Paris, le 17 mars 2015.




I. L’équilibre économique général dénaturé.

1. Les prix en monnaie des marchandises ont longtemps intéressé les économistes dans le passé.

Ils les ont intéressés sous un angle très important, mais en général oublié aujourd'hui.
C'est, en effet, celui que le prix en monnaie d'une marchandise n'est jamais qu'une quantité de monnaie unitaire convenue ou consentie entre au moins deux personnes juridiques physiques, il en est synonyme.


2. Cette quantité de monnaie unitaire convenue est à mettre en parallèle avec la quantité de monnaie en circulation, i.e. en échange, entre l'ensemble des mêmes.

A chaque instant, les quantités de monnaie unitaires convenues ne sont ainsi rien d'autres que, à un facteur près (les quantités de marchandises échangées elles-mêmes), des échanges de quantités de monnaie qui changent de mains.

Le point avait amené Ludwig von Mises (ci-dessous, à gauche, en compagnie de Jacques Rueff, à droite) à insister sur le fait en disant que :



"les prix ne sont pas mesurés en monnaie, ils sont de la monnaie" (Mises, 1953, p.664).

Mises, L. von (1953), « Remarques sur le traitement mathématique des problèmes de l'économie politique », Studium Generale, décembre, pp. 662-665, traduit de l’allemand par François Guillaumat.


3. Rien ne justifie de séparer "prix en monnaie" et "quantité de monnaie" sauf  l'erreur commise sur la compréhension de la théorie de la quantité de monnaie ... (cf. ce texte de décembre 2014).

Le prix en monnaie d'une marchandise cache, le cas échéant, un taux d'intérêt quand la marchandise est un titre financier d'une certaine durée.

On peut toujours créer un indice statistique représentant la notion théorique de "niveau des prix en monnaie".
Mais rien ne justifie de ne pas y exclure les titres financiers.

Rien ne justifie non plus d'y mettre un accent particulier et de la préférer à la quantité de monnaie en circulation.

En conséquence, il faut s'opposer, en particulier, à tout ce qu'on peut lire, ici ou là, à propos de la notion de l'"inflation" qui est définie à partir d'un indice statistique arbitraire (de ce genre... ou d'autres) et non pas à partir d'une quantité de monnaie en circulation, et qui n'est ainsi qu'une grande absurdité.

L'inflation est un phénomène monétaire, rien d'autre, qui ne saurait être identifié à une augmentation perpétuelle d'un indice statistique aussi particularisé fût-il.


4. Mais la "théorie de l'équilibre économique général" de première génération (à savoir la "loi des débouchés" de Say et les théories de Walras puis de Pareto au XIXème siècle sur cette théorie) a été mise en œuvre en parallèle avec la "théorie de la quantité de monnaie".

Rétrospectivement, on ne sait trop si les prix des marchandises en question, caractéristiques de l'équilibre économique général, sont des prix en monnaie ou des prix autres considérés par les économistes (cf. le texte de Arthur Marget, 1935, intitulé "The Monetary Aspects of the Walrasian System", Journal of Political Economy, Vol. 43, No. 2, avril, pp. 145-186 sur le sujet).


5. La théorie  de l'équilibre économique général a fragilisé leur démarche au point que certains d'entre eux en sont arrivés à mettre l'accent non plus sur les prix des marchandises, mais sur l'équilibre économique général caractérisé par les seules quantités de marchandises échangées.

Remarquons en passant que l'équilibre économique est une façon de s'exprimer en termes physiques, synonyme de celle des accords entre personnes juridiques physiques ou de l'égalité arithmétique des quantités de marchandises échangées.

Ils en sont aussi arrivés à refuser, implicitement, que les prix en monnaie des marchandises pussent se modifier ou être modifiés.


6. De plus, des économistes de la décennie 1930 ont proposé une théorie de l'équilibre économique général distincte de celle en cours, qui se voulait générale, "macroéconomique", mais où les prix des marchandises n'existaient pas ou n'avaient pas d'importance. 

Etaient mises au premier plan les quantités de marchandises échangées dites "production", "sous-emploi" et "revenu".

Était mis aussi au premier plan le taux de l'intérêt des titres financiers dont la banque centrale, monopole privilégié d'émission de monnaie, avait la production.

N'est-ce pas Monsieur J.M. Keynes (1936)?

Les titres financiers n'étaient alors rien d'autres que des échanges de promesses contre une quantité de monnaie caractérisés par des prix en monnaie cachant des taux d'intérêt.


7. Dans la foulée, une autre génération d'économistes, aussi néfaste, est apparue.

Elle a changé les théorèmes mathématiques à la base de la "théorie de l'équilibre économique général" de première génération qui portaient sur les systèmes d'équation linéaires de Gabriel Cramer (1704-1752), première moitié du XVIIIème siècle.

Elle a développé, à la place, ceux de la toute nouvelle, alors, théorie du groupe Bourbaki qui étaient fondés sur la topologie et les fameuses "mathématiques modernes".
Exemplaire a été l'ouvrage de Gérard Debreu (1959) dénommé Théorie de la valeur (Axiomatique de l'équilibre économique).

Aucune explication du changement mathématique n'a bien sûr été donnée. 
Pas même le lien mathématique entre le système des équations linéaires et les "mathématiques modernes". 
"Prix et quantités de marchandises" sont restés néanmoins les deux caractéristiques de l'équilibre économique général, sans raison.

De fait, il n'y avait rien de nouveau sous le soleil économique, l'équilibre économique général dénaturé planait toujours.

Folle thèse, foutaise.

On remarquera que, à sa façon de procéder, la nouvelle démarche a contribué à faire oublier l'accent premier mis en économie politique jusqu'alors sur tel ou tel théorème mathématique et concourrait, en définitive, à ne pas s'y intéresser.


8. De plus, à leur façon, toutes ces démarches mathématiques du XXème siècle allaient de pair avec la démarche, en grande partie mathématique, des théories de la planification perpétrées par les prétendus économistes socialo-communistes "bon teint" du moment qui faisaient définir les prix par la "réglementation" d'un seul et même organisme, et non plus par la "concurrence" et, par conséquent, l'"innovation".

Dans tous les cas, il ressortait des travaux que les hommes politiques pouvaient se donner le rôle de fixer les prix à leur convenance (ou comme "plafond" ou comme "plancher").


9. Aujourd'hui, les hommes politiques flirtent avec l'idée de la croissance économique plutôt qu'avec celle de l'équilibre économique.

Mais le sort réservé aux prix en monnaie des marchandises n'a pas changé même si, depuis lors (décennie 1940), des économistes ont montré toute l'importance qu'il fallait accorder aux "espérances de prix en monnaie."


II. La crise économique idolâtrée.

10. A entendre les uns et les autres, le mouvement observé des prix en monnaie des marchandises a toujours été considéré comme un trouble, une perturbation, une crise...

Une majorité d'observateurs semblaient le (faire) croire et n'hésitaient pas à disséminer l'information.

11. Mais, bien au contraire, c'était le refus de ce mouvement des prix des marchandises par les oligarques autoproclamés qui était le trouble, la perturbation ou la crise du fait des remèdes qu'ils imposaient à tout un chacun et qui empêchaient le mouvement salutaire de fonctionner.

Par exemple, comment des gens prétendument autorisés ont-ils pu en arriver à parler d'"actifs toxiques" ces dernières années?
Et à faire payer les conséquences de la toxicité par les contribuables ... obligés?
C'est la situation que nous connaissons encore et dont nous ne sommes pas sorti.

Avec ces mots, on est bien au-delà de la perversion de la notion d'"égout collecteur" qu'avait forgée Jacques Rueff, il y a quelques décennies, pour désigner la monétisation des fausses créances par la banque centrale, action qu'a d'ailleurs commencée à mener la Banque centrale européenne...


12. La vraie cause du mouvement des prix en monnaie des marchandises tient, en effet, au départ, au marché, à l'échange indirect de marchandises, notion chère aux "économistes autrichiens" (cf. ce texte), un échange en partie non abouti (aux derniers prix en monnaie en vigueur) à cause des choix des personnes juridiques physiques.

Reste que le marché, l'échange indirect, n'est pas économiquement assimilable à un point de tel ou tel théorème mathématique, insensible au changement. 

C'est un processus de coordination qui, à partir du désaccord entre personnes juridiques physiques, se transforme grâce au mouvement des prix en monnaie des marchandises qu'il autorise et dont conviennent les personnes juridiques physiques.

Et il aboutit à l'harmonie économique.


13. Il y a soixante ans (1955), dix ans après son ouvrage intitulé L'ordre social, Jacques Rueff (ci-dessous) caractérisait la situation des prix des marchandises échangées d'une façon qui lui était très personnelle.

Il évoquait les cinq hypothèses suivantes :
- i) la séance de marché, le compartiment du marché où les échanges se font,
- ii) le vidage des droits de propriété par les titulaires de ces droits (propriétaires), à savoir la vente ou l’offre de marchandises,
- iii) le remplissage des droits de propriété par les mêmes, à savoir l’achat ou la demande,
- iv) la simultanéité nécessaire des deux démarches,
- v) l’accomplissement solidaire,
"faute de quoi l’échange ne serait pas accompli" (cf. Rueff, 1955, "Un instrument d'analyse économique: la théorie des vrais et des faux droits", réédité dans E.M. Claassen (1967), Fondements philosophiques des systèmes économiques, pp. 217-8).

C'est ainsi que la vraie cause du mouvement des prix en monnaie des marchandises se trouvait, selon Rueff, dans la différence entre le volume des droits de propriété vidés par leurs offreurs ou vendeurs et le volume des droits de propriété remplis par leurs demandeurs ou acheteurs.

Dans le cas de la "surproduction", le volume offert était supérieur au volume demandé et la cause se trouvait dans cette supériorité qu'aucun remède étatique ne saurait résoudre, mais uniquement les actions économiques des personnes juridiques physiques.

Dans le cas de la "sous production", le volume offert était inférieur au volume demandé et la cause se trouvait dans cette infériorité qu'aucun remède étatique ne saurait résoudre, mais uniquement ...


III. La crise économique toujours recommencée.

14. Tout comme  l'avançaient ces propos de Rueff qui rejoignaient, en partie, ceux des "économistes autrichiens", on ne saurait voir dans quoi que ce soit pouvant altérer les prix en monnaie des marchandises, des remèdes à leur mouvement car ces derniers ne mettent pas un terme à la cause, mais l'accroissent.

Ces faux remèdes ne font que faire empirer la situation (cf. par exemple, ce texte d'octobre 2010).

Seuls devraient intervenir les objectifs des personnes juridiques physiques et les actions économiques qu'elles choisissent de mener en conséquence.


15. Ce n'est pas, à ma connaissance, la perspective économique actuelle ni en France, ni dans la zone €uro, ni dans l'Union européenne, peut-être dans le monde, d'où la crise économique toujours recommencée...





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