Paris, le 31 août 2013.





Comment définir ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui et que je préfère dénommer "banque/monnaie réglementée" pour rendre compte de la réalité économique dans quoi on se trouve, ce qui n'est jamais fait?

Avant de résumer le propos en quelques paragraphes, une question préliminaire s'impose:
pourquoi s'intéresser à la monnaie plutôt qu'à des épingles?


1. Pourquoi la monnaie.

A cette question qu'il se posait dans la décennie 1960, Milton Friedman avait l'habitude de répondre:
"parce que les prix sont en monnaie".

Vous vendez des biens en contrepartie de la quantité de monnaie que vous acceptez, que vous acquérez.
Vous achetez des biens en contrepartie de la quantité de monnaie dont vous pouviez disposer.

La quantité de monnaie sur quoi vous vous êtes mis d'accord avec quelqu'un d'autre cache un prix en monnaie, celui du bien ou bien celui d'un sous multiple de la quantité du bien.


Le prix en monnaie d'un bien est à distinguer du prix de la monnaie en des biens "non monnaie".
C'est, selon une théorie économique (Fisher, 1911), l'inverse mathématique du niveau des prix des biens échangés contre monnaie, pris pour l'ensemble des prix en monnaie.
Le niveau des prix étant "mesuré" statistiquement par un indice, on en déduit un indice du prix en monnaie des biens.
Soit dit en passant, les indices de prix sont une considération statistique récente (début du XXè siècle) sur quoi, en particulier des Français, se sont fait connaître.

Au lieu de s'exprimer en termes d'indices, des économistes parlent de "pouvoir d'achat de la monnaie", titre de l'ouvrage signalé de Irving Fisher - synonyme d'achats potentiels -, ou encore de "valeur" de la monnaie - comme y a incliné Ludwig von Mises qui voyait dans le pouvoir d'achat de la monnaie sa valeur-.

Malgré tout cela qui fait intervenir la quantité de monnaie en circulation, jusqu'à récemment, la monnaie avait une unité qui n'était autre que le prix en le bien "or", l'unité de monnaie était une unité de poids, une quantité unitaire.

Aujourd'hui, depuis l'instauration au XVIIIè siècle des banques qui ont complété ce qu'on dénommait alors "monnaie" et l'interdiction au XXè siècle de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or, l'unité de monnaie n'a plus de référence observable et n'a plus de signification.
Des références indirectes, mais surtout réglementaires, lui  sont données par l'intermédiaire de théories (pouvoir d'achat de la monnaie, valeur de celle-ci) et de leur mesure statistique, par exemple, à partir d'indices de prix des biens.

En d'autres termes, la monnaie en question n'est plus de la monnaie, mais un paquet de réglementations qu'on prend pour de la monnaie et qui peut s'écrouler du jour au lendemain si la confiance de chacun disparaît.
De même que, récemment, les banques ne se sont plus prêtées de la monnaie les unes aux autres un temps..., de même, à l'avenir, les gens pourraient mettre de côté la "prétendue" monnaie.

Pour sa part, par sa phrase, Friedman témoignait qu'il se moquait de ces réglementations, et il faut le regretter.
Il s'accoquinait ainsi avec ceux qui voyaient d'un bon oeil les réglementations -injustifiables et destructrices- qui avaient perclus la monnaie au XXè siècle.


2. La valeur de la "monnaie".

Le fait est que le prix de la monnaie en un bien n'est pas la valeur de celle-là.

Il y a quelques siècles d'ailleurs, la valeur de ce qu'on dénommait alors "monnaie" donnait lieu à des jugements dans ce sens.

De façon très générale, il était question, dans l'ordre, de bonne ou de mauvaise monnaie (depuis au moins Aristophane jusqu'à Thomas Gresham), de vraie ou de fausse monnaie (cf. Vilfredo Pareto), puis au XXè siècle, de monnaie saine ou malsaine, de monnaie forte ou faible.

Et J.M. Keynes (1936) de mettre son grain de sel à l'occasion en se référant aux deux valeurs que J. Locke donnait, en 1692, à la monnaie (valeur d'usage et taux d'intérêt, valeur d'échange et marchandise).

La valeur de la monnaie était mélangée, voire confondue avec la quantité de la monnaie.
Ainsi, le prix fixé, invariable, de l'unité de monnaie était qualifié de "valeur intrinsèque" de la monnaie alors qu'il désignait simplement le poids d'une (quantité de) marchandise.

Et plus près de nous, R.W. Clower (1969) n'hésitait pas à transformer le titre du chapitre - intitulé "The total value of the currency needed by a country"- du livre de A. Marshall intitulé Principles of economics en "The total currency needed by a country" sans rien dire sur le "truandage" de la valeur.


3. Les fonctions de la "monnaie".

L'économie politique n'a pas pour domaine les fonctions des choses.

Pour cette raison, mais il y en a bien d'autres, rien ne justifie de définir la "banque/monnaie réglementée", entité de l'économie politique que nous connaissons aujourd'hui, par ses fonctions (moyen d'échange, réserve de valeur et unité de compte).

Quitte à le faire un instant, il convient de souligner la grande fonction oubliée, à savoir la politique monétaire des autorités du même tabac supposée accroître les revenus - la croissance - et diminuer le chômage.


4. La comptabilité de la "monnaie".

A défaut de pratiquer cette fausse définition de la "banque/monnaie réglementée" en valeur ou en fonctions, il est classique de confondre "banque/monnaie réglementée" et "quantité de monnaie" et de définir la quantité de monnaie par la comptabilité bancaire/monétaire réglementée du moment.

4.A. L'interdiction de la convertibilité.

La référence à cette comptabilité n'est pas justifiable pour la raison que, dans le passé, elle n'a pas pris en considération les règles de droit dont elle procédait et, en particulier, la règle par excellence, à savoir l'interdiction des substituts de monnaie bancaires en monnaie or décidée par les gouvernements au XXè siècle (cf. ce texte de L.H. White de juin 2013).

L'interdiction n'a pas en effet donné lieu à une modification des règles de la comptabilité contrairement à ce qui aurait dû être le cas.

La monnaie est devenue, contre toute attente, "monnaie billet" ou "monnaie dépôt" pour vous et moi alors qu'ils étaient substituts de monnaie bancaires jusqu'alors.
Désormais, ils étaient réglementairement "substituts de rien bancaires".

Pour les "agents officiels", i.e. les gouvernements et les autorités dites officielles, ils sont devenus postérieurement, dans la décennie 1970, "réserves de change étranger officielles" pour ne pas parler de "substituts de rien bancaires officielles" alors que rien ne justifiait de parler, d'un point de vue économique, de "réserve".

4.B. Réserve et liquidité.

La comptabilité bancaire/monétaire d'aujourd'hui et celle d'hier ne sont pas comparables pour cette raison et pour d'autres.

L'accent mis le cas échéant sur la couverture des "substituts de rien bancaires" - les "réserves fractionnaires" selon le langage américain, "réserve" qui n'a rien à voir avec la "réserve" précédente - ne peut que dérouter un peu plus surtout quand le mot de "liquidité" est introduit, sans mot dire, à la place pour désigner la monnaie.

4.C. La grande confusion.

La comptabilité bancaire/monétaire a ouvert la voie à la confusion "balance des paiements internationaux", "budget de l'Etat" et "banque/monnaie réglementée" dont les réglementations juridiques n'avaient rien à voir avec les règles de droit, ni les unes avec les autres.

La confusion a conduit à toutes les erreurs actuelles sur les politiques budgétaires et monétaires.


5. L'échange économique et la "monnaie".

Sans échange économique, vous et moi n'avons pas besoin de "monnaie".
La "monnaie" procède de l'échange et non pas l'inverse comme certains le laissent penser quand ils avancent que la "monnaie" limite l'échange, qu'il faut augmenter la quantité de "monnaie" si on veut que l'échange économique et ce à quoi il donne lieu, par exemple l'activité économique, augmentent.

Avec échange, en raison des inconvénients qu'on lui donne ou du coût d'utilité à quoi on l'évalue, il faut faire des efforts pour trouver des moyens de réduire les inconvénients, de diminuer le coût, bref de mettre le doigt sur des échanges indirects.

Reste que ce qu'on dénomme "banque/monnaie réglementée" aujourd'hui a contribué à diminuer le coût de l'échange, mais pas à zéro...


6. Les réglementations de la "monnaie".

Parallèlement, comme son nom l'indique et comme on l'a évoqué rapidement, la "banque/monnaie réglementée" a été l'objet de réglementations.

Soit dit en passant, le principe de la réglementation ne doit pas cacher la démarche de certains économistes qui laissent de côté les règles de droit.
Pourtant, les réglementations sont prises pour modifier les règles de droit.
De deux choses l'une:
- sans règle de droit, rien ne justifie les réglementations décidées.
- avec règle de droit, les réglementations acquièrent au moins une justification même si elles sont vaines à terme.

On peut penser que les réglementations ont autant amélioré que détérioré l'entité.

Une chose est certaine: les réglementations se sont répercutées indirectement sur les échanges économiques.


7. Les innovations de la "monnaie".

Comme son nom ne l'indique pas, la "banque/monnaie réglementée" a été aussi l'objet d'innovations.
Dernière innovation en date: ce qu'on dénomme la "monnaie électronique".
Dernier type de "monnaie électronique" potentiel : le bitcoin...

A la différence des réglementations, les innovations ont amélioré chaque fois l'entité.


8. L'irréversibilité.

Reste qu'il existe une concurrence factice entre les réglementations et les innovations avancée par les règlementeurs et que, tantôt, la dernière réglementation en date semble l'emporter aux yeux de vous et moi, tantôt, c'est le cas de la dernière innovation.

Une chose est certaine : les réglementations ne sont pas irréversibles alors que les innovations le sont.
Contrairement à celui des innovations, le coût des réglementations ne peut que croître.
Les innovations ne peuvent que mettre à bas, à terme, les réglementations pour le bien de tous.


9. L'€uro.

Longtemps dans le passé, l'unité de ce qu'on dénommait alors "monnaie" a été une unité de poids.
Avec l'interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or, l'unité de la "banque/monnaie réglementée" - peu importe sa marque - a été abandonnée et n'a pas été remplacée.

Dans le cas des "banques/monnaies réglementées" des pays de l'Union européenne, il s'avère qu'une partie des gouvernements de ces pays, ceux de la zone €uro, sont allés au-delà: ils ont abandonné, chacun, leur "banque/monnaie réglementée" et ont adopté, à la place, une fusion partielle de celles-ci à quoi ils ont donné la marque "€uro".

 L'unité de l'€uro est désormais tout autant folklorique que peut l'être celle du dollar des Etats-Unis ou celle de la livre de l'Angleterre ou celle de ce que vous voudrez...


10. Définition de la "banque/monnaie réglementée.

La seule définition à donner de la "banque/monnaie réglementée" est qu'elle contribue à la diminution du coût de l'échange économique, un coût subjectif.

La "banque/monnaie réglementée" continuera à exister tant que le coût de l'échange économique qu'elle permet sera jugé par chacun "pas trop élevé".

Sinon, gare...









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