Paris, le 28 décembre 2017.




1. Analyse des échanges de marchandises.

Jusqu'au début du XXème siècle, les économistes ont cherché à expliquer les échanges de marchandises entre les gens observés, voire à prédire leur avenir.

Ils définissaient ces échanges
- comme des résultats des actes des gens plutôt que
- comme les actes eux-mêmes
et faisaient intervenir les notions d'offre et de demande de marchandises.

Les raisonnements étaient alors incertains.

Seuls régnaient,
- d'un côté, la "théorie de l'équilibre économique général" qui enveloppait l'ensemble, et,
- de l'autre, une mathématique, à savoir la "théorie des systèmes d'équations linéaires" de Gabriel Cramer, qui aidait les économistes (à en croire certains ...).

Le cas échéant, l’accent était mis sur la « théorie des prix » ou sur la « théorie du taux d’intérêt » au prix d’hypothèses mal cernées …

a. Méthodes d'échange.

Les échanges entre gens cachaient des méthodes nécessaires à leur fonctionnement, comme le "troc" (l'échange synallagmatique direct), l'échange bilatéral indirect avec monnaie ou l'"échange de marché organisé" avec offre d'une population et demande d'une autre.

Faut-il le rappeler :
- sans échange, pas besoin ou désir de méthode d'échange, en particulier pas d'intermédiaire ...
- avec échange, il y a différentes méthodes d'échange qui ont vu le jour dont celles faisant intervenir l'intermédiaire des échanges qu'est ce que Jean Baptiste Say (1815) a dénommé "monnaie".

b. Coût de l'échange.

Au départ de leur science, les économistes avaient reconnu que l'action d'échange était coûteuse (cf. Ulph et Ulph, 1975).

Mais, du fait de leurs travaux de recherche et de l 'accent qu'ils mettaient sur les résultats de l'action d'échange plutôt que sur la "loi de l'économie", ils en étaient arrivés
- à laisser de côté le coût de l'acte d'échange ou bien
- l'avaient supposé nul comme les résultats ex post des échanges qu'ils considéraient les amenaient à le faire.


2. L'analyse macro économique.

Au lendemain de la guerre de 1914-18, tout semble avoir basculé.

Les socialistes qui perçaient sous les marxistes depuis longtemps, ont fait valoir la notion d'"épargne" ou celle de "revenu" plutôt que celle de résultat d'acte d'échange de marchandises et, a fortiori, que celle de l'acte d'échange.

Et les raisonnements qu'ils en ont déduit se sont trouvés s'imposer à une majorité d'économistes et ont contribué à faire oublier le principe naturel de l'acte d'échange.

. Le magicien de Cambridge (cf. ce billet de juillet 2016).

Exemplaire de la démarche a été son héraut, J.M. Keynes, avec le succès qu'on sait, dans la décennie 1930 (cf. ce billet de février 2017), qui a préféré :
- le revenu (et l'épargne), au résultat de l'échange,
- les "motifs" supposés de l'action humaine, à l'action,
- la "liquidité" (notion de comptabilité alors extraordinaire en théorie économique,  cf. Hutt, 1956...), à la monnaie,
- la "préférence pour la liquidité", à la demande de monnaie et, par conséquent,
- une relation hypothétique entre quantité de monnaie et taux d'intérêt, plutôt que pas de relation de ce type.

Et la théorie macroéconomique a pris la place de la théorie de l'équilibre économique général en économie politique et chez les politiques.


Soit dit en passant, je m'étonnerai toujours qu'à partir de la décennie 1940, les opposants à la théorie de Keynes comme M. Friedman et les "monétaristes", se soient laissés attendrir par la démarche et aient accepté les notions de revenu (même acclimaté des qualificatifs "permanent" et "transitoire" qu'ils lui ont donnés) et d'épargne.



3. Les échanges numériques.

Ces dernières années, sont apparues de nouvelles méthodes d'échange entre les gens, à l'initiative,
- non pas des économistes,
- mais des savants de la théorie de l'information, science née au XXème siècle.

Ils ont fait apparaître qu'à l'échange jusque-là "analogique" (... des marchandises entre les gens), on pouvait juxtaposer en pratique l'échange "numérique" (avec, en particulier, des nombres représentant des marchandises ... des gens).

Et l'échange de données sur les marchandises ... en est venu à coexister avec l'échange de marchandises.

Bref, le principe naturel de l’acte d'échange entre les gens s’avère beaucoup plus fiable dans la réalité que prévu par ces économistes d'hier.

a. Réseau pair à pair.

Les économistes sont en vérité, depuis quelques années, face à un nouveau type d'échange, à savoir celui  que les informaticiens dénomment le " modèle de réseau informatique 'pair à pair' " (en anglais peer-to-peer, souvent abrégé « P2P »).


Soit dit en passant, pour traduire « peer-to-peer » en français, la recommandation officielle faite en France par la Commission générale de terminologie et de néologie est  « poste-à-poste », la commission reconnaissant cependant l'expression « pair-à-pair » comme synonyme.



L'expression "réseau pair-à-pair" désigne les machines et leur interconnexion avec un nombre défini de machines/utilisateurs à un moment donné qui sous-tendent les échanges numériques.

L'expression "système pair-à-pair" dénomme un ensemble constitué, à la fois,
- d'utilisateurs (en nombre ni forcément défini ni fixe),
- du protocole qui permet aux utilisateurs de communiquer (par exemple Gnutella, BitTorrent, CAN, etc.), et
- du fonctionnement du protocole entre les machines.

Le terme "objet" désigne ce qui est partagé dans un "système pair-à-pair" ;
le terme "nœud" désigne le logiciel qui est présent dans une machine, donc le plus souvent un utilisateur, mais aussi, éventuellement, plusieurs ; 
le logiciel est
- soit sans dispositif de chiffrement des échanges de données (réseau BitTorrent, réseau Gnutella, etc.)
- soit avec dispositif de chiffrement des échanges de données (... et dispositif dit d'anonymat).


Les termes « pair », « nœud », et « utilisateur » sont généralement utilisés pour désigner les entités composant un réseau P2P.

Le "pair-à-pair" ne s'est pas fait connaître en tant que principe, mais par les applications de l'informatique qui en ont émergé en pratique (partage de fichiers, calcul distribué, répartition des systèmes de fichiers)

b. Blockchain (cf. ce billet de novembre 2017).

A l'expérience, on se rend compte que beaucoup de ressources dépassent rarement le dialogue "révolutionnaire", "distribué" et "immuable".

Le fait est que les informaticiens dénués de connaissances économiques particulières sont allés puiser ce qu'ils disent du nouveau type d'échange, dans une théorie
- non pas d'économie politique,
- mais de "gestion"... où intervient ce qu'ils dénomment "modèle 'client-serveur'" (et où chaque client est aussi un serveur...).

L'économiste ne peut que s'étonner de leurs références à la théorie de la gestion qui tient
- autant de l'instruction donnée au lycée...
- que de l'U.R.S.S.

En effet, il y est question
- de centralisation (les connexions passant par un serveur central intermédiaire) ou
- de décentralisation (les connexions se faisant directement).
comme si l'alternative centralisation/décentralisation était un principe premier de la connaissance humaine...

Et des informaticiens n'hésitent pas à constater, dans l'évolution des technologies pair-à-pair qu'ils évoquent, une tendance à toujours plus de décentralisation. 

Qu'à cela ne tienne, ces dénominations sont d'un autre âge en économie politique et ne présentent plus guère d'intérêt scientifique.


Néanmoins, pour expliquer ce qu'ils font, ils n'hésitent pas à associer à la gestion un vocabulaire "particulier" pour ne pas dire "technique", c'est-à-dire incompréhensible par l'homme de la rue.

Beaucoup d'informaticiens parlent du "quoi", mais pas tellement du "pourquoi" et du "comment".


4. Echange et intermédiaire des échanges.

Etant donné ce nouveau type d'acte d'échange entre les gens, les économistes auraient du s'attendre à l'apparition de nouveaux intermédiaires des échanges sauf, bien sûr, à refuser qu'hier ce qu'on a dénommé "monnaie" fût une conséquence des actes d'échanges analogiques, ce qu'ils ont tendance à croire étant donné leur référence à l'offre et à la demande plutôt qu'aux actions économiques de vous et moi...

Qu'à cela ne tienne, un type d'intermédiaire des échanges autre que la "monnaie réglementée" est apparu sous le nom de "cyber monnaie" (cf. ce billet de décembre 2017) et rassemble déjà des formes différentes (Bitcoin, Ethereum, etc.).

a. Qu'est-ce qu'un échange numérique?

Comme tout échange, les échanges numériques sont des accords de paiement entre les deux parties.

Mais grande différence avec un échange analogique de marchandises entre les gens, lorsqu'il y a un "échange de valeur", un nouvel échange est "créé" pour l'enregistrer.

b. L'échange de données.

Un échange numérique se compose ainsi de quatre parties ou transactions:
- intrants /entrées - d'où provient la valeur,
- extrants/sorties - où va la valeur,
- hash - identifie de manière unique l'échange (en utilisant les entrées et les sorties).

Par exemple, disons que "A" possède 100 pièces de cybermonnaie (en Bitcoin par exemple). 
Il doit payer à "B" 5 pièces.

Il se sert de ses 100 pièces pour l'échange qui doit l'amener à 95 pièces.
Il s'attend à obtenir 94 pièces, à cause des frais de création/extraction égaux à 1 pièce.

c. Trois types de transaction.


. Transaction régulière.
- "A" a payé "B" de 5 pièces.
Les
échanges réguliers sont des échanges créés lorsqu'une partie en paie une autre.

. Transaction de frais.
- Frais d'extraction de 1 pièce pour quiconque créé/extrait l'échange ("C" dans l'exemple).

. Transaction de récompense.
- "C" "récompensé" de 100 pièces pour avoir créé un nouveau bloc .
Les " transactions de récompense" sont créées comme résultat de la recherche d'un bloc valide sur la "blockchain".

d. Egalités finales des échanges
.

- Echange final de "A" :
94 = 100 (récompense) - 5 (paiement) - 1 (frais)

- Echange final de "B" :
5 (paiement reçu de "A")

- Echange final de "C" :
101 = 100 (récompense de l'extraction d'un nouveau bloc pour l'
échange) + 1 (frais)

- Equilibre total de la cybermonnaie en circulation:
200 = 94 ("A" ) + 5 ("B" ) + 101 ("C" )

Deux blocs ont été extraits ou créés, et
chaque bloc a une transaction de récompense de 100 de sorte qu'il y a 200 pièces en circulation (cf. ce texte de décembre 2017).


5. Les nouveaux échanges et les faux remèdes.

A ma connaissance, la nouveauté de l'échange numérique qu'ont fait apparaître les informaticiens n'a pas apparemment sensibilisée beaucoup d'économistes (surtout ceux en odeur de sainteté gouvernementale).

Les économistes analysent peu les nouvelles méthodes de transaction et ne  s'intéressent guère à la nouveauté de l'échange, sauf à y appliquer sans réserve leur méthode préférée d'hier ..., à savoir celle de l'offre et de la demande, comme si elle devait s'y appliquer nécessairement.

a. La contrefaçon.

Reste que comme hier (cf. ce billet de juin 2013), survient aujourd'hui la question de la contrefaçon de la cybermonnaie, de la "ransomware", évoquée par certains, comme si les informaticiens n'y avaient pas déjà pensé (avec le routage aléatoire, les réseaux de confiance : « ami à ami » et le chiffrement des échanges).

b. Les malfaisants.

Et, comme hier, les hommes de l'état essaient d'en tirer parti aujourd'hui et d'avancer qu'eux seuls peuvent protéger les gens contre la contrefaçon
- soit en interdisant toute cybermonnaie,
- soit en étant le producteur.

Qu'à cela ne tienne, la cybermonnaie est dès à présent en concurrence avec les "monnaies réglementées" classiques, aux mains des hommes de l'état.



6. Un dernier mot (provisoire).

Ainsi, une fois de plus, à l'échelle de l'histoire..., l'amélioration des échanges entre les gens, leur perfectionnement par l'intelligence humaine, donne lieu à l'amélioration des intermédiaires des échanges entre gens, à l'amoindrissement de leurs coûts (cf. ce billet de juillet 2016).

Ce qu'une trop grande majorité d'économistes laissent de côté... confits du marxisme dans quoi ils baignent.






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