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Paris, le 3 juillet 2017.










Il y a près de vingt ans, j’ai écrit un texte intitulé « La monnaie électronique » pour le Séminaire de théorie économique J.B. Say (cf. ce texte de 1999).

Selon la Commission d'enrichissement de la langue française (J.O.R.F. du 23 mai 2017), la monnaie électronique est une
« [m]onnaie dont des unités de compte sont stockées sur un support électronique ».


Près de dix ans après mon texte, Satoshi Nakamoto a expliqué des éléments de la première cybermonnaie dans plusieurs textes et, en particulier, celui-ci.

Selon la Commission précédente, la cybermonnaie est une
« [m]onnaie dont la création et la gestion reposent sur l'utilisation des techniques de l'informatique et des télécommunications »,

Bref, «
[l]a cybermonnaie ne doit pas être confondue avec la monnaie électronique ».


Reste que « monnaie électronique » et « cybermonnaie » sont des inventions ou innovations techniques des hommes qui, en tant que telles, ne sont pas des étapes ultimes d’un processus technique ancien, fût-il dénommé « monnaie ».

Elles méritent une analyse économique et non pas de rapiécer ou rafistoler un processus avec de fausses notions.


1. Inventions ou innovations et théories économiques.

Depuis que des savants économistes les ont inventées aux XIXème et XXème siècles, ni la "théorie de l'équilibre économique général" ni les approches de la "théorie macroéconomique" n'expliquent l'invention ni l'innovation.

Et pour cause.

Par construction, elles se donnent un équilibre (macro)économique général qu'elles sont censées expliquer et qui exclut toute notion d'innovation (cf. billet de mai 2012).
"Equilibre" et "innovation" font deux.


Et l'équilibre est le fonds de commerce des organismes privés ou publics, comptables ou autres, qui donnent des chiffres sur tel ou tel de ses aspects, font des études économétriques et croient se concurrencer dans ce qu'ils avancent.

Exemplaire est le récent rapport de la Cour des comptes (2017) sur le budget de l'état de la France qui parle d'"insincérité" et qui, tacitement, s'oppose aux comptables du budget de l'état qui l'ont établi ...

Exemplaires sont aussi les propos tenus ces derniers temps sur les "cybermonnaies".


2. En finir avec les fonctions de ce qu'on dénomme "monnaie".

Il ne s'agit plus de résultats en relation avec la notion d'équilibre, mais de fausses notions sur ses tenants et aboutissants, à savoir ce qu'on a dénommé dans le passé, à partir du XIXème siècle, "monnaie" et qui exclut là encore la notion d'invention ou d'innovation.

Il est question des fonctions données à la monnaie – moyen de paiement, unité de compte, réserve de valeur - comme si l'homme n'était pas seul à pouvoir tenir des fonctions et si les fonctions elles-mêmes n'étaient pas une mauvaise analyse de l'intermédiaire des échanges qu'a été la "monnaie" (cf. ce billet d'octobre 2016) ...

Celle-ci a même acquis une fonction nouvelle au XXème siècle selon quoi elle aurait une influence sur l'équilibre économique... 

A supposer qu'on admette le faux principe des fonctions, rien ne justifierait donc de la mettre de côté et de ne pas l'y ajouter aux autres.

Quitte à accepter ces notions dévoyés de "fonction", encore faut-il ne pas en oublier comme c'est le cas, par exemple, avec la fonction de politique monétaire.


3. Les "cybermonnaies". 

Autant "équilibre" et "innovation" font deux, autant "monnaie" et "invention" ou "innovation" font un.

Comme celui de la "monnaie", le point de départ des "cybermonnaies" doit se trouver dans la notion de "coût d'acte de l'échange" donné par les gens dans le cadre économique où ils se situent et où ils sont insatisfaits (à savoir le "coût de la situation", cf. ce billet de juillet 2016).

Cf. ci-dessous l'évolution (en bleu) du prix en dollar des Etats-Unis d'Amérique de la cybermonnaie dénommé "bitcoin" dans la période décembre 2010-septembre 2016:



Source : https://medium.com/@mcasey0827/speculative-bitcoin-adoption-price-theory-2eed48ecf7da


On remarquera que le prix du bitcoin est passé de moins d'un demi dollar en 2012 à près de 1000 dollar.

a. Le coût de l'acte d'échange.

Soit dit en passant, de deux choses l'une : pourquoi la monnaie existerait-elle s'il n'y avait pas de coût des actes d'échange ?

A cause des fonctions qu'on lui prête et qu'on parachute en cours de raisonnement ?

Mais ces fonctions ne sont jamais que des aspects de l'amoindrissement du coût de l'échange justifiant l'existence de la monnaie !

Ou bien il conviendrait que la monnaie ait amoindri le coût de l'échange jusqu'à zéro et qu'il revienne au même de dire qu'il n'y a pas de coût de l'acte d'échange ou que le coût de l'échange est nul.

Tout cela est pour le moins tiré par les cheveux et donc très critiquable d'autant qu'en pratique, chacun a bien conscience des coûts de l'acte d'échange qu'il supporte.

b. Le coût trop élevé.

Si le coût de l'acte d'échange est jugé satisfaisant, il n'y a pas de recherche d'invention ou d'innovation en la matière.

S'il est jugé "trop élevé" et s'il nuit, en conséquence, à des échanges de chacun, il y aura invention ou innovation à terme en dépit des obstacles que, le cas échéant, y mettront les hommes de l'état et leurs réglementations nouvelles destinées soi-disant à favoriser l'amélioration.

C'est le cas des "cybermonnaies" dont la recherche d'invention ou d'innovation repose sur des coûts d'échange "trop élevés" de ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui ...


4. Loi de l'économie et inventions ou innovations.

La recherche d'invention ou d'innovation est une façon de parler en économie politique de la "loi de l'économie" qui veut qu'on fasse toujours plus avec toujours moins (cf. ce texte, celui-ci de juin 2015 ou celui-ci de juillet 2015).

Elle cache un processus plus ou moins long et lent ...

On sait les succès qu'ont obtenus, en particulier, les physiciens en appliquant cette loi à "la Nature" et leur échec ... à l'expliquer aujourd'hui encore (cf. Omnès, 1994a).

La notion a été discernée par Frédéric Bastiat en 1850 quand il affirmait que :

"... c'est dans l'amoindrissement successif de la valeur que le progrès de l'humanité consiste." (cf. ce texte de mai 2015 ou celui-ci).

La valeur à quoi faisait allusion Bastiat recouvrait en vérité le coût de l'acte d'échange.
Son amoindrissement témoignait implicitement de la réalité de la "loi de l'économie" (cf. ce texte).

Et cette loi de l'économie est totalement ignorée, au moins aujourd'hui, par un grand nombre de gens, à commencer par les économistes qui semblent se réfugier derrière des théorèmes mathématiques.

Il faut le regretter car la « loi de l’économie » a été d'abord un principe philosophique et non pas une considération de physicien ou de mathématicien.

Son application a seulement permis aux physiciens du XVIIIème siècle de découvrir ce qui allait devenir la "mécanique classique".
Ils partaient du principe que "la Nature" menait toutes ses actions au moindre temps, au moindre effort ou à la moindre action.

Et, aujourd’hui, les propos un peu rapides de certains, économistes ou non, ne parlent plus d’"économie", mais de "mécanique" et d'"équilibre"!
Le serpent se mord la queue...

La "loi de l'économie" intrigue aussi les physiciens de la "mécanique quantique" qui l'y découvrent aujourd'hui (cf. Omnès 1994b).


Malgré ce qui est cru, importe à l'économiste non pas les quantités de choses, leur rareté (en général, non définie) et ce qu'on peut faire avec les techniques juridiques ou non, mais les coûts et les profits des actes qu'il a choisis de faire et comment la loi de l'économie se réalise.

Il faut être David Ricardo et ses disciples pour confondre quantité et coût et dénommer coûts des quantités (cf. Baudin, 1947).


Reste que l'invention ou l'innovation situe nécessairement ex post.
Ce n'est qu'après coup qu'on peut dire qu'il y a eu invention ou innovation.

L'invention ou l'innovation qu'a été ce qu'on a dénommé "monnaie" a été lente...
Ce fut un processus qui a perduré jusqu'à aujourd'hui au moins, au prix d'une course poursuite entre intermédiaire des échanges innovant et réglementations des hommes de l'état.

A ce jour, on ne connaît pas ses inventeurs.


5. Un dernier mot (provisoire).

Tout ce qui tourne aujourd'hui autour des "cybermonnaies" devrait donc s'articuler sur les coûts de la situation économique des gens, les coûts des actes d'échanges et de leur intermédiaire d'échange.

Au point où elle en est, une "cybermonnaie" n'est jamais en définitive que la tentative de mettre en concurrence l'organisation existante centrée sur la technique analogique dénommée "monnaie" par une autre technique, nouvelle, numérique, a priori plus performante.

Jusqu'à présent et depuis longtemps, les hommes de l'état se sont appropriés la technique analogique "monnaie" en faisant valoir de faux inconvénients de l'intermédiaire des échanges (contrefaçon...) et de faux remèdes (monopole de production obligatoire et interdiction à chacun de ne pas accepter) (cf. ce billet de novembre 2016).

La technique numérique "cybermonnaie" doit admettre ses vrais inconvénients (par exemple, de ce type) et faire valoir ses vrais remèdes.

Cela lui permettra de s'opposer ainsi, par avance, aux faux inconvénients et aux faux remèdes que ne manqueront pas de développer les hommes du monopole obligatoire inévitable actuel.








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