Paris, le 5 mai 2017.







1. La praxéologie.


Selon Ludwig von Mises (1881-1973),

"The starting point of praxeology is
- not a choice of axioms and a decision about methods of procedure,
- but reflection about the essence of action". (Mises, 1962) ;


en français:

"Le point de départ de la praxéologie n'est pas
- un choix d'axiomes ni une décision sur des méthodes de procédure, 
- mais une réflexion sur l'essence de l'action."


Et l'essence de l'action en question n'est jamais que l'action que vous et moi choisissons de mener à chaque moment.

Ce choix et tout ce qu'il cache sont le point de départ de l'économie dite "autrichienne" -... par les auteurs "marxistes" de l'histoire de la pensée économique du XXème siècle -


Mises a généralisé la précision en expliquant que:

"La science économique ne porte pas sur les biens et services, elle porte sur les actions des hommes en vie.

Son but n'est pas de s'attarder sur des constructions imaginaires telles que l'équilibre.
Ces constructions ne sont que des outils de raisonnement.

La seule tâche de la science économique est l'analyse des actions des hommes, c'est l'analyse des processus." (Mises, 1962, cf. ce texte).


N’oublions pas que (cf. ce billet de janvier 2017):

«C'est en 1615 que l'Économie politique a reçu pour la première fois le nom sous lequel elle est aujourd'hui connue, dans un livre français, le Traicté de l'OEconomie Politique, par Antoine de Montchrétien. (Gide, 1931, p.15)

Et que Jean-Baptiste Say (1767-1832) considérait dans son Catéchisme de 1815 que :

"Qu’est-ce que nous enseigne l’économie politique ?

Elle nous enseigne comment les richesses sont produites, distribuées et consommées dans la société.»

Tout est dit sur la vraie économie politique, science comparable aux autres sciences, à la critique près de la mauvaise expression "biens et services" (cf. ce billet de février 2014).

Soyons gré à Murray Rothbard d'avoir remis en ordre le travers.
Comme il y a insisté dans The Logic of Action, 1997:


"Le bien n'est pas défini par
- ses propriétés technologiques mais par
- son homogénéité aux exigences et aux souhaits des consommateurs".


En anglais:

"Good is not defined by
- its technological properties but by
- its homogeneity in relation to the demands and wishes of the consumers" (Rothbard, 1997, p. 302).


Bref, parler de "biens et services", c'est faire croire à un mythe.


2. La théorie de la valeur.

Mais, dans un billet précédent (cf. ce texte de mars 2016), j'ai avancé que l'économie politique avait, pour point de départ,
- non pas la praxéologie,
- mais la théorie de la valeur (cf. ce texte de juin 2015)
en suivant ce qu’avaient écrit Frédéric Bastiat (1850) puis, un demi siècle plus tard, Vilfredo Pareto (1896-97) sur la question.



Rappelons, en passant, que, selon Bastiat:

             "Dissertation, ennui.
             - Dissertation sur la Valeur, ennui sur ennui ."
                                      Frédéric Bastiat (1850), p.140.

dans Paillotet, P. (ed.), Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat, tome sixième, Harmonies économiques, chap. "De la Valeur", Guillaumin et Cie., cinquième édition, Paris, 1864, 656p.


Et l'ennui a perduré.

a. Arithmétique politique.

A défaut, et à supposer que l'économie politique soit restée l'"arithmétique politique" dont parlaient au XVIIème siècle William Petty ou au XVIIIème siècle Denis Diderot, les économistes qui le pensent devraient au moins, pour être "logiques", suivre la ligne que leur a dévoilée Georg Cantor (1845-1918) tout en faisant, bien sûr, comme si le théorème que Kurt Gödel (1906-78) a développé sur les limites de l'arithmétique (cf. ce texte) n'avait jamais vu le jour au XXè siècle.

b. Frédéric Bastiat et le principe de la valeur.

En 1850, dans le livre intitulé Harmonies économiques, Frédéric Bastiat (1801-50) a fait le point sur le "principe de la valeur", point de départ de l'économie politique.

D'après lui, la valeur, c'était alors (par ordre de naissance) :
- pour Adam Smith (1723-1790), la matérialité et la durée,
- pour Henri Storch (1766-1835), le jugement,
- pour Jean-Baptiste Say (1767-1832), l'utilité,
- pour David Ricardo (1772-1823), le travail,
- pour Nassau Senior (1790-1864), la rareté.
 
Etaient, chacune, "valeur", les choses (objets ou services), les quantités de choses, les taux ou rapports, substitutions d'une (quantité de) chose à une autre, les utilités données aux choses, dont le service qu'était le travail et sa quantité, ou encore la rareté jugée sur une chose, étant donné une norme de référence (de quantité) tacite.

On peut penser que Storch avait généralisé, sans le savoir ou en le sachant, l'originalité de la notion d'utilité de Say, en y voyant un jugement de la personne sur la chose (cf. un de ses livres où intervenait Say https://archive.org/details/coursdconomiepo02saygoog).

Ricardo n'avait pas été original.
Dans la droite ligne de Smith, de la matérialité et de la durée, il avait privilégié un des facteurs de la production, à savoir le travail, cela cachant le privilège donné par l'économiste à la production sur l'échange comme si la production était plus importante que l'échange, comme si l'action humaine était d'abord action de production et non pas action d'échange (cf. Mises) ...

Pour sa part, Senior n'avait pas été non plus original.
Il avait mis l'accent sur un aspect de la matérialité et de la durée de Smith, il l'avait dénommé "rareté".
La "rareté" cachait la quantité de chose à l'instant "t" et une norme ignorée, à savoir celle que ceux qui en parlaient dénommaient ainsi.

Tacitement, chez ces auteurs, il y avait aussi les marchandises et leurs quantités, d'une part, et, d'autre part, les prix définis d'une façon ou d'une autre.

Résumée par H.L. Asser en 1893 (cf. ci-dessous, plus bas), la théorie de la valeur de Bastiat est la suivante (les intertitres [...] sont de mon cru):
 

"[. La théorie de la valeur].

Pour prouver ma thèse, je mettrai les Harmonies de Bastiat à côté de l'oeuvre des écrivains v. Böhm-Bawerk et von Wieser*,
_____________________
* Harmonies Economiques, par F. Bastiat, Paris, 1851 ; 
Kapital und Kapitalzins, von Dr. E. v. Böhm-Bawerk (1851-1914), Innsbrück, 1889 ; 
Der Natürliche Werth von Dr. F. v. Wieser (1851-1926), Wien, 1889.
______________________

les apôtres de la néo-économie, qui ont adopté et élaboré les idées de Menger et de Stanley Jevons.

[. L'origine de la valeur des choses]

On sait que Bastiat trouva l'origine de la valeur des choses dans le service qu'elles nous rendent, là où nous combattons les obstacles qui se mettent entre nos désirs et leur satisfaction.

La valeur dépend par là, selon Bastiat, aussi bien de la grandeur de notre désir, que de l'efficacité du service.

Sans aucun doute, notre estimation personnelle de l'aptitude de l'objet à nous conduire au but, et notre estimation personnelle de ce but auront une grande influence sur la fixation de la valeur du service dont nous croyons l'objet capable.

Notre estimation du service de l'objet en question dépend
- de la quantité dont nous pouvons disposer, et
- de la comparaison de cet objet à d'autres, capables, eux aussi, de nous conduire au même but.

C'est donc l'estimation personnelle, dépendant de l'utilité et de la rareté !

Voilà l'opinion de Bastiat ;
eh bien, c'est précisément la théorie des néo-économistes, ce sont leurs propres paroles.

Eux aussi trouvent l'origine de la valeur dans l'existence d'obstacles entre les besoins humains et leur satisfaction.

Tous leurs traités sur la valeur commencent par des chapitres, consacrés aux besoins de l'humanité.

On lit chez eux des définitions, telles que :

« décisif pour la grandeur de la valeur est :
1° lequel entre nos besoins dépend de l'objet ? et
2° quelle est l'importance de ce besoin ?* »
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* V. Böhm-Bawerk, Kapital und Kapitalzins, II, page 148.
_________________________

et ailleurs*:

« aux sortes de besoins correspondent les sortes de biens et le jugement sur la valeur de celles ci correspond au jugement sur l'importance de ceux-là » *
_________________________
* Von Wieser, der Natürliche Werth, page 11.
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et d'innombrables formules de ce genre.

[. L'estimation personnelle.]

Examinons maintenant de plus près les trois éléments, qui constituent la valeur.

En premier lieu l'estimation personnelle.
Ceci est l'élément que les néo-économistes ont choisi comme fondement de leur théorie, ce qu'ils nomment la valeur subjective*
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* V. Böhm-Bawerk, ibidem, page 137.
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comme terme plus juste pour ce qu'on appelait autrefois la valeur d'utilité.

« I1 ne fut donné » selon eux, « qu'aux explorateurs derniers de découvrir dans cet élément, négligé par tous leurs prédécesseurs, le porteur d'une des théories les plus importantes de l'économie politique, l'objet de lois fort remarquables,
- dont la portée dépasse de beaucoup les limites de la théorie de la valeur et
- qui servent de base à toute définition théorique de notre science* ».
_________________________
*  Cf. Böhm-Bawerk ibidem, page 136.
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Je pourrais citer bien d'autres passages encore prouvant la conviction de ces auteurs, qu'ils ont réformé l'économie politique de fond en comble en prenant pour base la valeur subjective*
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* Voir v. Wieser» VII :
« II n'y a plus personne maintenant qui saurait nier que la théorie de la valeur devra être réformée de fond en comble. »
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prouvant aussi, qu'ils sont très fiers de leur apparente découverte ;
entre autres M. von Wieser écrit dans la préface de son livre Der Natürliche Werth :

" je peux dire qu'on n'a jamais publié une théorie de la valeur plus complète que celle que je développe ici ".

Mais cette « valeur subjective » n'est-elle pas la même chose que le service, dont nous croyons un objet capable pour la satisfaction de nos besoins ?
Sans aucun doute.

Qu'on lise dans l'ouvrage cité de v. Böhm-Bawerk (page 147) : 

" Die ganze Theorie vom subjectiven Werthe ist nichts anders aïs eine grosze Kasuistik darüber ;
wann, tinter welchen umstânden und wieviel von einem Gute fur unsere Wohlfahrt abhängt ".*
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* "Toute la théorie de la valeur subjective n'est autre chose que cette grande casuistique ;
quand, sous quelles conditions et en quelle mesure une chose contribue-t-elle à notre bien-être "
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Est-ce autre chose que le service que les objets nous rendent ?

Peut-on s'imaginer rien de plus subjectif que la théorie de Bastiat, qui nomme par exemple comme base de la valeur du chant ou de la comédie :

« Que, parmi les plaisirs, dont ils (les hommes riches ou aisés) sont le plus avides, figure au premier rang celui d'entendre la belle musique de Rossini, chantée par Mme Malibran ou l'adorable poésie de Racine, interprétée par Rachel *...
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H. E. , page 144.
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Tout dépend du jugement qu'on porte des services, témoin la grande valeur de certaines reliques, qui sont payées si cher par les croyants »*.
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* H. E., page 147.
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La valeur en dépendant du service, qu'un objet nous rendra, doit correspondre à notre jugement sur l'utilité* de cet objet.
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* H. E., page 140.
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Et n'est-ce pas là la valeur subjective ?

De même Bastiat avait déjà condamné l'opposition de valeur d'usage et valeur d'échange*;
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* H. E., page 153.
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on sait qu'il a remplacé ces termes par utilité (gratuite et onéreuse) et valeur.

Tout ce qui est utile a de la valeur subjective et, lorsqu'une chose utile n'est pas gratuite, qu'elle ne peut être obtenue sans peine, ce qui fait qu'elle est rare et qu'on apprécie le service rendu par celui qui l'importe ou la fabrique, alors un tel objet aura de la valeur d'échange.

Je crois avoir prouvé que Bastiat avait déjà mis en avant le fondement subjectif de la valeur.

Passons aux deux autres éléments qui constituent la valeur, et examinons si Bastiat les a déjà connus.

[.] L'utilité.

Examinons d'abord si le système des néo-économistes, quant à cet élément de la valeur, ne reproduit pas seulement les mots de Bastiat, mais également ses idées.
Car le mot utilité peut s'employer en deux sens.

On peut dire un objet plus utile qu'un autre au point de vue philosophique, en appliquant cette qualification au pain utile et non pas au diamant, mais on peut aussi entendre par l'utilité d'un objet :
l'aptitude de cet objet à remplir un certain besoin, et alors, pour celui qui veut se parer, un diamant sera beaucoup plus utile qu'un morceau de pain.

Eh ! bien, il est évident que tant Bastiat que les néo-économistes ne parlent que de cette dernière utilité et qu'il existe vraiment une parfaite identité entre les deux systèmes.

Chez Bastiat, cela résulte déjà de sa définition de « service ».
Il écrit :

« Quand on pose cet axiome : l'utilité est le fondement de la valeur,
si l'on entend dire : le service a de la valeur, parce qu'il est utile à celui qui le reçoit et le paie, je ne disputerai pas.

Le mot service renferme tellement l'idée d'utilité, qu'il n'est autre chose que la traduction en français et même la reproduction littérale du mot latin uti, servir.

Mais malheureusement ce n'est pas ainsi que Say l'entendait.
Il trouvait le principe de la valeur dans les « qualités utiles, mises par la nature dans les choses elles-mêmes»*.
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* H. E., page 162.
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Voilà l'opinion de Bastiat.

Et les néo-économistes ?

Eux aussi expliquent que les écrivains antérieurs s'étaient toujours étonnés de l'anomalie que des vivres indispensables ont parfois une valeur beaucoup moindre que des bijoux fort superflus, par ce fait que ces écrivains confondaient ainsi l'utilité philosophique, qui désigne leur place à tous nos besoins, du plus nécessaire jusqu'au plus frivole, avec la capacité d'un certain objet à remplir un certain besoin. (V. Böhm-Bawerk ibidem, 146-151.)

Si l'on veut un exemple fort curieux de la ressemblance entre le "Nützen » des néo-économistes et le « service » de Bastiat, qu'on lise Böhm-Bawerk. ibidem page 193, où l'auteur, parlant des biens de deuxième ou troisième ordre (les matériaux en train de fabrication) fait dépendre leur valeur du service
(il dit : Nützdienst, c'est utilité et service réunis en un mot),
qu'ils peuvent rendre pour nous faire obtenir les biens finaux (biens destinés à la consommation).

[.] La rareté.

Voyons maintenant la « rareté » : l'élément nécessaire selon les néo-économistes, pour donner de la valeur aux objets utiles*.
________________________
* V. Wieser, ibidem, page 20, V. B.-B., ibidem, p. 143.
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Eh bien ! Bastiat ne nie pas la nécessité de cet élément.

Là où il juge la théorie de Senior, qui trouve dans la rareté l'élément décisif, il dit qu'il veut l'admettre, lorsqu'on l'entend ainsi :
coeteris paribus, un service a plus de valeur dans le cas que nous aurions à vaincre plus d'obstacles en nous le rendant à nous-mêmes, ce qui fait qu'un autre peut exiger une récompense plus grande en travaillant pour nous.

La rareté de l'objet est un de ces obstacles.

Ceci suffira pour ce qui concerne les éléments d'« utilité » et de « rareté » : l'identité des deux théories de la « valeur » nous semble bien établie. 

Néanmoins, on se croira peut-être obligé de faire deux remarques :

[. Remarque 1 : services ou choses.]

L'une serait :

 " Vous comparez deux choses de différente nature, car Bastiat ne parle que de la valeur des services, tandis que les néo-économistes ont toujours en vue la valeur des choses elles-mêmes".

C'est vrai ;
mais qu'est-ce que nous lisons dans les Harmonies (page 180) :

« Je suis loin de nier que la valeur ne passe du service au produit»

et qu'est-ce que nous lisons dans le livre déjà cité de von Wieser :

"La valeur d'un objet résulte de son usage (Verwendung)"*.
_____________________________
* V. Wieser, ibidem, page 120.
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Par ces simples citations la remarque me paraît réfutée.

[. Remarque 2: la dernière addition.]

L'autre remarque serait :

" L'idée de Grenznützen n'est-elle pas une trouvaille des néo économistes, dont ils sont très fiers et pour cause " ?

« Der Wert eines Gütes bestimmt sein nach der Grösze seines Grenznützens
(la valeur d'un bien n'est jamais plus grande que celle de la dernière addition).»

Mais cette formule est-elle vraiment une nouveauté?
N'est-elle pas la conséquence de la théorie de Bastiat ?


Lorsque la quantité devient plus grande, chaque partie aura moins de valeur qu'autrefois, étant devenue moins rare ;
plus de personnes se présentant pour nous le fournir, le service de chacun sera moins estimé, que ce même service ne l'était autrefois.

Quant au nouveau terme de Grenznützen, je ne crois pas qu'il soit exact.
Grenznützen, utilité limitative, est trop général, il ne fallait parler que de valeur d'échange limitative.

L'idée de Grenznützen implique que de toutes les parties,
- non seulement la valeur d'échange
- mais aussi la valeur subjective
est égale à celle de la dernière addition ;
et c'est là en réalité l'opinion des néo-économistes. [...]

[. Valeur, effet d'obstacles].

Un autre point faible dans les traités des néo-économistes, c'est qu'ils ne font pas ressortir que l'existence de la valeur est l'effet d'obstacles, de difficultés vaincues, ce qui fait que la valeur de tant de choses diminue, précisément lorsqu'un peuple devient plus riche.
Valeur n'a rien à faire avec richesse.

Bastiat l'avait dit plusieurs fois expressément :
c'est dans l'amoindrissement successif de la valeur que le progrès de l'humanité consiste.

Je crois avoir démontré que le fondement de la théorie des néo économistes n'est autre que celui de la théorie de Bastiat. [...]

[. Connaître les idées de Bastiat.]

Puisqu'elle est convaincante et inspire la confiance, l'oeuvre de Bastiat est d'une valeur bien grande, surtout aujourd'hui, vis-à-vis des théories utopiques des prophètes de l'égalité et de la contrainte, et c'est pour cela que j'ai voulu protester contre la manière dont son oeuvre, qui, de nos jours, après plus de quarante ans, semble plus jeune que jamais, est oubliée et reniée par ceux qui se considèrent comme les porte-bannière d'une nouvelle économie politique."

(Fin du texte.) 


c. Marginalisme et utilité marginale.

Il convient de souligner qu'à la suite des travaux de Bastiat, mais sans relation avec ceux-ci, avaient émergé deux grandes idées, à savoir le marginalisme et le marginalisme appliqué à l'utilité.

i. Le marginalisme.
La première est l'idée du marginalisme, bien connue aujourd'hui dans son principe par les étudiants même si beaucoup d'erreurs sont commises à son sujet.
Par exemple, Barre y voyait "la découverte et l'élaboration des principes théoriques fondamentaux (Barre, op.cit., p.48).

Elle fait référence à la "marge", à la "dernière unité" cernée ou encore à la "prochaine unité attendue avec incertitude" en ligne de mire, lesquelles sont subjectives et non pas objectives.

Il est ainsi question de "produit marginal", de "revenu marginal", de "productivité marginale" d'un facteur de production, d'"utilité marginale" de la personne, etc.

ii. Le marginalisme appliqué à l'utilité.
La seconde idée est centrée sur la notion d'"utilité" et tient dans la dénaturation de l'utilité individuelle par l'utilité dite "marginale" (que Pareto a dénommée "ophélimité élémentaire ", cf. ci-dessous).

Comme il l'a indiqué, Pareto a adopté sa dénomination "ophélimité" pour insister sur le caractère "subjectif" de l'utilité, ce que Say, trois quarts de siècle plus tôt, n'avait pas cru bon de faire tant, d'après lui, l'utilité ne pouvait qu'être subjective.

D'après Pareto, en effet :

"82. Une autre grande classe de théories met la source de la valeur dans l'utilité.
Cette conception est développée par J. B. Say. [... ]

Il est difficile, en bien des cas, de se rendre compte si les économistes veulent parler
- de l'utilité subjective (ophélimité), ou
- de l'utilité objective.

Quand ils portent leur attention spécialement sur ce sujet, ils les distingent, mais bientôt ils les confondent.
C'est là, à proprement parler, outre l'omission de la considération des quantités, le défaut de cette classe de théories.

J. B. Say a pourtant très bien vu le caractère subjectif de la valeur;
il dit:
'La vanité est quelquefois pour l'homme un besoin aussi impérieux que la faim.
Lui seul est juge de l'importance que les choses ont pour lui et du besoin qu'il en a.'"  (Pareto, op.cit. § 82)

En d'autres termes, la notion a été déformée, voire dénaturée.

En relation avec ce qu'avait écrit Walras père, Pareto a, en particulier, identifiée l'ophélimité élémentaire à la "rareté relative":