Paris, le 14 mars 2010.




1. Des choix politiques.


Dans la décennie 1970, il y a eu successivement :

1 - l'abandon du système monétaire international fondé sur l’étalon de change or (1971-73) - lequel avait été réformé en 1944-45 après avoir été institué en 1922 -, mais il n'y a pas eu disparition du Fonds monétaire international (F.M.I.), instauré à l'occasion de la réforme, pourtant une de ses pièces maîtresses qui avait démontré son inanité – qu'avait prévue Jacques Rueff dès sa création - et qui a malheureusement perduré jusqu’à aujourd’hui inclus ;

2 - l’entrée du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark dans la Communauté économique européenne – C.E.E.- (1973) qui a fait passer celle-ci de 6 à 9 pays (cf. textes sur histoire du "Marché commun") ;

3 - la création du Fonds européen de coopération monétaire (F.E.Co.M.) pour « faciliter » le nouvel accord de change passé entre les gouvernements des pays de la C.E.E. au moment même (1976-78) où Friedrich von Hayek publiait Dénationalisation de la monnaie (The Argument Refined. An Analysis of the Theory and Practice of Concurrent Currencies).

La décennie s’est terminée par l’entrée de la Grèce dans la C.E.E. (1980) et, par conséquent, par l’augmentation du nombre de ses pays de 9 à 10.


2. Des faits.

Trente ans plus tard, les comptes de l’Etat de la Grèce sont l’objet d’un grand souci des observateurs, hommes politiques ou autres, et emportent la discussion. (cf. graphique ci-dessous faisant apparaître les différentiels de taux d'intérêt à long terme grec, espagnol, italien, français par rapport au taux allemand dans la période janvier 2001-octobre 2009).

                                            Graphique

                  Différentiels de taux d'intérêt à long terme
                             (janvier 2001- octobre 2009)



Depuis octobre 2009, les différentiels se sont encore accrus.

Le souci est tel que,
- d’un côté, les taux d’intérêt des emprunts de l’Etat grec sur le marché financier augmentent et incluent, chacun, une prime de risque de plus en plus élevée et que,
- de l’autre, des épargnants investisseurs parient, avec leurs placements financiers, que cette évolution ne pourra guère durer encore longtemps.

Il faut savoir que la Grèce est, aujourd’hui, un des 16 pays du "système monétaire de l’euro" - système euroïque  créé entre temps -, ce groupe des pays étant lui-même un sous-groupe des 27 pays de l’Union européenne (U.E.), avatar de la C.E.E. constitutionnalisé dans la décennie 1990, puis institutionnalisé autrement.

Au sommet de la construction hiérarchique qu’est le système monétaire de l’euro, il y a la banque centrale européenne (B.C.E.), avatar de l’Institut monétaire européen (I.M.E.), lui-même avatar du F.E.Co.M. !


3. Un plaidoyer.

Mais ne voici-t-il pas que des défenseurs de la construction utopique commencent à plaider pour la création d’un "pendant européen" au F.M.I. qui tendrait à annihiler les opérations signalées des épargnants investisseurs…, bref d’un « fonds monétaire européen » (cf. par exemple les propos rapportés par Les Echos  ou Challenge).

Pour sa part Bloomberg rapporte que :

"[...]Germany’s Finance Minister Wolfgang Schäuble indicated in an interview with the Welt am Sonntag newspaper published that day that his government is already thinking about how another crisis can be avoided, saying the euro region should consider creating an institution similar to the International Monetary Fund.

European Central Bank President Jean-Claude Trichet said later this week the bank doesn’t reject the proposal of a fund, though it has not seen any details. [...]"

Tous ces défenseurs semblent oublier la généalogie de la B.C.E. et que le F.E.Co.M., son ancêtre, a donc été au départ ce « pendant européen ».

Ils semblent méconnaître que ce fonds allait de pair avec les fonds de stabilisation des changes de certaines banques centrales nationales, (aujourd’hui fusionnées dans la B.C.E.) à l’image du « fonds de stabilisation des changes » français (créé en 1939 par Jacques Rueff, alors sous gouverneur de la Banque de France, dans la perspective de la guerre !).

Ils semblent faire fi que ces fonds qui avaient démontré leur inefficacité et leurs dangers pour les économies nationales ont été démantelés à l’occasion du processus de fusion.
Le "fonds monétaire européen" qu'ils soutiennent n'est jamais qu'un fonds de stabilisation des changes, non plus à l'échelon national et pour cause, mais à l'échelon régional de l'euro.


4. Un "foutage de gueule".

Que penser alors de leur plaidoyer ?

Il révèle une fois encore leur mémoire sélective, leur méconnaissance économique et – appelons un chat un chat - leur « foutage de gueule » - pardonnez-moi l’expression, mais elle me semble la plus appropriée dans le cas présent car je n'en ai pas d'autre, je n'ai pas le talent de Victor Hugo... pour en créer une-.

Dans le jeu de construction que les hommes de l'Etat se sont fabriqués et dont ils ne rappellent jamais le fonctionnement « au bon peuple »  - et pour cause : c’est un jeu qui repose sur l'arbitraire le plus total qui soit, et qui constitue en fait une expérience historique au coup par coup sans précédent, à savoir l’expérience de l’euro -, tout se passe comme s'ils admettaient désormais qu’ils manquent un « cube » : et ils le dénomment « fonds monétaire européen ».

Soit dit en passant, il faut reconnaître qu’ils aiment bien donner des noms à leurs jouets : par exemple, hier, ils parlaient d’unité monétaire européenne, d’écu (pour, entres autres, l'expression anglaise « European Currency Unit » - "jeu de mots"... -) et, aujourd’hui, c’est l’euro !
Dans le traité de Maastricht sur quoi ils ont fait voter les peuples nationaux et qui a mis le feu aux poudres, il n’était pas question d’ « euro », mais d’ « écu ».
Ainsi, à la fois, ils jouent avec les mots et disent que les mots qu'ils emploient n’ont pas d’importance…, c’est le seul moment où, sans le vouloir, ils respectent les règles de la logique, i.e. de la réalité.


5. Un nouveau panneau.

Il reste que les hommes de l'Etat prennent leurs désirs pour la réalité et considèrent que leurs désirs ne sont jamais que l’expression des besoins du « bon peuple ».  Ils pensent vraisemblablement que satisfaire les uns reviendra à assouvir les autres.

Via ce "cube" du "fonds monétaire européen", l'"eurogroupe", autre "cube" qu'ils ont instauré en cours de route, entamerait, un peu plus encore, l'indépendance constitutionnelle de l'action de la B.C.E. vis-à-vis des politiques.

Soit dit en passant, c’est le Conseil des Chefs d'Etat et de gouvernement (Amsterdam, juin 1997) qui a créé ce qui allait être dénommé "Eurogroupe". Six mois plus tard, les conclusions d'un Conseil analogue (Luxembourg, 12-13 décembre 1997) décrivent le nouveau "cube":

« […] Les ministres des États participant à la zone euro peuvent se réunir entre eux de façon informelle pour discuter de questions liées aux responsabilités spécifiques qu'ils partagent en matière de monnaie unique.
La Commission ainsi que, le cas échéant, la Banque centrale européenne sont invitées à participer aux réunions. Chaque fois que des questions d'intérêt commun sont concernées, elles sont discutées par les ministres de tous les États membres. […] ».

Le cube, en fait organisation informelle sans nom à sa création, en reçoit un trois ans plus tard, à l’occasion des conclusions de la présidence d'un Conseil analogue (Nice, 7-9 décembre 2000).

Il ne faut donc pas tomber dans ce nouveau panneau d’un « fonds monétaire européen », pendant au « fonds monétaire international », sauf à vouloir toucher … le fond de l’irrationnel et des malheurs qu'il comporte.

La réalité dépasse toujours la fiction dès lors qu’elle n’a pas été prise comme point de départ.
Et, ici, encore une fois, c’est le cas.


6. "Dé réglementer" le processus de l’étalon-or.

Quitte à revenir au passé, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Plutôt que revenir à celui d’un des points de départ du processus monétaire dans quoi la France et d’autres pays se débattent actuellement et qui ne saurait fonctionner sauf dans les têtes de ses sorciers, autant revenir au passé plus ancien où fonctionnait un processus qui avait émergé spontanément, sans volonté centralisatrice de quelque politique que ce soit, et avait fait ses preuves.

Je veux parler du processus de l’étalon-or.

Pourquoi n’existe-t-il plus ?

Il est arrivé une période où il a présenté, de façon croissante, la caractéristique malheureuse de déplaire aux hommes de l’Etat. 
Il était un frein à leur ardeur à mener des actions dites « politiques », mais absurdes. 
Il les empêchait ainsi de faire n’importe quoi pour autant que, si tel était le cas, l’économie nationale sur quoi ils avaient autorité était sanctionnée dans les mois qui suivaient (l'issue étant la dévaluation de la monnaie nationale, i.e. l'augmentation du prix de l’or en monnaie nationale : par exemple, "mai 1968" et, l'année suivante, le FF sera dévalué de près de 12% en octobre 1969).

Bref, le processus de l'étalon-or n'existe plus aujourd'hui, au grand jour, car les hommes de l'Etat sont convenus au XXème siècle de ne plus s'y référer, en deux temps : en 1922 (conférence de Gênes) puis en 1971-73 (plusieurs conférences internationales). 
Et ils ont imposé leur choix aux peuples par des arguments fallacieux et la spoliation.

En d'autres termes, les hommes de l'Etat ont enfoui le processus sous un fatras de réglementations, plus pernicieuses les unes que les autres, qui a immunisé leurs actions "politiques" contre ses effets contraignants jusqu'à présent.  Mais cela perdurera-t-il encore longtemps ? Difficile de répondre.

Une chose est certaine, il ne demande qu'à être "dé réglementé".
Il faut revenir au processus de l’étalon-or.


Addendum.

Le 8 mai 2010, il semblerait que l'idée de la création d'un fonds d'urgence ait rallié les hommes de l'Etat des Etats des pays de l'euro comme en informe Bloomberg sous la plume de J.G. Neuger et G. Viscusi.

"EU to Set Up Fund to Prevent Spread of Greek Crisis.

European leaders agreed to set up an emergency fund to halt the spread of Greece’s fiscal woes, seeking to prevent a sovereign debt crisis from shattering confidence in the 11-year-old euro.

Jolted into action by the sliding currency and soaring bond yields in Portugal and Spain, leaders of the 16 euro countries said the workings of the financial backstop will be hammered out before Asian markets open late tomorrow European time.
“We will defend the euro, whatever it takes,” European Commission President Jose Barroso told reporters early today after the leaders met in Brussels.

Europe’s failure to contain Greece’s fiscal crisis triggered a 4.3 percent drop in the euro this week, the biggest weekly decline since October 2008. And it prompted the U.S. and Asia to rally around in a bid to prevent a global sovereign-debt crisis from pitching the world back into a recession.
“Europe is getting its act together,” said Chris Rupkey, chief financial economist at Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ Ltd. in New York. “Time will tell if this statement is enough to satisfy the European bond market vigilantes.”

European officials declined to disclose the size of the stabilization fund, to be made up of money borrowed by the European Union’s central authorities with guarantees by national governments. Finance ministers will meet at 3 p.m. tomorrow in Brussels to flesh out the details. A press briefing is scheduled for 6 p.m.

1.‘That’s significant’

“When the markets re-open Monday, we will have in place a mechanism to defend the euro,” French President Nicolas Sarkozy said. “If you don’t think that’s significant, you haven’t been to many EU summits.”

Barroso said he wouldn’t push the independent European Central Bank to, for example, buy government bonds. ECB President Jean-Claude Trichet accelerated the market selloff on May 6 by rejecting that measure.

British Chancellor of the Exchequer Alistair Darling is likely to oppose the fund if the U.K. has to contribute to it, a British official said today. The official said the U.K. has not received detailed proposals about the fund from the European Commission.

With the euro facing its stiffest test since its debut in 1999, the summit -- called to discuss efforts to coordinate economic policies -- turned into a crisis-management session that dragged past midnight.

The euro slid to $1.2715 from $1.3293 during the week, and is down 15 percent since late November. European stocks sank the most in 18 months, with the Stoxx Europe 600 Index tumbling 8.8 percent to 237.18.

2. Surging spreads.

The extra yield that investors demand to hold Greek, Portuguese and Spanish debt instead of benchmark German bonds rose to euro-era highs yesterday. The premium on 10-year government bonds jumped as high as 973 basis points for Greece, 354 basis points for Portugal and 173 basis points for Spain.

Europe came under pressure on a hastily arranged conference call of Group of Seven finance chiefs yesterday. All agreed on “the need for a clear, timely and strong response,” Canadian Finance Minister Jim Flaherty, who chaired the call, told reporters in Ottawa. “We hope to see a strong, early policy response in Europe.”

3. ‘Unusual market activity’

The spreading contagion also drew the attention of President Barack Obama, who said in Washington that U.S. regulators will examine the “unusual market activity” that on May 6 briefly drove the Dow Jones Industrial Average down by almost 1,000 points, erasing more than $1 trillion in wealth before the market bounced back.
“There are impacts on financial markets, including share markets, from the events in Europe and in Greece more specifically,” said Australian Treasurer Wayne Swan, speaking to reporters in Canberra today. “We are urging as speedy a resolution as is possible in the circumstances.”

In Brussels, German Chancellor Angela Merkel stepped up German calls for a closer monitoring of government finances and more rigorous enforcement of the deficit-limitation rules, originally drafted by Germany in the 1990s.

Europe will send “a very clear signal against those who want to speculate against the euro,” Merkel said.

With the euro region’s overall deficit forecast at 6.6 percent of gross domestic product in 2010 and 6.1 percent in 2011, the vow to bring budget shortfalls back below the euro’s 3 percent limit echoes promises that have been regularly broken ever since governments in 1999 set a three-year deadline for achieving balanced budgets.

4. Rating Authority

Plans for a European credit-rating authority are already under consideration at the EU Commission, the bloc’s Brussels- based executive agency. It also is investigating whether ratings companies such as Standard & Poor’s wield too much power over investors’ perceptions of governments.

Asked whether steps to stem speculation against government bonds would include restrictions on short sales or credit default swaps, Barroso said “some of the points you have mentioned will be contemplated.”

The political leadership of the $12 trillion economy also signed off on a 110 billion-euro ($140 billion) aid package for Greece negotiated by finance ministers last week. So far nine governments have cleared the way for funds to be sent to Athens.

Germany, the biggest contributor with as much as 22.4 billion euros over three years, fell in line yesterday with endorsements in the lower and upper houses of parliament. A group of German academics filed a lawsuit to try to halt the payout. A court today rejected the challenge.

A day after whisking a three-year, 30 billion-euro program of deficit cuts through parliament, Greek Prime Minister George Papandreou ruled out further belt-tightening steps for the time being, saying the point of the summit was to “reaffirm our confidence in our economies and our common currency and this I believe is a very important message for the global economic recovery.”




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