A Paris, le 9 août 2014.





1. Quelques points de vue sur l'économie politique.


a. Henri Guitton.

En 1979, Henri Guitton, professeur de sciences économiques à l'université de Paris I Sorbonne, concluait son livre intitulé De l'imperfection en économie avec, en particulier, ses mots:

"Il s'agissait de savoir ce qu'était l'objet de l'économie politique.

La question reste actuelle, toujours la même, bien qu'elle s'exprime en termes nouveaux.

Je me demande aujourd'hui si l'opposition que j'avais proposée entre
- 'l'économie politique à l'image des sciences physiques' et
- 'l'économie politique science de l'action humaine'
ne garde pas sa valeur, mais dans l'atmosphère renouvelée par l'épistémologie contemporaine qui nous a permis de lever certaines ambiguïtés." (Guitton, 1979, p.225)

Il était un des rares économistes de l'époque à ne pas mettre de côté l'école de pensée économique autrichienne.

b. Friedrich von Hayek.

Quarante ans plus tôt, Friedrich von Hayek avait précisé le propos en écrivant que :

"Dans les sciences sociales, toutefois, la situation est exactement l'inverse [des sciences naturelles].

D'une part, l'expérimentation est impossible : nous ne pouvons donc connaître des règles définies dans le phénomène complexe comme dans les sciences naturelles.

D'autre part, la situation de l'homme à mi-chemin entre les phénomènes naturels et les phénomènes sociaux
- dont il est l'effet en ce qui concerne les premiers, et la cause, en ce qui concerne les seconds -
prouve que les faits essentiels de base dont nous avons besoin pour l'explication du phénomène social participent de l'expérience commune et de la matière de nos pensées.

Dans les sciences sociales, ce sont les éléments des phénomènes complexes qui sont connus, sans aucune contestation possible [...]

Or l'existence de ces éléments est tellement plus certaine que l'existence des règles quelconques dans le phénomène complexe auquel ils donnent naissance, que ce sont eux qui constituent le vrai facteur empirique dans les sciences sociales. [...]

dans les sciences sociales, [le processus de déduction] part directement d'éléments empiriques connus et les utilise à la découverte des règles dans les phénomènes complexes que l'observation directe ne peut établir" (Hayek, 1939).

En d'autres termes, la démarche popperienne de la falsification des "hypothèses" était vaine en matière d'économie politique.

Malheureusement, l'étatisme croissant fera comme si elle n'était pas vaine et lui donnera du "grain à moudre" (création de l'I.N.S.E.E., entre autres, en 1946).

c. Ludwig von Mises.

Dix ans plus tard, pour sa part, Ludwig von Mises considérait que la science économique avait pour domaine les phénomènes de marché expliqués par les actes des êtres humains:

" [...] branche de la connaissance [...] pour étudier les phénomènes de marché, c'est-à-dire la détermination des rapports d'échange mutuel entre les biens et services négociés dans les marchés, leur origine dans l'action humaine et leurs effets sur l'action ultérieure

[…] branch of knowledge […] to investigate the market phenomena, that is, the determination of the mutual exchange ratios of the goods and services negociated on markets, their origin in human action and their effects upon later action". (Mises, 1949, p.232)

Malgré cela, l'économie dominante se développera à partir de l'hypothèse de l'équilibre (macro) économique - général - appuyée de diverses techniques quantitatives (en particulier, l'économétrie).

d. Lois d'offre et de demande.

Aujourd'hui, on dira encore, à l'occasion, que les lois d'offre et de demande de marchandises, "vieilles" notions de théorie économique consensuelles, présentent l'intérêt d'être situées à mi-chemin entre la notion d'action humaine, i.e. l'action économique de vous et moi, et la notion d'équilibre des marchés - dénommée curieusement "valeur" par beaucoup, à commencer par Gérard Debreu  (cf. le livre)-.

On peut dire tout autant qu'elles sont les conséquences logiques de l'action humaine ou qu'elles se déduisent de l'équilibre (macro) économique - général -.

Mais, grande différence entre l'un et l'autre, l'équilibre économique est un résultat hypothétique de la théorie économique imaginé par des savants - qui ne vaut que la valeur qu'on peut lui donner - alors que l'action de vous et moi est une action évidente, une réalité incontournable qu'on ne peut qu'imaginer déboucher sur un résultat d'"équilibre économique".


2. La chose.

Comme résultat de l'action humaine autre que l'équilibre (macro) économique - général - supposé, on peut distinguer d'abord la chose.

 La chose que tout un chacun peut discerner dans la réalité et utiliser est décomposable en deux grandes catégories:
- l'objet matériel, tangible ou corporel, et
- le service, objet incorporel.

Selon les uns, l'objet matériel est essentiel, selon d'autres, c'est le service qui l'est, selon des troisièmes, il existe une relation entre objet matériel et service à ne pas mettre de côté.

a. Produits et facteurs de production.
Selon des quatrièmes, produites ou productibles, les choses ne doivent pas cacher les facteurs de production connues sous les trois grandes catégories suivantes :
- le travail, de type "service",
- le capital, de type "objet" ou "service",
- la matière première, de type "objet" le plus souvent.

Toutes ces choses sont rassemblées par les savants de la théorie économique dans des concepts mathématiques, soit dans ce qui est dénommé la "fonction de production", soit, en relation avec un seul produit, dans ce qui est dénommé la "fonction de coût de production".

La fonction de production donne lieu aux notions de productivités marginale et moyenne d'un facteur de production, la fonction de coût de production aux notions de coûts marginal et moyen du produit.

b. La relation service-objet.
A l'extrême, on peut faire procéder le service d'un objet et considérer qu'il est fruit de ce dernier.
C'est l'idée que les services sont des résultats d'objets qui, à coup sûr, ont été découverts par des personnes juridiques physiques (cf. ce texte de février 2014 intitulé Le service, donnée économique première).

On peut aussi considérer, faute de connaissance, qu'il y a des services qui ne sont pas résultats d'objet.

 Dans ce cas, le "service", c'est, par exemple, le travail de chacun (référence prise par Gérard Debreu en 1960 dans le livre évoqué ci-dessus intitulé Théorie de la valeur):

"Le premier exemple d'un service économique est le travail humain.  
Sa description est celle de la tâche accomplie" (Debreu, 1960, 2.4.).

La réalité est que le "service" représente tout acte de l'être humain, de la personne juridique physique qu'elle est, de son patrimoine.

Les "services" procèdent d'"objets ou choses" que les gens y découvrent quand les services ne sont pas échangés en tant que tels, indépendamment de ce dont ils procèdent.

Malheureusement, le travail que Debreu a fait intervenir tenait donc, non seulement dans le résultat de l'acte et non pas dans l'acte de la personne, mais encore dans le résultat accompli, ex post, et non pas dans l'acte ex ante.
__________
1) Soit dit en passant, rappelons que l’alternative « ex post »-« ex ante », souvent laissée de côté par les économistes, procède d’Aristote, comme l’avait souligné Gilles Deleuze en 1988 :

« Enfin nous pressentons que l’antécédence, ce qu’Aristote appelait déjà l’avant et l’après, bien qu’il n’y ait pas ici d’ordre du temps, est une notion compliquée :
les définissants ou les raisons doivent précéder le défini, puisqu’ils en déterminent la possibilité, mais c’est seulement suivant la « puissance », et non pas selon l’acte, qui supposerait au contraire l’antécédence du défini.

D’où justement l’inclusion réciproque, et l’absence de tout rapport de temps » (Deleuze, 1988, pp. 57-58)

En conséquence, l’alternative « ex post- ex ante » est indépendante de la prise en considération, ou non, du temps ou de la durée.
G. Myrdal et E. Lindahl l'ont remise à l’ordre du jour économique dans la décennie 1930, en conséquence des travaux de Knut Wicksell (cf. Uhr, 1960, p.313, Sandelin, 2013, p.188).
______________

En relation avec l'acte d'échange qu'il peut choisir de mener, le service devient pour l'individu "service d'échange","ex post" ou "ex ante".

Plus généralement, dans cette perspective de l'action de la personne, de vous et moi, la chose est un panier de services que la personne juridique parvient à créer - on est alors "ex ante" -.
Selon Frédéric Bastiat:

"Quand le service consiste à céder une chose matérielle, rien n'empêche de dire, par métonymie, que c'est cette chose qui vaut.
Mais il ne faut pas perdre de vue que c'est là un trope qui attribue aux choses mêmes la valeur des services dont elles sont l'occasion" (Bastiat, 1850, p. 192)

On regrettera que Bastiat ne distinguât pas le service, ni de l'acte de la personne juridique physique qui s'y adonnait, ni du patrimoine.

c. Le temps.
Souvent, le "service" n'est autre en économie politique que l'analogue du "temps" en sciences physiques: le service est à vous et moi ce que le temps est à la nature et, par exemple, le service est mesuré par le temps...

Mais personne ne saurait lui enlever son côté "ex ante" ou son côté "ex post".

Dire que "toute action lui 'prend du temps'" n'est qu'une façon de ne pas parler de la donnée économique essentielle qu'est le coût d'opportunité de l'acte mené par la personne et une façon de contribuer à donner un prétendu rôle économique au temps, ce qui ne veut rien dire en science économique fondée sur des résultats, au lieu d'envisager le service qu'est toute action de la personne.

Pour faire comprendre ce qu'on dit, on croit utile d'évoquer le premier, le temps, mais pour faire "bien" comprendre, il serait mieux de développer le second, le coût du service.

Reste que parler de "temps", donnée de la nature, en économie politique est une absurdité.
Le "temps" est à bannir comme variable économique explicative ou expliquée.
Et si les économistes ne savent pas prévoir ou situer les raisonnements qu'ils tiennent par rapport au temps, il y a une bonne raison, à savoir la raison précédente.

Le "temps" en question des économistes qui s'y attachent rappelle davantage la planification tant recherchée par certains.
Et il est tout aussi absurde que la planification.

L'argument du rôle du "temps" en économie politique découle, en fait, de la transposition aveugle d'une considération des sciences physiques dans le domaine.
Mais la transposition ne tient pas et devrait être abandonnée.

d. Temps et service.
Il est vain de faire intervenir le temps, la durée ou encore des intermèdes dans l'économie politique.

Ces éléments n'ont pas de raison d'être sauf à considérer que les êtres pensants que sont les humains ne sont que des objets dénués de volonté et à se réfugier derrière de prétendues comptabilités nationales qu'on croît mesurer une totalité (cf. ci-dessous) .

Chaque action humaine cache un ou plusieurs services futurs d'une ou plusieurs personnes juridiques et il convient de les cerner.

Soit dit en passant, quand le coût du service n'est pas pris pour le temps, c'est la monnaie qui peut se voir recevoir son rôle ou sa fonction, ce qui n'est pas mieux.
Toutes proportions gardées, à la différence de la rose de François de Malherbe (1555-1628), la monnaie est autant le service "espace de la durée 'matin'" que celui de "l'espace 'instant'" ou celui de l'"espace d'un ou plusieurs intermèdes" mis en oeuvre par telle ou telle personne juridique.

e. Le "service": acte de la personne ou résultat de l'acte?
Comme l'écrivait Frédéric Bastiat dans la première moitié du XIXè siècle:

"Les services s'échangent contre des services"

et non pas, comme l'avait écrit Jean Baptiste Say quelques décennies plus tôt:

"Les produits s'échangent contre des produits".

 Comparée à la démarche de Say, la démarche de Bastiat présente l'originalité de mettre l'accent sur les conséquences d'une partie des choses fabriquées qu'était ce qu'on dénommait les "produits" chez Say, à savoir les "services", et, par conséquent, d'universaliser la notion de "service", les "produits" dont les "services" procédaient et qui sont cachés, n'en étant qu'un aspect.


Plus que la démarche de Say, celle de Bastiat a été, sinon détruite, au moins mise de côté par la suite,
- d'une part, par l'accent premier donné au "capital", facteur de production - on a aussi mis de côté, dans ce cas, les services que les gens pouvaient trouver à la chose - et,
- d'autre part, par l'idéologie des socialistes du type de ce qui est inventé par Alternatives économiques, le 22 janvier 2010, à propos de la "loi de Say".


3. La marchandise.

Résultat de l'action humaine autre que l'équilibre économique supposé et la chose, il y a encore la marchandise.

La marchandise est une chose particularisée par le savant ou le commun des mortels.
Elle est non seulement objet ou service, mais encore échangé ou échangeable.
Quand les choses sont échangeables ou échangées, une façon de s'exprimer en économie politique est en effet de dire que les choses en question sont des marchandises à défaut de dire qu'elles sont échangeables.
On n'y insiste pas, on le devrait pourtant en raison des déformations et autres dénaturations que beaucoup de gens en font résulter.


Ou bien, d'emblée, on a inversé la démarche précédente.
Dans ce cas, à partir de la marchandise, qu'on fait plus ou moins "tomber du ciel", on dit que celle-là a deux catégories possibles, à savoir l'objet ou le service, et on se fait fort de leur donner une valeur "bien" ou "mal" (cf. ci-dessous)...

 Le service mené étant par nature échangeable, il est une action humaine et son résultat est une marchandise.

a. Service marchand et service non marchand.
La marchandise est aussi considérée par certains, statisticiens ou économistes, service marchand ou service non marchand.

En vérité, il n'y a pas des services marchands et des services non marchands malgré ce que pérorent beaucoup. 

Parler d'un service marchand est un pléonasme, parler d'un service non marchand est un oxymore (cf. texte de février 2014 cité).

Le "service marchand" est un pléonasme - car tout service effectué était une action nécessairement marchande - tandis que le "service non marchand" - cette "obscure clarté..." - est un oxymore dont, soit n'ont que faire les socialistes qui l'emploient, soit ils essaient d'en tirer des fruits qui ne pourront qu'être vénéneux.

Ex post, des services ont été échangés (et ont caché des coûts et des profits attendus avec incertitude antérieurement) et d'autres ne l'ont pas été (et ont caché des coûts en définitive trop élevés).

Les services non échangés ne sauraient être pris pour des services non marchands, sauf volonté de détruire la connaissance, par ceux qui s'expriment ainsi.

Il suffit seulement de reconnaître que les services n'ont pas été échangés pour des raisons de capacité juridique, technique ou économique.
D'un jour à l'autre, cela pourra changer.

 Ou bien, alors, par "non marchand", on entend, sans le dire, "réglementé", mais on joue, dans ce cas, sur les mots. 
Les "services non marchands" sont des services réglementés que le législateur a décidé de mettre en oeuvre et a rendus obligatoires ou interdits aux gens.  
Soit.  
Mais rien ne justifie le "jeu de mots".

b. Marchandises ex post ou ex ante.
Par nature, et car ils ne sauraient être gérés, d'une façon ou d'une autre, par le "temps" ... qui n'existe pas en théorie économique, les "services" sont révélés par les "savants" quand ils sont échangés ou présentés comme "marchands", bref quand ils sont marchandises.

Et l'observateur est amené à dire que des marchandises qu'il a observées ont été échangées - ex post - par les gens à des prix en monnaie (cf. ci-dessous).

Il peut aussi dire qu'il s'attend à ce qu'ils soient échangés à l'avenir - ex ante - sans prendre position sur les prix en monnaie, mais sur le coût ou le profit attendu avec incertitude.
A ses yeux, ils sont échangeables (sous entendus "ex ante").

 Sur cette base, à chacun d'imaginer l'avenir des services et des objet ou choses échangeables.

c. Vente (ou offre) et achat (ou demande).
Toute personne juridique physique est cause des services de la réalité économique à quoi elle s'adonne:
- soit elle fabrique des services et tente de les vendre - et tout cela lui "prend du temps" -,
- soit elle les demande à autrui pour en acheter et parce qu'elle n'a pas cru bon d'en fabriquer- et tout cela lui "prend du temps"-,
- soit elle passe de l'un à l'autre - et tout cela lui "prend du temps"-.

d. Les informations en tant que marchandises.
Avec l'essor des sciences physiques, une marchandise d'un genre nouveau a vu le jour au XXè siècle, à savoir l'information.

L'information n'existe qu'autant qu'elle est échangée sous des règles spécifiques (codage analogique ou codage numérique).

L'information est à distinguer des informations passées que sont les données et qui sont mises en réserve ici ou là. 


4. La valeur.

Résultat de l'action humaine autre que l'équilibre économique supposé, la chose et la marchandise, il y a la valeur.

Selon certaines personnes, la théorie de la valeur a été au départ de l'économie politique.
Elle dénomme "valeur" la chose ou la marchandise, leur quantité.

Objet ou service, vous ou moi donnons une valeur à la chose ou à la marchandise et précisons qu'elle est soit "bien" soit "mal" - quand nous n'oublions pas de préciser le jugement -.

Il y a donc des biens et des maux qui unissent choses ou marchandises, échangées ou échangeables, et qui cachent les valeurs (au nombre de quoi celles que leur ont données les gens qui ont participé aux échanges).

Les économistes autrichiens ont insisté sur ce dernier point en relation avec le bien économique.
Par exemple, Ludwig von Mises (1949):

"Un bien économique ne doit pas nécessairement être incorporé en quelque chose de tangible.
Les biens économiques non matérielles sont dénommés services".

"An economic good does not necessarily have to be embodied in a tangible thing.
Non material economic goods are called services" (Mises, 1949, p.94) 


 Autre façon de s'exprimer due à Murray Rothbard (1997):

Le bien n'est pas défini par ses propriétés technologiques mais par son homogénéité par rapport aux exigences et aux souhaits des consommateurs".

Good is not defined by its technological properties but by its homogeneity in relation to the demands and wishes of the consumers" (Rothbard, 1997, p.302)

Pour sa part, Bastiat associait la valeur à l'effort:

"[...]  la valeur [doit] se rapporter à l'effort, expression que j'ai préférée à celle de travail comme plus générale et embrassant toute la sphère de l'activité économique". (ibid., pp.170-177)

Et pour tout cela, il s'était opposé à:
- Adam Smith (matérialité et durée),
- Jean Baptiste Say (utilité),
- David Ricardo (travail),
- Nassau William Senior (rareté) et
- Henri Frédéric Storch (jugement de chacun),

et avait montré leurs erreurs qui tiennent dans les erreurs de la théorie de la valeur dont on n'est jamais sorti jusqu'à aujourd'hui inclus.

Selon Bastiat, la valeur était en effet dans les services rendus et reçus (sous entendue "ex post") à l'occasion de ces objets ou choses déterminée par le libre débat des contractants.

C'est la personne qui découvre le service dans la marchandise matérielle.
La personne a en effet aujourd'hui, du fait de sa connaissance, la capacité de distinguer le service et l'objet.
A ses yeux, le service est immatériel ou incorporel, l'objet est matériel ou corporel.

a. Le principe de la valeur.
Grande question que s'était posée alors Frédéric Bastiat :

"Faut-il voir le principe de la valeur dans l'objet matériel et, de là, l'attribuer, par analogie, aux services?" (Bastiat, 1850, p.170)

A cette question, il avait répondu:

"Je dis que c'est tout le contraire: il faut le reconnaître dans les services, et l'attribuer ensuite, si l'on veut, par métonymie, aux objets matériels. [...]"

N'oublions jamais en effet que :

"La valeur n'est rien d'inhérent aux biens [...]
[n'est] pas une propriété de ceux-ci, ni une chose indépendante existant en elle-même.
C'est un jugement que les individus font de l'importance des biens [...]
la valeur n'existe pas en dehors de la conscience des individus" (Menger, 1871, pp.120-21)

Le cas échéant, on identifie le bien (ou le mal) et telle ou telle quantité de chose, d'objet ou de service, ce qui amène aussi à voir dans la valeur une quantité... parfois impossible à mesurer pour les services.

Selon Frédéric Bastiat, pour qui les objets n'avaient pas d'importance, seuls les services que vous et moi mettons en œuvre en avaient une, il fallait aussi faire intervenir les circonstances qui contribuaient à augmenter ou à diminuer le principe de la valeur.

b. Le mythe des biens et services.
Pas plus qu'il n'y a des services marchands et des services non marchands, il n'y a pas des biens et services.

N'oublions jamais qu'en se situant dans cette dernière perspective, Ludwig von Mises expliquait que:

"La science économique ne porte pas sur les biens et services, elle porte sur les actions des hommes en vie.

Son but n'est pas de s'attarder sur des constructions imaginaires telles que l'équilibre.
Ces constructions ne sont que des outils de raisonnement.

La seule tâche de la science économique est l'analyse des actions des hommes, c'est l'analyse des processus." (Mises, 1962, cf. ce texte).


Rien ne justifie d'agréger des biens et des services comme déclarent le faire, par exemple, les comptables nationaux (de l'I.N.S.E.E. et d'ailleurs) pour obtenir un "beau" P.I.B. sauf à additionner, en mathématiciens ou statisticiens qu'ils sont ou voudraient être, des vecteurs qui ne sont pas colinéaires, ce qui est contraire aux règles de la mesure en question.

Mais le plus souvent, le statisticien, qui devrait pourtant être soucieux de cette dernière règle mathématique, s'en moque et n'hésite pas à s'engager dans la démarche.

Après avoir donné des prix en monnaie aux uns et aux autres, justifiés ou non par les échanges observés, il peut procéder à la manipulation, laquelle n'a aucune réalité.

Il est absurde de voir des "biens et services" dans la manipulation et, a fortiori, de mesurer le total - et d'y voir, par exemple, le produit intérieur brut (P.I.B.) de telle ou telle nation selon la comptabilité nationale de la même -.

Il y a des biens (ou des maux) de type "objet" ou "service" et des biens (ou des maux) de type " service" et il ne faut pas les confondre.  

Parler de "biens et services" est donc une absurdité ou bien veut cacher quelque chose.

Les "choses" attestent de "services" dès lors qu'elles ont été échangées par des gens, un point c'est tout.

Sauf à admettre qu'il y aurait des "services" découverts qui ne procèderaient pas des choses cernées - ce qui est le cas du travail de vous et moi -, il faudrait raisonner soit sur des objets échangés à des prix en monnaie, soit sur des "services" échangés à des prix en monnaie.

Rien ne justifie de mélanger les uns et les autres, sauf vouloir altérer ce qu'on mesure, avec des raisons rarement données.

c. Un coût d'opportunité ou un profit attendu avec incertitude.

La valeur, c'est encore un coût d'opportunité ou un profit d'une action attendu avec incertitude donné par les gens.

Au total, le service et l'objet font deux dans la chose ou dans la marchandise qui les recouvrent.

Mais elles se retrouvent dans la "valeur" qui leur est donnée, dans le "coût d'opportunité" ou le "profit attendu avec incertitude" de l'action que leur donne vous ou moi et, le cas échéant, dans les relations "techniques" qu'y découvre la personne juridique physique qu'est chacun d'entre nous.


5. Fonction ou rôle.

Comme autre résultat de l'action humaine, on peut encore distinguer les fonctions ou rôles donnés aux choses.

L'économie politique ne devrait pas avoir pour domaine les fonctions des choses, à commencer par celles de cette chose spécifique qu'on dénomme "monnaie".
Ce n'est tout simplement pas son domaine.

La grande erreur est d'identifier le service, sans le vouloir, à des synonymes du genre "fonction", "rôle", etc., qu'on introduit pour l'occasion.

a. Fonction ou service.
Le service mis de côté, les "fonctions" de la monnaie apparaissent le plus souvent au premier plan comme:
- échange/paiement,
- unité de compte,
- réserve de valeur.

Mais ce qui est dit des fonctions n'est qu'une façon de parler de tel ou tel service, sans le dire.

De plus, avec l'essor de la politique monétaire au XXè siècle, le chaos devient énorme.
En effet, quitte à voir dans la monnaie des fonctions, rien ne justifie de les limiter à trois.
Les rôles de la politique monétaire sont des fonctions de la monnaie tout aussi importantes que les précédentes, dont personne ne parle et dont il faudrait parler dans cette perspective pour être cohérent.

Reste que les économistes du "mainstream" ne donnent pas comme objet à l''économie politique les fonctions de quoi que ce soit.

b. Fonction et institution.
La fonction crée l'organe, ou bien l'inverse: telle était une grande question du XIXè siècle, entre autres, en relation avec la biologie.

Qu'à cela ne tienne, depuis la décennie 1930, des économistes ont mis l'accent sur les institutions, autre façon de parler d'organes ou d'organismes.
Ce fut, en particulier, le cas à partir des travaux de Ronald Coase (1910-2013) sur la "nature de la firme" (1937).

Et ils ont vu, depuis lors, dans ce qu'on dénomme aujourd'hui "monnaie", une institution ou un ensemble d'institutions (cf. Kirzner, 1960) contre quoi Jacques Rueff (1896-1978) a tendu à s'élever dès la décennie 1930 (cf. ce texte de novembre 2013).


6. Les prix des marchandises.

Le prix d'une marchandise n'est pas une valeur et ne doit pas être confondu avec la valeur.

Les prix - en monnaie ou en autre chose - cachent,
- selon les uns, des taux d'échange de quantités de marchandises convenus par des personnes,
- selon les autres, des conséquences de l'offre et de la demande de marchandises.

L'important est que les prix résultent de l'échange convenu entre deux parties et non pas de la production d'untel ou untel.
Ils résultent de l'échange, pas de la production.

a. Prix et quantités.
Les prix des marchandises ne doivent pas être opposés aux quantités de celles-ci comme ils le sont ordinairement.

Les uns et les autres résultent de l'action humaine ou, si on préfère, des offres et des demandes de quantités.

Ils s'expliquent simultanément par les choix de chacun.

Un prix en monnaie est une quantité unitaire de monnaie convenue entre deux personnes, rien d'autres.

Il ne saurait tomber du ciel ou d'on ne sait quelle concurrence.

b. Le juste prix.
Les prix ne sauraient être trop bas ou trop élevés dans un monde de liberté ou pas trop réglementé.
Qualifier le prix contribue à dénaturer ce qu'il est.

c. Remarques.
. Les perturbations.

Les variations de prix en monnaie ne sauraient être envisagées comme des perturbations ou des troubles.
C'est malheureusement la démarche dominante.

Leurs variations permettent, au contraire, d'empêcher de véritables perturbations, lesquelles ne peuvent qu'être ignorées.

.Gain à l'échange.
Il y a échange de marchandises ou non. 

Dès lors qu'il y a échange de marchandises convenu par des personnes et donc prix, il y a gain pour chacune des parties.

Pas besoin d'une falsification à la Popper.

. Calcul économique.
Les échanges de marchandises passés et les prix qui leur sont associés peuvent être utilisés à prévoir avec méthode l'avenir, c'est le principe de la méthode du calcul économique.

. Comptabilité privée.
Les prix en monnaie des marchandises échangées ouvrent la porte à la comptabilité privée, méthode pour classer les marchandises dans des comptes d'opération et pour en déduire des considérations comptables.

. Comptabilité nationale.
La comptabilité nationale n'a rien à voir avec la comptabilité privée.
Elle n'est qu'un fatras de déformations et de dénaturations (cf. texte d'avril 2014).


7. La mesure.

Il y a une grande différence entre l'économie politique et telle ou telle science naturelle: l'économie politique a une mesure naturelle qui tient dans les échanges dont conviennent les gens alors que les sciences naturelles ignorent ce phénomène.

Parce qu'ils veulent totaliser des évaluations qui leur échappent, des statisticiens cherchent néanmoins à créer des mesures qu'ils affirment objectives..

Par exemple, pour mesurer des services, les statisticiens en arrivent à donner à chacun des services en ligne de mire, un "temps" ou une "durée" - qualifié et pondéré par leurs soins -.
Mais cela n'a aucune réalité d'où l'erreur économique précédente commise qui consiste à prendre le "temps" ou la "durée" pour le coût du "service".


8. Un dernier mot.

Il est admis depuis Parménide (ci-contre) qu'on ne fait rien sans rien, qu'on fait quelque chose à partir d'autres choses.


Parmi ces autres choses, il y a eu ce que Vilfredo Pareto dénommait à la fin du XIX siècle "capitaux personnels" (dans ce texte) et ce que, depuis la moitié du XXè siècle, on a tendance à dénommer "capital humain" en se plaçant implicitement au point de vue de l'acte de production.

Ce capital humain est en fait caché par les objets ou services que chacun est susceptible de contribuer à rendre disponible, dès lors qu'on adopte le point de vue de l'acte d'échange.
Il est méconnu par les résultats observés que donnent les statisticiens (n'est-ce pas M. Piketty...).






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