Paris, le 23 février 2012.




1. Le système monétaire international au XXème siècle.

Il est remarquable qu'au XXème siècle, en matière monétaire, les hommes de l'Etat soient parvenus à s'entendre pour réformer en profondeur un système monétaire international (cf. par exemple ce billet) qui ne leur devait rien ou presque, i.e. pour modifier les règles juridiques, tant internationales que nationales, qui étaient héritées principalement et qui mélangeaient en fait droit et législation (par allusion au livre essentiel de F. von Hayek, Droit, législation et liberté).

Quatre grands moments sont à signaler à cause de leurs effets que nous vivons:
- l'échangeabilité internationale des monnaies à certaines conditions (conférence de Gênes, 1922, cf. ce billet),
- décennie 1930,  l'interdiction de la convertibilité intérieure des billets et des dépôts (substituts de monnaie bancaires) en monnaie or: les substituts de monnaie bancaires des particuliers et entreprises deviennent substituts de rien (cf. par exemple ce billet),
- 1971-1973, l'interdiction de la convertibilité extérieure (cf. ce billet),
- à partir de 1999, l'abandon des monnaies nationales étatiques d'un certain nombre pays de l'Europe au profit d'une monnaie régionale bureaucratique dénommée « euro », créée pour l'occasion (cf. ce billet).

Etant donnés les effets des réformes qu'ils prévoyaient, un petit nombre d'économistes s'étaient opposés à celles-ci (en particulier, J. Rueff ou F. von Hayek).

Une majorité s'en est satisfaite, plus pour de mauvaises raisons que pour des bonnes, et tout cela a amené à la situation qu'on connaît aujourd'hui.


2. Droit et économie.

L'une des grandes mauvaises mérite d'être soulignée tant elle est dévastatrice sans qu'on y prenne garde et qu'on en parle.

Au début du XXème siècle, des économistes avaient exprimé un voeu latent de beaucoup de gens, celui de faire en sorte que le corpus de leur doctrine soit sans relation avec le droit et, de fait, avec la logique juridique que celui-ci recouvre.
A leurs yeux, l'économie politique ressemblerait alors et enfin à d'autres sciences et serait donc une science -... économique- indiscutable...
Par exemple :

"L'Économie simple comporterait l'examen exclusif des phénomènes directs.
Elle se proposerait d'approfondir les notions économiques de besoin, de bien, de jugement économique, d'acte, de méthode, ainsi que de déterminer la structure essentielle des phénomènes du processus simple.
Elle se placerait en dehors de toute contingence, en particulier de toute législation;
elle ignorerait le droit,
elle ne connaîtrait d'autre accumulation de biens que l'approvisionnement indispensable à la préparation des entreprises économiques ou à la subsistance des individus, lorsque l'effort leur devient impossible.
En un mot, elle dégagerait l'essence économique des choses de tout ce qui la recouvre et la dissimule dans l'existence réelle.
[...]
ce que l'on réclame précisément, c'est une Science
- qui envisagerait, du point de vue le plus général et le plus universel, les problèmes strictement économiques inhérents à la nature même de l'homme et
aux conditions permanentes de sa vie terrestre ;
- qui les poserait avec précision et clarté et les résoudrait en principe, abstraction faite de toute forme politique et de toute organisation sociale ou juridique particulières,
- qui mettrait en évidence les difficultés constantes à vaincre ainsi que
les méthodes à employer et les erreurs à fuir pour s'en rendre maître;
guide sûr, parfaitement instruit de l'orientation et des obstacles de la roule, capable de rendre mieux assurée et moins périlleuse la marche de l'humanité vers le progrès.
[...]
quel qu'en soit l'intérêt incontestable et quelle qu'en puisse être la portée,
l'hédonisme mathématique ou psychologique ne paraît pas avoir opéré la refonte attendue de l'Economie politique d'où sortirait une Science
- dominant la contingence des faits, des institutions et des tendances,
- s'imposant à tous les esprits et
- tirant de là clarté même de ses principes et de la certitude de ses solutions une autorité définitive."

Je vous fais grâce du nom de l'auteur des lignes.

2.A. Economie et mécanique.

En vérité, la démarche avait déjà fait florès dans le passé mais avec l'aide des principes de la mécanique classique qui étaient appliqués et en dénaturant ou déformant des notions essentielles à connotations juridiques.

Ainsi en lieu et place du « marché conclu », de l'accord des volontés des parties à un échange synallagmatique, on parlait :
- de « la main invisible »,
- du « mécanisme de marché » donnant lieu à l'égalité des quantités offertes et des quantités demandées de biens et
- de l'« équilibre des forces » – antagonistes... – du marché ou des marchés,
tout cela recouvrant d'autres logiques que la logique juridique à quoi on ne prenait pas garde – sinon à celle de la « loi de l'économie » … appliquée à l'action de... la Nature par les mécaniciens, mais nos économistes semblaient l'oublier -.

2.B. Economie et chimie.

Soit dit en passant, il ne faut pas oublier l'aide de la chimie à quoi, par exemple Jacques Rueff fera appel au début de ses travaux (avec la loi de Le Chatelier Van't Hoff, cf. ce billet) et qui fournit des mots comme, par exemple, celui de "liquidité"!

2.C. Economie et mathématique.

La démarche va faire florès au XXème siècle avec l'aide de diverses mathématiques, nouvelles ou plus anciennes, qu'ils allaient appliquer, de la simple arithmétique à la topologie et autre "théorie des catastrophes", en passant par le calcul des variations et l'optimisation sous liaisons, tout cela recouvrant des logiques discutables dont on laisse de côté la discussion.

Soit dit en passant, la théorie des catastrophes est le nom donné à une théorie mathématique qui est choisie et appliquée par des économistes dans leur domaine de prédilection.
Elle n'est pas à confondre avec le résultat à quoi elle les conduits ainsi que ceux qui les écoutent et en déduisent de nouvelles réglementations, c'est-à-dire la catastrophe.

2.D. L'alliance objective.

Cette mise à l'écart du droit - et de la logique qu'il recouvre- réunissait ainsi autant des économistes d'idéologie socialiste qui rêvaient de légiférer et de tout réglementer que des « déçus » en définitive d'autres sciences qui voulaient appliquer la - seule - méthode qu'ils connaissaient à l'économie politique pour la faire devenir "science économique".
Qu'il y eut réforme en matière monétaire n'était donc pas déterminant.

Et c'est ainsi que nos économistes en arriveront à confondre dans leurs "modèles", des "prix fixés par la concurrence" et des "prix fixés par les hommes de l'Etat".

Et le discours économique dominant et officiel de cette inspiration n'est jamais sorti de cette destruction de la pensée économique.

2.E. Et la monnaie, dans tout çà...

Curieusement, les mêmes et d'autres n'attachaient pas plus d'intérêt à ce qui était dénommé « monnaie » qu'au droit, ils mettaient la monnaie à l'écart comme si elle empêchait de tourner en rond.
Leur corpus doctrinal était ce qu'on dénommait alors "théorie de la valeur" par opposition à la "théorie de la monnaie".  La théorie de la valeur est devenue aujourd'hui "théorie de l'équilibre économique générale".

A l'opposé, pour d'autres encore, la monnaie était très importante et elle était prise comme point de départ.
Mais en vérité, la démarche était biaisée : il s'agissait d'étudier seulement les effets économiques que pouvaient avoir les variations de la quantité de monnaie comme s'il se fût agit d'une "masse inerte"...


3. Réforme et comptabilité monétaire ou bancaire invariable.

Autre phénomène remarquable du XXème siècle, les réformes monétaires nationales et internationales  n'ont pas eu pour effet d'amener ceux qui les mettaient en oeuvre à modifier la comptabilité des opérations monétaires et bancaires comme si elles n'avaient pas d'effet sur celle-ci.

Pourtant la réglementation a eu en particulier le double effet suivant:
primo, l'interdiction de la convertibilité des billets et des dépôts bancaires - « substituts de monnaie bancaires » - en monnaie or a fait qu'ils sont devenus "substituts de rien" bancaires, "néant habillé en monnaie"...,
secundo, elle a conduit, en particulier, à faire passer pour « monnaie » les substituts désormais … de rien bancaires, donnant lieu ainsi à une « rhétorique de la comptabilité monétaire réglementée »  qui a consisté, pour certains économistes, à définir ce qu'ils dénommaient "monnaie" par les billets et les dépôts bancaires à quoi ils ajoutaient la "monnaie divisionnaire", les "pièces de monnaie" ...

On est tenté de penser que ce second effet de l’interdiction s'est fait jour car, au fur et à mesure qu'elle se constituait, la rhétorique de la comptabilité monétaire réglementée invariable était estimée se combiner « harmonieusement » à la rhétorique ordinaire de ce qu'on dénommait "monnaie" - "argent" en France...-.

Le mot « convertibilité » a disparu du langage quand il n'a pas été dénaturé et identifié à « échangeabilité ».

Le mot « liquidité » a évolué pour en arriver à désigner
soit ce qu'il serait convenu désormais de dénommer « monnaie » (les substituts de rien bancaires ou les pièces de monnaie),
soit des créances privilégiées par les hommes de l'Etat (par exemple, leurs créances, les fameuses "dettes souveraines") jusqu'au jour où...

Le mot « solvabilité » est jusqu'à présent resté à l'écart des manipulations voyantes même s'il a donné lieu, entre autres, à une expérience regrettable, celle des « subprimes » (cf. ce billet).

Bref, en interdisant la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or, les législateurs ont coupé ce qu'on dénommait "monnaie" de ses racines, à savoir les règles de droit, l'action d'échange et le coût de l'échange
(cf. ci-dessous l'explication) et ils ont instauré à la place une ignorance de la monnaie ou une méfiance justifiée générale dont on parle peu qui ont été renforcées par l'invariabilité de la comptabilité.


4. Macroéconomie et comptabilité nationale.

Rétrospectivement, on peut dire qu'il n'y avait plus qu'un pas à franchir par certains économistes pour couper définitivement, en théorie et en pratique, le cordon entre le droit et sa logique qui présidaient à la comptabilité en général, et la comptabilité elle-même et pour en créer un de sens contraire, purement factice.

Les tout nouveaux « macro économistes » s'en sont chargés et, inversant la causalité, leur cadre théorique a été la source des « comptabilités nationales » qui ont fleuri au milieu du XXème siècle, qui ont été construites en grande partie par des statisticiens et qui n'ont de comptabilité que la dénomination (cf. ce merveilleux texte de Desrosières, 2003).

Une preuve de la coupure et du vide conséquent est aujourd'hui que ces comptabilités varient, chacune, d'un pays à l'autre, avec le monopole d'Etat qui l'établit (en France, c'est l'I.N.S.E.E. créé en 1946), et que dans le cadre de l'Union européenne, un monopole particulier, Eurostat, a été créé pour « harmoniser » les comptabilités nationales des pays.

Soit dit en passant, quid des comptabilités publiques qui, elles aussi, varient, chacune, d'un Etat à un autre... et sont insérées dans les comptabilités nationales?
 ... Pour ne pas parler du cas particulier de la France où il y a une comptabilité budgétaire de l'Etat et une comptabilité différente et séparée du para Etat qu'est l'organisation de la sécurité sociale obligatoire...

Une chose est certaine : si, fondamentalement, ce qu'on dénomme "monnaie" n'était pas en définitive un processus de connaissance, jamais toutes les réglementations prises au XXème siècle n'auraient eu de lendemain.

Et la monnaie dénommée "euro" aura un lendemain.


5. La monnaie dénommée "euro".

5.A. Des questions oubliées en théorie.

Mais à toute chose malheur est bon, et la monnaie dénommée « euro » fait apparaître en définitive, progressivement, toutes les grandes questions que devrait soulever en théorie ce qu'est ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui et qu'il ne soulève pas.

Force est de constater qu'une partie d'entre elles seulement s'avèrent retenir l'attention des économistes du domaine et traitées comme si le domaine était verrouillé par ...on ne sait quoi.
Beaucoup, comme celle anodine en apparence de l'existence de la monnaie, sont laissées de côté.

5.B. Le "mécanisme européen de stabilité".

La monnaie dénommée « euro » fait aussi apparaître les problèmes à quoi sa construction n'est pas la solution crûe.
Ne devait-elle pas être la grande marche vers un Etat européen ? (cf. ce billet).

Elle atteste du fossé qui existe entre la théorie économique de la monnaie - dans l'état où la théorie se trouve aujourd'hui, peu comparable à ce qu'il était, par exemple, au début du XXème siècle - et la construction bureaucratique dont elle procède.

Dernier pierre en date de la construction : le « mécanisme européen de stabilité » voté en France, sans débat national – en dépit de l'élection présidentielle à l'horizon de mai prochain–, par les députés le 21 février 2012:

"Extrait du compte rendu du Conseil des ministres du 8 février 2012.

Le ministre d'État, ministre des affaires étrangères et européennes, a présenté deux projets de loi autorisant
- l'un la ratification de la décision du Conseil européen modifiant l'article 136 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne en ce qui concerne un mécanisme de stabilité pour les États membres dont la monnaie est l'euro, et
- l'autre la ratification du traité instituant le mécanisme européen de stabilité.

Ces deux textes s'inscrivent dans le cadre de la stratégie globale mise en oeuvre afin de préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble.
Ils permettent l'établissement d'une structure pérenne de réponse aux crises, destinée à remplacer le mécanisme provisoire du Fonds européen de stabilité financière créé en juin 2010 [cf. ce billet].

Le mécanisme européen de stabilité (M.E.S.) sera une organisation financière internationale, sise à Luxembourg.
Elle disposera d'une capacité initiale de prêt de

                            500 Mds €,

sur la base d'un capital de

                            700 Mds €

(80 Mds de capital libéré et
620 Mds € de capital appelable).

Le MES pourra recourir à une large gamme d'instruments afin de contribuer par ses interventions à la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble."

… Alors que, le jour même, une réunion avait lieu à Bruxelles pour venir en aide à la Grèce (cf. ce billet du quotidien  Les Echos).

Comme son nom l'indique, la nouvelle pierre est voulue d'ordre mécanique !
On est donc dans l'économie réduite à la mécanique, en vérité, à la magie...

Nos bureaucrates impénitents se gardent de faire appel au droit -et à la logique qu'il recouvre-, par ignorance ou par volonté aveugle, pour résoudre les problèmes à quoi ils estiment que l'euro est confronté... sans se rendre compte ou vouloir admettre que l'euro est le problème (cf. par exemple ce billet)

Restent que l'économie n'est pas une mécanique et que parler de mécanisme, fût-ce "...européen de stabilité" n'est pas qu'une "façon de parler" et n'est pas simplement de la rhétorique au mauvais sens du mot, ce sont d'abord de l'ignorance ou des idées fausses.

Le « M.E.S. » est une singerie de plus, d'esprit profondément enraciné, qui, loin de faire comprendre quoi que ce soit aux gens en matière de monnaie « euro », est destinée davantage à leur faire croire qu'ils vivent dans un monde mécanique, magique.
Un indicateur en est que l'expression même de « mécanisme européen de stabilité » n'est pas trop utilisée, seul revient dans le discours ou l'écriture son acronyme « M.E.S. »...


6. La question de l'existence de la monnaie.

Bref, traditionnellement, en matière de monnaie, il est question de tout sauf de l'essentiel, à savoir la question de l'existence de la monnaie.

Parce que la monnaie existe sous des formes et en quantités, et quoique formes et quantités suscitent des controverses, on saute les étapes de l'explication quand on les a en tête..., et on identifie "monnaie" et "quantité de monnaie", on dit "monnaie" - "argent" en France... - et on pense "quantité de monnaie". Et Milton Friedman et ses amis "monétaristes" ont contribué à ce biais.

Certes, hier, jusqu'au début du XXème siècle, on confondait « valeur » et « quantité » de la monnaie, puis on a distingué « quantité de monnaie » et « valeur de la monnaie » (la valeur de la monnaie étant son pouvoir d'achat intérieur ou extérieur).
Et, aujourd'hui, il y a toujours le débat sur l' "utilité marginale de la monnaie".

Mais il y a aussi le propos humoristique de Milton Friedman, dans la décennie 1960, qui devrait mettre sur la réserve, au terme de quoi on s'intéresse à la monnaie plutôt qu'à des épingles car les prix sont en monnaie.

En vérité, il conviendrait d'abord de distinguer la question de l'« existence de la monnaie » et la question de l'« existence de la monnaie sous telle ou telle forme et en telle ou telle quantité » avant d'envisager les questions relatives à la quantité de monnaie.

Seuls à ma connaissance, les économistes dits « autrichiens » ont posé la question et y ont répondu.
Mais ils n'ont pas introduit de concept particulier pour y parvenir, ils ont recouru à une rhétorique qu'on peut considérer « malheureuse », celle de la vendabilité d'un bien, de l'acceptabilité, voire des fonctions de la monnaie, ou du pouvoir d'achat...
Même L. von Mises fait référence à la fonction de "moyen d'échange".


7. Le concept de "coût de l'échange".

Pour être précis et rigoureux, il conviendrait d'introduire le concept de « coût de l'action d'échange synallagmatique présent » de l'être humain – en bref, le « coût de l'échange » - et de mettre en relation ce coût et la monnaie, ce qu'on dénomme "monnaie" (C.Q.D.M.).

La condition d'existence de la C.Q.D.M. est le coût de l'échange. C.Q.D.M. diminue le coût de l'échange.
Si le coût de l'échange était nul, C.Q.D.M.  n'existerait pas.
C.Q.D.M. a diminué le coût de l'échange, mais pas à zéro, il y a un "coût résiduel".

Soit dit en passant, en diminuant le coût de l'échange, C.Q.D.M. rend échangeable, "marchand", des biens en propriété.
Il rend des échanges réalisables.
Il fait disparaître des obstacles ou des barrières à l'échange.
Ce sont trois façons de dire la même chose avec des mots différents chargés d'hypothèses implicites.

Et le coût de l'échange, a fortiori le coût de l'échange résiduel, ne sont pas à confondre avec le ... coût de production de la monnaie sur quoi on a tendance à insister.

Bien sûr, en théorie, « pour simplifier », l'économiste peut supposer qu'il y a monnaie et que le coût de l'échange est nul...
Cela suppose implicitement qu'il se situe dans l'état limite où C.Q.D.M. a diminué à zéro le coût de l'échange.
Et cette hypothèse implique que le coût de production de la monnaie soit nul...
Mais peut-on ériger une théorie à partir d'un cas limite ?

Bien évidemment, le concept de "coût de l'échange" n'est pas à confondre avec le concept de  « coût de transaction » cher, depuis la décennie 1960, aux économistes néoclassiques ou des institutions... qui laissent de côté l'axiome de l'action humaine.


8. Conséquence de l'ignorance.

Quand ils ne reconnaissent pas le concept de "coût de l'échange" et tout ce qu'il recouvre, les économistes malmènent la relation de causalité entre les actes d'échange de biens en propriété des gens et la quantité de monnaie.

Ils méconnaissent que l'existence de la monnaie a pour cause le coût de l'acte d'échange synallagmatique présent ou instantané et rien d'autre.

Ainsi démunis par leur faute, ils cherchent une échappatoire.  Et ils croient la trouver dans divers stratagèmes.

Par exemple, ils mettent au premier plan de leurs propos des relations de diverses natures où intervient une quantité de monnaie.

La grande relation de ce genre lie la quantité de monnaie et des agrégats de comptabilité nationale ou autres, elle est que les variations de la quantité de monnaie auraient des effets sur les revenus nominal et réel, l'activité, l'emploi dans certaines conditions.

Faut-il y insister ?
Il y a deux raisons principales intimement liées à ce grand écart: la rhétorique « au mauvais sens du mot » et la comptabilité réglementée des opérations monétaires.

Parler de « vendabilité », « pouvoir d'achat », « liquidité », « fonctions de la monnaie » – « moyen d'échange » ou autres – comme c'est l'habitude en matière monétaire, c'est faire de la rhétorique, ce n'est pas expliquer, faute de concept, c'est même, le cas échéant, créer des problèmes.
Et les économistes dits "autrichiens" n'y échappent pas. 
Même Ludwig von Mises considérait la fonction de "moyen d'échange" de la monnaie oubliant que seul l'être humain a la capacité d'avoir des fonctions, aspects de son action.

Ce biais s'ajoute à celui qui consiste à "définir" la monnaie à partir de  la comptabilité monétaire ou bancaire réglementée et contribue à ce que les gens ne comprennent rien à ce qu'on dénomme "monnaie".

Autre échappatoire : ils voient d'un bon oeil que les hommes de l'Etat accaparent C.Q.D.M. et qu'ils pondent des réglementations en relation.


9. La prétendue relation entre la monnaie dénommée "euro" et les budgets des Etats.

Dès lors qu'on fait abstraction du droit, de l'acte d'échange synallagmatique et du coût de l'échange, C.Q.D.M. ne peut que devenir magique et être l'objet de manipulations de la part des hommes de l'Etat, ceux dont a contrario la théorie économique dominante prend en considération l'action sous le nom de "politique" (cf. ce billet), et la suppose sans coût...

Dernière grande manipulation en date, il existerait une relation entre la monnaie dénommée "euro" et les budgets des Etats des pays de la zone éponyme et il faut que les hommes de l'Etat pondent de nouvelles réglementations pour la gérer.

Il existe certes une relation entre la quantité de monnaie, la banque centrale et l'Etat d'un même pays dès lors que la banque centrale a reçu du législateur l'obligation  d'acheter les créances de l'Etat qui financent son déficit budgétaire.
Et cette relation conduit, entre autres, aux prix de la monnaie en monnaies étrangères, i.e. aux taux de change.

Dès lors que la banque centrale n'a pas cette obligation, la relation n'a pas lieu d'être.

C'est donc la réglementation en rupture avec le droit qui crée la relation et rien d'autres.
Et on sait qu'à cause de tout ce qu'elle cache, une réglementation ne peut vivre que "ce que vivent les roses"...  Songez, par exemple, à l'U.R.S.S. au XXème siècle.

Par statut, la banque centrale européenne est indépendante des Etats, elle n'a pas reçu d'obligation de financer les déficits des Etats des pays de la zone "euro".
Seul un coup d'Etat peut lui asséner cette obligation et l'obligation fera surgir la relation, un temps... et de nouvelles réglementations seront dites nécessaires pour "gérer" la relation en attendant un lendemain qui chantera...

Le moment du coup d'Etat semble survenu..., pas le lendemain qui chante:

"Rien de plus dangereux qu'une idée générale dans des cerveaux étroits et vides ;
comme ils sont vides,
elle n'y rencontre aucun savoir qui lui fasse obstacle,
comme ils sont étroits,
elle ne tarde pas à les occuper tout entiers " (H. Taine 1875)


* P.S. : pour mémoire, en américain, « MESS » c'est plus que le désordre … en français, le M.E.S. ce sera la même chose..., à commencer par celui de la pensée économique.  Certes, en américain, M.E.S., c'est E.S.M....





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