Ce qui arrive devait-il arriver ?
Par Georges Lane le mercredi 1 février 2006, 10:02 - 3. Economie appliquée des marchés financiers - Lien permanent
Paris, le 10 octobre 2008
Aussi spectaculaire soit-elle aux yeux de certains, la "chute" de la bourse
n'existe pas. Il y a "chute de neige" ou "chute par terre d'un cycliste"..., il
n'y a pas chute de la bourse. Le mot "chute" dénomme un phénomène
physique, il n'est pas un concept de la théorie économique. Sauf à
vouloir impressionner le "bon peuple", à lui faire prendre des vessies pour des
lanternes, il faut bannir son emploi.
A l'opposé, le prix et la baisse d'un prix sont des concepts de la théorie
économique.
Ces concepts une fois définis sont mesurables de différentes façons. Les
marchés organisés que sont ce qu'on dénommait dans le passé "bourses"
fournissent une façon.
Et il y a, depuis le début de l'année au moins, une baisse observable des prix
– au comptant, "spot" - des actions cotées et échangées sur les marchés
organisés d'actions.
D'après la théorie économique digne de cette appellation, cette baisse démontre
une offre d'actions ("stocks" ou "equities" en anglais) supérieure à la demande
en permanence… et un équilibre, c'est-à-dire un échange, qui se réalise à
la baisse.
Pourquoi cette offre excédentaire ? Pourquoi la permanence de l'équilibre à la
baisse ?
Et l'actionnaire : doit-il s'inquiéter ? Doit-il être
désabusé ?
Ces questions sont la porte ouverte à un grand nombre de réponses de prétendus
experts, hommes politiques, journalistes, etc. dont il faut se méfier pour le
moins.
1. Des réponses...
Il y a les réponses qui partent de l'explication seule de l'offre d'actions, ou
de celle seule de la demande, ou de celle seule du déséquilibre du marché -
i.e. de la "bourse" -.
Il y a les réponses qui portent sur des marchés autres que les marchés
organisés "spot" d'actions, à commencer par les marchés à terme - "non spot" -
d'actions, aux mains des "méchants spéculateurs".
Elles privilégient soit l'explication de l'offre, soit celle de la demande,
soit celle du déséquilibre du marché.
Il y a les réponses qui portent sur des marchés autres que les marchés
financiers organisés que sont les marchés précédents.
Elles
portent sur les marchés financiers de "gré à gré" - dénommés en anglais
"O.T.C." pour "over the counter" -, à commencer par les marchés de créances
hypothécaires et son compartiment des "subprimes"
... d'où viendraient tous les maux actuels.
A suivre par les marchés "interbancaires" où les banques, quand elles sont
"excédentaires" au regard des règles comptables, ne prêteraient pas leurs
excédents aux banques "déficitaires" au regard des règles comptables de sorte
qu'il y aurait un
problème de liquidité...
A terminer par les marchés de crédit où les intermédiaires financiers
(bancaires ou non bancaires) ne prêteraient plus aux particuliers et
entreprises non financières...
2. L'ignorance économique colportée.
Toutes ces réponses ont en commun de condamner plus ou moins explicitement les
marchés objets de leur attention qu'elles dénomment à l'occasion "finance",
"capitalisme
financier", "industrie financière". Ils ne feraient pas partie de
l'économie réelle, ils ne seraient pas créateurs de richesses, de valeur.
Et les mêmes de leur opposer l'économie réelle - avec, vraisemblablement dans
l'esprit, la construction de barrages, les hauts fourneaux, l'automobile
-, la "bonne vieille économie", celle qui avait justement conduit à leur
repoussoir par excellence, à savoir la "crise de 1929".
Soit dit en passant, que ceux qui chérissent ces réponses demandent donc aux
salariés de l'industrie financière qui viennent d'être licenciés s'ils ne
créaient pas de valeur, s'ils ne produisaient pas des services de valeur,
ignares qu'ils sont de l'innovation économique et financière depuis 1929.
Eux-mêmes ne consomment-ils ses services !
3. Et si on parlait des hommes de l'Etat.
Les réponses ont surtout en commun d'oublier les politiques budgétaires des
Etats
qui ont amené ceux-ci avoir des déficits permanents depuis des années et à
accumuler des dettes.
Sans les marchés financiers que les hommes de l'Etat ou d'autres tendent à
dénaturer aujourd'hui, ces déficits, les endettements croissants à quoi ceux-ci
ont donné lieu, n'auraient pas été possibles.
Ils n'auraient pas constitué les piliers de leur développement.
Pensez qu'il y a précisément dix ans, alors qu'il était ministre de l'économie
et des finances du gouvernement de l'Etat de France, l'actuel directeur général
du F.M.I. (Fonds monétaire international créé en 1945 pour aider les pays à
problème conjoncturel de balance des paiements) a créé les OATi, c'est-à-dire
des dettes de l'Etat indexées sur l'inflation, la pire forme d'endettement
étatique. Demandez lui aujourd'hui pourquoi il l'a fait !
Je ne développerai pas l'exemple
du budget de l'Etat de France pour illustrer ce qui précède tant il est
effrayant par exemple sur la période
2002-2007.
Pour une période plus longue, je vous renvoie à ce texte.
4. A la recherche de l'ancre perdue.
Ma réponse est que quelque chose manque, il manque une ancre.
L'ancre du bateau "économie mondiale" sur la mer de la conjoncture est une
chose ou un type de choses sur quoi la vérité ne peut pas être cachée à chaque
instant - comme c'est le cas depuis longtemps -et que les hommes de l'Etat ne
peuvent pas manipuler directement ou indirectement - comme c'est aussi le cas
depuis encore plus longtemps -.
Hier, l'ancre à quoi les hommes étaient parvenus progressivement était
l'étalon-or.
Mais elle a été déformée dans la décennie 1920 par l'étalon de change-or quand
les gouvernements de l'Occident se sont accordés pour juxtaposer à la capacité
d'échange international de l'or la capacité d'échange international des
monnaies nationales convertibles en or à taux fixe, à la demande. Je vous
renvoie au livre de Jacques Rueff intitulé Le péché monétaire de l'Occident
sur ce point.
Elle a disparu en 1971 avec l'abandon du système monétaire dirigiste impossible
convenu à Bretton Woods en 1944.
Depuis lors, les monnaies nationales n'ont cessé d'être manipulées par les
Etats.
L'Occident a évité de prendre au début de la décennie 1970 le chemin des D.T.S.
(droits de tirages sociaux, monnaie "internationale" que voulait émettre le
F.M.I.), en vérité, du "néant habillé en monnaie" pour reprendre l'expression
de Jacques Rueff.
Une partie de l'Union européenne n'a pas évité celui de l'euro à
la fin de la décennie 1990.
5. Monnaies privées en concurrence.
Etant donnée l'innovation technique récente qu'est la "monnaie
électronique", l'ancre se trouve plus que jamais dans la dénationalisation
des monnaies (cf. Hayek 1976) et dans la
concurrence
des monnaies publiques et privées.
A très court terme, sa forme provisoire se trouve dans l'arrêt de l'endettement
des Etats, c'est-à-dire dans l'équilibre de leur budget.
A moyen terme, elle se trouve dans le désendettement des Etats, c'est-à-dire
dans leur retrait des marchés financiers.
Pour conclure sur une note consensuelle et non pas polémique, je paraphraserai
la chanson de Salvatore Adamo, le chanteur :
"Tombe la ... bourse, tu ne
... vendras pas ce soir"
Aller au
sommaire de l'EAMF.
Commentaires
En effet , les conceptions de Georges Lane sont fort pertinentes .
Il convient de compléter ces observations , de la façon suivante :
Depuis des années , les pays développés ont annulé les dettes des pays en voie de développement . Ce qui a eu , un effet mécanique à double effet :
Premier effet , un partie des entreprises qui avaient prété de l'argent , déjà , ont été ruinées , puisqu'elles n'ont pas été remboursées .
Second effet , les Etats , en conséquence , ont remboursé , dans des conditions plutôt défavorables la partie restante d'entre elles ( pour dire que le montant des remboursements était très inférieur au montant des prêts que les entreprises ont consenti , en vue de l'investissement ) .
Ces mêmes Etats ont été , précisément , dans la nécessité soit d'emprunter ( autrement dit , d'accroître de façon démesurée le déficit , une dette à long terme qu'il fallait de toute façon rembourser ) , soit de maintenir des taux de prélèvements obligatoires de façon très lourde interdisant de fait toute essor économique , dans une perspective d'une longue durée .
Comme les Etats n'ont jamais voulu avoir une rigueur budgétaire , au sens de l'équilibre des comptes d'une entreprise , les faillites d'entreprises se sont alors multipliées , puisque ces Etats ont répété , à l'infini , ce processus , dont nous voyons les résultats calamiteux , maintenant .
La crise d'Octobre 2008 :
Les Tonneaux des Danaïdes :
Je souhaiterais ajouter un commentaire à celui que j'ai posté , suite aux observations pertinentes de Georges Lane :
En effet , compte tenu des soupçons qui pèsent sur des produits financiers jugés ou considérés comme peu fiables , les Banques Centrales injectent des milliards et des milliards de Dollars et / ou d'Euros et / ou d'autres devises , et ce , de façon incessante .
Or , ce faisant , les Etats s'endettent de façon qui dépasse , maintenant , tout entendement , puisque ces produits financiers sont considérés comme " suspects " et qui perdent de la valeur .
Le processus nouveau qui est peut-être à l'oeuvre , actuellement , consiste , à épuiser les Etats , relativement aux injections massives de liquidités dans ces banques , pour les soutenir , et ce , de manière permanente . C'est exactement le processus , justement , des Tonneaux des DanaÏdes ( autrement dit de verser des liquidités dans des puits sans fond(s) ) . ( Une chose est curieuse , au point de vue astronomique , on bascule dans l'ère du Verseau !!! )
Cela est tellement vrai que l'Islande , en tant qu'Etat , est quasiment en faillite . Pourtant , l'Islande avait des comptes beaucoup rigoureux que nous la France . Or , si les Etats sont épuisés , cela signifierait que les organismes d'Etat ou para -étatiques , comme la Sécurité Sociale , étant , dans ce cas , en faillite , cette fois -ci réelle , ne pourront plus nuire aux contribuables , puisque les Etats cesseront leur activité de spoliation .
Peut-être , que , au bout du compte , nous respirerons enfin , sans Etats ?
Etant bien moins expert que vous, je ne comprends pas toutes les subtilités de vos propos. Hélas, je ne crois pas que les Etats ( sous leur forme actuelle) vont "tomber" pour cause de faillite. Pour le béotien en économie que je suis, les promesses faites par les Etats ( leurs dettes) ne pourront être tenues que par deux types de mécanismes:
- augmentation des prélèvements. Peu probable et - si l'on pense à la courbe de Lafer - plus délétère encore, même pour les Etats.
- reste la bonne vieille technique de Philippe le Bel: la fausse monnaie ( de nos jours, cela s'appelle augmentation de la masse monétaire et donc inflation). Théoriquement, l'indépendance des Banques Centrales représente un handicap et un obstacle à cette tentation. En pratique, cet "obstacle" va seulement ralentir les désirs inflationnistes de nos politiciens. Et c'est justement ce ralentissement qui, bizarrement, va les sauver: car seule une inflation trop rapide serait de nature à faire sortir le peuple dans la rue et à le détourner - enfin! - de sa confiance aveugle dans les bienfaits de l'Etat.
Je crois donc que le court-terme ( j'entends par "court" un horizon de 10-15 ans) sera marqué par une inflation "modérée" et par la présence de plus en plus massive de l'Etat dans nos vies.
Si je me trompe... tant mieux.
Les banques centrales sont un épiphénomène. La banque centrale des Etats Unis n'existait pas il y a cent ans. Ni elle, ni les autres n'existeront dans un siècle.
La monnaie va retrouver le caractère privé qu'elle n'aurait jamais du perdre avec l'électronique - je vous renvoie à ce que j'ai écrit sur le sujet http://blog.georgeslane.fr/category... -.
Avec la monnaie électronique, la manipulation monétaire, i.e. l'inflation dont vous parlez, n'existera plus.
Internetttement vôtre
Je suis trop peu expert pour pouvoir juger toutes les analyses de l'article que vous m'avez proposé en lecture. Celà étant..., quelques remarques tout de même:
A. au sujet de la "monnaie", vous dites, entre autres:
"La seule certitude que nous ayons est que, si elle disparaît, c'est qu'un moyen d'échange jugé préférable par les personnes, auquel ils donneront plus de valeur, aura été découvert."
Entièrement d'accord, mais cette affirmation n'est-elle pas une "contradictio in adjecto" ? Dés l'instant ou la "monnaie" est le mot générique designant justement ce "moyen d'échange", il résulte que tout "moyen d'echange" est une "monnaie". Ergo: la seule certitude que vous avez c'est que... la "monnaie" ne disparaitra jamais. Ses formes peuvent changer ( comme elles l'ont déjà fait au cours des siècles), bien sûr...
B. Mes propos précédents et les vôtres ne sont pas nécessairement contradictoires. Je vous parlais d'un horizon"proche" ( 10-15 ans, par exemple) alors que vôtre propos envisage des changements structurels qui nécessitent une ou deux générations au moins!
C. Je ne suis pas convaincu entièrement par vôtre démonstration. Les raisons sont complexes; il me manque le temps et l'espace pour m'expliquer en détail.
Non pas que je sois un partisan du caractère nécessairement "public" ( ou "régalien" ? ) de la création de "monnaie". Simplement certaines relations de cause à effet que vous postulez - implicitement ou explicitement - ne me paraissent pas correctes ( ou , du moins, je n'y crois pas). La question n'est pas de savoir si je veux ou non que le monde aille dans tel ou tel sens: pour simplifier, disons que je souhaite, autant que beaucoup de libéraux, voir diminuer ( voire disparaitre ?) cette monstruosité appellée Etat. En revanche, savoir comment faire pour y aboutir, ou bien savoir quelles conséquences auront tel ou tel développement technologique, celà ne relève pas d'une quelconque conviction idéologique mais simplement d'une analyse plus ou moins "correcte" du monde. Tel qu'il est, et non pas tel qu'on aimerait qu'il soit.
(Par exemple, que cela nous plaise ou pas, les "étatistes" de tous bords existent et ils sont même fort nombreux ! Que je les considère comme bêtes et bornés ne change rien à la réalité factuelle de leur existence, ni à celle de leur pouvoir d'influence sur le cour des évènements).
Cordialement Andrei Ludosan
A. Vous avez tout à fait raison. Je suis entièrement d'accord.
Ailleurs que sur ce blog, j'aurais été plus sourcilleux et aurais précisé ce que vous écrivez.
De fait, et c'est malheureux, les gens confondent monnaie et formes de monnaie. Avec le biais français qui consiste à parler d'"argent" alors que l'argent a disparu de la circulation, tout est mélangé.
Reste que, de plus en plus me semble se poser la question des relations entre la monnaie et la finance : hier la finance était à la traîne de la monnaie, jusqu'à ces derniers temps, cela n'était plus trop le cas.
C. J'ai été convaincu un temps par la théorie monétariste car, en fait, j'aimais jouer avec les modèles économétriques. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Il faut simplement être logique.
Tout monopole réglementaire est destructeur.
Toute banque centrale est un monopole réglementaire national .ou régional (B.C.E.) en matière de monnaie
Donc toute banque centrale ...
Et les monopoles réglementaires ne sont pas perpétuels, ne serait qu'à cause des destructions croissantes qu'ils occasionnent.
Internetttement vôtre
De toutes les façons possibles , il convient de signaler l'effet désastreux de l'interventionnisme étatique , concernant les structures financières bancaires de crédit et d'investissements qui ont été " ( re )nationalisées " .
Ces structures sont , alors , soumises à une direction bicéphale , présentant donc des objectifs diamétralement opposés :
-L'une privée ( en raison des prêts consentis par les préteurs internationaux aux Etats , voir Paulson et Plan européen )
-L'autre étatique ( en raison de ces " (re )nationalisations )
Ce qui signifie que les entreprises en question ne pourront plus prendre des décisions claires et libres et normales , vu les possibles conflits entre le domaine privé et le domaine étatique , et donc celles-ci ne pourront se redévelopper normalement . Ce qui ralentira d'autant plus la sortie de crise .
@Mr Brugier: en apparence, rien n'OBLIGE ces deux points de vue à être divergents. C'est d'ailleurs, je crois, ce que souhaite Sarkozy: avoir un Etat fort et EFFICACE ( un peu à l'image d'un entrepreneur privé...). C'est, je crois, du "gaullisme" et c'est, bien sûr, un "hybris": l'Etat, par nature, doit répondre à des impératifs autres, structurellement distinct ( et, souvent, antinomiques) de l'efficacité économique ( raison pour laquelle, personnellement, je n'ai jamais cru en Sarkozy - mais cela n'engage que moi...). Donc, de facto, vous avez raison et la suite sera peut-être pire que vous ne le dites: non pas seulement un ralentissement de la sortie ce crise, mais une aggravation de celle-ci.
ouiiiiiiiii ca c est clair mais qui veut comprendre!!