L'économie est-elle à un stop ?
Par Georges Lane le mercredi 1 février 2006, 09:54 - 3. Economie appliquée des marchés financiers - Lien permanent
Paris, le 15 février 2009.
L'économie peut-elle être arrêtée ou momentanément freinée ?
Voilà une question que s'est posée la vulgate économique hier, au début du
XXème siècle, et à laquelle elle a donné une réponse lourde de
conséquences.
1. La "rareté monétaire".
La réponse était alors que l'expansion fût freinée et stoppée par la "rareté
monétaire".
Elle jugeait nécessaire la croissance de la "masse monétaire" – expression
française à relents physico-mathématiques pour désigner la "quantité de
monnaie" et qui ne résout pas les problèmes de mesure que pose parfois celle-ci
-.
Grandes conséquences de la réponse : les tours de prestidigitation
incessants des autorités monétaires et autres législateurs nationaux, seuls ou
à plusieurs, dans l'ordre ou dans le désordre économique, tout au long du XXème
siècle.
Faut-il rappeler les principaux ?
Décennie 1920 : abandon de l'étalon or et adoption de l'étalon de
change or (et il y a eu 1929 et après…) ;
Décennie 1970 : abandon de l'étalon de change or et adoption du
système monétaire européen (S.M.E.) par les pays de la Communauté économique
européenne (C.E.E.) (et il y a eu l'inflation mondiale...) ;
Décennie 1990 : abandon du S.M.E. puis abandon par certains des
pays de la C.E.E. - devenue l'Union
européenne (U.E.) – de leurs monnaies nationales respectives et adoption de
l'étalon
euro et de la Banque centrale
européenne (B.C.E.) - banque centrale "régionale" dont la structure de
bilan mérite d'être comparée à celle du bilan de la Banque centrale des Etats-Unis
(Fed) à sa création en 1913 (il y a donc moins d'un siècle...) -.
Tout cela moyennant une augmentation des prix en monnaie des biens,
inimaginable antérieurement, surtout pendant une aussi longue période,
alors qu'il y avait eu stabilité
des prix le siècle précédent.
Cette déliquescence monétaire a-t-elle contribué à l'expansion
?
Je laisserai la réponse à la question en suspens jusqu'à un prochain
billet.
Je proposerai seulement, dès à présent, qu'on ne mélange pas la question
de la monnaie et celle de la quantité de monnaie, deux questions qui, malgré
les apparences, n'ont que peu de choses en commun.
2. La "rareté financière".
Entre temps, parallèlement à cette "évolution", il y a eu aussi un
développement considérable des marchés financiers comme si l'expansion eut été
aussi freinée voire stoppée par la "rareté financière", comme si la nécessité
de la croissance de la "quantité financière" avait été satisfaite ainsi.
Mais, à la différence de l'évolution monétaire, l'évolution financière s'est
faite spontanément, sans autorité du même nom ni législateur national.
De fait, le développement financier a couvert tant les besoins des Etats –
leurs déficits budgétaires respectifs - que les besoins des emprunteurs en
général.
Très précisément, l'adage "l'offre crée la demande" a été illustré mieux que
jamais.
Quelle offre ? l'offre financière.
Quelle demande ? la demande financière.
Etant donnée la facilité avec laquelle ils pouvaient emprunter la monnaie dont
ils avaient besoin – une facilité croissant avec l'innovation financière qui,
soit dit en passant, n'existerait pas selon J.K. Galbraith (1990) -, non
seulement les Etats ont accru leurs dépenses, mais encore ils ont préféré ne
pas augmenter proportionnellement la fiscalité dont, a
priori, ils étaient maîtres ... et recourir aveuglément à
l'emprunt.
Il est à souligner que les Etats des "pays de l'euro" en sont même arrivés,
pour leur part, à abandonner, chacun, la "souveraineté monétaire" qu'ils
avaient acquise de haute lutte sur leur territoire – et, par conséquent,
l'"impôt
d'inflation" qui en découlait à l'occasion – au machin, à la BCE.
Les autres emprunteurs, particuliers et entreprises, n'avaient certes pas
cet éventail de choix, mais étaient soumis à la règle de bon sens, subjective,
de la solvabilité - règle chère aux épargnants investisseurs dans un état de
droit -.
De fait, la règle a été assouplie de façon progressive et indirecte grâce
aux modèles mathématiques de gestion de portefeuille en relation avec
l'innovation financière et compte tenu de l'endettement croissant des Etats qui
a fait le reste.
Seulement les innovations financières
et l'emploi des modèles sans discernement, sans interrogation sur les
hypothèses mathématiques, sans intelligence de considérations économiques
essentielles qui y étaient cachées, ont contribué au récent tête à queue
financier.
3. Le retour de la "rareté financière".
Aujourd'hui, la rareté financière est explicitement à l'ordre du
jour.
En particulier, et au
contresens de vocabulaire près, les banques "n'offriraient plus de
crédit". En vérité,
elles "ne demandent plus autant de créances" pour la bonne raison qu'elles
craignent d'acheter directement ou indirectement des "fausses
créances", cela leur a déjà suffisamment coûté.
Mais comme si la règle de la solvabilité n'avait pas retrouvé droit de cité
chez les épargnants investisseurs et comme si vraisemblablement les modèles
mathématiques sus nommés n'avait pas retrouvé le néant d'où ils n'auraient
jamais du être sortis sauf avec force protection ou réserve, les Etats se
lancent dans des emprunts
toujours plus considérables.
Cela va-t-il débloquer le frein à l'expansion ?
L'économie n'est pas une mécanique – machine simple ou compliquée -,
l'expansion ne saurait être bloquée par un frein.
L'économie est un ensemble de relations entre des êtres humains plus ou moins
ignorants : la connaissance étant la rareté suprême.
L'application des règles de droit (propriété, responsabilité et échange) leur
permet de l'être moins et d'en tirer bénéfice – de vivre -.
L'application des règles est bien évidemment difficile et les actions en
respect de ces règles se soldent parfois par des pertes significatives.
Le contresens à ne pas commettre - quoique très en vogue en tant que tel et
pour les conséquences vécues qu'il occasionne - consiste à mélanger les
règles et leur application, à mettre l'accent sur les règles et à pérorer
: les règles de droit sont "imparfaites" et, en conséquence, le
législateur doit les "améliorer".
A force d'"améliorations", les législateurs nationaux ont donc conduit à la
situation actuelle. Il faut le reconnaître, la situation est doublement
extraordinaire. Elle l'est d'abord en raison de toutes les
commissions qui avaient été mises en place pour éviter qu'une situation de
cette nature se produisît et qui n'ont vu que du feu à sa réalisation
progressive (par exemple).
Elle l'est ensuite à concurrence des pertes dont les montants sont encore mal
cernées après plus de douze mois de gesticulation pour simplement mettre le
doigt dessus et les connaître.
4. La philosophie du pseudo
expérimentalisme.
Dans ces conditions, comment quelqu'un peut-il nier que la situation actuelle
est une preuve supplémentaire décisive contre le socialisme ?
Comment des gens peuvent-ils promouvoir la vision absurde qu'elle est une
preuve supplémentaire contre le libéralisme ?
La réponse se trouve dans la philosophie du
pseudo expérimentalisme.
Il faut se rendre compte que le pseudo expérimentalisme protège le
socialisme de la réfutation dont témoignent les échecs de ce dernier et
lui procure encore quelque crédibilité.
Selon H.H.
Hoppe (1988), le pseudo expérimentalisme est fondé sur deux
hypothèses :
primo, on ne peut rien connaître de la réalité avec certitude, a
priori, et,
secundo, une expérience ne peut jamais prouver définitivement qu'une
relation entre deux ou plusieurs événements existe ou n'existe pas.
En utilisant ces deux hypothèses comme point de départ, il est facile d'écarter
les réfutations empiriques du socialisme.
Le socialiste pseudo expérimentaliste ne nie pas les faits.
Mais il affirme que telle ou telle expérience ne constitue pas un procès
du socialisme.
Selon lui, les situations désastreuses auxquelles a conduit l'une ou l'autre de
ces "expériences" sur des cobayes humains seraient dues à des circonstances
négligées et non contrôlées qui seraient dûment prises en compte à
l'avenir.
Avec le pseudo expérimentalisme, même les différences frappantes entre
l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest ont pu ainsi être
expliquées.
Le pseudo expérimentaliste a dit, par exemple, que c'était parce que
l'Allemagne de l'Ouest avait reçu l'aide du Plan Marshall tandis que
l'Allemagne de l'Est avait dû payer des réparations à l'Union soviétique, ou
parce que l'Allemagne de l'Est englobait les provinces rurales d'Allemagne les
moins développées ou que la mentalité servile n'avait été écartée à l'Est que
beaucoup plus tard, etc.
Selon le pseudo expérimentalisme, on ne peut exclure d'aucune façon que tout
événement soit une cause possible de quelque chose.
Même les choses les plus absurdes - à condition qu'elles aient eu lieu plus tôt
dans le temps - , peuvent être des causes possibles. Le nombre des excuses est
donc sans fin.
Le socialiste pseudo-expérimentaliste peut rejeter toute accusation portée
contre le socialisme dans la mesure où il rejette les démonstrations logiques
et ne veut jamais entendre que les arguments fondés sur l'expérience -- alors
que d'après sa méthode, aucune expérience ne peut jamais --jamais-- être
concluante.
Il prétend que, puisque nous ne pouvons pas savoir ce que les résultats des
politiques socialistes seront dans l'avenir, nous devons les essayer et laisser
parler l'expérience elle-même.
Et peu importe à quel point les résultats sont mauvais, le socialiste pseudo
expérimentaliste peut toujours se sauver en blâmant certaine variable négligée
jusqu'alors, plus ou moins plausible. Il n'a qu'à faire à chaque fois une
nouvelle version révisée de l'hypothèse et, si celle-ci n'est pas confirmée, en
inventer une autre, et ainsi de suite, sauvant indéfiniment le socialisme de la
démonstration de son caractère purement destructeur.
Le pseudo expérimentaliste peut bien conclure d'une expérience qu'un type
particulier de politique socialiste n'a pas atteint son but prétendu de
produire davantage de richesse. Mais cette expérience-là ne peut jamais lui
dire si un autre type de politique socialiste, un peu différent, ne produira
pas de meilleurs résultats.
Elle ne lui prouvera pas davantage qu'il sera toujours impossible d'améliorer
la production de biens et services ni d'élever les niveaux de vie au moyen
d'une politique socialiste.
Le pseudo-expérimentaliste peut bien se prétendre "ouvert", "non dogmatique" (à
la différence de ceux qui disent que deux et deux font toujours quatre) et à
l'écoute du réel, la vérité est que sa prétendue "méthode" n'est qu'un procédé
sophistique qui ne peut, logiquement, qu'immuniser toute norme, si absurde et
donc criminelle soi-elle, contre toute espèce de réfutation, puisqu'on ne peut
réfuter la philosophie normative norme que par des moyens philosophiques
c'est-à-dire purement logiques, ceux-là mêmes dont il refuse de reconnaître la
pertinence.
Il est le moyen intellectuellement malhonnête parfait pour abriter le
socialisme de la vérité flagrante de son propre échec.
Ludwig
von Mises a montré que le socialisme échouait parce
que, tout simplement, il violait les lois irréfutables de l'économie.
Avec des déficits programmés des Etats toujours
plus importants et un "marché
financier brisé", la situation actuelle ne peut que continuer et
s'approfondir.
Bref, l'expansion ne saurait avoir des freins.
Mais l'économie a des empêcheurs de perfectionnement et, au moins, le dernier
siècle a illustré ce point de façon spectaculaire.
Il y a lieu de connaître, de dénoncer et de tenter de réduire l'usurpation des
droits et capacités à laquelle ils se sont livrés pour soi-disant exercer leur
prétendue "mission", a fortiori quand ils nous menacent de
s'en donner encore davantage à l'avenir.
Il ne faut pas attendre, l'économie future en dépend.
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