Intervention intitulée " Les faiblesses de l'économie française dans un environnement mondial en pleine mutation" au colloque de thème "La France face aux délocalisations ou l'Europe de Bruxelles destructrice d'emplois", 21 mai 2005,


Hôtel Concorde Lafayette 3 Place du Général Koenig Porte des Ternes - 75017 Paris.




publiée par les éditions Godefroy de Bouillon (cf. ci-dessous)




Introduction : l'économie n'est pas une mécanique.

Une économie, qu'elle soit nationale ou mondiale, n'est pas une mécanique comme beaucoup le pensent ou le font croire. En particulier, les phénomènes économiques ne sont pas des mécaniques susceptibles d'être prévus ou prédits par des modèles mathématiques choisis par tel ou tel planificateur qui se veut omniscient.

L'économie française n'est pas une mécanique que ferait fonctionner le "Commissariat Général au Plan" qui, soit dit en passant, existe toujours en France, même s'il n'y a plus de "plan" et si la planification étatique a montré toutes les destructions qu'il fallait en attendre.

L'économie est d'abord un ensemble de relations entre des personnes (vous et moi, particulier ou entreprise) qui agissent bien qu'elles ne soient pas omniscientes, mais ignorantes en partie de la réalité, de l'avenir.
D'ailleurs, soit dit en passant encore, il faut reconnaître qu'on agit car on ne sait pas. Si on n'ignorait pas, on n'agirait pas… Et cela, l'incertitude, est évalué coûteux. Et, par l'action quotidienne, on essaie de réduire le coût de l'incertitude, aspect de l'amélioration du niveau de vie.

Les intervenants précédents l'ont démontré, en particulier Monsieur P. avec la délocalisation en Chine, de sa firme - de son métier - qu'il a décrite.
 Il a montré que cette décision lui avait permis finalement, d'une part, de prolonger, un temps, un métier qu'il avait compris à bout de course, sans avenir, et, d'autre part, de mettre le doigt sur le vrai métier sur quoi son entreprise devrait être centrée et de revenir le développer en France, d'où sa relocalisation -.

Une façon d'être moins ignorants qu'ont découvertes les hommes depuis maintenant bien longtemps et qui est toujours d'actualité, consiste à appliquer ou respecter des règles de droit et des règles physiques, ces règles ayant été elles-mêmes découvertes un jour dans le passé et étant toujours susceptibles d'être remplacées un jour dans l'avenir par d'autres jugées plus performantes.
Il me semble essentiel de souligner que le respect ou l'application de ces règles contribuent à réduire l'ignorance, l'incertitude, de chacun sur la réalité, donc les coûts supportés en relation avec cette incertitude. En d'autres termes, ils contribuent à améliorer notre situation, la situation des nations.

Mais, s'agissant des règles de droit – le problème ne se pose pas en général en matière de règles physiques -, il y a règle et règle comme je vais le montrer dans un instant.
Quant aux règles dont je viens d'évoquer le respect ou l'application, il s'agit de la propriété, la responsabilité et la liberté d'échange/contrat. Soit dit enfin en passant, je ne vous cacherai pas que je suis très réservé à l'égard de la référence au "dilemme du prisonnier" qu'a faite Monsieur Alain G. dans son exposé sur "les mesures de la délocalisation", par ailleurs bien fait et très intéressant.
Le "dilemme du prisonnier", comme son nom l'indique, ne situe pas dans un contexte où les gens sont honnêtes, libres d'agir et ignorants de la réalité. Il situe dans un contexte où des gens malhonnêtes sont en prison pour avoir mal agi et où l'inspecteur leur donne le choix entre deux actions, et deux seulement: mentir – i.e. ne pas reconnaître leur malhonnêteté et continuer à se moquer de la règle de la propriété - ou dire la vérité – i.e. reconnaître leur malhonnêteté et, en définitive, accepter la règle de la responsabilité -.

L'économie ne saurait être située dans ce dernier contexte et ce modèle apporter quoi que ce soit à la compréhension de l'économie, sauf à vouloir faire croire, comme s'y efforcent certains économistes, mathématiciens ou non épris du modèle qu'ils ont construit, que ne font qu'un l'économie et le pays des Merveilles d'Alice, en l'espèce une prison de cauchemar.

L'économie est ensuite un ensemble de relations entre des personnes à propos des choses en propriété, en responsabilité et susceptibles d'être échangées par contrat, c'est-à-dire des choses régies par les règles de droit. Bien évidemment, parmi les choses en propos dans les relations interpersonnelles, il y a des biens, services ou non, qu'on échange.
Il y a aussi des processus d'organisation, de création de firme, des techniques de fabrication que certains découvrent à la suite de maint effort.
Et il faut reconnaître que, dans ce dernier cas où les efforts sont couronnés de succès, c'est chaque fois la variation des règles techniques, d'organisation, c'est aussi le progrès technique, la création de firme et de richesses.


1. Les faiblesses de l'économie française tiennent dans des règlementations.

Dans ces conditions, je dirai que les faiblesses de l'économie française se trouvent essentiellement dans toutes les réglementations qui ont été produites par le législateur ou le gouvernement et qui conditionnent les relations interpersonnelles et, par exemple, les relations à propos des choses: sans ces réglementations, les relations seraient régies par les seules règles de droit, par la propriété, par la responsabilité et par la liberté d'échange/contrat.
J'aimerai vous convaincre qu'à la différence des règles de droit, ces réglementations n'améliorent pas l'économie française, mais l'affaiblissent, car elles ne diminuent pas les coûts de l'incertitude comme certains veulent bien l'affirmer, mais les accroissent. 


1.A. Des règlementations qui font pièce aux règles de droit.


Il faut bien se rendre compte qu'en France, depuis au moins 1945 et de plus en plus ces dernières décennies, le législateur ou le gouvernement a témoigné de la volonté de limiter le droit de propriété, la responsabilité individuelle et l'échange/contrat et fait intervenir, à l'occasion, des prétextes fallacieux pour justifier sa démarche (par exemple, l'imperfection des règles de droit).

En fait, il a fixé des règlementations qui ont éloigné des règles de droit, et cela pour le pire. C'est flagrant en matière d'échange/contrat.
Prenons l'exemple des salaires des employés. Je ne pense pas vous faire injure si je vous dis que la grande majorité d'entre vous, qui êtes salariée, ne connaît pas le prix de son travail, son "vrai" salaire, celui que paie son employeur.

Vous connaissez ce que vous recevez sur votre compte en banque, ce que les comptables dénomment le "net payé" qui, en gros, en représente la moitié, l'autre moitié tenant dans les cotisations obligatoires de sécurité sociale (assurance-maladie, retraite, etc.) versées en vos lieu et place par l'employeur.

Vous ne savez donc pas que le prix de votre travail est, en gros, le double de ce que vous touchez et de ce que vous toucheriez si votre contrat de travail était digne de ce nom, c'est-à-dire n'était pas réglementé de façon arbitraire et, j'ose le dire, scandaleuse.

Cela étant, vous avez deux attitudes possibles: soit vous vous sous-estimez, soit vous faites confiance à ce qu'avancent les syndicalistes prétendument représentatifs et croyez, comme ils vous l'affirment toute honte bue, que votre patron vous exploite!
Mais, avec cette seconde attitude, vous êtes tombé dans le piège qu'ils vous ont tendu. Il faut comprendre en effet que ce sont eux qui, en vérité, vous exploitent car ce sont eux qui sont parvenus à imposer la réglementation - que constituent les cotisations de sécurité sociale - et qui en tirent les ficelles.

Les réglementations produites par le législateur ou le gouvernement tendent aussi à supplanter purement et simplement les règles de droit. C'est, par exemple, flagrant en matière de responsabilité avec la dernière réglementation qu'est le prétendu "principe de précaution". Je ne m'y attarde pas.

Je préfère souligner qu'à l'extrême, les réglementations en arrivent à s'immiscer dans l'intimité des individus, dans leur domaine privé (en particulier, celui de sa santé): on est alors en pleine morale socialo-communiste, en plein conditionnement (interdiction de fumer dans les lieux publics et campagne anti-tabac par exemple).


1.B. Des règlementations qui varient en permanence.

Bref, désormais en France, les relations interpersonnelles obéissent le plus souvent à des règlementations fixées aveuglément, arbitrairement, par le législateur ou le gouvernement du moment sous la pression de la majorité politique du moment.

Mais il y a peut-être plus grave car ils les font varier en permanence ou presque. Il faut s'y ajuster et cela n'a rien de gratuit. Ils les font varier pour, au moins l'affirment-ils, améliorer le sort de tous, et des pauvres en premier lieu alors qu'ils créent de l'incertitude juridique en permanence. Par exemple, c'est la variation lancinante des règles entre l'employeur et l'employé à l'initiative du législateur (Code du travail) dans un sens qui se veut favorable à l'employé … sans nuire à l'employeur dans le meilleur des cas. J'aurai l'occasion d'y revenir dans un instant. 


1.C. Des règlementations qui ne peuvent qu'être coûteuses.

Il faut se rendre à l'évidence: à la différence du respect ou de l'application des règles de droit qui tendent à réduire l'incertitude des personnes, la première conséquence des réglementations ou de leurs variations est de créer de l'incertitude juridique après avoir fait naître au départ l'illusion de la certitude.

Il s'ensuit aussi une augmentation de l'incertitude en général ou de son coût.

Mais je pose la question : comment une augmentation de l'incertitude pourrait-elle produire une élévation du niveau de vie, comment ces variations incessantes des règles pourraient-elles, les unes et les autres, contribuer à améliorer le sort des pauvres, des plus démunis d'abord ?

Déjà, en période "normale", d'innovation lente, - ce qui fut la caractéristique de la période qu'a connue la France, au lendemain de la guerre de 1939-45 et jusqu'à la décennie 1970 -, les réglementations et leurs variations ont des répercussions sur ce que peuvent choisir de faire les chefs d'entreprise pour être efficaces ou le rester: ils doivent consacrer des efforts pour respecter l'évolution de la réglementation (par exemple, service comptable pour les questions de fiscalité et de sécurité sociale). Ne serait-il pas moins coûteux et plus enrichissant qu'ils déploient ces efforts pour essayer d'améliorer la situation de leurs entreprises sur le marché?

Cela ne doit pas cacher qu'en agissant ainsi, le législateur ou le gouvernement se veut omniscient et prétend que les réglementations qu'il assène contribueront à l'amélioration de la situation de chacun. Malheureusement, il n'est pas omniscient et oublie ou ne sait pas que les règles de droit qu'il écorne ou met de côté contribuent, elles, à la réduction de l'incertitude et donc à l'amélioration de la situation de chacun.

En bonne logique, comment ces règles arbitraires qui portent atteinte à la propriété en tout domaine, à la responsabilité individuelle et au contrat/échange et, par conséquent, à leurs effets sur l'incertitude de chacun, pourraient-elles, les unes et les autres, contribuer à améliorer le sort de tous et des pauvres, des plus démunis d'abord?

A défaut de faire référence à la logique, on peut aussi faire référence à l'observation. Celle-ci révèle le résultat de la démarche réglementaire que je viens d'évoquer: il est diamétralement opposé au résultat attendu puisque c'est, en particulier, l'augmentation permanente du nombre des démunis, de la pauvreté depuis une trentaine d'années, en France.

Il est à souligner que, dans la décennie 1960, pour être efficaces ou le rester étant donné les règlementations nouvelles et leurs variations qu'ils devaient supporter en matière de fiscalité ou de sécurité sociale, par exemple les chefs d'entreprise dans l'industrie automobile favorisèrent l'immigration de travailleurs plutôt que l'innovation, l'investissement en machines.

Ils se sont donc ajustés avec succès mais à des coûts inutiles près qu'ils ont du supporter (et dont personne n'a parlé) et qui ont tenu dans l'exploitation "jusqu'à la corde" de leurs techniques de production. Et ils ont pu procéder ainsi jusqu'au jour où les règles ont changé significativement dans leur environnement, dans le monde, c'est-à-dire à partir de la décennie 1970.


2. Les mutations de l'environnement mondial.

Les mutations de l'environnement mondial qui sont devenues frappantes depuis une quinzaine d'années ont deux grandes caractéristiques qui tiennent dans l'évolution scientifique et technique, d'une part, et, d'autre part, dans l'évolution politique.
Elles ont aussi une troisième caractéristique qui, bien évidemment, tient dans le résultat de ces évolutions, à savoir des réductions de coûts superflus, des augmentations des niveaux de vie. 


2.A. L'évolution scientifique et technique
Par évolution scientifique et technique, il faut entendre les découvertes réalisées et leurs applications pratiques. Elles correspondent à des variations des règles techniques - les nouvelles qui viennent d'être découvertes remplacent les anciennes désormais évaluées moins efficaces– et on dénomme l'ensemble "progrès".

Parmi les grands moments de l'évolution récente, il y eut, par exemple, la création de la firme "Intel" (dans le domaine de la "puce" informatique) dans la décennie 1960.
Ce fut, ensuite, Bill Gates qui créa, avec quelques amis, la firme "Microsoft" il y a trente ans en 1975 et qui aujourd'hui doit affronter les critiques que lui adressent les gens de la bureaucratie de Bruxelles sur sa prétendue pratique anticoncurrentielle (je ferai remarquer en passant que la firme "I.B.M." n'était donc pas le monopole monstrueux que les gauchistes de tous poils politiques de 1968 n'avaient pas arrêté de dénoncer).
Pour ne pas parler de l'avènement de la firme "Apple" et des micro ordinateurs au début de la décennie 1980.

Bref, en une vingtaine d'années (1965-85), au moins en Occident (mais Japon, Australie, Nouvelle Zélande, pays d'Asie du Sud-est entre autres inclus), la "société de consommation" a cédé la place à la "société de l'information" ("information" à tous les sens possibles du mot, "société de l'information" reposant sur les nouvelles techniques d'information et de communication – en abrégé N.T.I.C. - pour ne pas parler des nanotechnologies ou de la biologie).
Et, à cet égard, on peut avancer sereinement que, depuis, la période n'a pas été "normale", d'innovation lente, mais "extraordinaire", d'innovation rapide.

D'une façon générale, dès lors qu'ils sont appliqués, les progrès scientifiques qui deviennent alors techniques ou organisationnelles ont pour conséquences d'améliorer les conditions de vie des personnes, vous et moi, employeurs ou employés.
Et il en a été ainsi des progrès dans ce domaine de l'information et de la communication: ils ont donné lieu aux NTIC et celles-ci ont réduits des coûts et procurés maint bénéfice dans tous les domaines d'activité.
Cette évolution a eu pour conséquence générale d'améliorer les conditions de vie des personnes. Elle a eu pour conséquences d'amener des personnes à faire des échanger avec le reste du monde – à se délocaliser en particulier -, à se spécialiser dans telle ou telle activité – nouvelle ou non -, à créer des firmes. 


2.B. L'évolution politique

Deuxième grande caractéristique des mutations de l'environnement mondial: l'évolution politique, c'est-à-dire les variations des règlementations nationales dans maint pays.
Elles sont survenues d'abord à la fin de la décennie 1970 dans des pays comme le Royaume-Uni (avec Margaret Thatcher) ou les Etats-Unis (avec Ronald Reagan) et ont pris les formes de "déréglementations", de privatisations (retour aux règles de droit) et de remise en question des pouvoirs monopolistes donnés dans le passé à des syndicats (retour à la liberté d'action des travailleurs).

Elles sont survenues ensuite à partir de 1989-91 avec la disparition de l'URSS et la libération du joug socialo-communiste de maint pays: la réunification de l'Allemagne, la séparation de la Tchéquie et de la Slovaquie (certes il y a eu le cas pour le moins difficile de la Yougoslavie…).
En conséquence, tantôt les nations ont abandonné les règlementations socialo-communistes d'hier et leurs législateurs respectifs mis en oeuvre des réglementations nationales qui, non pas éloignaient, mais rapprochaient des règles de droit: ce fut alors la redécouverte des règles de la propriété (privatisation), de la responsabilité personnelle et de l'échange contrat (création de firme de statut juridique "société de capital"). Tantôt, il y eut des atténuations progressives des règles socialo-communistes.

Cette évolution des réglementations comme cette redécouverte des règles de droit ont eu pour conséquence générale d'améliorer les conditions de vie des personnes dans ces pays. Les chefs d'entreprise n'avaient plus, comme c'était auparavant leur lot dans le meilleur des cas, à consacrer plus d'efforts pour respecter ou tenter de tirer parti de la dernière réglementation que pour essayer d'améliorer leur situation productive ou sur le marché.

Enfin, ces mutations ont eu pour conséquences d'amener des personnes à créer des firmes, à se spécialiser dans telle ou telle activité de leur choix car désormais elles y avait accès, à faire des échanges avec le reste du monde –pourquoi pas se délocaliser?-, ce qui leur avait été interdit auparavant. 


2.C. Deux évolutions qui contribuent à augmenter les niveaux de vie.

De fait, à l'échelle du monde, dans un certain nombre de pays, les variations conjointes des règlementations juridiques et des règles techniques ou organisationnelles se sont combinées et leur application pratique par les personnes ont contribué à la diminution de l'incertitude, donc de son coût, et, en d'autres termes, à l'augmentation des niveaux de vie.

Elles ont eu pour conséquences que les chefs d'entreprise en place ont bénéficié de la résultante des effets et les économies nationales où ils étaient localisés ont tiré parti de l'innovation. Cela est la troisième grande caractéristique des mutations de l'environnement mondial.


3. Influence des mutations de l'environnement mondial sur l'économie française.

Les mutations de l'environnement mondial n'auraient pas eu d'influence spécifique sur l'économie française si leurs trois caractéristiques avaient été en harmonie avec les faiblesses françaises. Mais elles ne l'étaient pas et il n'en a pas été ainsi.

Il convient d'abord de se rendre compte que les progrès scientifiques, techniques et organisationnels (une des caractéristique des mutations) se sont faits de la même manière un peu partout dans le monde, autant dans l'économie française que dans le reste du monde.
Si, jusqu'à la décennie 1970, nous étions dans un monde d'innovation lente et de "guerre froide", depuis la décennie 1970, tout a progressivement changé et l'innovation est devenue rapide.

Ensuite, le fait est que, dans la période récente, les règlementations de l'économie française et leurs variations se sont accélérées par rapport à celles qu'elle avait connues jusque dans la décennie 1970.
L'efficacité technique ou organisationnelle accrue de l'économie française s'est dès lors heurtée en permanence de façon plus onéreuse au développement des règlementations, pour ne pas parler de l'inefficacité – administrative – conséquence de réglementations telles que, par exemple: 39 H et retraite à 60 ans en 1981; C.S.G. (déductible ou non déductible..) au début de la décennie 1990, C.3S., C.R.D.S., rôle accru des syndicats dans les firmes, 35 H fin de la décennie 1990, prétendu "principe de précaution" début décennie 2000.

Et ce développement fait apparaître que les règlementations de l'économie française et leurs variations se sont faites dans un sens opposé à celui des règlementations des économies nationales du monde occidental et du monde libéré du joug socialo-communiste (autre grande caractéristique des mutations de l'environnement mondial).
En d'autres termes, tout s'est passé comme si le mur réglementaire à quoi se heurtait l'innovation en France s'était trouvé rehaussé par la déréglementation hors de France.

En conséquence, il faut reconnaître que, par comparaison, les variations réglementaires en France ont été déterminantes dans l'influence des mutations de l'environnement mondial sur l'économie française.
Dans le sens où elles ont été pratiquées, elles n'ont pu que freiner les progrès, voire s'y sont opposés, alors que, dans le sens opposé où elles étaient mises en œuvre dans le reste du monde, elles les accéléraient et les favorisaient.

Au cœur de ces mouvements contradictoires, il faut bien se rendre compte qu'il y a les chefs d'entreprise français. Qu'on le veuille ou non, pour rester efficaces et ne pas disparaître, ils doivent ajuster en permanence leurs firmes aux mutations.

D'une façon générale, les progrès scientifiques ont pour conséquences de les amener à s'ajuster à la nouveauté, à faire varier les règles techniques ou organisationnelles qu'ils appliquent et à adopter de nouvelles règles : c'est la recherche et le développement en permanence, l'investissement innovant, les activités nouvelles ou en diversification.
C'est aussi la formation professionnelle, c'est enfin l'épargne à trouver pour le financement de tous ces changements.

Mais s'ajuster aux variations incessantes des règlementations nationales est finalement beaucoup plus problématique.
Et on a dit que, si les firmes françaises y étaient parvenues tant bien que mal jusqu'à la décennie 1970, c'était en particulier à cause de la lenteur de l'innovation.
Seulement, depuis la décennie 1970, l'innovation est rapide.
Il s'ensuit que les chefs d'entreprise ont du combiner ce changement avec les variations des règlementations.
Il en découle la première grande conséquence que les chefs d'entreprise française ont du continuer à supporter des variations des règlementations fiscales ou de sécurité sociale, d'inspiration socialo-communiste, malgré l'extinction de ces pratiques dans le reste du monde, occidental ou non.
En d'autres termes, ils ont du supporter des coûts spécifiques que leurs concurrents ne supportaient pas.

Autre conséquence, ils ont du supporter l'effet de ces réglementations sur les innovations qu'ils mettaient en œuvre. Et l'effet a tenu encore dans des coûts spécifiques que leurs concurrents ignoraient.

Dernière grande conséquence, pour rester efficaces et ne pas disparaître, les chefs d'entreprise avaient une issue apparemment simple: se délocaliser pour produire "à réglementations moins coûteuses". Et tous ne l'ont pas empruntée.


Conclusion.

Les mutations de l'environnement mondial dans le sens schématisé ont accentué les faiblesses de l'économie française.
Ces mutations ne sauraient être blâmées, sauf à blâmer le sens de la rotation de la terre ou la loi de la gravitation sur terre…, sauf à refuser les progrès de la connaissance et leur application qui débouchent sur l'augmentation des niveaux de vie.
A ces mutations, les réactions des chefs d'entreprise qui passent par des délocalisations ne sauraient être davantage blâmées sauf à oublier la perversité des réglementations qui leur sont infligées ainsi que celle de leurs effets.

Malheureusement, ces blâmes sont au cœur de maint discours économique tenu en France et ailleurs.
Je n'hésiterai pas à affirmer qu'il en est ainsi à cause des erreurs des théories économiques qui les sous-tendent.
Ces théories prétendent que les réglementations améliorent l'économie alors que, parallèlement, elles font, en général, abstraction des règles de droit et de l'ignorance limitée du législateur ou du gouvernement.
Elles témoignent aussi des goûts de leurs constructeurs pour les réglementations de toute nature, tout en laissant entrevoir que ces derniers considèrent que les phénomènes économiques sont sinon mécaniques, du moins déterministes et maîtrisables.

Dernier exemple en date de la méprise – qui vaut son pesant d'erreurs - , ce qui a trait au "plein emploi" - notion non définie -, dans le "traité constitutionnel" soumis à referendum le 29 mai prochain. Ce traité veut faire croire qu'il y aurait à l'échelle de l'Union européenne des réglementations (de fait, le mot "politique" est employé à la place de "réglementation") qui permettraient de transformer les chômages nationaux en "plein emploi" européen.

Il faut débusquer ces théories économiques erronées et dénoncer leur utilisation car elles sont en définitive à la base de toutes les faiblesses croissantes de l'économie française.

Je vous remercie de votre attention.


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