Paris, le 15 février 2011.




I. Les échanges internationaux.

La contraction mondiale des échanges internationaux fin 2008- 2009 a donné lieu à de nombreuses études (par exemple, celle-ci ) et de nombreux commentaires, par exemple :

« Trade in the last quarter of 2008 and the first quarter of 2009 contracted in an exceptionally sudden, severe, and globally synchronised fashion.

According to Eichengreen and O’Rourke (2009) the drop has been even fiercer than that during the Great Depression.
Beyond a limited resurgence of protectionism (Baldwin and Evenett 2009; Evenett 2009 and Bussiere et al. 2009), two broad explanations for the collapse of world trade have been put forward. »

L'évolution des exportations françaises de biens et services ces dernières années 2001-2009 (cf. figure 1) a beaucoup moins intéressé.


                                         Figure 1. 

                   Exportateurs et exportations français

                                      2001 - 2009
                             (données mensuelles)




sources : http://www.voxeu.org/index.php?q=node/4163
http://xxi.ac-reims.fr/bayen/pedagogie/siteses/cours%20td/premtd2%20echanges%20exterieurs.pdf


Pourtant et d'abord, on a assisté à une baisse tendancielle nette du nombre des exportateurs.

Quant aux exportations de biens et services, elles ont été stables ou presque de 2001 à 2004, puis ont cru jusqu'à mi-2008 pour s'écrouler en 2009.


Si, de 1993 à 2000, l'évolution des exportations françaises se confond avec celle de l'Allemagne, son principal partenaire dans la zone euro (cf. figure 2), depuis 2000, l'évolution française a connu une inflexion significative.


                                                Figure 2.

                           Exportations de biens et services
                                  françaises et allemandes

                                           1993 - 2005
                                   (données trimestrielles)




Pour sa part, la contraction des exportations de biens et services des Etats6unis a été significative fin 2008-2009, qu'il s'agisse des exportations globales (cf. fig. 3), à destination de l'Allemagne (cf. fig. 4), ou à destination de la Chine populaire (cf. fig. 5).


                                                  Figure 3.

                   Exportations de biens et services des U.S.A.

                                         1960 - janvier 2011
                                        (données mensuelles)




source : Banque fédérale de Saint Louis



                                              Figure 4.

                   Exportations des U.S.A. vers l'Allemagne
                                      (biens et services )

                                     1985 - janvier 2011





                                          Figure 5.

              Exportations des U.S.A. vers la Chine populaire
                                ( biens et services )

                                 1985 - janvier 2011




Mais, depuis 2009, la reprise des exportations des Etats-Unis est marquée, en particulier, celles à destination de la Chine populaire.
La tendance quasi exponentielle des années antérieures est reprise.

Addendum en date du 5 avril 2011

Le phénomène est confirmé à l'échelon mondial par une étude de l'O.C.D.E. de mars 2011 http://www.oecd.org/dataoecd/63/35/47507604.pdf.


II. Balances commerciales nationales.

La balance des échanges internationaux de biens et services de la France est passée en 2004-05 (cf. figure 6) d'un excédent en réduction tendancielle de 1999à 2004 à un déficit en augmentation tendancielle de 2005 à 2011 .


                                  Figure 6.

                      Solde de la balance française
                      des transactions courantes

                                1999-2011
                         (données mensuelles)




source : JP Chevallier


Cette évolution n'est pas sans rappeler celle du nombre des exportateurs (cf. fig. 1) pour ne pas dire qu'elles se superposent géométriquement.

Il reste que, d'une façon générale, pour autant que les exportations et les importations de biens et services d'un pays augmentent, l'évolution tendancielle de la balance commerciale n'a rien d'économiquement inquiétant, les échanges extérieurs augmentent et laissent entendre que les échanges intérieurs augmentent aussi et, par conséquent, la production, les revenus et l'emploi.
Et c'est le cas de la France sur les périodes considérées comme l'atteste - s'il en était besoin - la figure 7 pour la période 1986-2010.


                                                  Figure 7

                               Variations du PIB de la France
                                      (données trimestrielles)
                                           
                                                1986-2010



Source : JP Chevallier.


Il en est autrement si les exportations et les importations diminuent car, dans ce cas, les échanges intérieurs doivent diminuer eux aussi (cas de fin 2008-2009).

Il reste que néanmoins, dans le même temps, la balance commerciale allemande a conservé la même tendance, à savoir celle de l'excédent en augmentation tendancielle (cf. figure 8 pour la période 1992-2006).


                                                     Figure 8

                                   Solde de la balance allemande
                                       des transactions sur biens

                                                  1992 - 2006
                                    (en données trimestrielles)


source : tutor2u

Soit dit en passant, dans la mesure où la France et l'Allemagne ont la même monnaie, l'établissement de ces balances des échanges internationaux nationales est peu justifié sauf à vouloir disposer d'un indicateur des échanges extérieurs dont on tire une information sur les échanges intérieurs qu'on ne calcule pas ...
On ne calcule pas, par exemple, la balance des paiements de la ville de Paris ou de celle de Berlin, pourquoi faudrait-il le faire dans le cas des pays ?

Il reste enfin que la tendance de la balance commerciale allemande est diamétralement opposée à la tendance de la française.

La comparaison des évolutions des soldes des balances commerciales française et allemande est terrible – au sens premier du mot, elle devrait inspirer une certaine "terreur"... -.

Les évolutions des soldes des balances commerciales italienne, espagnole pires que la française ne sauraient réconforter qui que ce soit (cf. figure 9 pour la période 1998-2007).


                                 Figure 9.

Soldes de balances nationales des transactions courantes

                              1998-2007
                        (données annuelles)




source : www.arhv.lhivic.org


III. Balances commerciales nationales et prix des monnaies: la fausse et la vraie causalités.

Une chose est certaine, ces évolutions des soldes des balances commerciales de certains pays de l'euro - les "plus grands" - ne sauraient expliquer les prix de l'euro en des monnaies nationales, en particulier le dollar, nom donné à la monnaie des Etats-Unis, et le yuan renminbi, nom de la monnaie de la Chine communiste.

C'est même une erreur économique de le croire.

Ludwig von Mises expliquait, il y a près de cent ans, l'erreur en ces termes :

« Certes, il existe une théorie qui cherche à expliquer la formation des taux de change par la balance des paiements plutôt que par le pouvoir d'achat d'une monnaie.

Cette théorie établit une distinction dans la dépréciation de la monnaie entre
- la baisse de la valeur monétaire sur les marchés internationaux et
- la réduction de son pouvoir d'achat à l'intérieur du pays.

Elle prétend qu'il n'y aurait qu'un lien ténu entre les deux, voire, comme le disent beaucoup, aucun lien du tout.

Le cours des monnaies étrangères résulterait de la balance des paiements du moment.
Si les paiements sortant du pays augmentent sans qu'il y ait d'accroissement des paiements arrivant au pays, ou si les paiements en provenance de l'étranger baissent sans qu'il y ait de réduction correspondante des paiements sortant du pays, alors les taux de change des monnaies étrangères doivent monter.
Nous ne spéculerons pas sur les raisons expliquant pourquoi une telle théorie a pu être avancée.

Entre le changement du taux de change des devises étrangères et le changement du pouvoir d'achat de l'unité monétaire nationale, il existe habituellement un délai — plus ou moins long.
Par conséquent, une observation superficielle pourrait facilement conduire à la conclusion que les deux données sont indépendantes.


Nous avons aussi entendu que la balance des paiements est la cause immédiate des fluctuations quotidiennes des taux de change.

Une théorie qui n'expliquerait que les apparences et n'analyserait pas la situation en profondeur pourrait facilement passer à côté du fait que
(a) le rapport au jour le jour entre l'offre et la demande de devises étrangères déterminé par la balance des paiements ne peut que se référer à des écarts transitoires par rapport au taux « statique » formé à partir du pouvoir d'achat des différents types de monnaie,
(b) ces écarts doivent disparaître rapidement et
(c) ces écarts doivent cesser d'autant plus rapidement et complètement que le commerce est à l'abri des contraintes et que la spéculation est libre.

Il ne devrait assurément pas y avoir de raisons d'examiner cette théorie plus en détail. Son compte a été réglé sur le plan scientifique.

Le fait qu'elle joue un rôle important en politique économique peut être une raison d'étudier la base politique de son indéniable popularité auprès des officiels et des auteurs du gouvernement. Il est cependant possible de laisser cette tâche à d'autres.


Nous devons toutefois nous intéresser à une nouvelle variante de cette doctrine de la balance des paiements, variante née avec la guerre [de 1914-18].

Les gens disent qu'il est peut-être vrai en général que c'est le pouvoir d'achat de la monnaie, plutôt que la balance des paiements, qui détermine le cours des devises étrangères.

Mais de nos jours, en raison de la diminution du commerce consécutive à la guerre, ce ne serait plus le cas.
Comme le commerce est entravé, le processus qui restaurerait les rapports d'échange « statiques », perturbés, entre les devises étrangères serait tenu en échec.

Il en résulterait par conséquent que la balance des paiements deviendrait le facteur décisif du cours des devises étrangères.
Si l'on désire faire monter le cours de la monnaie, ou l'empêcher de descendre davantage, il faudrait essayer de rétablir une balance des paiements favorable. [...]

L'erreur fondamentale de cette théorie vient de ce qu'elle ignore complètement le fait que le niveau des importations et des exportations dépend principalement des prix.
Ni les importations ni les exportations ne sont entreprises par caprice ou pour le plaisir.
Elles sont entreprises pour réaliser un échange avantageux, c'est-à-dire pour gagner de l'argent sur la différence de prix de chaque côté.
Importations et exportations ont donc lieu jusqu'à ce que la différence de prix disparaisse.


La doctrine de l'explication des taux de change par la balance des paiements ne s'aperçoit absolument pas de la signification des prix dans le mouvement international des biens.

Elle part de manière erronée de l'acte de paiement au lieu de partir de la transaction commerciale elle-même.
C'est une retombée de la théorie pseudo-légale de la monnaie — théorie qui a eu les conséquences les plus cruelles pour la science allemande.

Cette théorie considère la monnaie uniquement comme un moyen de paiement, et non comme un moyen d'échange généralisé.

Lorsqu'il se décide à effectuer une transaction commerciale, un marchand n'ignore pas les coûts d'obtention des devises étrangères jusqu'au moment où le paiement se réalise effectivement.
Un marchand qui se comporterait ainsi ne conserverait pas longtemps son métier.
Un marchand tient parfaitement compte du cours de la devise étrangère dans ses calculs, de même qu'il a toujours un œil sur les prix de vente.
Ainsi, qu'il se couvre contre des changements de cours futurs ou qu'il accepte de courir lui-même le risque de modifications de la valeur des devises, il prend en compte les fluctuations anticipées des cours.

La même situation prévaut mutatis mutandis pour la fréquentation touristique et pour le transport international. [...]


Il est facile de voir que nous n'avons affaire ici qu'à une nouvelle forme de la vieille théorie de la balance commerciale favorable et défavorable que soutenait l'École mercantiliste du XVIe au XVIIIe siècles.

C'était avant l'usage répandu des billets de banque et des autres devises bancaires.

On craignait alors qu'un pays avec une balance commerciale défavorable ne perde tout son stock de métaux précieux au profit d'autres pays.
On estimait par conséquent qu'en encourageant les exportations et en limitant les importations autant que possible, un pays pouvait prendre des précautions pour éviter cette situation.

Par la suite, on développa l'idée que ce n'était pas la seule balance commerciale qui comptait, qu'elle n'était qu'un facteur contribuant à la balance des paiements et qu'il fallait tenir compte de la totalité de cette dernière.
Il en résulta une réorganisation partielle de la théorie.

Mais son principe de base — à savoir que si un gouvernement ne contrôlait pas les rapports commerciaux avec l'étranger tous ses métaux précieux pourraient partir pour l'étranger — persista jusqu'à ce qu'il fut finalement vaincu par la critique percutante de l'économie classique.


La balance des paiements d'un pays n'est rien d'autre que la somme des balance des paiements de toutes ses entreprises individuelles.

L'essence de chaque balance est d'avoir un débit et un crédit équilibré.
Si l'on compare les entrées créditrices et les entrées débitrices d'une entreprise, les totaux des deux colonnes doivent être en équilibre.
La situation ne peut pas être différente dans le cas de la balance des pays du pays tout entier.
Dans ce cas aussi les totaux doivent toujours être en équilibre.

Cet équilibre, qui doit nécessairement prévaloir parce que les biens sont échangés — et non donnés — au cours d'une transaction commerciale, ne vient pas au monde en entreprenant tout d'abord des opérations d'exportation et d'importation, sans s'occuper des moyens de paiement, puis en ajustant ensuite la balance monétaire.

Au contraire, la monnaie occupe précisément la même position quand il s'agit d'effectuer une transaction que les autres biens échangés. La monnaie peut même être la raison habituelle de faire des échanges.

Dans une société où les transactions commerciales sont des transactions monétaires, toute entreprise individuelle doit toujours prendre soin d'avoir à portée de main une certaine quantité de monnaie.
Elle ne peut pas se permettre de voir ses encaisses tomber en deçà d'un certain montant considéré comme nécessaire pour mener ses transactions.

Inversement, une entreprise n'acceptera pas de voir ses réserves de liquidités dépasser le montant nécessaire car accepter que cette quantité de monnaie reste stérile conduirait à perdre des intérêts.

Si elle a trop peu de monnaie, elle doit réduire ses achats ou vendre certains articles.
Si elle en a trop, elle doit acheter des biens.

Pour les buts qui nous concernent ici, il importe peu de savoir si l'entreprise achète des biens de production ou de consommation.

De la même manière, tout individu veille à ne pas être sans argent.
Comme chacun s'occupe de ses propres intérêts à ce sujet, il est impossible que le libre jeu des forces du marché cause une fuite de toute la monnaie hors d'une ville, d'une province ou de tout un pays.

Le gouvernement n'a pas plus besoin de s'occuper de ce problème que la ville de Vienne n'a besoin de se soucier de la perte de ses réserves monétaires vers la campagne environnante.

Le gouvernement n'a pas non plus à se préoccuper — en supposant l'existence d'un étalon constitué par un métal précieux (la monnaie purement métallique de la Currency School anglaise) — de la possibilité que toutes les réserves de métaux précieux ne sortent du pays.

Par conséquent, si nous avions un étalon-or pur, le gouvernement n'aurait pas besoin de se sentir le moins du monde concerné par la balance des paiements.
Il pourrait tranquillement laisser au marché la responsabilité d'assurer le maintien d'une quantité d'or suffisante dans le pays.
Sous l'influence des forces du libre-échange, les métaux précieux ne quitteraient le pays que si un surplus était disponible et ils reviendraient s'ils n'y en avait pas assez de disponible, de la même façon que tous les autres biens sont importés s'il en manque et sont exportés s'ils sont en surplus.

Nous voyons ainsi que l'or est constamment transféré des pays qui en produisent beaucoup vers ceux où la demande d'or dépasse la quantité extraite — sans que la moindre action gouvernementale ne soit nécessaire pour que cela se produise. [...]

On pourrait néanmoins se demander si l'Histoire n'offre pas de nombreux exemples de pays dont la monnaie métallique (or et argent) est partie vers l'étranger ?
Les pièces d'or n'ont-elles pas disparu du marché en Allemagne très récemment ?
Les pièces d'argent ne disparaissent-elles pas ici même, en Autriche ?
Ces exemples ne sont-ils pas clairement en contradiction avec l'affirmation selon laquelle le commerce maintient spontanément les réserves monétaires ?
N'est-ce pas là la preuve que l'État a besoin d'intervenir dans la balance des paiements ?

Ces faits ne contredisent cependant nullement notre affirmation.
La monnaie ne part pas parce que la balance des paiements est défavorable et parce que l'État n'est pas intervenu.

Au contraire la monnaie s'en va précisément parce que l'État est intervenu et que ses interventions ont entraîné le phénomène décrit par la célèbre loi de Gresham.
C'est le gouvernement lui-même qui a conduit à la ruine de la monnaie par les mesures qu'il a prises.
Et il essaie ensuite en vain, par d'autres mesures, de restaurer la monnaie qu'il a ruiné.

La disparition de la monnaie-or du commerce vient du fait que l'État rend équivalente, du point de vue du pouvoir d'achat légal, une monnaie possédant une valeur moindre et une monnaie ayant une valeur plus grande.

Si le gouvernement introduit dans le commerce de grandes quantités de billets de banque non convertibles, cela doit conduire à une dépréciation monétaire. La valeur de l'unité monétaire baisse.
Cette dépréciation de la valeur ne peut cependant concerner que les billets non convertibles.
La monnaie d'or conserve toute, ou presque toute, sa valeur sur le plan international.

Mais comme l'État — et son pouvoir de faire usage de la force de la loi — déclare que les billets de valeur moindre ont un pouvoir d'achat équivalent à la monnaie-or de valeur plus importante et interdit d'échanger la monnaie d'or contre des billets de papier à des taux plus élevés, les pièces d'or doivent disparaître du marché.
Elles peuvent disparaître à l'étranger.
Elles peuvent être fondues pour être utilisées par l'industrie nationale.
Ou elles peuvent être thésaurisées.

C'est le phénomène où la mauvaise monnaie chasse la bonne, observé il y a fort longtemps par Aristophane et que l'on appelle loi de Gresham.

Aucune intervention spéciale du gouvernement n'est nécessaire pour retenir les métaux précieux en circulation au sein d'un pays.
Il suffit à l'État de renoncer à toute tentative de soulager ses difficultés financières en ayant recours à la planche à billet.

Pour soutenir la monnaie il ne faut pas faire plus que cela.
Et il suffit de le faire pour atteindre cet objectif.

Tous les ordres et toutes les interdictions, toutes les mesures limitant les transactions commerciales avec l'étranger, etc. sont totalement vaines et inutiles.

Si nous avions un étalon-or pur, les mesures destinées à éviter une fuite de l'or hors du pays à la suite d'une balance défavorable des paiements seraient complètement superflues.
Celui qui n'a pas de monnaie pour acheter à l'étranger parce qu'il n'a ni exporté de biens ni rendu de service à l'étranger, ne pourra acheter à l'extérieur que si des étrangers lui font crédit.
Ses achats à l'étranger ne perturberont alors en aucune façon la stabilité de la monnaie nationale. [...] » (Mises, 1919)

Source : Hervé Dequengo


L'explication que donnait Mises de l'influence des taux de change sur les balances des paiements est toujours valable aujourd'hui même si le système monétaire international n'est plus le même.

C'est ainsi que tant l'évolution du prix du dollar en euro que celle du prix du dollar en yuan renminbi ont des influences sur les balances des paiements et les expliquent en grande partie.

La baisse du prix de l'euro en dollar – l'appréciation de l'euro -est favorable aux balances des paiements des pays de l'euro pour autant qu'il soit justifié de parler de telles balances des paiements et de voir dans un excédent une évolution favorable.
La hausse du prix de l'euro est défavorable pour autant qu'il soit justifié de voir dans un excédent en réduction ou un déficit en augmentation une évolution défavorable.

La baisse du prix du dollar en yuan renminbi – l'appréciation du yuan - est favorable à la balance des paiements des USA et défavorable à la balance chinoise.
La hausse du prix du dollar lui est défavorable à la balance des USA et favorable à la balance chinoise.


IV. Yuan renminbi, dollar et euro : un triangle infernal ?

IV.A. Quels sont les faits récents ?

Alors que le yuan renminbi s'est fortement déprécié par rapport au dollar de 1980 à 1999 (cf. figure 10), depuis 1999, il s'est peu apprécié par rapport à lui mais de façon continue (cf. addendum ci-dessous).


                                Figure 10

             Prix du dollar en yuan renminbi

                   (1980 - janvier 2011)
                  (données mensuelles)



Pour sa part, à ce jour, l'euro s'est lui aussi peu apprécié par rapport au dollar depuis qu'il a été construit (1999), mais a connu des variations pour le moins heurtées (figure 11)


                                             Figure 11.

                                 Prix du dollar en euro

                                  (1999- janvier 2011)
                                  (données mensuelles)



Ces appréciations modestes de l'euro et du yuan ne sauraient avoir influencé fortement les balances des paiements nationales et, en particulier, contribué à défavoriser celles des pays de l'euro ou de la Chine populaire ou favoriser celle des Etats-Unis.


IV.B. Marché ou réglementation étatique arbitraire.

Il reste que l'appréciation modeste de l'euro est la conséquence du processus de marché alors que, jusqu'à présent, l'appréciation modeste du yuan est le résultat d'accords des gouvernements américain et chinois.

Les appréciations ne sont donc pas de même nature.

Pour cette raison, les deux évolutions ne sont pas comparables en toute rigueur.


IV.C. Quid de l'euro en dollar ?

A coup sûr, l'appréciation modeste de l'euro – ou, si on préfère, la dépréciation modeste du dollar - n'a pas contribué à nuire aux exportations de biens et services et à la balance commerciale allemande comme certains voudraient faire croire qu'elle y a procédé dans le cas de la France.

Le décrochage des exportations françaises de biens et services par rapport aux exportations allemandes et la tendance du solde de la balance commerciale française opposée à celle du solde de la balance allemande ont des causes à rechercher ailleurs que dans l'évolution du prix de l'euro.

Mais ces causes, débusquées ou sur le point de l'être, pourraient bien être des éléments précurseurs de l'abandon politique prochain de la monnaie politique qu'est l'euro  .



Addendum
Pour l'actualité importante de l'euro, se reporter à ma page facebook.




Addendum du 18 février 2011.

Selon Bloomberg et Scott Lanman.

"Bernanke Reiterates Criticism of China Policy to Keep Yuan Low"

Federal Reserve Chairman Ben S. Bernanke reiterated his criticism of China’s limits on the yuan, saying countries with large trade surpluses should let their currencies appreciate to aid the global economy.
“The maintenance of undervalued currencies by some countries has contributed to a pattern of global spending that is unbalanced and unsustainable,” Bernanke said without identifying China in a speech today in Paris. Those countries “will need to allow their exchange rates to better reflect market fundamentals and increase their efforts to substitute domestic demand for exports.”

The changes would help address what Bernanke called a “collective challenge” to “reshape the international monetary system.” While trying to deflect criticism from officials in China and Brazil over the Fed’s record stimulus, Bernanke in the speech cited “concerns” that monetary easing in advanced economies is fueling capital flows to emerging markets, spurring inflation and causing asset-price bubbles.

Bernanke balanced his China criticism by saying that countries with big trade deficits should aim to increase saving, “including putting fiscal policies on a more sustainable trajectory.” He didn’t mention the U.S. or European nations.

The Fed chief spoke at a panel discussion with other central bankers hosted by the Bank of France. Paris is hosting the Group of 20 meetings of central bankers and finance ministers this weekend.

1. Economic Outlook

Bernanke, 57, didn’t discuss the outlook for the U.S. economy and monetary policy. The Federal Open Market Committee last month affirmed plans to buy $600 billion of Treasuries through June even as policy makers raised their projections for U.S. growth this year. Bernanke is seeking to reduce 9 percent unemployment by bringing about a “sustained period of stronger job creation,” he said Feb. 3.

In an accompanying 38-page research paper, the first he’s written since becoming chairman in 2006, Bernanke and three Fed staff economists present evidence that demand from abroad for safe U.S. securities helped fuel America’s housing bubble last decade through the creation of AAA-rated securities tied to risky mortgages.
“To be clear, in no way do our findings assign the ultimate causality for the housing boom and bust to factors outside the United States,” the paper said. “However, an examination of how changes in the pattern of international capital flows affected yields on U.S. assets is important for understanding the origins and dynamics of the crisis.”

2. ‘More Balanced Growth’

Responding to a question after his speech, Bernanke said governments around the world “need to talk more about coordination of monetary and fiscal policy both in the short run and the long run to allow for a more balanced growth path.” He cited a situation where demand isn’t “optimally allocated” worldwide.

The comments were part of a panel discussion featuring central bankers representing the world’s largest economies after the U.S.: People’s Bank of China Governor Zhou Xiaochuan, Bank of Japan Governor Masaaki Shirakawa, European Central Bank President Jean-Claude Trichet and Bank of England Governor Mervyn King.

In comments published today in the Bank of France’s Financial Stability Review, Zhou said “over-concentration of foreign assets in one particular currency may bring about undesired consequences.”

3. ‘Reforming’ System

So in addition to improving regulation and rationalizing savings allocation, the G-20 “should move forward in reforming the international monetary system,” Zhou said.

Today’s remarks from Bernanke are similar to a November speech in Frankfurt, where he said countries that undervalue their currencies may eventually inhibit growth around the world and risk financial instability at home. While Bernanke also didn’t identify China in that speech, he took aim at “large, systemically important countries with persistent current-account surpluses.”

China has limited the yuan’s appreciation to promote exports that helped the country surpass Japan to become the world’s second-largest economy last year. China’s economy expanded 9.8 percent in the fourth quarter of 2010 from a year earlier.

In today’s comments, Bernanke said higher global commodity prices have resulted “significantly” from increased demand in emerging markets. Countries that allow their currencies to float freely “have seen their competitiveness erode relative to countries that have intervened more aggressively in foreign exchange markets,” he said.

4. Higher Returns

Capital flows to emerging markets are being driven by expectations of faster growth and higher returns, and flows “are not out of line with longer-term trends,” he said.
Policy makers in those countries have currency and policy tools they can use to manage their economies, Bernanke said, reiterating his rejection of the idea that the Fed is causing difficulties in financial markets in emerging-market countries.

Bernanke published several papers while serving as a Fed governor from 2002 to 2005. He wrote or co-wrote more than 40 research articles during his career as a monetary-policy scholar and economic historian at institutions including Princeton University.



Addendum.

Chiffres des exportations et des importations des pays de l'Union européenne pour les années 2009 et 2010 au 11 mars 2011 : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/6-18032011-AP/FR/6-18032011-AP-FR.PDF

En résumé :

En ce qui concerne le commerce total des États membres,
l’Allemagne (+152,4 mrds d’euros en 2010) a affiché le plus fort excédent, suivie de
l'Irlande (+43,4 mrds),
les Pays-Bas (+42,3 mrds) et
la Belgique (+16,4 mrds).

Le Royaume-Uni (-115,5 mrds) a accusé le plus fort déficit, suivi de
la France (-64,1 mrds),
l’Espagne (-51,8 mrds),
l'Italie (-27,3 mrds),
la Grèce (-22,4 mrds),
Portugal (-20,0 mrds) et
la Pologne (-13,5 mrds).




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