La vraie solution
Par Georges Lane le mercredi 1 mars 2006, 09:31 - 7. Economie appliquée de l'organisation de la sécurité sociale - Lien permanent
Paris, fin mai
2007.
Voici les principaux éléments de la conférence que l'association CLE
(Catholiques pour les libertés économiques) m'avait proposée de faire sur le
thème
"Les assurances privées du risque maladie : est-ce la vraie solution
?"
le 14 mai 2007, SALLE DE L'ASIEM (appelée aussi Notre-Dame du Bon Conseil), 6,
rue Albert de Lapparent 75007 Paris.
1. En France comme à l'étranger, pendant longtemps, le "risque
d'attraper une maladie", le "risque de perdre la santé" à cause d'une maladie
ou d'un accident, a été l'objet d'assurances privées.
Distinguons d'emblée les médecins (et tout ce qui en dérive) qui soignent et
l'assurance qui ne soigne pas, mais qui répare, indemnise, rembourse les
assurés qui ont versé une prime d'assurance dans ce but si un sinistre les
touche, si le (facteur de) risque se réalise.
La médecine est vieille comme le monde, l'assurance est une industrie récente à
l'échelle de l'histoire et dont les progrès se sont fait sentir à partir du
XIXè siècle.
Autant l'assurance a été attaquée en France par les socialo-communistes au
début du XXè siècle, autant les médecins ne l'avaient jamais été. Aucun
écrivain ou homme politique ne s'était fait fort d'attaquer les médecins au
prétexte des honoraires qu'ils auraient demandés ou à celui de leur refus de
soigner. Ces idées maléfiques ne les effleuraient pas.
Depuis le début de la décennie 1930, les salariés de l'industrie et du commerce
dont le revenu était inférieur à un certain montant – fixé arbitrairement par
le législateur - avaient reçu l'obligation de souscrire une "assurance
maladie".
2. Mais il y a eu, en France, en 1945-46, un coup de force
politico-syndical qui a interrompu cette sécurité sociale maladie spontanée
pour créer par ordonnances l'organisation de la sécurité sociale
obligatoire (OSSO).
A l'étranger, la sécurité sociale maladie spontanée a le plus souvent continué
à évoluer librement.
Je passe sur les nationalisations d'entreprises d'assurances décidées à
l'époque.
A partir de 1947, une proportion croissante de la population a été obligée de
verser des cotisations à cette organisation plutôt que des primes à l'assureur
de son choix.
Le risque maladie ou santé a été confondu avec d'autres considérations
(vieillesse, risque d'accident du travail et dépenses familiales) dans un
paquet cadeau.
L'OSSO fournit des RIRES dans certaines limites en cas de réalisation de
facteurs du risque maladie.
D'où, en relation avec ses limites de RIRES, les assurances complémentaires
fournies par les entreprises privées (de forme juridique "mutuelle" ou
autre).dont le choix est resté libre.
Prétendus inconvénients du contrat d'assurance (maladie/santé ou
autre) dénoncés hier et ayant contribué à la nouvelle organisation – "plan de
sécurité sociale" -.
Les critiques (par exemple Jèze, 1932) étaient les suivantes :
- le montant de la prime est trop élevé,
- tout le monde ne peut pas la payer,
- il y a le risque moral : les assurés demandent davantage de soins ou
biens médicaux une fois assurés !
- l'assurance a des effets pervers sur l'assuré : sous prétexte d'assurance
complète, l'assuré a le sentiment de gratuité et s'égare,
- les assureurs sélectionnent les risques,
- des assureurs sont indélicats comme il en est de toute profession, mais dans
le cas de l'assurance santé, c'est particulièrement grave.
- tout cela pour ne pas évoquer les profits faits sur le malheur ... et les
dépenses commerciales supportées pour vendre et jugées être de l'ordre du
gaspillage de ressources.
3. L'OSSO n'était en rien comparable à une compagnie
d'assurance.
Au départ, l'OSSO n'était pas comparée à une compagnie d'assurance en situation
de monopole réglementaire non pas à cause de son caractère "public". Attention
au prétendu caractère "public" qui est avancé.
L'OSSO n'était pas comparée à une compagnie d'assurance en situation de
monopole réglementaire parce que, tout simplement, elle tenait dans le
refus pour ne pas dire la négation de l'assurance, étant donnés les prétendus
inconvénients que celle-ci présenterait.
- L'OSSO
n'évaluait pas le risque maladie de chaque assujetti aux cotisations, ni de
chaque immatriculé/affilié, et n'aurait su le faire (avec les ayants-
droit) ;
- elle ne distinguait pas le risque maladie et le risque vieillesse (cf.
mes textes) ;
- elle ne prenait pas en compte le risque santé ni son évaluation,
- les cotisations de SS maladie étaient obligatoires et indépendantes du risque
: le montant des cotisations était fixé par les hommes de l'État d'une façon
arbitraire qui s'articulait aux dépenses maladie de l'économie en général
et aux revenus de l'individu en particulier ;
Elle a commencé à les distinguer à partir de la réforme de 1967 où elle a perçu
des cotisations maladie et des cotisations vieillesse sous plafond.
Soit dit en passant, à l'occasion de cette réforme, les dépenses de maternité,
jusqu'alors prises en charge par les allocations familiales, ont été affectées
à la branche maladie.
4. L'OSSO a été au départ un "régime général", à défaut d'être
"universel".
L'OSSO a été un "régime" qui a d'abord rassemblé les employés de l'industrie et
du commerce – cheptel de base -, puis il a été étendu progressivement à tous
les gens vivant en France, voire à l'étranger…
Elle a reçu une administration bureaucratique hiérarchique indépendante de
l'Etat, plus ou moins aujourd'hui du fait de la réforme par le gouvernement
Juppé de 1995-97, qui
- perçevait des cotisations obligatoires dont elle fixe unilatéralement
l'assiette, le montant sous plafond,
- versait des RIRES, et
- se servait au passage : il faut bien vivre...
Il n'y avait rien de contractuel dans l'OSSO (jamais le peuple de France ne
s'était prononcé à son sujet, par referendum par exemple).
L'assujetti et ses ayants-droit n'avaient pas le choix de la définition du
risque maladie.
Ils devaient se soumettre à celle que lui imposaient implicitement les
bureaucrates de l'administration (soins dentaires, lunettes, prothèses,
etc.)
Deuxième grande réglementation à connaître : à partir de 1967 et jusqu'à la
décennie 1990, l'assuré maladie du "régime général" a versé une cotisation
maladie obligatoire périodique, assise sur le salaire brut (cotisations employé
et employeur). Ensuite, fin de la décennie 1980, la CSG (déductible et non
déductible) a été instituée et pris progressivement le relai de la cotisation
dite "employé".
5. L'artifice du couplage de l'"OSSO maladie" et du "marché des
produits de recouvrement de la santé".
Les dirigeants du régime général de l'OSSO ont tendu à se rendre
maîtres du "marché des produits de recouvrement de la santé".
Et les médecins ont été convaincu qu'ils avaient quelque chose à gagner : en
vérité, ils ont échangé progressivement leur liberté contre un plat de
lentilles.
Cela est passé, entre autres, par la réforme du régime général de l'OSSO en
quatre branches dont celle de l'OSSO maladie (1967)
Et depuis le gouvernement Juppé de 1995-97, le législateur a accéléré et
complété le processus.
Désormais, l'OSSO maladie enveloppe la "gestion réglementaire des réalisations
du risque maladie" et le "marché réglementé des produits de recouvrement de la
santé".
6. La faillite de la connaissance ou l'entretien de l'ignorance des
êtres humains.
Jamais une telle gestion, jamais une telle organisation ne
sauraient déboucher sur les résultats avantageux pour ceux dont elles veulent
le bonheur malgré eux (il suffit de lire Mises, Hayek, etc., Kriegel…)
Il n'est plus à expliquer qu'elles conduisent logiquement à des résultats
opposés depuis François René de Chateaubriand (Frédéric Bastiat, Vilfredo
Pareto) car elle n'est pas fondée sur la morale et la justice.
Il ne s'agit pas de stigmatiser :
- la dérive des dépenses médicales relevée dès 1952 par la Cour des Comptes
(ONDAM aujourd'hui),
- la baisse de la qualité,
- la surconsommation,
- les fraudes des uns et des autres et, ces derniers temps,
- les attaques
contre les médecins (exemple).
7. Que faire ? Quelle est la solution du problème soulevé en relation
avec l'OSSO maladie ?
Le problème qui se pose aujourd'hui tient dans toutes les
réglementations qui ont donné existence à l'OSSO
maladie.
La solution, c'est rendre le choix aux gens de rester dans l'OSSO maladie ou de
s'assurer auprès d'une compagnie d'assurance maladie. Qui voudra y rester, y
restera …!
En d'autres termes, c'est rendre la capacité de reprendre en marche le train du
progrès du marché de l'assurance maladie qui heureusement ne s'est pas arrêté,
en 1945, dans le monde, comme il l'a été en France.
8. Que serait une assurance privée du risque maladie ?
Une assurance privée du risque maladie serait donc
primo une façon d'échapper au socialo-communisme de la santé - en tant
qu'idée - qui règne en France depuis 1945.
Ce serait secundo le moyen de sortir de son application, de sortir
concrètement du socialo-communisme de la santé. (cf. mon texte la soviétisation
de l'OSSO maladie - Euro 92, décembre 1998).
En quoi consisterait-elle ? Quels sont les contrats qui pourraient émerger ou
que la personne pourrait choisir de passer pour sortir du socialisme de la
santé ?
Il suffit de regarder ce qui se passe en France chez les assureurs dits
"complémentaires".
Il suffit aussi de regarder ce qui se passe dans les pays étrangers.
Dans l'état actuel des connaissances en matière d'assurance et de ce qui se
fait à l'étranger, on n'a que l'embarras du choix.
Le contrat d'assurance santé serait ce qui a existé en France jusqu'en 1945
mais, bien sûr, amendé par tous les progrès et innovations réalisés dans
les domaines scientifiques et techniques, financiers ou non, dont celui de
l'assurance.
Ce serait un éventail de choix de contrats pour l'assurable – et ses
ayants-droit – beaucoup plus large qu'alors en matière de :
- risque maladie/santé et facteurs de risques,
- profil de cotisations/primes,
- sinistres indemnisés (RIRES).
9. Conclusion.
Ce qui est dénommé aujourd'hui, en France, "sécurité sociale" est une
organisation obligatoire lancée progressivement à partir des ordonnances
d'octobre 1945 selon un plan : le "plan de sécurité sociale" (après les
créations récentes de l'Ordre des médecins et de l'Ordre des pharmaciens
!).
Antérieurement, il y avait une sécurité sociale spontanée libre ou presque -
dénommée dans ce cas "assurances sociales" (1930) - qui résultait des activités
de chacun, en particulier en matière d'assurance maladie. Les gens étaient
soignés et de mieux en mieux. Les progrès de la médecine étaient patents et
personne n'avait l'idée de stigmatiser une augmentation du "coût de la
médecine". Il n'y avait pas de pénurie de médecins, ni d'attaques contre
ceux-ci.
Cette organisation de sécurité sociale spontanée libre ne posait pas de
problème sauf aux tenants de l'idéologie socialo-communiste et aux
calomniateurs des compagnies d'assurance, un des pivots du régime
capitaliste.
Pour sa part, l'OSSO maladie, instituée à partir de 1967, est à la fois le
refus et la négation de l'assurance maladie. Elle ne saurait donc y être
comparée et, en particulier, être qualifiée d'"assurance
maladie".
Les contrats d'assurance maladie disponibles aujourd'hui sur le marché de
l'assurance maladie de par le monde constituent, chacun, un moyen de
sortir du socialo-communisme de la santé où nous vivons actuellement en France.
C'est leur avantage commun.
Il s'avère qu'en France, les hommes de l'Etat ou de l'OSSO maladie commencent à
s'intéresser à l'évaluation du "risque santé". Il est à souligner que cette
démarche est en opposition avec le principe communiste de la sécurité
sociale de 1945 qui voulait que l'évaluation du risque santé de "X" ou "Y"
tiendrait de l'inquisition et porterait atteinte aux droits de l'homme.
Tant mieux ! Mais qu'ils soient logiques jusqu'au bout.
La porte de l'"assurance santé" semble donc se débloquer : l'antirouille de
l'imagination des uns et des autres commence à faire son effet sur
l'opinion.
Autre point de départ de la ligne socialo-communiste à stigmatiser, la négation
du temps. S'y est attaché indirectement François Châtelet quand il a écrit
:
ou l'a évoqué trés directement Jean Pierre Dupuy quand il a écrit :"On a tenté de faire ressortir les conceptions de l'homme et de son avenir qui, depuis plus de deux cent cinquante ans, ont jalonné le parcours des sociétés. Au fond, s'il en ressort une leçon ce qui est douteux -, c'est que l'avenir est une idée bien fâcheuse, tant par les espoirs fallacieux qu'elle soulève que par les pratiques contraignantes qu'elle autorise. A moins d'en conjurer les maléfices, en se rappelant que, selon le proverbe, 'le pire n'est jamais sûre'" (Châtelet, 1978, p.18)
Je soulignerai pour conclure à propos des contrats d'assurance maladie ou santé - selon l'expression qu'on préfère - qu'ils sont des solutions réelles et morales au problème de l'OSSO maladie que nous connaissons aujourd'hui et qui n'a fait que s'accroître depuis 1947."Le totalitarisme résulte d'une volonté de maîtrise tellement totale du temps que celui-ci en vient à être nié" (Dupuy, 1982, p. 83).
Des solutions réelles et non pas utopiques.
Les divers contrats sont des solutions réelles pour sortir du socialisme de la santé car ils sont fondés sur la réalité et le Droit, et non pas sur l'utopie.
Ils sont fondés sur la réalité telle qu'elle est et non telle que certains voudraient qu'elle soit.
Ils ne sont pas fondés sur des mythes, ils ne sont pas fondés sur les conditionnements qu'on connaît aujourd'hui et qui sont supposés devoir mener à l'utopie.
Ils résultent du marché de l'assurance.
Des solutions morales et justes.
Ils sont aussi des solutions morales pour échapper au socialisme de la santé car ils ne sont pas fondés sur le mensonge, ni sur la violence (une violence qui va du mensonge au vol de la responsabilité individuelle par l'obligation réglementaire en passant par la spoliation du travailleur et par la création d'une terminologie absconse).
Ils sont justes car ils sont fondés sur la volonté individuelle des personnes et le respect de la volonté d'autrui.
Face à l'immoralité et à l'injustice de la situation actuelle que j'ai rappelée, les contrats d'assurance présentés ont en commun de rétablir la dignité de la personne.
Ils ont en commun qu'en ne les interdisant pas, le législateur rendrait à chacune son droit de propriété sur les fruits de ses efforts, sa responsabilité (sa capacité) juridique et sa liberté de contracter, des éléments de sa dignité dont il n'aurait jamais du le spolier car ils sont au coeur du progrès en matière médicale et en matière d'assurance santé.
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