Paris, le 13 novembre 2008.


1. De la monnaie-or à l'euro.

Il y a 80 ans (1928), le gouvernement de l'Etat de la France de l'époque se flattait d'avoir réussi le retour du franc à la convertibilité intérieure et extérieure en or (le 25 juin).

Il y a 50 ans (1958), il se flattait d'avoir réussi le retour du franc à la seule convertibilité extérieure (le 27 décembre).

Il y a 10 ans (1998), il se flattait d'avoir réussi à respecter les "critères de Maastricht" et le "pacte de stabilité" et à faire disparaître prochainement en deux temps (1er janvier 1999, puis 1er janvier 2002) le franc dans l'euro (cf. Strauss-Kahn, ministre de l'économie et des finances, en mai puis décembre 1998).  Soit dit en passant, l'euro se dit en verlan "or ue"... Cherchez l'erreur.  Et le pacte de stabilité fut revu en 2005.

Entre temps, la référence à l'or avait été abandonnée sans fanfare ni trompette.  Pourquoi alors les satisfactions affichées coûteusement antérieurement ?

Aujourd'hui, fin 2008, la présidence de la République et le gouvernement en place se plaisent à dire, d'une part, que, sans l'euro, les difficultés financières et économiques croissantes seraient pires.  Ils se flattent donc de la construction.

D'autre part, ils tendent à tourner en dérision, par des propos dans ce sens, les "critères de Maastricht" - les "trompettes" - et le "pacte de stabilité" - la "fanfare" - que leurs homologues antérieurs "amis" avaient cherché à faire vénérer, en particulier, en effectuant sur le sujet des dépenses de publicité qui avaient grevé le budget de l'Etat et en les faisant donc supporter par les contribuables.

Les dirigistes démontrent donc là une deuxième fois leur incohérence.  Sans critère ni pacte, la déconfiture de l'euro ne pourra être que plus rapide que prévue par des économistes tel que Milton Friedman.


2. La machinerie politique ignorée.

Entre 1726 et 1914 (i.e. en près de 2 siècles), le franc avait gardé un prix égal à :
                                 322 mg d'or
en dépit des destructions occasionnées par les guerres, des périodes troublées (par exemple, événements de la décennie 1790 en France), des politiques des gouvernements et des innovations en matière monétaire ou financière.
L'or avait d'ailleurs acquis un nom, c'était le "change". Par abus de langage aujourd'hui, on parle de "taux de change" d'une monnaie alors qu'il n'y a plus de change puisque l'or n'est plus la référence monétaire.

En 1928, par décret, le prix du franc était devenu égal à :
                                  64,5 mg d'or
(soit une dévaluation de 80% par rapport au prix de 1914).

En 1958, il était devenu égal à :
                                   1,8 mg d'or
(soit une dévaluation de 97 % par rapport au prix de 1928 ).

En 1969, dernière dévaluation officielle du franc en or avant l'abandon de celui-ci comme référence en 1971, le prix du franc est devenu égal à :
                                   1,6 mg d'or
(soit une dévaluation de 11 % en une décennie).

Bref, en moins d'un siècle (1914-2008), une machinerie politique méconnue a détruit presque totalement le pouvoir d'achat du franc en or avant de lui substituer un hochet politique dénommé "euro" alors que ne l'avait pas écorné la machinerie politique des années 1726-1914, hautement décriée par ailleurs, qui l'avait donc précédée.  Cherchez l'erreur... : le dirigisme.

Aujourd'hui, à plus de :
                                    700 $ l'once
sur les marchés "spot" organisés, le prix de l'or a été multiplié par plus de 20 par rapport au prix de
                                      35 $ l'once
retenu par la dévaluation du dollar d'avril 1934 pour faire face à la fameuse "grande dépression" (soit une dévaluation du prix du dollar en or de 95% en trois quarts de siècle).

La machinerie politique n'épargne donc aucune monnaie nationale.  Elles ne disparaissent pas toutes, mais tous leurs pouvoirs d'achat respectifs sont frappés.



3. Inculture et magie économiques.

On n'est peut-être plus "du temps de la lampe à huile et de la marine à voile", comme aimait à l'écrire Raymond Aron dans la décennie 1960 pour déconsidérer ceux qui, tel Jacques Rueff, faisaient valoir les bienfaits de la monnaie-or à la vue des évolutions néfastes de prix et de politiques économiques prévisibles et réalisées. 

Mais, malgré leur superbe, les hommes de l'Etat (et leurs conseillers) des XXème et XXIème siècles démontrent qu'ils ont une connaissance de la réalité qui reste dans la préhistoire de l'origine de la monnaie.
Qu'ils lisent, par exemple, Carl Menger (1871 ou 1892) sur ce sujet et ils comprendront que la monnaie n'est pas le hochet qu'ils croient.

Elle
est d'abord une grande découverte qui tient dans un moyen de réduction des coûts des échanges menés dans la réalité, une réalité où personne n'est omniscient, même pas eux, et où d'autres découvertes sont à attendre.
E
lle ne saurait être manipulée de quelque façon que ce soit, sauf à la détruire.

Leurs prétentions respectives d'être omniscients ont fait qu'ils ont choisi de détruire le point d'appui de la réalité économique qu'était la monnaie-or héritée d'une expérience non centralisée et spontanée, pour pouvoir avoir des déficits budgétaires selon leur cœur, au moins le croyaient-ils ou le croient-ils après avoir lu vraisemblablement l'ouvrage (1936) du "magicien de Cambridge".

Certes, avec l'abandon de la référence à l'or, ils ont pu avoir jusqu'à présent ces déficits car le marché financier fonctionnait, innovait et les couvrait.


4. Des coûts d'échange prohibitifs.

Mais désormais, le marché financier est brisé.
L'augmentation du coût des échanges, insensible jusqu'à présent, commence à éclater au grand jour dans toutes ses dimensions et ne pourra que se faire sentir de plus en plus.

Prenons le cas du budget annuel de l'Etat de la France (projet de loi de finances pour 2009). 
Le projet dispose que, d'un côté, l'Etat doit rembourser :

                                113,2 milliards d'euros

de dettes à ses créanciers et, de l'autre, il doit trouver des nouveaux prêts pour :

                               165,3 milliards d'euros

(soit beaucoup plus de 1000 milliards de francs).

Si les créanciers seront ravis d'être remboursés de ce montant de 113,2 milliards d'euros, ne vont-ils par rechigner pour prêter encore 165,3 milliards d'euros au même débiteur dans les conditions actuelles alors qu'ils connaissent des pertes très importantes sur les autres postes de leur patrimoine (actions, etc.) ? Ne vont-ils pas faire certains arbitrages non attendus par l'Etat de la France ?

Un coup de baguette magique transformera peut-être prochainement, par exemple à la suite de la réunion du 15 novembre 2008, en "Fonds financier mondial" le "Fonds monétaire international" - qui aurait du être dissous en 1971 à la suite de la dénonciation des accords de Bretton Woods -.
Ses dirigeants avaient déjà essayé de le faire transformer de cette façon en banque d'émission d'une monnaie mondiale (dénommée "droits de tirages spéciaux" - D.T.S.) dans la décennie 1970. Sans succès.

Cela ne changera rien à la situation du marché financier.

L'important est que les coûts des échanges sont désormais prohibitifs et attendus avec incertitude comme tels.
Loin de les réduire, ce qui est dénommé aujourd'hui officiellement "monnaies" les augmente. Ces "monnaies" deviennent en effet, chaque jour davantage, selon l'expression de Jacques Rueff, des "égouts collecteurs des fausses créances".
Des marchés qui devraient voir le jour ne le voient pas pour cette raison.
Ceux qui fonctionnaient se ferment le cas échéant après qu'ils ont manqué de "liquidité" – sobriquet pour désigner en vérité un coût d'échange prohibitif -

Jamais peut-être le retour à l'étalon-or n'a été plus urgent.  Etant donné l'état de conditionnement de l'opinion, il sera moins coûteux, à court terme, à réaliser que l'émergence des monnaies concurrentielles.


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