Prêter aux Etats nationaux ou prêter de l'or, "that is the only question".
Par Georges Lane le mercredi 1 février 2006, 09:51 - 3. Economie appliquée des marchés financiers - Lien permanent
A Paris, le
21 juin 2009.
"
Et l'Esclavage, qu'est-ce autre chose que l'oppression organisée dans un but de
spoliation?" (Frédéric Bastiat,1850, Harmonies
économiques) .
1. Les lois du marché.
L'économie, par définition, mondiale, est un marché hérissé de réglementations
nationales ou régionales qui sont autant d'obstacles aux échanges, d'entraves
aux actions de vous et moi, et qui dénaturent ce qu'il est convenu de dénommer
les "lois du marché".
Les réglementations expliquent, par exemple, qu'on puisse distinguer les
marchés à l'ouest, à l'est, au sud ou au nord, et qu'ils présentent, à
l'observation, des différences superficielles.
Mais les "lois du marché" ne sont pas d'abord l'offre et la demande - de
quantités - d'objet sur le marché d'icelui, ce sont d'abord la propriété,
la responsabilité et l'échange contrat synallagmatique des objets, i.e. les
règles de droit.
Avant de convenir d'un prix en monnaie contractuellement et de livrer ou de
régler des quantités d'objet convenues, on convient en responsabilité
d'échanger des droits de propriété sur les quantités d'objet, i.e. des
droits d'"usus", de "fructus" ou d'"abusus", séparés ou ensemble.
L'oublier expose aux pires erreurs de raisonnement.
2. Le pouvoir réglementaire.
Les réglementations limitent arbitrairement, et plus ou moins, ces lois
fondamentales du marché que sont les règles de droit. A l'extrême, et selon le
point de vue d'où on choisit de se placer, on dira que les réglementations
obligent ou interdisent.
L'offre et la demande du marché cachent donc des propriétés, des
responsabilités et des échanges contrats synallagmatiques limités
arbitrairement par les législateurs nationaux, seuls ou en association avec
d'autres. Et cela ne devrait jamais être oublié.
3. L'ajustement de l'offre et de la demande du marché.
Dans ces conditions, tout ajustement de l'offre et de la demande du marché
cache non seulement des limitations des règles de droit, mais encore des
variations de celles-ci quand les législateurs nationaux décident de telles
variations, i.e. de "faire des réformes" selon l'expression
longtemps consacrée avant que surgisse récemment l'expression
"moderniser" - comme si une réglementation pouvait être modernisée ! -.
Rappelons en passant que l'ajustement de l'offre et de la demande du marché se
fait par variations du prix en monnaie et par variations des quantités d'objet,
des variations jugées officiellement plus ou moins importantes et néfastes
selon les époques.
3.A. Les conséquences du pouvoir réglementaire.
Curieusement, aucun accent officiel n'est mis sur les effets des limitations
des règles de droit sur l'ajustement de l'offre et de la demande du marché, ni
sur les effets des variations de ces limitations
sur ce
dernier, comme si les unes et les autres n'en avaient pas ! Mais alors, si
elles n'en ont pas, pourquoi instituer ces réglementations et les
modifier ?
En conséquence, et malgré tout, l'évocation des effets reste confidentielle. Il
faudrait que cela changeât…
Non seulement ces limitations des règles de droit ont des effets déplorables
sur les ajustements, mais encore les variations de ces limitations en
accentuent le rythme ou l'importance désastreuse (cf. Kirzner 1979 par
exemple).
3.B. L'exemple de la monnaie.
Parmi les grandes limitations du droit et les grandes variations de celles-là
décidées au XXème siècle, à partir de la décennie 1920, il y a à souligner
celles qui concernent les monnaies d'or ou d'argent qui avaient spontanément
émergé comme intermédiaires des échanges dans le passé des pays et qui avaient
progressivement évolué du fait de la recherche réussie de la réduction des
coûts d'échange et de l'intermédiaire des échanges.
Mais, tant nationalement que mondialement, les législateurs nationaux, seuls ou
en association, ont décidé de rompre le lien légal entre la monnaie nationale
et l'or, l'argent ou les deux (dans le cas du bimétallisme).
Et pour tenter de mener à bien leur entreprise diabolique, dont le résultat ne
pouvait que leur apparaître incertain, ils ont obligé simultanément tout un
chacun à effectuer ou recevoir les paiements en la nouvelle monnaie nationale,
une monnaie certes légale mais purement arbitraire.
Tout cela était autant de limitations de la liberté d'échange de chacun, autant
d'assujettissements supplémentaires, autant de mises en esclavage
monétaire…
En d'autres termes, les législateurs nationaux ont levé l'ancre de l'or, de
l'argent ou des deux pour faire voguer l'économie sur la mer de la monnaie
arbitraire légale.
Des ajustements de l'offre et de la demande du marché, qui seront désormais
retentissants, n'ont pas tardé à se faire sentir : le premier de la série
a vu le jour en
1929...
Depuis lors, ils se sont succédés et se ressemblent.
Ils ne sauraient donc cacher – ou faire oublier
avec le temps... – les interdictions légales arbitraires initiales causes
et les effets économiques de celles-ci à quoi chacun devrait s'attendre avec
certitude (cf. par exemple tout ce que Jacques
Rueff a écrit sur le sujet)… Il fallait être J.M. Keynes en 1936 pour,
alors, n'y point faire attention et contribuer ainsi à les faire
oublier.
4. L'ajustement actuel : le dernier en date ou bien l'ultime
?
Nous sommes actuellement dans le dernier ajustement en date jugé officiellement
"important et néfaste" en raison des variations observables des prix en monnaie
de certains biens (baisses des prix des matières premières, des actions de
société, de l'immobilier, etc.) et surtout en raison des variations observables
de quantités (baisses des productions nationales et des P.N.B., hausses des
chômages nationaux). Sera-t-il l'ultime, le dernier des derniers avant une
grande "réforme monétaire", avant une grande "modernisation
monétaire" ?
L'ajustement actuel – plus communément dénommé "crise" par les hérauts de
la réglementation - est certes important et néfaste, mais non pas d'abord en
raison des faits cités qui se déroulent sous nos yeux quoique…, mais en raison
de ses causes qui sont ou bien passées sous silence, ou bien purement
mensongères.
Les causes sont toujours les mêmes depuis la décennie 1929.
On vient de les donner : elles se trouvent dans la limitation du droit de
chacun en matière monétaire, dans les variations de cette limitation et dans
l'obligation de paiements en monnaie légale arbitraire assénée à
chacun.
Dans l'ajustement actuel, deux types de variations observables méritent
attention et cela d'autant plus qu'elles n'en reçoivent aucune
officiellement : il s'agit des variations de l'endettement des Etats nationaux
et des variations du marché de l'or.
4.A. L'endettement des Etats nationaux.
Les variations de
l'endettement des Etats nationaux ne sont rien d'autre que celles de
l'endettement du "secteur étatique", aspect de l'"offre du marché
politique".
Et il s'avère que l'augmentation de ces endettements est aujourd'hui et depuis
quelques années considérable, à commencer par celle de l'endettement de
l'Etat
de la France.
De fait, les créanciers qui satisfont ce désir d'endettement des hommes de
l'Etat et rendent possibles son augmentation, ne prêtent pas le montant
de monnaie au "secteur non étatique", au secteur productif, seule source
de la création de richesses.
Ils contribuent donc, sans nécessairement le vouloir, à ne pas sortir des
difficultés le "secteur non étatique" une fois l'ajustement sévère en
cours.
Pour leur part, les hérauts du "secteur étatique" devraient se demander à
l'occasion comment, dans les conditions où le "secteur étatique" emprunte, la
création de vraies richesses pourrait reprendre à un rythme élevé.
Ils ont beau jeu de dire que tous les maux viennent du marché financier (comme
par exemple en France) mais pas pour les raisons qu'ils avancent : en l'espèce,
le marché financier ne devrait pas prêter au secteur étatique.
"Mais alors", dira-t-on, "sans ce marché, que feraient-ils ?" Ils
augmenteraient les impôts ? Ils réduiraient leurs dépenses ? Où en seraient-ils
?
Ils devraient savoir qu'une telle duplicité n'annonce rien qui vaille !
Certes, tous ne condamnent pas le marché financier mais seulement les
spéculateurs dont ce marché serait la proie. Mais le secteur étatique lui-même,
qu'est-il ?
La réponse est donnée ci-dessous.
En vérité, par les prêts de monnaies arbitraires légales qu'ils consentent
au secteur étatique, les créanciers contribuent surtout à la "redistribution
étatique" dont ils ne peuvent qu'être des "dindons" un jour ou l'autre, en
conséquence de la fiscalité ou de l'inflation monétaire que ne manquera pas
d'instaurer le "secteur étatique" sous prétexte de "rembourser les
dettes"…
Il faut reconnaître en effet que les rares fois où le secteur étatique pourrait
créer des richesses, tel ou tel législateur national trouve le moyen de
conférer à l'activité qu'il va exploiter le privilège de monopole
réglementaire, lui interdisant ainsi d'être mis en concurrence et, par
conséquent, de rester productif.
4.B. Le marché de l'or.
S'agissant des variations du marché de l'or et, plus précisément de celles du
prix du marché organisé de l'or, il faut savoir que le prix de l'once d'or se
situe actuellement dans la fourchette des $900-$1000 alors qu'il y a trois ans,
2006, - début observable, mais confidentiel de l'ajustement en cours -, il
atteignait $700.
La fourchette de prix actuelle n'a rien d'époustouflant quand on se souvient
qu'en janvier 1980, le prix de l'once avait culminé à $850 et qu'il a augmenté
continûment depuis le début de la décennie 2000, époque où il valait moins
de $300 !
L'augmentation du prix de l'or depuis trois ans n'a rien d'extraordinaire non
plus.
Elle est sans commune mesure avec, par exemple, celle qui s'est produite entre
1971 et 1980 où le prix de l'or est passé de $35 à $850. Celle-ci avait eu
pour cause la dénonciation d'une convention passée entre les législateurs
nationaux qui avait permis de maintenir de 1934 à 1971 le prix de l'or
fixé à $35 alors que tous les autres prix en monnaie avaient connu des
augmentations au moins aussi importantes. La multiplication du prix de l'or par
plus de 20 ne fut donc qu'un rattrapage…
Etant donnés ces éléments, force est juger que, dans la période actuelle, le
marché de l'or est d'une grande stabilité, d'une grande sagesse étant donnés
tous les ajustements en cours.
Cette situation tranche avec le climat qui règne sur le marché financier et à
la base de quoi se trouvent les Etats nationaux et les volontés permanentes de
ceux-ci de s'endetter en permanence en monnaies arbitraires légales,
étant donnés les budgets déficitaires dont ils se délectent.
De fait, il faut se rendre compte que les Etats nationaux approvisionnent le
marché financier à défaut de dire qu'ils ont choisi d'en être les
esclaves…
5. La spéculation du secteur étatique.
En définitive, qui spécule – au mauvais sens du mot si tant est qu'une telle
qualification ne soit pas abusive - ?
Le secteur étatique – aspect de l'offre du marché politique – ou le marché de
l'or ?
Ma réponse est sans hésitation : le secteur étatique.
Et elle se veut logique car ce secteur ne saurait créer de richesses. Il n'a
qu'une capacité, celle de redistribuer des richesses créées - et en propriété
des uns - qu'il vole au nom de l'"intérêt général" ou du "bien commun", mais
dont son action arbitraire ne fait qu'éloigner…
Dans ces conditions, le secteur étatique est le spéculateur par
excellence.
Où cette spéculation peut-elle mener ?
Par définition, nulle part puisqu'il n'y a pas création de richesses, mais de
fait destruction. Et depuis la décennie 1930, elle a conduit à une suite de
passages d'un ajustement de l'offre et de la demande du marché, plus ou moins
douloureux, à un autre.
Est-il envisageable qu'elle ait un terme ?
Pour expliquer qu'elle en ait un à l'initiative des Etats nationaux
débiteurs, on peut reprendre ce qu'écrivait Pareto :
"Ce
qui limite la spoliation, c'est rarement la résistance des spoliés ; c'est
plutôt les pertes qu'elle inflige à tout le pays et qui retombent sur les
spoliateurs.
Ceux-ci peuvent, de la sorte, finir par perdre plus qu'ils ne gagnent à
l'opération.
Alors ils s'en abstiennent s'ils sont assez intelligents pour se rendre compte
des conséquences qu'elle aurait. Mais si ce bon sens leur manque, le pays
marche de plus en plus à sa ruine, comme cela s'est observé pour certaines
républiques de l'Amérique du Sud, le Portugal, la Grèce moderne, etc." (extrait
de Pareto, V. (1896-97), Cours d'économie politique, 2 tomes, dans
Bousquet, G.H. et Busino, G. (Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo
Pareto, tome 1 : Cours d'Economie politique, Librairie Droz,
Genève, nouvelle édition, 1964, §1049).
Les Etats
nationaux débiteurs vont-ils abandonner leur démarche ? Je laisse la question
ouverte.
Je rappellerai seulement que, pour sa part, Bastiat (1850) soulignait que
:
"
[…] le génie de la spoliation n'enchaîne pas seulement le bras, mais aussi les
esprits. Il sait imprimer le fer de la servitude aussi bien sur la conscience
de Séide que sur le front de Spartacus, réalisant ce qui semble irréalisable:
l'Esclavage Mental."
Il
avait aussi remarqué que :
"
[…] à la longue (ainsi le veut la nature progressive de l'homme), la Spoliation
développe, dans le milieu même où elle s'exerce, des résistances qui paralysent
sa force et des lumières qui dévoilent ses impostures.
Elle ne se rend pas pour cela: elle se fait seulement plus rusée, et,
s'enveloppant dans des formes de gouvernement, des pondérations, des
équilibres, elle enfante la Politique, mine longtemps féconde."
6. Le
pouvoir des créanciers.
Si on laisse de côté ce que disait Pareto ou Bastiat et si on abandonne le
point de vue des Etats nationaux débiteurs, il faut se tourner vers les
créanciers habituels du secteur étatique et se demander s'ils vont
continuer à arbitrer en faveur du marché politique ou s'ils vont se tourner
vers le marché de l'or ?
Si au lieu de continuer à prêter de la monnaie arbitraire légale au secteur
étatique, ils opèrent sur le marché de l'or, achètent de l'or avec cette
monnaie et le prêtent, tout ne pourra que changer.
Dans un premier temps, le secteur étatique n'aura plus pour créanciers en
monnaies arbitraires légales que les banques centrales et certaines banques de
second rang. L'inflation monétaire qui en résultera "mécaniquement" ne
pourra pas être cachée aux détenteurs obligés de ces monnaies et se
développera.
Le second temps se manifestera quand le secteur étatique ne pourra
plus maîtriser la situation. Une réforme monétaire, une
"modernisation" sera rendue nécessaire, le secteur étatique devra mettre
en œuvre une réforme des monnaies légales arbitraires.
Elle prendra la forme d'une variation des limitations du droit en matière de
monnaie, intermédiaire des échanges, qui ne pourra aller que vers la sortie de
l'esclavage monétaire actuel.
Elle donnera lieu à la libération et réapparaîtra ainsi la monnaie d'or, pivot
de l'étalon or, étant données tous les inconvénients comparatifs reconnus et
expliqués de la monnaie d'argent et du bimétallisme.
7. Un dernier mot à propos de l'"argent".
Il y a exactement un siècle, en France, ce que le langage courant dénomme
encore aujourd'hui "argent" par ignorance ou conditionnement, à savoir la
monnaie, intermédiaire de l'échange, avait pour fondements officiels un
poids d'argent et un poids d'or. L'emploi du mot était donc alors en
partie
justifié.
Il faudra
l'ignorance économique, la guerre de 1914-18 et l'impudence politique
spoliatrice pour que tout change, sauf l'emploi du mot !
Un franc, c'était :
* 5 grammes d'argent (au titre de
9/10 : 4,5g),
* 322,5 milligrammes d'or (au titre
de 900/1000 : 290,25 mg),
* soit environ 15,5 Ag pour 1
Au.
Et cela fonctionnait depuis plus d'un siècle, sans heurt majeur, au prix d'un
ajustement permanent et insignifiant de l'offre et de la demande et moyennant
même la création d'une l'"Union monétaire latine" en 1865.
Des pièces d'or et des pièces d'argent étaient utilisées dans les
paiements.
Elles coexistaient certes avec des pièces en alliage de métal – "petite
monnaie" - mais aussi des billets émis par le monopole privilégié qu'était la
Banque de France (créée en 1800) : les billets pouvaient être échangés, par
leurs détenteurs, "à vue" contre le poids d'or ou le poids d'argent officiel
correspondant à la marque de "x" francs qu'ils comportaient.
Aujourd'hui, le double fondement n'existe plus et cela après que les
législateurs nationaux se sont escrimés tant en France qu'à l'étranger à
l'interdire progressivement au XXème siècle.
Il n'y a plus de pièce d'argent ou d'or "en circulation".
Les billets de la "Banque centrale européenne", avatar de la Banque de France
pour les Français, ne sont plus échangeables à vue auprès de celle-ci et, de
plus, leur acceptation en paiements est obligatoire.
Depuis une
décennie, il n'y a plus de "franc" non plus, ce "franc" qui avait été
retenu comme nom pour l'unité monétaire de l'Union monétaire latine. Le
législateur français s'est associé à un certain nombre de législateurs des pays
de l'Union européenne
pour lui substituer l'"euro" à
partir du 1er janvier 1999 au taux de 6,55957 francs pour 1 euro.
Rappelons en passant que le "franc" était devenu l'unité monétaire de la France
de par la loi du 28 thermidor an III (15 août 1795) ; il soldait les
errements monétaires des années précédentes ("assignats" et autres "mandats")
tout en prenant la place de la "livre d'argent".
Et gageons que ce qui s'est produit en matière monétaire, en France, dans la
décennie 1790, ne peut que se reproduire à l'échelle du monde, prochainement, à
l'initiative peut-être du secteur étatique, mais sinon, à coup sûr, à
celle des créanciers en monnaies arbitraires légales des Etats nationaux…
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Commentaires
Une petite question pertinente, en passant, dont on peut connaître forcément et évidemment la réponse :
Etes-vous sûr que les remboursements des Emprunts d'Etat soient garantis dans les conditions actuelles ?
Je vous remercie de votre infinie gentillesse.
Philippe-Arnaud BRUGIER