Le capitalisme financier : un merveilleux pléonasme.
Par Georges Lane le mercredi 1 février 2006, 10:06 - 3. Economie appliquée des marchés financiers - Lien permanent
Paris, le 28 janvier 2008.
A l'occasion de la révélation des erreurs de gestion et d'organisation de la Société Générale et de leurs sanctions par les marchés financiers, certains s'en donnent à cœur joie pour dénoncer ce qu'ils dénomment le "capitalisme financier". La Société Générale aurait été le jouet de ce capitalisme financier.
1. Pléonasme.
N'y a-t-il pas plus beau pléonasme que cette expression de "capitalisme financier" ? Peut-être celle de "capitaux flottants" que leurs prédécesseurs employaient dans le passé pour désigner les échanges internationaux de créances à court terme, mais ils semblent l'avoir abandonnée.
Peut-être aussi celle de "finance capitalistique" qui laisserait entendre qu'il y aurait une finance non capitalistique, anti capitaliste, socialiste, la "microfinance" ? A l'heure du principe de précaution et du développement durable, tout est possible.
Le capitalisme ou la finance ont même racine : la gestion de l'avenir par l'être humain. Ils sont l'unique envers de l'endroit qu'est l'épargne en droits de propriété sur les choses de ce dernier.
2. Incohérence.
Le cas échéant, pour appuyer le pléonasme, ils enfourchent la fausse distinction "sphère réelle"/"sphère financière" bien que par ailleurs ils n'hésitent pas à parler du "marché des biens et services".
Qu'est-ce que la finance sinon une industrie de services ?
Où situer une industrie de services sinon dans la "sphère réelle" ?
3. Antinomies.
Certes, ceux qui emploient ces mots vénèrent en général l'organisation de la sécurité sociale qui oblige, sous peine d'amendes ou de prison, les gens qui sont assujettis à ses cotisations à vivre au jour le jour bien que, par nature, ils devraient gérer leur avenir.
Cela ne fait que s'ajouter au fait qu'elle nie le libre arbitre de chacun comme en témoigne l'obligation de sécurité sociale.
Malheureusement pour les admirateurs, si ce capitalisme financier, si les marchés financiers n'existaient pas et ne s'étaient pas améliorés ces dernières années, l'organisation de la sécurité sociale aurait vécu ce qu'a vécu l'URSS, l'espace de temps de quelques tueries sanglantes et autres goulags.
A coup sûr, elle aurait vécu moins de temps que l'URSS qui elle a vécu un peu plus de soixante dix ans. Quant à l'Etat de France, il serait vraisemblablement dans une situation guère enviable à moins qu'il ait déjà rejoint l'Etat de l'URSS dans le néant.
En effet, si l'industrie de la finance, une industrie désormais mondiale, n'avait pas innové, le déficit de l'Etat de France et, a fortiori, le déficit de l'organisation de la sécurité sociale, ne seraient pas financés.
4. Preuve.
Je n'en veux pour dernière preuve en date que l'article de Paul Fabra intitulé "La danse du ventre des OAT" publié dans Les Echos du 5 octobre 2007.
Pourquoi " Pour la première fois, l'Agence France Trésor, chargée de la gestion de la dette de l'Etat, a organisé cet été un « roadshow » en Amérique latine. A cette occasion, ses responsables ont rencontré les gouverneurs des banques centrales du Chili, de l'Argentine, du Brésil et de la Colombie. Voilà ces pays émergents qu'on voyait mal hier encore en position de créanciers à leur tour en partance pour financer - modestement, mais c'est toujours ça ! - le déficit budgétaire de la France. […]. Et ils ne sont pas non plus les seuls à s'intéresser maintenant aux titres d'emprunt de la dette publique française à des fins de diversification (un maître mot de la gestion moderne) de leurs réserves de change." ?
Il faut savoir que :
" Au 31 août 2007 et selon les estimations forcément quelque peu imprécises de la Banque de France, les non-résidents détenaient désormais au moins 60 % de l'encours total - 928 milliards d'euros - de l'endettement contracté par l'Etat français (sans compter les déficits sociaux)." […]
Il faut aussi savoir que :
"Au début de la présente décennie, les étrangers finançaient déjà environ 35 % du déficit budgétaire français.
A l'époque, c'étaient surtout des fonds de pension et de retraites des autres pays de la zone euro naissante.
Il y a deux ou trois ans, les investisseurs d'Amérique du Nord puis d'Asie ont commencé à acheter des bons et obligations émis par le Trésor français et, comme on vient de le voir, ils ont mis les bouchées doubles." […]
Il faut surtout et enfin savoir que :
"Avec un art consommé, les fonctionnaires inventent, à la plus grande satisfaction du gouvernement en exercice, les formules propres à donner de l'attrait à l'insolite et encombrante marchandise - l'accroissement du stock de la dette n'est évidemment pas maîtrisé - vendues de par le monde par l'Etat national. Allant au-devant des besoins des plus gros fonds de pension, la France lançait en 2005 - une première - des OAT à 50 ans d'échéance.
L'innovation de 2007 est encore plus imaginative. Le démembrement vient d'être autorisé pour les OAT indexées sur l'inflation (10 % de l'encours). Vous envisagez d'envoyer dans quinze ans votre prometteur rejeton (il a trois ans) dans la plus chère des universités américaines. Vous achetez tout de suite une OATi réduite au remboursement du principal qui vous sera versé dans quinze ans (pourquoi s'encombrer des coupons qui seront vendus séparément à d'autres investisseurs selon leurs besoins ?)."
5. Vite la réforme.
Si, en France, les déficits de l'Etat et de l'organisation de la sécurité sociale obligatoire existent et s'approfondissent, c'est à cause de la sécurité sociale. Je vous renvoie à mon livre intitulé La sécurité sociale et comment s'en sortir

Force est de constater que, loin de maintenir le plein emploi et favoriser le développement, i.e. d'atteindre son objectif initial fixé en 1945-46, l'organisation monopolistique obligatoire incite au chômage et à la régression.
Et cela s'explique en termes simples.
En vérité, la plus grande des régressions se trouve dans un de ses piliers : obliger l'être humain à vivre au jour le jour. Et il est logique qu'elle donne lieu à d'autres tant elle est absurde.
Thuriféraires de l'organisation de la sécurité sociale obligatoire, les marchés financiers - le "capitalisme financier" comme vous dites - ont su démontrer les erreurs de gestion et d'organisation de la Société Générale et les ont sanctionnées. N'inversez pas la causalité avec les faux concepts dont vous usez en relation avec une inculture économique ou une idéologie politique ubuesque.
Attendez-vous seulement à ce qu'ils procèdent de la même façon d'ici peu avec le couple infernal "Etat – organisation de la sécurité sociale obligatoire" que nous connaissons en France s'il n'y a pas de réforme prochaine de celui-ci digne de ce nom.
Que faut-il entendre par "réforme digne de ce nom" ? Tout simplement, une variation des règles juridiques telle que celles-ci ne portent plus atteinte au libre arbitre de l'être humain vivant en France ni à sa capacité de gérer l'avenir qu'il se donne.
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Commentaires
Crise des subrimes : une explication simple pour ceux qui essaient encore de comprendre.
(inspiré d'un blog)
Alors voilà,
Me Ginette a une buvette à Bertancourt, dans le Nord (ch'ti).
Pour augmenter ses ventes, elle décide de faire crédit à ses très fidèles clients, tous "alcoolo", et tous au chômage de longue durée.
Vu qu'elle vend à crédit, Me Ginette voit augmenter sa fréquentation et,
en plus, elle peut même augmenter un peu les prix de base du "calva"
et du ballon de rouge.
Ses créances deviennent assez importantes, mais elle tient (toujours/encore)
Max, jeune et dynamique directeur de l'agence bancaire locale, quant à lui,
pense que les "créances" du troquet constituent, après tout, des actifs recouvrables, et commence à faire crédit à Me Ginette
(il ignore ou pas qu'il a des dettes d'ivrognes comme garantie).
Au siège de la Banque, des "Traders" avisés transforment ces actifs recouvrables en CDO, CMO, SICAV, SAMU, OVNI, SOS et autres sigles financiers que nul n'est capable de comprendre, non sans expliquer que ces "actifs"
ont en réalité, 10 fois leur valeur annoncée : c'est sans danger..
La Banque récolte ainsi (n) fois la créance de Me. Ginette.
Ces instruments financiers servent ensuite de levier au marché actionnaire et conduisent, au NYSE, à la City de Londres, au Bourses de Francfort et de Paris, etc., à des opérations de dérivés dont les garanties sont totalement inconnues de tous, mais sur-côtées à chaque transaction (les ardoises des "alcoolo" de Me Ginette).
Ces "dérivés" sont alors négociés pendant des années comme s'il s'agissait de titres très solides et sérieux sur les marchés financiers de plus de 80 pays.
Jusqu'au jour où quelqu'un se rend compte que les "alcoolo" du troquet de Bertancourt n'ont pas un rond pour payer leurs dettes ..
La buvette de Me Ginette fait faillite,
Max a été viré, les "traders" ne sont pas inquiétés,
pas plus que le grands "pontes" de la Banque.
Maintenant je lance le jeu de piste :
OU EST PASSE LE POGNON ?
le premier qui trouve a gagné !
Merci pour le message.
Le message part bien, mais dérape quand vous écrivez :
1) "...nul n'est capable de comprendre..."
Le capitalisme repose sur des êtres humains responsables qui n'échangent qu'en connaissance de causes,
Depuis longtemps, l'Etat aurait fait faillite sinon : d'où tirerait-il les impôts sur quoi il végète ?
2) "...des "Traders"[ ... d'] expliquer que ces "actifs"
ont en réalité, 10 fois leur valeur annoncée ..."
Les traders n'expliquent rien, ils achètent et vendent à des prix dont ils conviennent avec des semblables.
Ils rendent aussi des comptes à qui de droit. Leurs rémunérations en dépendent.
En conséquence, la suite de la parabole est nulle et non avenue. Dommage. Mais bien essayé.