A Paris, le 6 octobre 2012.




1. Le coût d'opportunité de l'action humaine.

L'Histoire n'a pas de sens malgré ce que s'escriment à dire certains, mais l'Economie en a un : la diminution permanente des coûts d'opportunité de l'action humaine, des coûts à distinguer en particulier des dépenses comptabilisées.

Encore faut-il connaître les concepts et les reconnaître pour le comprendre.  Ce ne sont pas la théorie de l'équilibre économique général  ni la théorie macroéconomique qui y aideront.


On peut bien sûr préférer l'augmentation des profits attendus avec incertitude à la diminution des coûts d'opportunité pour caractériser le sens de l'économie, mais c'est plus restrictif.

En effet, si tout profit cache un coût d'opportunité, tout coût d'opportunité ne cache pas un profit, mais un profit ou une perte.
L'accent mis sur le profit attendu avec incertitude conduit à mettre de côté les perdants comme s'ils n'existeront pas.


2. La réglementation.

S'opposent au phénomène, lui font obstacles, l'entravent les réglementations de l'action humaine que pondent les hommes des gouvernements qui se veulent omniscients ou, à défaut, qui prétendent protéger leurs sujets... contre leurs ennemis ou contre eux-mêmes (cf. par exemple, Hayek, Droit, législation et liberté tome 1)

Soit dit en passant, il ne faut pas perdre de vue qu'une réglementation qui porte apparemment sur un objet identifié porte en réalité sur des actions humaines en rapport à cet objet.  Toute réglementation est un rationnement de la liberté d'action plus ou moins important, l'interdiction respectée ... un rationnement total.
Le cas échéant, et c'est le comble, le rationnement ne s'applique pas à ceux qui la décident ou la votent. 
Par exemple, en France, les députés et sénateurs ont choisi un système de retraite par capitalisation alors qu'ils obligent leurs sujets à avoir un système par répartition !

Action cible par excellence, l'échange synallagmatique de biens en propriété.
Sous la dénomination "prix relatif", le taux d'échange convenu par les parties contractantes tend à le faire ignorer en tant que tel.
Sous la dénomination "prix en monnaie", c'est encore pis.

Il en est ainsi car le coût d'opportunité de l'échange est ignoré.
Pourtant, si le coût est estimé trop élevé, l'échange n'aura pas lieu, les parties, au minimum, ne parviendront pas à un accord ; au maximum, elles ne se rencontreront même pas.

Autre possibilité de nature théorique, il en est ainsi car, au lieu de caractériser une cession (vente) d'un bien en propriété dans le but d'une acquisition (achat) d'un autre préféré, le taux d'échange en vient à caractériser une acquisition d'un bien dans le but d'une cession d'un autre : nous sommes dans l'inversion magistrale de la causalité si chère à certains pour qu'ils puissent atteindre leurs noirs objectifs.


La réglementation de quoi que ce soit n'est pas a priori un progrès de la connaissance, une innovation, lesquels sont irréversibles quand ils sont réalisés et concrétisent une réduction générale des coûts d'opportunité des actions humaines.

La réglementation est toujours un pis-aller.
Une preuve en est, s'il en est besoin, la diversité des réglementations d'un pays à un autre. 
Cette diversité montre qu'il n'y a pas de bonne réglementation. 
Sauf tyrannie ou machiavélisme extrême des hommes des gouvernements, si une réglementation apparaissait telle, elle serait appliquée partout dans le monde.

On sait les méfaits de la réglementation, on ne saurait prédire l'innovation et ses bienfaits.
Mais une chose est certaine : non seulement la réglementation bloque l'innovation, mais encore elle fait imputer des défauts à sa proie dont elle est la cause.


3. Monnaie d'hier et d'aujourd'hui.

Il convient, pour se sortir de ces difficultés, de mettre le doigt sur les réglementations et de se souvenir de ce qui se passait avant leur imposition. 
Procéder ainsi n'est pas faire de l'Histoire, mais être logique.
Cela permet de se remémorer la situation antérieure où l'on pourrait revenir si les réglementations en question venaient à être abrogées, toutes choses égales par ailleurs.


Ainsi, ce qu'on dénomme aujourd'hui "monnaie" a peu de choses à voir avec ce qu'on dénommait "monnaie" il y a un siècle et rien ne justifie de ne pas connaître ce qui existait alors.

Prenons le cas de la France.

Il y a un siècle (1912), l'or et l'argent circulaient dans la vie quotidienne sous forme de pièces.
1 franc était légalement égal à 322 mg d'or ou à 5g d'argent. 
Et la Banque de France qui avait le privilège de monopole d'émission de billets se faisait un plaisir de convertir à la demande, billets et dépôts sur la base de ces taux de conversion.

Dans la décennie 1930, les Français vivant en France se sont vus interdire par les politiques "aux affaires" la conversion, mais celle-ci restait possible pour les étrangers (cf. ce billet de mai 2011).

En 1969, la conversion s'établissait à 1 franc pour seulement 1,6mg d'or, mais il n'y avait plus de conversion en argent! 

Pauvre franc et pauvres Français! 
En cinquante sept ans, le pouvoir d'achat du franc en or légalement reconnu avait donc été divisé par 200. 
A titre de comparaison, entre 1812 et 1912, le pouvoir d'achat du franc en or n'avait pas varier d'un iota... 
Cherchez l'erreur.
 
En 1971-73, la conversion des monnaies en or, dont celle du franc, est officiellement interdite d'un commun accord international. 
Le monde politique fait franchir le rubicon monétaire aux peuples pour le fourvoyer dans le nominalisme désormais patent, en vérité  dans le pire des socialismes monétaires...

1999-2002, le franc est abandonné au profit de ce qu'on dénomme l'"euro" après une conversion en euro sur la base 1€ = 6,55957 F, taux de conversion injustifiable.

Pour sa part, le prix de l'once d'or en dollar est passé sur le marché du même nom, de $35 en 1969 à près de $1750 en 2012, soit une multiplication par 50 en quarante trois ans!
En d'autres termes, le pouvoir d'achat du dollar des Etats-Unis et des monnaies en rapport fixe avec celui-ci a été divisé par 50.

C'est le cas du pouvoir d'achat du machin qu'on dénomme aujourd'hui "monnaie" en France.
Et, de ce point de vue, le pouvoir d'achat du machin a été divisé par :

                                                250

entre 1912 et 2012, alors qu'il n'avait pas varié d'un iota entre 1812 et 1912.

Je pose la question : où est l'erreur ?


4. L'ignorance coercitive.

A défaut de répondre directement à cette question, je préfère répondre à la question : pourquoi le fossé ?

Premier élément de réponse : parce que l'ont creusé, d'une part, des réglementations internationales qui ont fleuri tout au long du XXè siècle (en particulier, les conférences de Gènes 1922, de Bretton Woods 1944, des années 1971-73 et débouchant sur le traité de Maastricht de la décennie 1990) et, d'autre part, des règlementations nationales (voire régionales dans le cadre de l'Union européenne) au nombre de quoi il faut mettre les politiques économiques qui ont vu le jour entre temps.

Second élément de réponse : aucun progrès, aucune innovation majeure, si ce n'est la "monnaie électronique",  n'y a contribué.
Mais cela ne doit pas étonner.
Dans sa folie destructrice, la réglementation freine l'innovation.

Contrairement à ce que certains veulent bien dire et le disaient déjà dans la décennie 1960, "on est toujours au temps de la marine à voile et de la lampe à huile", voire peut-être même, désormais, en deçà...


Rien ne justifie ces réglementations sinon une ignorance certaine de la question monétaire.

Et ces réglementations de la monnaie ne devraient pas cacher la réglementation de l'action d'échange de vous et moi.
"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" a écrit le poète, mais réglementation de la monnaie sans échange contraint évoqué est socialisme triomphant.

Ces réglementations ne sont sûrement pas justifiables par leurs effets à court et à long terme que nous vivons, sans le savoir ou sans les cerner...
Leur liste détaillée est trop longue pour seulement la commencer dans ce billet.


Sûrement pas non plus par le fait politique que leur évolution est due en grande partie à des paroles non tenues, à des engagements non respectés.
Dernier exemple en date du phénomène, le paquet de réglementations dénommé "euro" et institué à partir de 1999-2002.

Paroles non tenues et engagements non respectés par les hommes des gouvernements dès le début de la décennie 2000 les ont amenés à créer de nouvelles réglementations dont, en particulier, le F.E.S.F. ou le M.E.S., soi disant pour y remédier...

Soit dit en passant, il faudrait être sensible au fait que la réglementation tend aussi à détruire le sens des mots, à créer la confusion (comme en témoignent les mots couverture, liquidité, réserve, solvabilité, convertibilité, échangeabilité utilisés à tort et à travers...).  Ce point de l'importance de la terminologie n'est pas nouveau, il a été souligné en particulier par Ludwig von Mises.

Les théoriciens de l'offre de monnaie, par exemple, semblent dupes ou duper en n'insistant pas sur l'offre de monnaie réglementée qu'ils étudient et les réglementations qu'elle cache, mais en préférant insister sur des quantités comptabilisées on ne sait trop comment et qu'ils disent poser problème (au moins ne le disent-ils pas ... quand ils ne se placent pas hors bilan).
Qu'on le veuille ou non, "monnaie" et "monnaie réglementée" font deux, "monnaie" et "quantité de monnaie" font deux.


5. Le socialisme nouveau est arrivé.

Toutes ces réglementations tendent aussi à duper le chaland en créant des expressions.

Dernières en date :
- "quantitative easing 3" (Q.E.3) aux Etats -Unis et
- "outright monetary transaction" (O.M.T.) dans la zone euro.

Ces expressions de langue anglaise n'ayant aucune réalité car fruits de réglementations absurdes - dont vraisemblablement le respect durera ... ce que vivent les roses et à quoi ce qu'elles désignent doit porter remèdes -, il n'est pas nécessaire de les traduire en français pour leur donner un semblant de commencement de réalité...

Ce que d'ailleurs les autorités monétaires françaises ne se donnent pas toujours la peine de faire ... quand elles ne se contentent pas de parler de "Q.E.3" et de "O.M.T.".


En physique ou chimie, les expériences absurdes ont souvent des résultats désastreux, immédiats, qui vont jusqu'à la mort des prétendus savants qui les ont entreprises.

En économie, les résultats sont plus longs à être ressentis, voire à être cernés, mais ils n'en sont pas moins désastreux...


Addendum.

Brett W. Fawley and Christopher Neely: "Four Stories of Quantitative Easing", Federal Reserve Bank of St.Louis Review January /February 20.

"This article describes the circumstances of and motivations for the quantitative easing programs of the Federal Reserve, Bank of England, European Central Bank, and Bank of Japan during the recent financial crisis and recovery.

The programs initially attempted to alleviate financial market distress, but this purpose soon broadened to include achieving inflation targets, stimulating the real economy, and containing the european soveeign debt crisis.

The European Central Bank and Bank of Japan focussed their programs on direct end into banks - reflecting the bank centric structure of their financial systems—while the Federal Reserve and the Bank of England expanded their respective monetary bases by purchasing bonds." 

http://research.stlouisfed.org/publications/review/13/01/Fawley.pdf .




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