Paris, le 28 février 2010.




1. Un premier fait.


Faut-il le rappeler : en cinquante ans (1948-98), le prix en FF du DM, la monnaie de la République fédérale allemande (R.F.A.), puis de l’Allemagne réunifiée, a été multipliée par 4,5 (cf. aussi ce texte).

Il y a fort à parier que si l’Allemagne ne s’était pas réunifiée au début de la décennie 1990 sur la base d’un mark de l’Est pour un DM, le «multiplicateur» eût été encore plus élevé.


2. Un second fait.

Mais, depuis lors, les gouvernements de l’Etat de l’Allemagne ont appliqué la politique qui avait fait la réussite de la R.F.A. alors que ceux de la France ont continué à appliquer celle qui avait conduit au «multiplicateur».

Surtout, comme si de rien n'était, les hommes de l’Etat de ces deux Etats et ceux d’autres – 11 au total au départ - ont choisi de fusionner leurs monnaies nationales en une monnaie régionale qu'ils ont dénommée « euro » sur la base de taux de change qu'ils ont fixés en mai 1998.  Cela est un processus politique sans précédent.


3. Le portrait de Dorian Gray.

Les ajustements économiques qu’à la fois révélaient et provoquaient les variations des taux de change des monnaies en question antérieurement, sont donc désormais enfouis dans la fosse des parités creusée par les hommes de l’Etat en mai 1998. 
Elles le resteront jusqu’à ce qu’éclate le processus «euroïque» ou, si on préfère, jusqu’à l’éruption du volcan «euroïque».

Parce qu'il ne faut pas croire que les ajustements économiques ne se font pas : ce n’est pas parce qu’on ignore, qu’on n’est pas informé d’un phénomène ou qu'on feint de l'ignorer que le phénomène n’existe pas.

Plus de dix ans après le fossoyage des monnaies concernées, il y a nécessairement des ajustements économiques, des "transferts" entre les pays de l’euro - les pays «euroïques» -, qui se font. 

Des ajustements, des transferts se sont effectués ces dernières années et ce n’est pas fini.
Ils ont pris la forme de flux de quantités ou de revenus "invisibles" car non cernés par les règles prétendument comptables en vigueur, au lieu de prendre la forme ostensible de variations de taux de change.


4. Les relations économiques entre la France et l'Allemagne.

Dans le cas des relations entre l’économie de la France et l’économie de l’Allemagne, étant donné ce qu’on vient de souligner, les ajustements ou les transferts ont pris la forme de flux de quantités et de revenus "invisibles" au lieu de prendre celle d’une augmentation du prix de la monnaie de l’Allemagne en monnaie de la France.

Le phénomène n'a d'autre cause que celle qu’aurait eu cette augmentation : il est la conséquence plus ou moins invisible, non cernée par les règles comptables « officielles », d’une diminution des prix en monnaie allemande par rapport aux prix en monnaie française.

Il s’analyse, d'une part, par l’augmentation de l’offre allemande – par gain de productivité – par rapport à la demande allemande, une augmentation qui donne lieu à une balance des paiements courants excédentaires et à l’élimination à terme du déficit budgétaire, toutes choses égales par ailleurs.

Il s’analyse, d'autre part, par l’augmentation de la demande française – par dépenses et déficit budgétaires – par rapport à l’offre française, une augmentation qui donne lieu à une balance des paiements courants déficitaire et à l’aggravation du déficit budgétaire, toutes choses égales par ailleurs.


5. Retour au "baudet"...

Dans ces conditions, les hommes politiques et les commentateurs, stipendiés ou non, qui diabolisent actuellement l’économie grecque et surtout les finances de l’Etat grec devraient y regarder à deux fois.

Soyons malthusiens un bref instant : la Grèce, ce n’est que 11 millions d'habitants, la France, c'est 63 millions d'habitants et l’Allemagne 83 millions.  Les situations ne sont guère comparables.


6. Soyons fins.

Nos commères - pour utiliser un mot cher à La Fontaine - devraient s’interroger sur le graphique ci-dessous qui concerne les finances de l’Etat de la France et à quoi j’ai déjà eu l’occasion de me référer tant il est majeur et ignoré.


                                     Graphique

       Evolution comparée du taux de prélèvements
obligatoires affectés à l'Etat et aux administrations de
                                 sécurité sociale

                                  (en % du PIB)



Source : rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour 2004.
 

Ce graphique qui porte sur les années 1980-2002 - quand sera-t-il mis à jour ? - est éloquent, en particulier, par ce qu’il ne montre pas....

Il divulgue la dérive de la fiscalité « cotisations sociales » du para Etat de la France qu’est l’organisation de la sécurité sociale obligatoire (O.S.S.O.) par rapport à la fiscalité de son Etat en titre.

Pourquoi parler de "dérive" ?

Parce que la fiscalité de l’O.S.S.O. - officiellement "A.S.SO." - qui n'a fait qu’augmenter par rapport à celle de l’Etat, laquelle a diminué en apparence (en % du P.I.B.), est lourde de dettes non comptabilisées – à savoir les retraites de l’O.S.S.O. (cf. les trois livres sur Futur des retraites et retraites du futur ).

La population des retraités du seul "régime général de la sécurité sociale" (cf. le livre 1), c’est plus que la population grecque.

Certes, la fiscalité de l’Etat est lourde de dettes pour la même raison – à savoir les retraites des fonctionnaires non comptabilisées -, mais apparemment moindres en montant.

Il reste tout de même que la population des fonctionnaires en activité et des fonctionnaires retraités, c’est à peu de choses près la population grecque !

Qui va payer toutes ces retraites en France ? Et comment si l'absurdité instaurée en 1941-46 continue à être ignorée et vénérée comme l'indiqueraient les sondages, malgré les destructions qu'elle occasionne ?


7. Tel sera pris qui croyait prendre.

En d'autres termes, de qui se moque-t-on ?

La Grèce ne doit pas être le baudet de la fable.


D'aucun dirait ce qu'on peut découvrir ci-contre.





Bref, l’ « euroïsme » des hommes politiques ou des commentateurs en France devient vraiment héroïque.

Il doit être endigué par l'information, une information de tous les instants, sinon tout le monde sera pris au piège.




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