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Paris, le 3 décembre 2016.






1. Le vocabulaire de l'économie politique.


Dans son livre intitulé Harmonies économiques (1850), Frédéric Bastiat a eu l'occasion d'écrire :

"Chapitre X.

L’économie politique n’a pas, dans tout son vocabulaire, un mot qui ait autant excité la fureur des réformateurs modernes que le mot concurrence, auquel, pour le rendre plus odieux, ils ne manquent jamais d’accoler l’épithète : anarchique. [...]

concurrence, ce n’est qu’absence d’oppression.[...]

Il est évident que la concurrence, c’est la liberté.
Détruire la liberté d’agir, c’est détruire la possibilité et par suite la faculté de choisir, de juger, de comparer ;
c’est tuer l’intelligence, c’est tuer la pensée, c’est tuer l’homme."  (Bastiat, 1850, chap.10)


Quelques décennies plus tard, Vilfredo Pareto dans son Cours d'économie politique 1896-97, qui partageait les propositions de Bastiat, écrivait :

"43. Les biens économiques peuvent se transformer les uns en les autres,
soit matériellement, par la production,
soit économiquement, par l'échange. "

et quelques lignes plus loin:

"416. [...] La monnaie métallique, comme tous les autres biens économiques, se distribue sous l'action de la libre concurrence entre les différents pays, et, dans le même pays, entre les différents individus, de manière à assurer à chacun le maximum d'ophélimité compatible avec les conditions économiques existantes. "


Par ce mot "concurrence", Pareto faisait référence, en fait, à la liberté.

Aujourd'hui, et depuis maintenant un certain temps, la concurrence qui fait toujours se dresser un maximum de gens  (cf. ce texte de décembre 2009), n'est plus "anarchique", mais "imparfaite".

Des économistes postérieurs à Bastiat, lui ont opposé la concurrence "pure et parfaite", prétendu idéal qu'ils s'étaient chargés d'écrire en termes mathématiques (avec la "théorie de l'équilibre économique général" de Léon Walras et consorts ...).

Il en a été ainsi car nos économistes ont appliqué une notion mathématique pour pouvoir interpréter la notion économique de concurrence ou, si vous préférez, la notion réelle de liberté.


2. L'élasticité-prix en monnaie.

Cette notion, c'est l'"élasticité-prix" de la courbe d'offre de marchandises, notion mathématique largement employée par les physiciens, d'où d'ailleurs sa dénomination...

Dans un billet récent (cf. ce texte d'octobre 2016), il a été vu que les notions de courbe d'offre et de courbe de demande avaient été inventées par Antoine-Augustin Cournot en 1838.

Pour préciser ces deux hypothèses économiques, des économistes ont introduit le rapport arithmétique de la variation relative de la quantité à la variation relative du prix en monnaie qui est dénommé "élasticité-prix".

La courbe de demande a été caractérisée par une élasticité-prix décroissante de 0 à +∞ tandis que la courbe d'offre l'a été par une élasticité-prix croissante.

Et nos économistes de passer, sous prétexte de simplification, à l'une des deux limites de l'élasticité-prix de l'offre, à savoir l'élasticité-prix nulle et l'élasticité-prix infinie.

Ils ont interprété l'élasticité-prix nulle comme une quantité de marchandises fixée et l'élasticité-prix infinie comme une offre de marchandises dont l'opposé de l'élasticité-prix infinie correspondait à un prix en monnaie fixé...


3. L'"élasticité-prix" infinie et la concurrence.

Pour cette dernière raison, ils sont même allés au-delà et ont interprété l'élasticité-prix infinie comme la "concurrence" - "pure et parfaite" ... pour une partie d'entre eux -.

Et des économistes qui avaient fui le communisme, ont pu, à partir de la décennie 1930, en particulier aux Etats-Unis d'Amérique, y développer des textes à n'en plus finir sur la "concurrence imparfaite".

Soit dit en passant, J.M. Keynes y a été sensible...


4. Les fixations de prix en monnaie par les hommes de l'état.

Reste que l'interprétation a été biaisée pour ne pas dire volontairement falsifiée.

Si les hypothèses de leur économie politique n'avaient pas exclu d'emblée les règles de droit et les réglementations du législateur ou des pouvoirs publics, ils se seraient vraisemblablement rendu compte que l'"élasticité-prix" infinie de l'offre de marchandises ouvrait des chemins différents.

Elle avait, au moins, une autre grande interprétation possible que celle de la concurrence.

Cette interprétation, c'est tout simplement les réglementations de fixation des prix décidées par les hommes de l'état.


5. L'ambiguïté.

Pour l'extra-terrestre de passage dans le monde..., les prix en monnaie fixés témoignent ainsi autant de la concurrence que de la réglementation des prix en monnaie par les hommes de l'état.

Mais alors que la concurrence va de pair avec des "marchés blancs" et ne saurait cacher quelque coût économique que ce soit, les réglementations des prix en monnaie vont de pair avec des "marchés noirs" et cachent des coûts économiques importants, le plus souvent laissés de côté par les économistes officiels.

Pour ces raisons, il n'y a plus grand diamètre que celui qui sépare la concurrence et les réglementations de prix en monnaie par les hommes de l'état.

Il laisse entendre qu'il y aurait des prix en monnaie, voire tous, qui ne seraient pas, avec les quantités de marchandises qui vont de pair, le résultat des échanges, qu'il y aurait une espère de déterminisme des prix en monnaie, pour ne pas dire une fatalité.

Exemplaires sont d'ailleurs les hypothèses de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie où les prix en monnaie des marchandises n'interviennent pas, mais où, curieusement, interviennent les taux d'intérêt maîtrisés par le banquier central.


6. L'absurdité.

La falsification de la concurrence ne s'arrête pas là.

En établissant implicitement une équivalence entre concurrence et réglementations des prix en monnaie par les hommes de l'état, l'élasticité-prix en monnaie est une absurdité économique.

Puisque dans l'hypothèse où il y a élasticité-prix infinie de l'offre, le prix donne l'impression d'échapper à l'offre, tout se passant comme si le prix fixé était déterminé par un "deus ex machina".

Et, pour certains, c'est la demande qui devient "reine".

Dans ce cas, loin d'être un symbole de la liberté, la concurrence devient un symbole d'une espèce de "contre liberté" déterminée par … la demande.

Dans la foulée, des économistes ont refusé que les prix en monnaie des marchandises soient considérés comme des solutions aux troubles, mais les troubles eux-mêmes.

Ils se sont faits forts de demander aux hommes de l'état de veiller à la stabilité des prix, étant donné les conseils qu'ils donnaient.


Tout cela fait apparaître l'étendue du mal que peuvent constituer l'application de telle ou telle mathématique à l'économie politique, puis sa prétendue interprétation.






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