Paris, le 21 mars 2010.




 Alors que les autorités nationales sont parvenues au XXème siècle à s’emparer, directement, de la monnaie et, indirectement, de la gestion des «instruments monétaires» (que sont les pièces de monnaie en alliage de métal, les coupures de billets en papier ou les dépôts bancaires à vue ou autres), tant nationalement qu’internationalement – par accord entre elles -, elles n’ont pas eu la même réussite jusqu’à présent en matière de finance et d’instruments financiers.

A défaut de s'en être emparées, nos autorités en usent et en abusent surtout, comme, par exemple, en a témoigné récemment le sort qu’ils ont réservé aux «subprimes» ou aux "dérivés de crédit" et en témoignent les déficits des budgets des Etats – à commencer par celui de l’Etat de la France  –. Mais, à coup sûr, cela ne pourra plus perdurer longtemps.


1. La finance.

Les innovations incessantes dans le domaine de la finance, surtout les dernières décennies, sont telles que, tantôt les instruments financiers leur glissent entre les doigts, tantôt ils leur explosent dans les mains.

1.A. Les "subprimes".

Rappelons que le "subprime" est un instrument financier d’origine américaine - un type de contrat hypothécaire, comme on dirait en français -, qui permet à des personnes en difficulté financière a priori momentanée, d’acheter une maison… (cf. subprime)

Le contrat peut être, en particulier, «à taux d’intérêt fixe» ou «à taux d’intérêt variable» : dans ce dernier cas, il est indexé sur le taux d’intérêt géré par la politique monétaire de la banque centrale.

Le "subprime à taux d’intérêt variable" qui a été implicitement la cible des critiques il y a quelques trimestres et est devenu le bouc émissaire de la crise financière qui se serait déclenchée au cours de l'été 2007, n’était pas congénitalement un instrument financier «toxique», comme il a été qualifié par la suite.

Il l’est devenu en raison :
- de l’idéologie « social démocrate » qui a forcé les banques à le développer (dans le cadre de la politique de l’«affirmative action» américaine, de la «discrimination positive» comme on dit en français, voire d’autres politiques),
- de la politique monétaire de taux d’intérêt bas, voire très bas, de la banque centrale des Etats-Unis qui a «donné des incitations» à acheter une maison,
- et de l’irresponsabilité de certains gestionnaires de patrimoine qui ne savaient pas de quoi il s’agissait ou qui croyaient à l’intervention du prêteur en dernier ressort "banque centrale" quoi qu’il arrive, avant les dégâts.


1.B. Les « dérivés de crédit » : des « contre subprimes ».

A l’opposé du «subprime» - surtout à taux d’intérêt variable -, il y a le "credit default swap" (de sigle C.D.S.) – littéralement «troc du risque de perte du créancier» -, ce qu’on dénomme en français, le «dérivé de crédit» et que, par comparaison avec le subprime, j’appellerai le «contre subprime» : en effet, autant l'un est "risqué", autant l'autre ne l'est pas.

Cet instrument financier dont on parle beaucoup aujourd’hui, explicitement ou implicitement (via les «hedge funds»), en relation avec l’endettement de l’Etat de la Grèce, fait partie de la catégorie des instruments financiers dénommés en France «produits dérivés», apparus mondialement dans la décennie 1980.

a) Définition.

L’instrument financier «dérivé de crédit» permet à son acheteur, son possesseur – au départ, et avant manipulation éventuelle, un créancier qui connaît son débiteur – d’être indemnisé par son vendeur si le débiteur ne respecte pas ses engagements à son égard, l'instant de ceux-ci venu.

Si, par exemple, l’Etat grec ne rembourse pas les dettes qu’il doit rembourser à l’instant "t", ses créanciers qui ont acheté des dérivés de crédit, en l'espèce "souverain", se verront indemnisés par ceux qui leur ont vendu les dérivés en question.

b) Propriétés.

Actuellement, l’acheteur d’un dérivé de crédit portant sur une créance à 5 ans, de 10 millions d’euros, d’une entreprise paie une prime annuelle qui est égale à 1000 euros le point de base (0,01%) de la prime de risque. Si la "prime de risque" est évaluée égale à 300 points de base, il versera ainsi annuellement 300 000 euros.
Mais la prime de risque dépend du débiteur et évolue chaque jour.

Ainsi, le taux d'intérêt des obligations à 10 ans de l’Etat grec est passé à 6,36% - soit une augmentation de dix points de base -, le 19 mars 2010 sur le marché de Londres : c'est le niveau le plus élevé depuis le 26 février(cf. tableau ci-dessous), selon les données compilées par Bloomberg.

Cela a amené la "prime du risque souverain grec" que les épargnants/investisseurs demandaient pour acheter la dette à 10 ans de l’Etat grec - par rapport aux obligations allemandes comparables, a priori les moins risquées -, à 325 points de base, soit un bond de 25 points sur les deux derniers jours (variations sur un passé récent, cf.tableau ci-contre, source : BIS Quarterly Review, March 2010).

En d’autres termes, la prime d’«assurance» annuelle à verser par les possesseurs de la dette souveraine grecque pour «se protéger» d'une "insolvabilité" de l'Etat de la Grèce est de €325000 pour 10 millions de dette à 10 ans.

Et, en deux jours, la prime à payer annuelle a donc augmenté de € 25000.

1.C. Remarque sur la gestion de patrimoine.

Il convient de souligner qu'étant donnés les subprimes qu’ils avaient achetés, soit directement, soit indirectement (via des «produits structurés»), les "gestionnaires de portefeuille" responsables qui voyaient la tempête se lever en 2007, ont eu toute latitude pour acheter, jusqu’au début de l'année 2008, des dérivés de crédit à des prix "encore raisonnables", i.e. en versant des primes d'un montant raisonnable, et ainsi pour se protéger contre les lendemains désastreux qu'ont finalement connus certains (par exemple, Lehman Brothers).

Soit dit en passant, le véritable "prêteur en dernier ressort" n’est pas la banque centrale comme ils le croyaient vraisemblablement, comme certains le soutiennent aveuglément, mais le marché de l’assurance et plus encore, celui de la réassurance, dont le marché de l’assurance n’est jamais qu’un compartiment et le marché des dérivés de crédit, un autre.


2. Les hommes de l'Etat : de véritables « apprentis sorciers ».

Dans ces conditions, force est de reconnaître que les hommes de l’Etat et leurs acolytes ont beau jeu de vouer aux gémonies les marchés financiers, les spéculateurs, à commencer par les hedge funds, et de voir en eux des apprentis sorciers.



Sans finance, ils ne pourraient avoir de déficit de leur budget.

Et, sans l'évolution de leurs déficits budgétaires depuis une quarantaine d'années, le marché financier n'aurait pas acquis l'envergure qu'il possède aujourd'hui.  Les déficits des budgets des Etats sont aujourd’hui le véritable tronc d’un marché dont la circonférence n’a fait qu’enfler.

On est donc dans le "je te tiens, tu me tiens par la barbichette, le premier qui ... etc.".  Comment cela va-t-il finir ?

2.A. Le marché des dérivés de crédit.

Par exemple, à la fin de la décennie 1990, le marché des dérivés de crédit représentait :
- en 1996, € 8,6 milliards,
- en 1997, € 50 milliards et
- en 1998, € 200 milliards,
ce qui démontrait déjà une augmentation considérable en trois années.

Qu'en est-il aujourd’hui, début 2010 ?

L'augmentation exponentielle ne s'est pas démentie.  On compte en milliers de milliards...

Pour la réponse précise à la question, je renvoie à la "Banque des règlements internationaux" (sigle B.R.I. ; en anglais, B.I.S. pour "Bank for international settlements") et aux statistiques sur la question qu’elle établit depuis 1995 (cf. par exemple les commentaires en date du 7 décembre 2009 en relation avec le graphique ci-dessous).




Les déficits budgétaires et leur attente ont un effet reconnu sur ce marché (cf. par exemple S. D. Harrington et A. Moses, 27 janvier 2010).

2.B. La réglementation.

Les hommes de l'Etat ont beau jeu de vouloir réglementer les structures des uns et les actions des autres.

a) La réglementation des dérivés de crédit.

Soit dit en passant, il faut savoir qu’en France, malgré la sécurité qu'elle apporte, l’application de la "technique des dérivés de crédit" peut ouvrir la porte à une «requalification» juridique lourde de sanctions pénales : à savoir la requalification en "opération d’assurance".
Si tel est le cas, étant donné le privilège de monopole donné par le législateur français aux assureurs du «risque financier», il y a en effet violation du monopole…

b) Le "fonds monétaire européen" : dernier exemple de réglementation en date.

Ne voici-t-il pas que, dans la zone monétaire dite « des pays de l’euro », faisant fi des traités qu’elles ont fait voter et qu’elles ont signés, des voix s’élèvent pour créer un « fonds monétaire européen » ... en opposition avec ceux-ci.
Il court-circuiterait en effet tout simplement l’indépendance du monopole de la monnaie "euro" qu’est la Banque centrale européenne. 
Il devrait être un pendant au «Fonds monétaire international» dont l’action cataclysmique n’est plus à prouver depuis qu’il a été crée mi décennie 1940.

En d'autres termes, les hérauts de l'euro veulent ajouter une réglementation de plus au panier de réglementations qu'est déjà l'expérience historique, sans précédent, de l'euro.
Ils pensent vraisemblablement que cette réglementation "ultime" ou "marginale" - selon les sensibilités théoriques - fera que l'expérience satisfera enfin leurs espérances.  "Balderdash" - foutaise - aurait dit Milton Friedman (pour reprendre un mot qu'il aimait bien employer).


3. Baisse des dépenses de l'Etat et libération de vous et moi.

Ce n’est pas par la monnaie, dans la condition de "panier de réglementations" ou d'"égout collecteur des fausses créances" qu’ils lui ont donnée au XXème siècle et qu'elle étale aujourd'hui au grand jour, que les hommes de l’Etat pourront maîtriser le marché financier comme ils l'espèrent car, où ce marché est pollué, se trouvent les conséquences de la violence de leurs dépenses.
 
Les dépenses en question sont en effet, à la fois, des dépenses "budgétisées" mais sans contrepartie comptable d'égale valeur (d'où le déficitt), et des dépenses "non budgétisées", de fait ignorées (par exemple, les « prestations de sécurité sociale vieillesse » futures en France) dont le montant total est incommensurable  – il était «inimaginable» il y a encore quelques décennies-..

Dans ces conditions, ce sont donc eux, les hommes de l'Etat, les véritables apprentis sorciers.

Il est vain de vouloir maîtriser le marché financier. 
En revanche, lui-même a toute capacité de parvenir à se maîtriser s'il y a réduction du montant de ces dépenses publiques forcées. 

L'augmentation conséquente de la liberté d'action de chacun, i.e. de vous et de moi, de faire ce qu'il veut de ce qu'il a en propriété légitime fera le reste.

De fait, le marché retrouvera alors la voie qu'il mettait à jour quand il en a été empêché par les hommes de l'Etat et qu'il n'aurait pas perdu de vue si ceux-ci n'y avaient pas jeté des obstacles plus hétéroclites les uns que les autres, au nombre desquels l'euro.




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