A Paris, le 16 juin 2009.


Il y a quelques années, en 1990, John Kenneth Galbraith (1908-2006) a publié un petit livre (120 pages) intitulé Brève Histoire de l'euphorie financière (Seuil, Paris) à la suite du "meltdown" de 1987.

Et Galbraith d'insister au passage sur l'apparition du mot "meltdown" – "fusion" en français – dans le langage courant pour caractériser la situation qu'avaient connue certains marchés organisés d'actions en octobre 1987 et dans les mois qui suivirent.
Soit dit en passant, le mot a fait florès depuis lors, pour le voir, il suffit de se reporter à " Why the Meltdown Should Have Surprised No One".


1. Les "épisodes spéculatifs".

Dans le livre, Galbraith a mis en perspective des "épisodes spéculatifs", depuis celui des tulipes au XVIIème siècle, et il en a exploré les ressorts.
  J'aime bien, pour ma part, l'expression qu'il forge et je trouve qu'elle s'harmonise avec celle d'ajustements financier et économique.

Une antienne.

Mais, dans l'avant-propos, il a pris soin de prévenir que les pages étaient plus ou moins en conflit avec les idées reçues en science économique. Il a même prétendu qu'elles montraient que le capitalisme, la libre entreprise portaient en eux les germes de désastres régulièrement répétés. Il a repris en fait sans l'évoquer le biais de Sir John Hicks (1935) pour ne pas dire une antienne

La logique de ses démonstrations doit donc être appréciée à l'aune de ce sophisme à quoi, entre autres, ont répondu les propos de Milton Friedman (1912-2006) qui suivent. 


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http://www.dailymotion.com/video/x2n3s2_freetochoosepartie3le-pouvoir-du-ma_business  



"The Great Crash 1929."

Au chapitre six, Galbraith résume à l'extrême le livre qu'il avait publié en 1958 sur le "crash" de 1929 – mot que le traducteur en français traduit à l'occasion par "krach", mot pourtant d'origine germanique ! -.

Il signale à cette occasion que l'euphorie des années vingt était en fait apparue en Floride (p.72) avec la "lumineuse découverte" du climat de la région et celle du "levier financier".
Conséquence : on avait pu y acheter des lotissements pour un paiement cash d'environ 10% (p.73).
Mais il y avait eu des ouragans et les astuces du financier Ponzi…

Le levier financier avait aussi consisté alors en l'achat d'actions "à crédit" (couverture de seulement 10% de l'achat) moyennant des emprunts de monnaie à des taux d'intérêt qui allaient devenir "intenables", de 7%-10%.

Tous ces éléments spéculatifs avaient contribué à la "crise" selon Galbraith.

Le visionnaire ?

Dans le dernier chapitre - intitulé "Reprise" - du livre de 1990, il se demande "[…] quand viendra le prochain grand épisode spéculatif ?"

Et il précise immédiatement :

"Eh bien, il n'y a pas de réponse. Personne n'en sait rien, et celui qui prétend savoir ne sait pas qu'il ne sait pas. Mais une chose est certaine. Il y aura un autre épisode, et d'autres encore après lui".

Etant donnés les divers épisodes spéculatifs qui sont intervenus depuis 1987, dont le dernier en date dont nous vivons les conséquences, "c'était prémonitoire", diront certains aujourd'hui, "grand était donc JKG !"

Le non libéral.

Il reste que Galbraith écrit tout cela quelques lignes après avoir souligné que "[…] l'un des postulats de l'orthodoxie du marché actuellement à l'honneur est […] la perfection inhérente audit marché" (p.106) et s'en être étonné.

En vérité, il met le doigt sur un non sequitur des économistes "orthodoxes" dont ceux-ci ne s'émouvaient pas alors et dont ils ne s'émeuvent toujours pas aujourd'hui. Que ne s'est-il pas intéressé à certains économistes français du XIXème siècle ou aux économistes autrichiens qui se moquent de la "perfection" et pour qui le perfectionnement est seul au cœur de l'économie de marché (Frédéric Bastiat) ou de l'ordre de marché (Friedrich von Hayek) ?

Tout cela est bel et bon, penseront néanmoins d'autres qui peuvent être les mêmes, Galbraith n'est donc pas le libéral - au sens américain du mot - qu'on veut bien dire, tant mieux.


2. Le refus de l'innovation financière.

Galbraith écrit aussi tout cela maintes lignes après avoir avancé que "les opérations financières ne se prêtent pas à l'innovation" (p.21), puis que " […] l'année 1929 […] a mis en évidence […] l'adhésion puissante à une prétendue innovation financière." (p.71)

Cela est beaucoup moins bel et bon et fait penser à une conférence que Milton Friedman a donnée à l'Institute of Economic Affairs, en 1976, année où il a reçu le prix Nobel de sciences économiques. La conférence portait sur les "conceptions conventionnelles de John Kenneth Galbraith".

Le diagnostic de Milton Friedman.

A l'occasion de cette conférence, Friedman a analysé la pensée et les positions de JKG étant donné le mystère qu'il dit qu'il avait découvert en lisant sa prose, à savoir comment concilier sa foi dans la justesse de sa vision avec l'incapacité des autres à l'étayer par l'observation des faits ou à fournir des documents à l'appui.

Et Friedman de remarquer par exemple que les statistiques sur les dépenses publiques ridiculisent le leitmotiv de Galbraith sur la richesse privée et la misère publique. Quiconque a étudié les chiffres sait que les dépenses publiques ont augmenté plus vite que les autres.

Aux Etats-Unis, elles sont passées d'environ 10% du revenu national en 1929 à plus de 40% aujourd'hui. Au Royaume Uni, elles sont passées de 10% du revenu national au moment du Jubilé de Diamant de la reine Victoria à environ 60% aujourd'hui.

A la lumière de ces chiffres, il est très difficile de continuer à prétendre que ce sont les prodigalités privées et non publiques qui appauvrissent la nation. (p.13)

Friedman ne s'attarde pas sur les critiques de sa théorie du "pouvoir compensateur" (livre de 1952 traduit en français en 1955, sous le titre Le capitalisme américain : le concept de pouvoir compensateur, Le livre technique, Paris).
Il remarque seulement que lui-même JKG a abandonné par la suite, voire a rejeté cette théorie pour faire valoir le contraire avec sa théorie du contrôle de la société par la technostructure.

Friedman relève qu'aux dires d'ennemis, voire d'amis, la démarche de JKG témoigne de son manque de réalisme et d'une certaine incompréhension…

La dominante de sa démarche est en définitive le manque de preuves, l'interprétation erronée de la théorie et de la recherche économique.


3. La logique de Galbraith : la désinformation…

Avec ce que Galbraith a écrit sur l'innovation financière, nous avons une illustration marquante de ce qu'a dit Friedman, je la dénommerai du mot à la mode souvent mal employé, "désinformation".

Sont en question tout simplement son refus de l'innovation financière et la conséquence qu'il en tire que les prétendues innovations financières sinon déclenchent, au moins favorisent les épisodes spéculatifs.

L'innovation financière n'existerait pas.

Pourquoi soutenir l'absurdité des prétendues innovations financières ?

D'une part, parce qu'elle aide à faire passer une idée non moins regrettable.

Quelle idée ?
La tendance à la spéculation et le processus spéculatif lui-même sont un mal (p.108).

D'autre part, parce qu'elle lui semble en harmonie avec l'idée de l'avant-propos que le capitalisme, la libre entreprise font leur propre malheur.

Cette fantasmagorie ne saurait étayer, conforter ou faire avancer l'idée de fond chérie à quoi il veut sensibiliser le lecteur et selon laquelle un des ressorts des épisodes spéculatifs est la prétendue innovation financière.

D'ailleurs, à quoi bon cette idée de fond quand on reconnaît dans la foulée, comme il le fait, qu'aucune réglementation ne saurait venir à bout de la spéculation ?

Le "scepticisme renforcé".

A quoi bon cette idée de fond quand on invoque comme seul remède un "scepticisme renforcé" ?
Selon Galbraith, un tel scepticisme associerait résolument l'optimisme trop affiché à l'imbécillité probable. Et il ne lierait pas l'intelligence à l'acquisition ni à l'emploi de grosses sommes d'argent.

Pour faire coexister nihilisme et scepticisme ?

Comment peut-on soutenir de telles absurdités ?

En écrivant des livres qui ont l'apparence de la logique mais qui ne le sont pas et qui désinforment en définitive.


4. Prenez garde au coup de maître en cours.

Malheureusement l'idée de fond a la vie dure, la logique où elle se situe aussi, et plus encore les avatars que deviennent l'une et de l'autre.

Aujourd'hui, malins comme les ancêtres qu'ils se prêtent ou qui leur sont prêtés, certains, politiques ou non, ne partagent pas le nihilisme de Galbraith et vont plus loin que celui-ci en ce sens qu'ils envisagent de créer une nouvelle réglementation inimaginable, à savoir une réglementation … en matière d'environnement.

La relance.

Ils tentent le coup de maître de rassembler les conséquences du dernier épisode spéculatif que nous connaissons actuellement et la désinformation sur le réchauffement de la planète qu'ils entretiennent.

Le coup est celui de la "relance" :
- pour contrer la mauvaise conjoncture et
- pour protéger l'environnement contre la spéculation, en particulier de celle des "entreprises multinationales" dans leurs activités productives,
ils font valoir une "politique verte", une politique de dépenses publiques de toute nature en matière de ce qu'ils dénomment "développement durable".

Sera-ce un coup de maître ? Vous avez tous les éléments en mains pour faire des prédictions.


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