Le retour à l'étalon-or est la solution libérale.
Par Georges Lane le mercredi 1 février 2006, 09:58 - 3. Economie appliquée des marchés financiers - Lien permanent
Paris, le 13 novembre 2008.
1. De la monnaie-or à l'euro.
Il y a 80 ans (1928), le gouvernement de l'Etat de la France de l'époque se
flattait d'avoir réussi le retour du franc à la convertibilité intérieure et
extérieure en or (le 25 juin).
Il y a 50 ans (1958), il se flattait d'avoir réussi le retour du franc à la
seule convertibilité extérieure (le 27 décembre).
Il y a 10 ans (1998), il se flattait d'avoir réussi à respecter les "critères de
Maastricht" et le "pacte de stabilité" et à
faire disparaître prochainement en deux temps (1er janvier 1999, puis 1er
janvier 2002) le franc dans l'euro
(cf. Strauss-Kahn, ministre de l'économie et des finances, en mai puis
décembre 1998). Soit dit en passant, l'euro se dit en verlan "or
ue"... Cherchez l'erreur. Et le pacte de stabilité fut revu en 2005.
Entre temps, la référence à l'or avait été abandonnée sans fanfare ni
trompette. Pourquoi alors les satisfactions affichées coûteusement
antérieurement ?
Aujourd'hui, fin 2008, la présidence de la République et le gouvernement en
place se plaisent à dire, d'une part, que, sans l'euro,
les difficultés financières et économiques croissantes seraient
pires. Ils se flattent donc de la construction.
D'autre part, ils tendent à tourner en dérision, par des propos dans ce sens,
les "critères de
Maastricht" - les "trompettes" - et le "pacte de stabilité" - la "fanfare"
- que leurs homologues antérieurs "amis" avaient cherché à faire vénérer, en
particulier, en effectuant sur le sujet des dépenses de publicité qui avaient
grevé le budget de l'Etat et en les faisant donc supporter par les
contribuables.
Les dirigistes démontrent donc là une deuxième fois leur incohérence.
Sans critère ni pacte, la déconfiture de l'euro ne pourra être que plus rapide
que prévue par des économistes tel que Milton
Friedman.
2. La machinerie politique ignorée.
Entre 1726 et 1914 (i.e. en près de 2 siècles), le franc avait gardé un prix
égal à :
322 mg d'or
en dépit des destructions occasionnées par
les guerres, des périodes troublées (par exemple, événements de la décennie
1790 en France), des politiques des gouvernements et des innovations en matière
monétaire ou financière.
L'or avait d'ailleurs acquis un nom, c'était le "change". Par abus de
langage aujourd'hui, on parle de "taux de change" d'une monnaie alors qu'il n'y
a plus de change puisque l'or n'est plus la référence monétaire.
En 1928, par décret, le prix du franc était devenu égal à :
64,5
mg d'or
(soit une dévaluation de 80% par rapport au prix de 1914).
En 1958, il était devenu égal à :
1,8 mg d'or
(soit une
dévaluation de 97 % par rapport au prix de 1928 ).
En 1969, dernière dévaluation officielle du franc en or avant l'abandon de
celui-ci comme référence en 1971, le prix du franc est devenu égal à
:
1,6
mg d'or
(soit une dévaluation de 11 % en une décennie).
Bref, en moins d'un siècle (1914-2008), une machinerie politique méconnue a
détruit presque totalement le pouvoir d'achat du franc en or avant de lui
substituer un hochet politique dénommé "euro" alors que ne l'avait pas
écorné la machinerie politique des années 1726-1914, hautement décriée par
ailleurs, qui l'avait donc précédée. Cherchez l'erreur... : le
dirigisme.
Aujourd'hui, à plus de :
700 $
l'once
sur les marchés "spot" organisés, le prix de l'or a été multiplié par plus de
20 par rapport au prix de
35 $ l'once
retenu par la dévaluation du dollar d'avril 1934 pour faire face à la
fameuse "grande
dépression" (soit une dévaluation du prix du dollar en or de 95% en trois
quarts de siècle).
La machinerie politique n'épargne donc aucune monnaie nationale. Elles ne
disparaissent pas toutes, mais tous leurs pouvoirs d'achat respectifs sont
frappés.
3.
Inculture et magie économiques.
On n'est peut-être plus "du temps de la lampe à huile et de la marine à voile",
comme aimait à l'écrire Raymond Aron dans la décennie 1960 pour déconsidérer
ceux qui, tel Jacques Rueff, faisaient valoir les bienfaits de la monnaie-or à
la vue des évolutions néfastes de prix et de politiques économiques prévisibles
et réalisées.
Mais, malgré leur superbe, les hommes de l'Etat (et leurs conseillers) des
XXème et XXIème siècles démontrent qu'ils ont une connaissance de la réalité
qui reste dans la préhistoire de l'origine de la monnaie.
Qu'ils lisent, par exemple, Carl Menger (1871 ou 1892)
sur ce sujet et ils comprendront que la monnaie n'est pas le hochet qu'ils
croient.
Elle est d'abord
une grande découverte qui tient dans un moyen de réduction des coûts des
échanges menés dans la réalité, une réalité où personne n'est omniscient, même
pas eux, et où d'autres découvertes sont à attendre.
Elle ne saurait
être manipulée de quelque façon que ce soit, sauf à la détruire.
Leurs prétentions respectives d'être omniscients ont fait qu'ils ont choisi de
détruire le point d'appui de la réalité économique qu'était la monnaie-or
héritée d'une expérience non centralisée et spontanée, pour pouvoir avoir des
déficits budgétaires selon
leur cœur, au moins le croyaient-ils ou le croient-ils après avoir lu
vraisemblablement
l'ouvrage (1936) du "magicien
de Cambridge".
Certes, avec l'abandon de la référence à l'or, ils ont pu avoir jusqu'à présent
ces déficits car le marché financier fonctionnait, innovait et les
couvrait.
4. Des coûts d'échange prohibitifs.
Mais désormais,
le marché financier est brisé.
L'augmentation du coût des échanges, insensible jusqu'à présent, commence à
éclater au grand jour dans toutes ses dimensions et ne pourra que se faire
sentir de plus en plus.
Prenons le cas du budget annuel de l'Etat de la France (projet de loi de
finances pour 2009).
Le projet dispose que, d'un côté, l'Etat doit rembourser :
113,2 milliards d'euros
de dettes à ses créanciers et, de l'autre, il doit trouver des nouveaux
prêts pour :
165,3 milliards d'euros
(soit beaucoup plus de 1000 milliards de francs).
Si les créanciers seront ravis d'être remboursés de ce montant de 113,2
milliards d'euros, ne vont-ils par rechigner pour prêter encore 165,3 milliards
d'euros au même débiteur dans les conditions actuelles alors qu'ils connaissent
des pertes très importantes sur les autres postes de leur patrimoine (actions,
etc.) ? Ne vont-ils pas faire certains arbitrages non attendus par l'Etat de la
France ?
Un coup de baguette magique transformera peut-être prochainement, par exemple à
la suite de la réunion
du 15 novembre 2008, en "Fonds financier mondial" le "Fonds monétaire
international" - qui aurait du être dissous en 1971 à la suite de la
dénonciation des accords de Bretton
Woods -.
Ses dirigeants avaient déjà essayé de le faire transformer de cette façon en
banque d'émission d'une monnaie mondiale (dénommée "droits de tirages spéciaux"
- D.T.S.) dans la décennie 1970. Sans succès.
Cela ne changera rien à la situation du marché financier.
L'important est que les coûts des échanges sont désormais prohibitifs et
attendus avec incertitude comme tels.
Loin de les réduire, ce qui est dénommé aujourd'hui officiellement "monnaies"
les augmente. Ces "monnaies" deviennent en effet, chaque jour davantage, selon
l'expression de Jacques Rueff, des "égouts
collecteurs des fausses créances".
Des marchés qui devraient voir le jour ne le voient pas pour cette
raison.
Ceux qui fonctionnaient se ferment le cas échéant après qu'ils ont manqué de
"liquidité" – sobriquet pour désigner en vérité un coût d'échange prohibitif
-
Jamais peut-être le retour à l'étalon-or n'a été
plus urgent. Etant donné l'état de conditionnement de l'opinion, il sera
moins coûteux,
à court terme, à réaliser que l'émergence des monnaies
concurrentielles.
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Commentaires
Ce que vous écrivez est la sagesse même, malheureusement comme vous le savez cela ne sera pas entendu. Quel état voudrait se priver de la facilité de la création monétaire ex nihilo ?
Une page qui soutient votre point de vue :
http://knol.google.com/k/thierry-fa...
Merci pour ce rappel historique bien utile. On se demande quels sont les scénarios possibles pour l'avenir.
Le total des dettes privées est astronomique et est en train d'être partiellement transféré dans le "bilan" des états avec les plans de sauvetage. Mais les états ont déjà leurs propres dettes, et surtout des engagements "hors bilan" considérables dus à la sécurité sociale. Ces engagements "hors bilan" sont également en train de croître avec les plans de sauvetage, via les garanties accordées à gauche et à droite par les états à des acteurs privés.
Les fausses promesses, les faux droits et les fausses créances ont considérablement augmenté. Ces promesses sont donc de moins en moins crédibles, et les créanciers se ruent actuellement vers les bons du Trésor américain comme dernier refuge. Pour ce que dernier tienne ses promesses, il faudrait soit que le contribuable américain fasse un effort considérable, soit que l'épargnant américain soit spolié par une inflation significative au cours des prochaines années. Même dans ce cas, rien ne garantit que les promesses pourront être tenues et que l'hyperinflation pourra être évitée.
Le mouvement actuel vers le dollar s'accompagne de crises monétaires qui ne touchent pour l'instant que les "petits" pays d'Asie et d'Europe de l'Est. La Fed et la BCE les soutiennent par des prêts et des currency swaps afin d'éviter l'effondrement en cascade du système monétaire. Mais ce soutien ne peut pas durer indéfiniment, et les crises pourraient se multiplier. Les banques des grands pays européens, fortement créancières en Europe de l'Est et en Asie, seront très exposées. C'est la Fed qui devra alors intervenir pour éviter une crise monétaire de la zone euro. Mais ce soutien ne pourra pas non plus durer indéfiniment compte-tenu de la pression qui s'est déjà accumulée sur le dollar.
Dans ce worst case scénario (de pure fiction, j'espère...) quel sont les issues possibles? Quel est la plus probable? A quelles mesures du gouvernement américain peut-on s'attendre (en supposant qu'il tentera d'éviter l'effondrement du dollar et de retarder le retour à une monnaie-commodité)? Est-ce qu'un tel scénario est complètement à côté de la plaque?
Merci
Le retour à l'étalon-or. Comment est-ce possible? Les quantités d'or extraites historiquement, sont de 171 000 tonnes rapportées à la population mondiale de 6,7 milliards d'habitants, soit 0,31 g par habitant. Je ne vois pas très bien quelle serait la parité par exemple de l'euro en son poids d'or. J'aimerais votre développement sur ce retour à l'étalon-or. De plus quel serait l'avenir de l'or sur les marchés libres, serait-il de nouveau confisqué, son prix serait-il de nouveau stable et selon quel(s) critère(s)?
Merci
Merci pour la question.
En guise de réponse, je me permets de vous renvoyer à une conférence que j'ai donnée en commun avec François Guillaumat : http://blog.turgot.org/index.php?po...
J'aurai l'occasion d'être plus précis sur les points que vous soulevez dans de prochains billets.