Paris, le 7 juillet 2014.





1. Les mots.

Existe-t-il une science dont les mots définissant la réalité soient plus déformés ou dérivés, voire plus dénaturés, que ceux de l'économie politique?

On peut se poser la question quand on en fait l'état des lieux.


2. Le "popperianisme".

Mais il y a la proposition qu'"une théorie ne serait pas scientifique quand elle n'est pas falsifiable" (cf. K. Popper) qui complète le désastre.

Cette proposition ne fournirait-elle pas un début de réponse à la tragédie?

On falsifierait les mots pour que telle ou telle théorie économique devînt falsifiable, et donc scientifique..., ou pour donner l'impression qu'elle l'est?

Seulement, il n'est plus à démontrer que la proposition de Popper est absurde et que le raisonnement économique doit l'emporter sur la pseudo méthode scientifique.


3. Droit naturel et économie politique.

II y a aussi une seconde proposition plus ancienne, mais tout aussi désastreuse, qui est de temps à autre évoquée.

Elle procède des débats qui avaient opposé, au début du XIXè siècle, des économistes sur les liens à établir entre le droit naturel et l'économie politique.

Beaucoup considéraient que la richesse ou la valeur, mots synonymes, d'un côté, et, de l'autre, la propriété ou le droit, autres mots synonymes, avaient leur origine commune dans un même fait qui n'était pas autre que la limitation de certains biens ou la rareté de certains objets utiles.

Ils considéraient que les choses qui avaient de la valeur et qui constituaient la richesse proprement dite (dénommée à l'occasion "richesse sociale"), étaient exactement les mêmes choses qui tombaient dans la sphère du domaine personnel et qui devenaient l'objet de la propriété.

Selon eux, l'étude de la propriété et celle de la richesse devaient s'éclairer mutuellement, elles ne pouvaient rester isolées l'une de l'autre, sans se condamner à une profonde et éternelle obscurité.
L'étude du droit naturel et de l'économie politique pouvait et devait marcher ensemble, pour le plus grand avantage de l'une et de l'autre science.

Pour autant, il ne suffisait pas de dire que le droit naturel et l'économie politique devaient se prêter un mutuel appui.
Certains d'entre eux ayant pris soin de dire qu'ils étaient d'accord qu'il existât une relation entre le droit naturel et l'économie politique, il leur restait à préciser ses caractéristiques, en particulier, à dire s'ils soutenaient que l'une était le fondement de l'autre.


Ils en sont arrivés à considérer que la théorie de la valeur était une introduction nécessaire à celle de la propriété et non pas que la théorie de la propriété fût l'introduction nécessaire à celle de la valeur.

Selon eux, les notions du droit naturel étaient subordonnées aux principes de l'économie politique, sinon dans leur essence et dans leur origine, au moins dans leur application et dans leur développement.


Reste qu'au minimum, la limitation de certains biens ou la rareté de certains objets utiles ne saurait cacher le jugement qui y conduit et faire oublier la quantité restreinte.


4. L'économie politique en tant que science de la valeur.

Qu'à cela ne tienne, il ne faudrait pas oublier qu'au départ et longtemps, l'économie politique a certes été la science de la valeur - à définir (cf. ci-dessous) -, mais que des économistes l'ont beaucoup diversifiée au point qu'au XXè siècle, ils sont arrivé à un stade où, par exemple, John Maynard Keynes, dans La théorie de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936) et relativement à la notion de taux de l'intérêt, jugeait que :

" ... l'Ecole classique a adopté deux théories du taux de l'intérêt foncièrement distinctes, l'une dans le volume 1, la théorie de la valeur, et l'autre dans le volume 2, la théorie de la monnaie." (Keynes, 1936, p.197)

Et Keynes de poursuivre quelques pages plus loin:

"Tant que les économistes s'occupent de ce qu'on appelle la théorie de la valeur, ils ont coutume d'enseigner que les prix sont régis par les conditions de l'offre et de la demande [...]

Mais lorsque, le plus souvent dans un ouvrage séparé, ces économistes abordent la théorie de la monnaie et des prix, on n'entend plus parler de ces notions simples sans doute, mais faciles à comprendre." (ibid. p.308)

Il apparaît ainsi qu'en plus d'être muet sur la science du droit naturel et fort de la théorie de la valeur et de celle de la monnaie qu'il a juxtaposées, Keynes a été muet sur la praxéologie, domaine essentiel de l'économie politique, et est resté coincé, si on puit dire, soit dans les choses soit dans les marchandises.


5. Les choses, des objets ou des services.

Les choses que tout un chacun peut discerner dans la réalité sont décomposables en deux grandes catégories:
- l'objet matériel, tangible ou corporel, et
- le service, objet incorporel.

"Un bien économique ne doit pas nécessairement être incorporé en quelque chose de tangible.
Les biens économiques non matérielles sont dénommés services".

"An economic good does not necessarily have to be embodied  in a tangible thing.
Non material economic goods are called services" (Mises, 1949, p.94)

Selon les uns, l'objet matériel est essentiel, selon d'autres, c'est le service qui l'est, selon des troisièmes, il existe une relation entre objet matériel et service à ne pas mettre de côté.

5.a. Produits et facteurs de production.

Selon des quatrièmes, produites ou productibles, les choses ne doivent pas cacher les facteurs de production connues sous les trois grandes catégories suivantes :
- le travail, de type "service",
- le capital, de type "objet" ou "service",
- la matière première, de type "objet".

Toutes ces choses sont rassemblées par les savants de la théorie économique dans des concepts mathématiques, soit dans la "fonction de production", soit, en relation avec un seul produit, dans la "fonction de coût de production".

La fonction de production donne lieu aux notions de productivités marginale et moyenne d'un facteur de production, la fonction de coût de production aux notions de coûts marginal et moyen du produit.

5.b. Les prix implicites, des quantités unitaires convenues.

Reste que le coût de production ne doit pas cacher les prix des facteurs de production qui ont été employés implicitement et qui permettent d'additionner leurs quantités pour en donner le coût.

Ces prix cachent eux-mêmes des échanges effectués, libres ou non, des quantités de facteurs de production qui, à leur tour, vont donner lieu à des échanges, ceux des produits obtenus, en totalité ou en partie.

Les prix des facteurs de production sous tendent ainsi les prix des produits.
Il s'ensuit qu'en théorie, il est possible de considérer que les prix des produits sont potentiellement des prix des facteurs de production attendus avec incertitude.
Réalisés, les produits échangés deviennent des "sous jacents" comme disent les financiers...


6. Les marchandises, des objets ou des services.

Quand les choses (objets ou services) sont échangeables ou échangées, une façon de s'exprimer en économie politique est encore de dire que les choses en question sont des marchandises à défaut de dire qu'elles sont échangeables.
On n'y insiste pas, on le devrait.

Ou bien, d'emblée, on a inversé la démarche précédente.
Dans ce cas, à partir de la marchandise, qu'on fait plus ou moins "tomber du ciel", on dit que celle-là a deux catégories possibles, à savoir
- l'objet ou
- le service,
et on se fait fort de leur donner une valeur "bien" ou "mal"...

Et n'oublions pas qu'il n'existe pas
- des services marchands et
- des services non marchands.

Parler d'un service marchand est un pléonasme, parler d'un service non marchand est un oxymore (cf. texte de juin 2014 cité).
Le "service marchand" est un pléonasme - tout service effectué était nécessairement marchand - tandis que le "service non marchand" - cette "obscure clarté..." - est un oxymore dont, soit n'ont que faire les socialistes qui l'emploient, soit ils essaient d'en tirer des fruits qui ne pourront être que vénéneux.

6.a. Les prix et taux d'intérêt explicites, des quantités unitaires convenues.

Reste que, poussé au terme de ce qu'il cache, à savoir l'action d'échange des deux parties en débat, le contrat de marchandises peut donner lieu à un prix d'accord des parties, un prix d'égalité ou d'équilibre.

Si tel est le cas, le prix n'est jamais qu'une quantité unitaire d'une marchandise dans l'autre, et rien d'autres.

Le taux d'intérêt est pour sa part une quantité unitaire d'une marchandise future dans la marchandise présente.

Et s'il n'y a pas d'échange, il n'y a pas de prix possible (d'où l'absurdité implicite de la fonction de coût de production évoquée ci-dessous) !

6.b. Les informations en tant que marchandises.

Avec l'essor des sciences physiques, une marchandise d'un genre nouveau a vu le jour au XXè siècle, à savoir l'information.

L'information n'existe qu'autant qu'elle est échangée sous codage analogique ou codage numérique.

L'information est à distinguer des informations passées que sont les données et qui sont mises en réserve ici ou là.


7. La valeur, un bien ou un mal.

Objet ou service, vous ou moi donnons une valeur à la chose ou à la marchandise et précisons qu'elle est "bien" ou "mal" - quand nous n'oublions pas de préciser le jugement -.

N'oublions jamais en effet que :

"La valeur n'est rien d'inhérent aux biens [...]
[n'est] pas une propriété de ceux-ci, ni une chose indépendante existant en elle-même.
C'est un jugement que les individus font de l'importance des biens [...]
la valeur n'existe pas en dehors de la conscience des individus" (Menger, 1871, pp.120-21)

Le cas échéant, on identifie le bien (ou le mal) et telle ou telle quantité de chose, ce qui amène aussi à voir dans la valeur une quantité...

Selon Frédéric Bastiat, au XIXè siècle, pour qui les objets n'ont pas d'importance, seuls les services que vous et moi faisons en ont, il faut aussi faire intervenir les circonstances qui contribuent à augmenter ou à diminuer le principe de la valeur.

7.a. La rareté.

Beaucoup introduisent comme notion économique la notion de rareté, ils y voient une notion objective.
C'est une erreur.
C'est l'oubli que quelque chose ou quelque marchandise à quoi on a donné une rareté n'est jamais que quelque chose ou quelque marchandise à quoi on a fixé une limite, consciemment ou non.

La rareté n'est jamais qu'une valeur en relation avec celle de la quantité (cf. Pareto, op.cit., §26).

7.b. Utilité ou ophélimité.

Dans la foulée, on peut juger satisfaisant d'associer une "utilité" ou une "ophélimité", caractéristique de la valeur donnée, à une quantité de la chose ou de la marchandise.

Et, après raisonnement, on peut être conduit à insister sur l'"utilité marginale" ou l'"ophélimité élémentaire" de la quantité de chose ou de marchandise.

Mais attention aux propos ambigus, voire dénaturant, de Vilfredo Pareto:

"Toute chose qui, soit directement, soit indirectement, par les services qu'elle rend ou les autres choses qu'elle procure, a une ophélimité élémentaire appréciable par un individu, est dite bien économique pour cet individu" ( Pareto, 1896, §31 )

Seuls, vous ou moi rendons ou procurons une chose ou marchandise, non pas la chose ou marchandise elle-même.
Force est de reconnaître que, dans l'ouvrage, Pareto tenait des propos contradictoires sur le sujet.

Suivant en cela Murray Rothbard:

"Le bien n'est pas défini par ses propriétés technologiques, mais par son homogénéité aux exigences et aux souhaits des consommateurs"

"Good is not defined  by its technological properties, but by its homogeneity in relation to the demands and wishes of the consumers" (Rothbard, 1997, p.302)

Mais n'oublions pas qu'il n'y a pas des "biens et services", il y a soit des biens soit des objets ou des services qu'on juge de type "bien" (cf. ce texte de juin 2014).

7.c. Valeur d'usage ou valeur d'échange.

A défaut de s'intéresser à la chose ou à la marchandise et au jugement qu'on porte sur celle-ci, on met l'accent sur les actes menés par vous et moi et on considère qu'au moins depuis John Locke (1632-1704), il y a deux grandes valeurs données à l'acte de la personne juridique physique, de vous ou moi, à savoir:
- la valeur d'échange (ou valeur de marché) et
- la valeur d'usage.

Et on peut l'appliquer à la chose ou à la marchandise.
Et ce sera le cas avec la "monnaie" (cf. ci-dessous).

La valeur d'usage cache le droit de propriété qui a été donné à l'acte tandis que la valeur d'échange - ou de marché - cache un contrat d'échange de droits de propriété, de marchandises, entre les parties.

7.d. Coûts ou profit.

Autre façon de s'exprimer sur la valeur, on s'intéresse aux tenants et aboutissants de l'acte mené par vous ou moi et on définit deux grandes catégories de valeur, à savoir:
- le coût d'opportunité, revenu de l'acte abandonné le plus important,
- le profit attendu avec incertitude, différence entre le revenu attendu avec incertitude et les dépenses supportées.

Ces catégories peuvent être, le cas échéant, assises sur des chiffres (cf. ci-dessous la mesure).

Attention au coût de production qui a été évoqué ci-dessus, en conséquence de la fonction de production, et qui n'existe qu'à cause de l'hypothèse implicite des prix des facteurs de production.
Le coût de production n'est jamais qu'une valeur qui n'apparaît pas telle à cause de l'hypothèse précédente.

7.e. Pertes ou gains.

Dernière façon de s'exprimer sur la valeur, on se situe ex post et on dénomme les résultats de l'acte choisi mené.
Il peut s'agir :
- de gains (de bénéfices) ou
- de pertes (de maléfices...).

Ces résultats ne sont que la conséquence du profit attendu avec incertitude, ex ante.

Soit dit en passant, le "compte de pertes et profits" de la comptabilité privée d'hier - devenu aujourd'hui "compte de résultats" - mettait sur un même plan deux notions qui n'auraient pas dû s'y trouver, à savoir
- la notion de perte et
- la notion de profit.

Sauf prise pour un anglicisme, la "mauvaise" notion de profit cachait la "bonne" notion de bénéfice ou de gain.

En toute rigueur, dans une perspective ex ante, elle aurait dû faire intervenir le bonheur ou le malheur de l'acte, étant entendu que le mot "heur" a été longtemps un mot neutre tout comme pouvait l'être le mot "chance" (avec malchance et bonne chance).

7.f. Risques et facteurs de risque.

Aujourd'hui, le mot souvent employé - à toutes les sauces - à la place des mots précédents, est le mot "risque" qui n'est jamais qu'un mot technique que s'étaient donnés les assureurs à partir du XIXè siècle pour bien cibler leur activité et désigner les pertes de choses juridiques (étant donné la propriété ou la responsabilité) attendues avec incertitude.
En d'autres termes, le risque cache une valeur, un coût.

En plus d'être dénaturé, le mot est confondu avec l'autre mot, hier technique, de "facteur de risque" qui désignait les causes de la perte, humaine ou non, leur survenance.
En d'autres termes, le facteur de risque n'a rien à voir avec la valeur.
Exemplaire est le "risque systémique"...

7.g. L'échangeabilité, risque d'acte d'échange.

Depuis quelques années, des économistes ont introduit, en anglais, la notion de "tradable" et celle de "traded" pour "échangeable" et "échangé" et les notions de "tradable" et de "not tradable" pour "échangeable" et "non échangeable".
A priori, ils ont ainsi donné à des choses des valeurs, leurs valeurs.

En vérité, ils ont exprimé sous ces formes les vieilles formes de la chose ou de la marchandise, échangeable ou non échangeable.
Ils ont fait apparaître que la marchandise était une valeur par rapport à la chose que lui donnait vous ou moi.

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil sinon la capacité d'introduire ensuite les notions de "risque d'échangeabilité" et de "risque de non échangeabilité" et d'en déduire éventuellement des conséquences.

Une chose est certaine : une marchandise échangeable est un pléonasme et une marchandise non échangeable un oxymore.


8. La monnaie.

On constate qu'à l'expérience, dans le passé, parmi les marchandises et non pas les choses, certaines ont reçu des gens, de nos ancêtres, progressivement, la valeur d'être plus facilement échangeable que d'autres, façon rhétorique de ne pas parler de la réduction du "coût de l'échange" qu'a réalisé l'existence de la monnaie et à quoi tout économiste sensé devrait être sensible (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui).

Ces marchandises d'une valeur particulière ont été dénommées alors "monnaie", avant qu'elles en arrivassent à être des pièces d'argent, d'or, de cuivre, etc., et cela jusqu'au XXè siècle.

8.a. Les prix en monnaie, des quantités unitaires convenues.

Les contrats d'échange de marchandises qui débouchaient sur un accord des parties, une égalité ou un équilibre du marché, selon le mot qu'on préfère prendre, sont devenus alors des contrats entre marchandises et monnaie.

Dans ces conditions, leurs prix d'accord, d'égalité ou d'équilibre, à savoir les prix en monnaie des marchandises, ont caché qu'ils étaient des quantités unitaires de monnaie.

8.b. Pouvoir d'achat.

N'imaginant pas les désastres que la notion susciterait par la suite, des économistes ont introduit au XIXè siècle la notion de "pouvoir d'achat" de la quantité de monnaie comme si la monnaie pouvait être quelque chose d'objectif, qui s'imposait à vous ou moi par un pouvoir...

Valeur d'échange et pouvoir d'achat étaient en effet pris pour des synonymes.

Mais autant Vilfredo Pareto était réservé vis-à-vis de la notion dans son livre cité, qu'il dénommait "puissance d'achat" (cf. Pareto, op. cit. §§75-76 ), autant Ludwig von Mises n'a pas hésité, quelques années plus tard, à parler de la "valeur objective du pouvoir d'achat de la monnaie" dans son ouvrage intitulé Théorie de la monnaie et du crédit (1912).  On peut le regretter.

8.c. Les substituts de monnaie bancaires.

Heureusement pour l'humanité, on constate qu'avec le temps, les gens ont découvert des façons d'améliorer ce qu'était, à l'origine, la "monnaie", par l'intermédiaire de ce qu'est devenue la firme "banque d'émission de monnaie".

L'innovation qu'était la banque d'émission de monnaie a créé en vérité des "substituts de monnaie" (billets ou dépôts chez elle) à partir de la quantité de monnaie et non pas de la monnaie (comme il l'est trop dit sans réserve).

Elle créait dans la foulée des mesures de la quantité de monnaie de diverse nature dans le cadre de la comptabilité bancaire (et de son unité de compte) à quoi elle donnait aussi naissance..

8.d. Les substituts de rien bancaires.

Malheureusement, on constate aussi qu'avec le temps, les hommes de l'Etat ont réglementé, sans raison, les marchandises "monnaie", les banques et la comptabilité bancaire.

Et ils sont parvenus au XXè siècle à ce que la réglementation de la monnaie prive celle-ci de sa caractéristique "marchandise", qu'elle en soit dépourvue par l'interdiction de la convertibilité de la monnaie en circulation (cf. ce texte de mai 2011), pour devenir quelque marchandise dont peu de gens parlent aujourd'hui malgré l'illusion croissante de réalité qu'elle colporte depuis la décennie 1930.
Combien cela durera-t-il encore?

Désormais, ce qu'on dénomme "monnaie" n'est qu'un "substitut de rien bancaire" au sein d'une comptabilité bancaire, elle-même réglementée, que personne ne maîtrise comme le démontrent les "crises actuelles" et les propos à leur sujet (cf. ce texte de janvier 2014).


9. Les créances/dettes, des titres de finance.

Depuis longtemps, et parallèlement aux choses, marchandises ou monnaies précédentes, les créances/dettes, les titres de finance, étaient des types de contrats d'échange inter temporel entre les personnes juridiques qui faisaient intervenir ou non des quantités de monnaie.

Ils étaient a priori indépendants de la monnaie.

Leur "prix" faisait intervenir un taux d'intérêt, rapport d'une quantité future sur une quantité présente convenu.

9.a. Monnaie et taux d'intérêt.

Malheureusement, ce taux d'intérêt - il a été dénommé au départ, au XIXè siècle, le taux d'escompte - est devenu l'ostensoir de la banque centrale et des économistes ont identifié la monnaie et le taux d'intérêt de la monnaie.
On n'en est jamais sorti.

9.b. Monnaie et fausses créances.

Avec la réglementation de ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui, la banque centrale privilégiée peut manipuler les créances, contreparties comptables de la "monnaie" (cf. ce texte de janvier 2010).

Mais les fausses créances ne peuvent durer qu'un temps...


10. Les actions ou parts de société de capital, d'autres titres de finance.

De même, les actions ou parts de société de capital ont vu le jour comme des droits de propriété des actionnaires (ou sociétaires) sur les revenus futurs qu'ils pouvaient prévoir tirer du fonctionnement de la société de capital.

Elles étaient là encore indépendante de la monnaie et leur prix cachait un rapport entre une quantité future et une quantité présente convenu.


11. Les instruments de dérivés financiers, les derniers titres de finance en date.

Les instruments de dérivés financiers sont des catégories nouvelles des titres de finance dont peuvent convenir les gens.

Malheureusement, ils ont été pris en main par des mathématiciens coupés de connaissances minimales en économie politique dont les résultats ont donné lieu à de graves désordres empiriques, comme on a pu le constater ces dernières décennies.


12. La mesure.

Tous les éléments précédents sont en général rassemblés, de façon rhétorique, dans la notion de "richesse" ou dans celle de "patrimoine" comme valeur, soulevant ici ou là des problèmes de mesure concrets, mais toujours ex post.

La mesure qui se veut objectif, ne saurait être confondue avec la valeur qui est nécessairement subjective.

Soit dit en passant, quoique cela soit caché ou ignoré, il faut savoir qu'ex ante, seuls les acteurs peuvent avoir des mesures, les tiers ne sauraient en avoir de personnels:
"Le coût ne peut pas être mesuré par quelqu'un d'autre que le décideur car il n'y a aucun moyen que l'expérience subjective puisse être directement observée".

"Cost cannot be measured by someone other than the decision-maker because there is no way that subjective experience can be directly observed" (Buchanan, 1969, p.42)

Le problème a été simple à résoudre quand les choses ou les marchandises n'étaient que des objets matériels.

Il suffisait de faire appel aux "poids et mesures" de la science physique:
- les choses ou marchandises donnaient lieu à quantités et unité de quantité,
- les contrats de marchandises aboutis donnaient lieu à prix ou quantités unitaires convenues.

Soit dit en passant, mais il faut insister sur le point, tout prix cache deux valeurs relatives égales, deux quantités relatives égales des deux personnes juridiques physiques qui ont échangées.
Et une erreur est de voir dans tout prix une quantité absolue.


Le problème de mesure est devenu plus compliqué dans le cas où était en question un service, à commencer par le travail d'untel ou d'untel.
La tentation a été de faire intervenir le "temps" de travail, empruntant ainsi une notion aux sciences physiques, celle de "temps".


Quand le service et la quantité de monnaie ont été en question, le principe du contrat offrait néanmoins une mesure simple dès lors qu'il débouchait sur un accord des parties.
Il y avait alors prix en monnaie ou quantités unitaires convenues de monnaie ou de substituts de monnaie bancaires.


Mais depuis le XXè siècle où ce qu'on dénomme "monnaie" n'a plus de référence en relation avec les poids et mesures de la physique, la complexité est devenue extrême.

Ce qu'on dénomme aujourd'hui "taux de change" des monnaies ou "taux de change" d'une monnaie dans une autre est exemplaire : elle est sans réalité malgré les mesures de quoi il est fait mention.


Restent donc seules les utilités marginales, les ophélimités élémentaires de marchandises ou de choses de vous (ou moi), connus de vous (ou moi) seul, comme instruments de mesure, c'est-à-dire de valeur.


13. Les hommes de l'Etat.

Reste aussi la démarche des hommes de l'Etat qui prétendent savoir et avoir les connaissances nécessaires à la mesure, peu importe la valeur.

Quoiqu'ils ne les aient pas, ils veulent pouvoir comparer les utilités ou ophélimités marginales de vous et moi - qu'ils prétendre connaître -, les soustraire ou les additionner.

L'utopie est totale.


14. Les anti concepts.

Ils ne craignent surtout pas de reprendre vaille que vaille les anti concepts de "biens et services" et de "services marchands et non marchands".

Il n'y a pas des "biens et services", mais seulement des objets ou des services à distinguer soigneusement.

Il n'y a pas non plus des "services marchands" et des "services non marchands", mais seulement des services difficilement mesurables.

Ces notions sont chères aux statisticiens de la comptabilité nationale, mais ceux-ci, parfois, au détour d'un paragraphe, reconnaissent qu'ils sont allés trop loin dans leur démarche, au point, par exemple, d'introduire des "objets frontières" dans leur méthode, des "inconnaissables", ce qui n'a plus guère de sens (cf. ce texte de février 2010).


15. Un dernier point.

Pour conclure ce billet sur des aspects de la destruction actuelle de l'économie politique, compte tenu de ce qui précède, il faut insister sur le fait qu'il n'y a pas de "produit intérieur brut" ou de "production intérieure brute" (en sigle P.I.B.), point fondamental des comptables nationaux (cf. par exemple ce texte de juin 2014).
Gardons-nous des rapports sur telle ou telle valeur ajoutée du genre "rapport Cotis" (2009) (cf. le texte).

Il y a seulement, étant donné la réalité des choses et la dernière production de choses en date créée, des échanges de marchandises effectués par vous et moi, soit libres, soit obligés par les hommes de l'Etat, sous peine de sanctions, l'obligation infligée par les hommes de l'Etat donnant lieu soit à des dons (subventions), soit à des vols (impôts et taxes).

Ces échanges n'ont rien à voir avec la "valeur ajoutée" des statisticiens reprise par les hommes de l'Etat, la "valeur ajoutée" n'étant pas une valeur, mais un anti concept (cf. cet audio de juillet 2008).






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