Paris, le 18 avril 2014.




1. Science et méthode.


La science, c'est la méthode de la connaissance (H. Poincaré 1908) et non pas la mesure comme aiment à le colporter des gens d'organismes aussi divers que la Cowles Foundation aux Etats-Unis d'Amérique (depuis 1932) ou l'I.N.S.E.E. en France (depuis 1946).

Poincaré s'était opposé à certaines tendances qui ne lui ont pas fait que des amis (cf. ce texte de novembre 2012)

La méthode procède de la liberté de penser et d'agir de vous et moi, personnes juridiques physiques, et de la logique (par opposition au polylogisme).


2. Rhétorique et analogie.

Sans méthode, pas de science, mais, dans le meilleur des cas, de la rhétorique au mauvais sens du mot pour ne pas dire, le plus souvent, de l'absurdité.

Faute de méthode dans une discipline de la pensée, c'est encore de la rhétorique mais aussi des méthodes empruntées sans réfléchir à d'autres disciplines.

C'est le cas de l'économie politique depuis le début du XXè siècle où des savants ont mis à côté de leurs raisonnements, les règles de droit.
Et ils ont remplacé le vide ainsi causé
- par l'application de telle ou telle mathématique ou bien
- par la transposition de l'application mathématique de tel ou tel phénomène d'autres sciences,
- pour ne pas parler du machin dénommé "comptabilité nationale" introduit en France à partir de 1946 qui n'a rien de la comptabilité,
tout cela sans justification.

En sont résulté les trois grandes voies que sont aujourd'hui:
- la théorie de l'équilibre économique général - qui est passée de la "théorie des systèmes" à la "topologie"... sans justification -,
- la théorie macroéconomique - qui multiplie des agrégats de la comptabilité nationale (comme les "objets frontières") au point que même des statisticiens ne s'y retrouvent plus (cf. Desrosières,  2003, op.cit.) - et
- la théorie microéconomique - et, par exemple, son application du théorème de Lagrange au phénomène de l'homo oeconomicus -.

En est aussi résulté la démarche qui consiste à introduire - ou, mieux, à parachuter - des considérations dans la théorie économique qu'on a en ligne de mire et à quoi, à chacune d'entre elles, on donne un nom censé représenter un élément de la réalité, par exemple, celui de la réglementation, comme si la théorie en question était un reflet de la réalité.


3. L'action d'échange de vous et moi.

Faute de méthode, il n'y a pas non plus de concept ou bien il y a des considérations non définies, déformées ou dénaturées, à commencer par ce qu'on dénomme "monnaie" depuis la décennie 1930 (cf. ce texte de juin 2013).

Exemplaire est "la personne juridique physique ne mène pas d'échange".
Cette proposition est, aujourd'hui, une hypothèse habituelle de la théorie économique principale, mais elle est en opposition à ce que chacun peut observer.

a) L'échange synallagmatique.

Qu'on le veuille ou non, toute personne juridique physique mène en permanence des actes d'échanges qui ont, chacun, un coût d'opportunité en relation avec les règles de droit où elle se trouve (cf. ce texte de 2011 à écouter).

L'échange est une action habituelle de chacun qui ne doit pas être confondue avec le résultat de celle-ci (cf. ce texte de février 2012).

Le malheur veut que, dans le meilleur des cas, la plupart des savants économistes privilégient à l'acte de l'échange le résultat de l'échange qu'ils supposent "observé" quand ils ne le construisent pas eux-mêmes avec des méthodes plus farfelues les unes que les autres.
Dans le pire, ils ont mis de côté l'échange pour monter à la place, au pinacle, la production ou la consommation.

Ils oublient le point de départ de l'économie politique, à savoir qu'on offre des marchandises (objets ou services) pour en demander d'autres.

Le plus souvent, les marchandises sont des éléments de la situation de la personne juridique physique que celle-ci veut modifier, étant donné son imagination de l'avenir.

Ou alors nos économistes la dénaturent en laissant entendre qu'on offre de la "monnaie" - mot à définir aujourd'hui... - pour demander des marchandises.

Le fait est que, dans ce cas, ils privilégient les résultats des actions d'échange de vous et moi par rapport aux actions elles-mêmes, au nom de l'"équilibre économique" - dont les définitions données sont presque aussi nombreuses que ceux-là mêmes qui utilisent l'expression... -.

Cela saute aux yeux avec, par exemple, les informations périodiques que les journalistes donnent sur les échanges d'un pays avec l'étranger (cf. ce texte d'août 2009).

b) La cannibalisation.

A défaut, les économistes en arrivent à cannibaliser l'acte d'échange par la production et la consommation, envisagées comme actions ou comme résultats d'action, et l'équilibre qu'ils leur donnent.

Il arrive aussi que, soit ils mettent l'accent sur la seule production, soit ils la mettent sur la seule consommation.

c) Le grand cannibale.

Et des savants n'hésitent pas à s'intéresser à l'organisme tentaculaire qu'est l'Etat ainsi qu'aux faux concepts que ses gens y ont introduit au travers de ce qu'ils dénomment la "comptabilité nationale" et ses agrégats, tout cela comme s'il y avait acte d'échange de marchandises entre les hommes de l'Etat et les citoyens.

Ils cachent que les hommes de l'Etat procède par dons et vols principalement, c'est-à-dire que ce dernier se moque des règles de droit que respectent les citoyens sous prétexte de "démocratie politique".

Ils cachent aussi que les hommes de l'Etat hésitent à articuler leur propos à la production ou à la consommation. 

d) Coût, coût...

A défaut ou en parallèle, des économistes font encore souvent l'hypothèse que ce qu'ils dénomment "coût de l'action d'échange" est nul, confondant ainsi beaucoup de choses scientifiques et, en particulier, admettant qu'il reviendrait au même qu'un coût n'existât pas ou qu'il fût évalué nul (cf. ce texte de mars 2012).


4. L'asymétrie méthodologique.

"La monnaie tombe du ciel" est une autre grande hypothèse habituelle "merveilleuse".
Elle est comparable à la précédente quoique, cette fois, on puisse au minimum en douter plus fortement.

Et, dans la foulée de l'hypothèse, des économistes prennent ce qu'ils dénomment "monnaie" aujourd'hui comme point de départ de certains raisonnements économiques ou politiques.

a) Sans échange, pas de monnaie.

Pourtant, il faut convenir que, sans échange, il n'y a pas de monnaie: la monnaie a pour raison d'être de diminuer le coût d'opportunité de l'acte d'échange de marchandises de chacun.

Et il faudrait comprendre que la croissance permanente de la réglementation de la monnaie tend à empêcher la permanence de la diminution (cf. ce texte d'avril 2014).

b) Sans monnaie, des échanges pas toujours faciles.

A l'opposé, sans monnaie, il peut y avoir des actes d'échanges de marchandises de vous et moi.

En effet, d’une part, il y a des échanges directs (sur la base de la fameuse "double coïncidence des besoins" de Jevons - 1975 - que les financiers américains ont dénommée "swap") qui donnent lieu à "prix relatifs".

Soit dit en passant, le mot américain "swap" n'est jamais qu'une façon de parler de l'échange direct: elle est chère aux financiers qui devient en français le mot "troc".

D’autre part, il y a des échanges qui n'ont pas été menés et qui ne seront pas menés à cause de leurs coûts d'opportunité évalués trop élevés par les personnes juridiques physiques.
  
Il n'y a pas alors de prix en monnaie dans ce cas - on dit aussi qu'"il n'y a pas de marché" -, que les hommes de l'Etat le veuillent ou non.

c) Le fait.

En d’autres termes, l’absence d’acte d'échange exclut la monnaie tandis que l’absence de monnaie n’exclut pas l’acte d'échange, le marché.

Pour cette seule raison d'asymétrie méthodologique, il n'y a pas a priori de relation de causalité particulière entre les échanges de marchandises et la quantité de monnaie.

Mais doivent y jouer deux rôles essentiels, à savoir, à la fois, le coût d'opportunité de l'acte d'échange et le coût d'opportunité de la monnaie.

Seulement, nos savants laissent aussi de côté ces coûts fondamentaux (cf. James Buchanan, 1969).


5. Un dernier mot.

De tout cela, des économistes de la "théorie de l'équilibre économique général" n'en ont donc cure et continuent leur petit bonhomme de chemin de l'équilibre depuis qu'ils ont jugé qu'y étaient désormais introduits avec succès ce qu'ils dénomment le temps et l'incertitude (décennie 1960).

De la même façon, des économistes de la "théorie macroéconomique" s'en moquent et font des acrobaties de politique économique - en "novlangue", on parlera de scénarii ou de scénarios - en relation avec l'équilibre macro économique ou la croissance (cf. ce texte d'avril 2014).

Et des économistes de la "théorie microéconomique" s'en tiennent à des expressions mathématiques tant du temps que de l'incertitude qui n'expliquent strictement rien.

Les travaux des centres de recherche des institutions internationales créées après la guerre de 1939-45 sont exemplaires de ces défauts.


Tout cela est bien triste pour la connaissance de l'économie politique.





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