Paris, le 17 janvier 2015.





"Politique monétaire" est l'expression donnée à un certain nombre de réglementations que les hommes de l'Etat obligent les citoyens à respecter, sous peine de représailles, en matière de "monnaie".

Les réglementations ont des effets économiques ignorés en grande partie par leurs constructeurs et très éloignés, en tous cas, des effets souhaités.

Etant donné les effets atteints non désirés et coûteux, plutôt que de persévérer, il arrive qu'il y ait réversion de la réglementation, abandon.

Soit dit en passant, il y a une grande différence entre la réglementation et l'innovation, sauf à voir, de façon absurde, dans une réglementation une innovation, la première est réversible et l'autre est irréversible (au bénéfice de chacun d'entre nous).

Trop rares sont donc les réglementations abandonnées, pour ne pas mettre l'accent, quand l'une ou l'autre est enfin abandonnée, sur ce qu'elles ont empêché un temps et les désastres qu'elles voulaient prétendument éviter et qu'elles ont occasionnés par la suite.


1. La réglementation monétaire suisse.

En septembre 2011, étant donné l'économie mondiale, les dirigeants de la Banque nationale suisse (B.N.S.) avaient décidé de fixer un taux de change minimum à la "monnaie suisse" vis-à-vis de la "monnaie €uro", à  :

                                  € 1,20.

Le franc s'était régulièrement apprécié vis-à-vis de l'€uro depuis la création de celui-ci en 1999 où il était alors à:

                                  € 1,60,

comme le présente le graphique 1 qui suit:

                                       Graphique 1

                                   L'€uro en franc
                                       1999-2014

Source: http://sdw.ecb.europa.eu/quickview.do?SERIES_KEY=120.EXR.M.CHF.EUR.SP00.A

Depuis septembre 2011, pour que la réglementation fût respectée, la B.N.S. a vraisemblablement acheté beaucoup de quantités d'€uro :

"[...] Thomas Jordan, le gouverneur de la B.N.S., a déclaré, lors d'une conférence de presse à Zurich, au lendemain de l'abandon, qu'un outil comme la limite réglementaire a toujours besoin d'être abandonné de façon inattendue.
La B.N.S. a dépensé des milliards à défendre le taux de change minimum après son introduction en septembre 2011, et la pression a augmenté tandis que les dirigeants de la Banque centrale européenne se préparaient à envisager une nouvelle impulsion, à la réunion du 22 janvier prochain." (Cf. http://www.bloomberg.com/news/2015-01-16/jordan-s-swiss-surprise-runs-gamut-from-idiotic-to-brave-.html).

Malheureusement, les banques des pays de la zone €uro qui rassemblent et comptabilisent la quantité de "monnaie €uro" depuis l'origine n'ont pas précisé les quantités.


2. Plus de 50 % en quinze ans!

Le 15 janvier 2015, la B.N.S. a donc abandonné la réglementation de la limite.
Conséquence immédiate : le franc, la "monnaie" dont elle a le monopole de production, s'est fortement apprécié et s'est stabilisé à € 1,05 le 15 puis, le 16, a tourné autour de € 1... ou, si on préfère, le franc est passé de son maximum de 0,84 à près de 1 (cf. graphique 2 ci-dessous du dernier mois).

                                        Graphique 2

                                    Le franc en €uro
                                      (dernier mois)



Source : http://fr.exchange-rates.org/currentRates/E/CHF

Si on compare ce qu'était le franc en 1999 et ce qu'il est devenu début 2015, on constate qu'il a augmenté de plus de 50%. 


3. Suisse et Allemagne.

Comparé à l'ancien "franc français" - lui-même en tant de "franc" référence de la vieille union passée avec le "franc suisse" dans le cadre de l'Union monétaire latine (1865) - jusqu'en 1998, il faut savoir que le franc, alors suisse, et le Deutsche Mark avaient évolué de concert depuis 1948, année de la re-création de la "monnaie allemande" (cf. ce texte de juillet 2008).

3.a. Le Deutsche Mark de 1948-1998.

La monnaie allemande avait été, en effet, re-créée le 20 juin 1948.
Mais, un an plus tard, le D-Mark avait été néanmoins dévalué de près de 20% - ce sera la dernière avant de multiples réévaluations jusqu'en 1998-.
Les nouveaux prix ont été alors :

                             1 $ = 4,20 DM ;
                             1 $ = 350 F (= 3,5 FF d'après 1958) ;
soit :
                        1 DM = 81,7 F (= 0,817 FF d'après 1958).

Cinquante ans plus tard (1998), le D-Mark allait donc être fusionné, en particulier, avec le franc français, pour donner existence à l'expérience réglementaire sans précédent de l'€uro.

Officiellement, les parités de fusion choisies ont été :

                          1 € = 1,95583 DM ;
                          1 € = 6,55957 FF ;
soit :
                      1 DM = 3,3539 FF.

En d'autres termes, le prix du DM en FF avait été multiplié par plus de 4 - ou, si on préfère, 400% - en cinquante ans !

"Messieurs les jurés apprécieront"...

Vis-à-vis du dollar :

                          1 € = 1,1665 $ ;
                          1 $ = 5,623 FF.

En d'autres termes, le prix du $ en FF n'a augmenté, lui, que de 60% en cinquante ans.

3.b. Le franc suisse de 1945-1998.

Pour sa part, le franc suisse a connu vis-à-vis du dollar l'évolution décrite dans le graphique 3 ci-dessous à partir de 1972:

                                         Graphique 3

                               Franc suisse en dollar US
                                        1972-1998

Source: http://www.tradingeconomics.com/switzerland/currency .

En 1945, la Suisse était devenue membre du système monétaire international dit "de Bretton Woods" et avait fixé le prix du franc en U.S. dollar au taux de :

                       $1 = 4,30521 franc suisse

(équivalent à 1 franc suisse = 0,206418 grammes d'or).

Le prix a été changé, en 1949, pour devenir:

                       $1 = 4,375 franc suisse

(1 franc suisse = 0,203125 grammes d'or).
Cf. http://fr.scribd.com/doc/24809977/Switzerland-Currency-History#scribd

On peut constater qu'entre 1949 et 1972, le franc suisse n'avait pas varié de façon déterminante.

Mais cette fois, il en est tout différemment puisqu'il s'agit d'une variation de près de 50% en quinze ans (1999-2015) pour le taux de change du franc en €uro, selon l'évolution décrite dans le graphique 1 ci-dessus.

Soit dit en passant, sur l'Union monétaire latine, on pourra se référer à ce texte.


4. Branle-bas de combat.

Quand on sait que la "monnaie allemande" avait eu une évolution proche de celle de la "monnaie suisse" jusqu'en 1998, il faut donc considérer qu'un branle-bas de combat a véritablement commencé, à l'initiative des dirigeants de la B.N.S.

En d'autres termes, étant donné l'abandon de la réglementation de la B.N.S. et l'économie mondiale, les commentateurs semblent à la fois cacher un obstacle entre l'économie suisse et l'économie allemande et ne pas se soucier de l'appréciation qu'a révélée la "monnaie suisse".

Pourtant, la "monnaie €uro" ne cache pas de réformes fondamentales qui auraient modifié les deux économies suisse et allemande dans la période et, par exemple, les auraient rapprochées du droit français...

Est-ce à dire que, en relation avec l'Allemagne, il devrait y avoir une augmentation semblable de l'ordre de 50%?

Mais cela est impossible...


5. Où tout cela va-t-il mener ?

La grande question de la "monnaie €uro" n'est pas celle du "quantitative easing program" à l'américaine... qui repose sur une fausse causalité entre, d'un côté, la quantité de monnaie et, de l'autre, les prix en monnaie ou le revenu réel. (elle-même assise sur des causes erronées du type http://www.handelsblatt.com/politik/konjunktur/nachrichten/christian-noyer-ezb-ratsmitglied-fordert-obergrenze-bei-bonds/11221456.html)

Ce n'est pas la prétendue déflation qui menacerait l'économie de la zone €uro (du type de celle qu'évoque certain http://www.bloomberg.com/news/2014-11-21/draghi-says-ecb-must-raise-inflation-rate-as-fast-as-possible.html ).

C'est la disparité des économies nationales, leur "inégalité" de structure comme disent les socialistes bon teint ou mauvais teint, sous quoi elles ont été coiffées par la réglementation de ce qu'on dénomme la "monnaie €uro" (et tout ce qu'elle cache du type
http://www.ecb.europa.eu/mopo/implement/omo/html/index.en.html
 ) par des bureaucrates irresponsables, ignorants de l'économie politique de la monnaie, pour qui "la monnaie est politique".

Non, Messieurs, la monnaie n'est pas politique.
La monnaie ne s'administre pas (surtout, ... et cela pour ce qui concerne la France, étant donné l'école nationale dite d'administration).

Elle est une invention que personne n'a créé, mais qui est le résultat des échanges libres de marchandises dont les gens, personnes juridiques physiques, cherchent à diminuer le coût.

Et, en tant que telle, elle est une source d'innovations - les illustrations en sont trop nombreuses pour en citer une - que les réglementations la concernant ne peuvent qu'altérer un temps, certes plus ou moins long.




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