passe, pour pouvoir vivre
encore demain si elle le souhaite, et cela pendant une période de temps futur
dont elle ne connaît pas la durée. Rien ne justifie que l'analyse de la
conjoncture l'ignore et soit organisée comme si elle n'importait pas.
Il est tout de même étonnant que rien dans les études conjoncturelles
occidentales n'évoque d'une manière ou d'une autre la liberté de choix des
individus et que personne ne s'en formalise. Tout le monde voit sa présence,
ses atours, mais personne n'en parle. On lui préfère des chiffres.
1.A. Comparaison chiffrée instantanée
désinformant.
Si des indicateurs conjoncturels de liberté des êtres humains étaient
disponibles, seraient déjà évitées toutes les comparaisons absurdes qui sont
réalisées périodiquement, entre les économies de l'Occident et les économies de
l'Est socialiste. Comment oser mettre en parallèle un monde où la liberté est
bafouée – celui des économies de l'Est – et un monde où elle est évidente
quoique … - celui de l'Occident – même si dans l'un et l'autre il y a du
charbon extrait, des automobiles fabriquées.
Voir dans des chiffres disponibles le dénominateur commun qui autorise la
comparaison, est l'une des perversions majeures de la conjoncture officielle.
Le seul dénominateur commun concevable est la liberté de choix de l'être
humain.
1.B. Comparaisons chiffrées historiques
désinformatrices.
Comment oser comparer les résultats de la France avant 1914 où l'impôt sur le
revenu n'existait pas et ceux de la France d'après 1945 où les individus sont
désormais obligés, en plus des impôts et taxes apparus entre-temps qu'ils
versent déjà à l'Etat, de "donner" des ressources au "co-Etat" que constitue
l'organisation de la Sécurité sociale. Deux civilisations non comparables sont
seulement à noter, le passage de l'une à l'autre pouvant intéresser
l'historien, mais pas le conjoncturiste.
Comment accepter la vision homogène de la Vè République que certains
s'efforcent de donner officiellement aujourd'hui quand on n'oublie pas qu'en
1981 une partie des Français a été obligée de supporter pour la première fois
depuis 1945-46 un gouvernement comprenant des ministres glorifiant le
communisme – et admirant le socialisme des pays de l'Est -, et, dans le même
temps, l'application par celui-ci des principes renouvelés de l'idéologie
socialiste qui constitue la nationalisation des entreprises donc
l'expropriation des particuliers, la limitation de leur droit de propriété
?
1.C. Arithmétique nationale désinformant.
L'existence d'une puissance publique, dont on oublie le caractère contraignant
pour le citoyen, ne saurait être donc tenue pour un dénominateur commun. Une
première perversion est à cet égard de comparer ou d'additionner les résultats
chiffrés de l'action des hommes de l'Etat et ceux de l'action des particuliers
(et de leurs entreprises) pour obtenir un résultat "national". D'essence
différente, ils ne devraient même pas être l'objet d'une mise en parallèle car,
en disposant du monopole de la force entre deux élections, les actions
"conjoncturelles" des hommes de l'Etat s'imposent à celles des individus,
lesquelles deviennent de facto résiduelles.
Une seconde perversion liée au dénominateur commun "puissance publique" est de
comparer aveuglément les économies du monde occidental. Comment oser mettre en
parallèle sans sourciller des pays où la liberté d'action individuelle est
l'objet de contraintes réglementaires quotidiennes variées et différentes ?
Parler du "modèle suédois" ou de la "sécurité sociale française enviée par le
monde entier" tient plus de la destruction de la connaissance et de la
perversion du sens du mots que du désir de réduire l'ignorance. Les expressions
de "modèle suédois" et de "sécurité sociale française …" ont en commun de
cacher la réalité qu'elles recouvrent : une planification, édictée par des
bureaucrates, politiques ou non, élus ou non, des actions possibles des
particuliers et des entreprises dans des domaines ponctuels de la vie
quotidienne.
2. L'approche libérale.
Dans l'approche libérale de la conjoncture, tout élément aujourd'hui admis
comme conjoncturel par l'approche dirigiste, mais non nécessaire à l'individu
pour prendre des décisions, comme, par exemple, l'état de la balance des
paiements, élément caractéristique de l'état de droit, est à laisser de côté.
La balance des paiements n'est pas une contrainte malgré ce qu'en disent les
dirigistes.
En revanche, toutes les facettes de l'état de droit qui ne sont pas prises en
compte actuellement par l'approche officielle, sont à introduire avec précision
et leur évolution à retracer. Ainsi, la liberté de l'être humain devrait être
caractérisée à partir de divers indicateurs comme, par exemple, l'importance du
budget de l'Etat, véritable"contrainte extérieure " des citoyens, et son
exécution, véritable contrainte risquée.
2.A. Des prétendues contraintes : l'exemple de la balance des
paiements.
Il n'est pas de jour où on n'entende pas disserter sur la balance des paiements
du dernier mois calculé (fin décembre, on a l'état du mois d'octobre), du
dernier trimestre, de la dernière année, de la dernière décennie. Quand il ne
s'agit pas de celle de la France, est en analyse celle des Etats-Unis, du
Japon, de la RFA ou de l'Angleterre, etc.
Qu'est-ce que la balance des paiements dont il est question ? C'est tout
simplement la comparaison sélective - exprimée en termes monétaires - de ce qui
est sorti du pays avec ce qui y est entré. Le caractère "sélectif" permet de
faire apparaître des soldes non nuls (qualifiés chacun d'excédent ou de
déficit) car, aux vols et dons près, la balance a nécessairement, par
construction, un solde nul. A cet égard, la démarche dénature le principe de la
balance comptable.
Mais peu importe en définitive ce qu'est la balance des paiements si on prend
garde qu'il y a un siècle, Vilfredo Pareto la surnommait l'"arche du
protectionnisme" et que, depuis quelques années, les experts de l'INSEE y
voient la "contrainte extérieure" de la France. Ces deux expressions révèlent
sa nature profonde : elle est une pièce montée par les hommes de l'Etat pour
polariser l'attention des individus et les amener à leur accorder davantage de
prérogatives en matière d'échanges avec l'étranger, pour prétendument les
"protéger" contre l'"étranger", ou comme on dit aujourd'hui, contre
l'"extérieur".
Ne soyons pas dupes, il est des moments où il faut appeler un chat un chat et
certains experts officiels des désinformateurs. Nous vivons l'un d'eux depuis
qu'ils présentent l'opportunité de transactions avec des individus vivant
au-delà des frontières qui est à la base de la balance des paiements, comme une
contrainte et non plus comme la liberté. Pour l'individu, c'est au contraire et
d'abord un degré supplémentaire de liberté.
2.B. Un état de droit de type "Dorian Gray" : l'exemple du budget
de l'Etat.

"Dorian Gray", ce héros d'Oscar Wilde, c'est l'état de droit tel qu'il est
affecté par le budget périodique de l'Etat, il ne vieillit pas, ne se délabre
pas, semble invariable à l'image du visage du président de la République en
exercice [je rappelle que nous sommes en 1990]. "Le portrait de Dorian Gray",
c'est l'état de droit réel dont personne ne connaît en définitive le tableau,
la peinture, malgré le principe selon lequel nul n'est censé ignorer la loi
(sauf les hommes de l'Etat).
L'économie française, officiellement "économie de marché" jusqu'à ces dernières
années, désirée "socialiste" par certains en particulier à partir de 1981, est
cataloguée désormais officiellement "économie mixte". Il y aurait un secteur
public et un secteur privé juxtaposés pour le "plus grand bien de la
collectivité". Non, il faut le reconnaître, l'ambiguïté est totale, les
expressions échappent à leurs instigateurs, la réalité dépasse la fiction une
fois de plus en cette fin de XXè siècle.
En fait, il y a l'état de droit apparemment immobile dont ne se soucient pas
les conjoncturistes officiels et que, de toutes façons, ils jugent ne pas
devoir stigmatiser et présenter à la sagacité des individus puisqu'il serait
"immobile".
Et il y a l'état de droit réel qu'il conviendrait de décrire car il évolue non
du fait naturel du temps qui passe, de l'"âge qui avance", mais du fait des
constructions juridiques des hommes de l'état et de leur fameux principe :
"vous avez juridiquement tort parce que vous êtres politiquement
minoritaires".
Dans ces conditions, on ne peut qu'être étonné de constater que nos
commentateurs ou amateurs de conjoncture ne prennent pas soin de faire sur
l'indicateur de l'état de droit réel qu'entraîne l'exécution du budget de
l'Etat, véritable balance des droits gagnés ou perdus des citoyens, les
développements qu'ils font sur la balance des paiements.
Hormis l'époque du vote de la loi de finances par le Parlement en France, il
n'est pas excessif de dire que l'exécution du budget de l'Etat ne reçoit pas un
début de commencement d'attention.
Soyons honnêtes. Cette tradition a chancelé ces dernières années quand certains
experts d'outre-atlantique ont vu dans le niveau des recettes du "budget des
Etats-Unis" la cause du marasme économique du début de la décennie 1980, puis
dans le niveau élevé du déficit la cause de la chute de la Wall Street en
octobre 1987. Mais, bien vite, un voile pudique a été jeté sur ces arguments
qui reviennent en définitive à rendre responsables de ce qu'ils font, les
hommes de l'Etat, aujourd'hui aux Etats-Unis, demain peut-être en France. Par
exemple, s'agissant du second argument de la chute de la bourse, il lui a été
préféré l'explication par les "programmes informatiques automatiques", bref par
l'action "néfaste" des "spéculateurs". De la sorte, on retrouvait le droit
chemin, l'explication traditionnelle dont on avait osé s'écarter par
inadvertance un temps, qui voit dans l'action des individus la cause de tous
les maux et qui amène à préconiser de renforcer l'action interventionniste des
hommes de l'Etat.
Bien plus, le seul budget en excédent, celui de l'Angleterre, a amené certain
Premier Ministre en exercice à qualifier leur initiatrice en des termes peu
flatteurs et à considérer qu'elle faisait montre de "cruauté sociale". La
formule est étonnante puisqu'elle émane d'un homme de l'Etat soi-disant
responsable, une fois constaté qu'en quelques années, parallèlement à cet
excédent répété, le taux de chômage est passé en Angleterre de plus de 10% à
près de 6%, alors qu'il reste en France désespérément au-dessus de 10% malgré
la "gentillesse sociale" du gouvernement de l'Etat, pour un taux moyen dans la
CEE de 9%.
2.C. La contrainte réelle risquée du citoyen occultée.
Pourtant, cette exécution du budget de l'Etat, indicateur
de l'état de droit véritable, n'est jamais qu'un second type de balance qu'on
peut envisager de deux points de vue. Passons sur le point de vue des hommes de
l'Etat qui est le point de vue généralement retenu les rares fois où des
conjoncturistes développent des commentaires à son propos.
Du point de vue des citoyens, l'exécution du budget de l'Etat est véritablement
une contrainte. Sa nature est d'ailleurs très proche de celles de la contrainte
dont parlent faussement les conjoncturistes officiels à propos de la balance
des paiements extérieurs. Elle s'en distingue sur deux points essentiels.
Elle est une contrainte au sens physique du terme parce que les hommes des
l'Etat ont sur la personne du citoyen, dans les limites du territoire reconnu
par l'étranger, le monopole de la force physique, de la coercition. Les impôts
sont comparables à des exportations "gratuites" forcées de ressources du
citoyen vers l'Etat, des "dons forcés de droits" pour ne pas parler de "vols
légaux". Il ne peut s'y dérober. A l'opposé, les dépenses de l'Etat sont
comparables à des importations "gratuites" de ressources par le citoyen en
provenance de l'Etat, des "acquisitions de droits" pour ne pas parler de "dons
ou subventions".
Le budget de l'Etat est aussi un risque de perte pour le citoyen parce que, en
s'autorisant le déficit - excès des "droits donnés" aux citoyens sur les
"droits acquis" par vols de ces derniers -, les hommes de l'Etat peuvent faire
n'importe quoi entre deux élections : en particulier, fixer des dépenses au
niveau qu'ils désirent en toute impunité. En d'autres termes, le citoyen n'est
pas protégé automatiquement contre les errements étatiques, volontaires ou
involontaires, que constituent des impôts et les dépenses de l'Etat. A cet
égard, et à un moment où les hommes de l'Etat se préoccupent des ménages
"surendettés", des Etats étrangers "surendettés", voire des individus vivant à
l'étranger qu'ils considèrent comme indigents et aident à ce titre, il est
étonnant qu'ils ne s'engagent pas clairement sur l'endettement maximum qu'ils
feront supporter à l'Etat aujourd'hui et demain.
De plus, le citoyen n'est pas protégé automatiquement contre l'extension du
domaine de l'Etat, c'est-à-dire contre le rétrécissement de l'état de droit,
contre les expropriations dont il peut être victime. 1981 n'est pas si loin
pour faire croire que les élections sont un mécanisme de protection des
citoyens.
En tant que contrainte et risque de perte des citoyens, l'exécution du budget
par les hommes de l'Etat présente donc un intérêt conjoncturel essentiel. Elle
constitue un ensemble d'éléments dont chaque individu devrait aimer pouvoir
tenir compte dans la prise de décision, l'action, et qui, à ce titre,
influerait sur celles-ci. Il reste que, depuis toujours, bien évidement, elle
influence ces dernières, non par la connaissance qu'on en a, mais par
l'ignorance.
En d'autres termes, l'exécution du budget de l'Etat est pour le citoyen à la
fois une contrainte dirimante et une insécurité permanente. Tant qu'il n'aura
pas trouvé le moyen de les maîtriser, l'état de droit est exposé aux plus
grands dangers. En l'en informant, le conjoncturiste libéral lui fournirait une
aide, à défaut d'une sécurité.
Conclusion.
Comment acclimater l'approche libérale ? La méthode est double.
On vient de décrire schématiquement son premier aspect, il faut montrer à
l'individu les graves travers de la conjoncture que les voix officielles lui
assènent en relation avec sa liberté et ses droits.
Le second aspect consiste d'abord à rester sur le chemin qui a été suivi depuis
deux siècles et qui a permis à la conjoncture d'acquérir assez de
respectabilité pour pouvoir être financée sur "fonds publics". Il convient de
souligner en effet, en passant, que la respectabilité en question reste celle
que lui accordent aujourd'hui des chapelles du milieu scientifique, non pas
celle que pourrait lui accorder le grand public. Aux yeux de ce dernier, la
conjoncture et l'économie politique sont le plus souvent à mettre dans le même
panier, celui qui précède la boite à ordures. Quand il ne les regroupe pas
abusivement, ces deux disciplines lui semblent ne servir à rien pour deux
raisons opposées : elles sont trop théoriques, sans relation avec le quotidien,
et elles sont trop techniques quand elles ne sont pas ésotériques ou proches de
l'astrologie.
Le second aspect de l'approche libérale de la conjoncture consiste ensuite à
faire effectuer à celle-ci, sur le chemin de la respectabilité où elle se
trouve, un "cent quatre vingt degrés". Il s'agit de prendre la voie exactement
opposée à celle que les dirigistes ont fait suivre à l'économie politique
depuis le XVIIIè siècle. Quitte à conserver l'amas conjoncture-économie
politique mathématique, autant qu'il procède des principes libéraux plutôt que
du dirigisme.
Un exemple : la balance des paiements et l'exécution du budget de l'Etat sont
deux variables conjoncturelles que l'approche dirigiste présente au public sous
forme d'agrégats. Désinformé par la variable "balance des paiements" – déficit,
équilibre ou excédent -, il est sous-informé relativement à la variable "budget
de l'Etat" – l'"exécution du budget" est laissée de côté et son solde est
exprimé en pourcentage du PIB -.
Le demi-tour libéral supposerait :
- de ne plus parler du solde de la balance des paiements, étant donnée
l'inanité de la notion dans les systèmes monétaire et financier actuels, mais
de la liberté d'échange exprimée par le montant des importations et celui des
exportations;
- de définir le budget de l'Etat non plus en termes d'agrégats, mais de façon à
faire apparaître le tableau de l'état de droit, i.e. le niveau des libertés de
décision et d'action des individus non contraints par la réglementation
budgétaire et les engagements pris par les hommes de l'Etat et les
responsabilités qu'ils mettent en jeu ;
- de suivre dans le temps les indicateurs ainsi retenus ;
- d'insister sur les conséquences de leur évolution dès qu'il faudrait
s'attendre avec incertitude à l'une d'elles ou qu'il s'en produit une,
inattendue.
Chaque citoyen pourra alors tirer lui-même les conséquences de ces informations
et ne pas rester dans les filets des prédictions du conjoncturiste officiel et
de la pauvreté de ce qu'il dépeint.
Il y a fort à parier que cette approche révèlerait à l'individu qu'il a tout à
prêter attention à la conjoncture, maintenant que le conjoncturiste libéral ne
le traite pas en "clone", mais en individu libre et responsable, bref en son
semblable.
Epilogue : toujours le "portrait de Dorian Gray" en
France.
Quinze ans après que les lignes qui précèdent ont été écrites, il faut
reconnaître que les hommes de l'Etat et leurs conjoncturistes préférés
continuent à proposer des scenarii dirigistes.
Ces derniers n'ont pas changé malgré les alternances politiques.
L'approche libérale ne perce pas.
C'est toujours la référence à la balance des paiements en tant que prétendue
contrainte extérieure (cf. par exemple "L'arche du
protectionnisme"), c'est toujours l'impasse sur l'importance du budget de
l'Etat et son exécution, la vraie contrainte des citoyens (cf. par exemple,
"L'antidote au
rapport Pébereau").
Pourtant, entre temps, se sont produits beaucoup de faits, non prévus alors par
les conjoncturistes officiels.
En France, les hommes de l'Etat ont abandonné le franc et leur "souveraineté
monétaire" pour l'offrir à une banque - la Banque centrale européenne créée
entre temps pour l'occasion par plusieurs gouvernements de pays de l'Union
européenne - et pour faire utiliser par les citoyens, à la place, la monnaie
régionale originale dénommée "euro".
Quels que soient les résultats des élections périodiques, les déficits
respectifs des budgets de l'Etat ont flirté en permanence avec les 300
milliards de francs, désormais les 45 milliards d'euros.
L'ensemble ne situe donc guère sur le chemin de la liberté. Et l'approche
dirigiste de la conjoncture française, payée sur des fonds publics, a
vraisemblablement de beaux jours devant elle, jusqu'au jour où …
Car, l'U.R.S.S., exemple par excellence de la coercition abjecte faite "système
politique" depuis 1917, a disparu au début de la décennie 1990.
Les gens des pays de l'Est ont recouvré la liberté qu'ils avaient perdue depuis
la fin de la décennie 1930. Et certains d'entre eux sont désormais membre de
l'Union européenne, organisation internationale créée elle aussi entre
temps.
Pour ne pas parler de certains faits qui se produisent depuis quelques années
dans l'Asie du Sud Est, voire même en Chine "populaire".
Cet ensemble situe lui sur le chemin de la liberté. Et seule l'approche
libérale peut dépeindre la conjoncture de l'ensemble.
Retour au sommaire
de RSC
2. Le retour de la société civile
jeudi 1 mai 2008
La conjoncture, alibi du dirigisme.
Par Georges Lane le jeudi 1 mai 2008, 12:35
« billets précédents - page 9 de 30 - billets suivants »