Paris, le 23 juin 2016.







Les gens, et non pas la "société" ou la "nation", agissent, chacun, étant donné, d'une part, leurs valeurs et, d'autre part, ce qu'ils savent ou croient savoir.  

Ils obtiennent des résultats qu'ils jugent "bon" ou "mauvais".

L’acte de choses mené par la personne dont la valeur première est celle de faire ... , est le domaine de la "praxéologie" (cf. Mises, 1949).

Soit dit en passant, dans le "Discours préliminaire" de son livre intitulé Traité d'Economie politique (1803), Jean-Baptiste Say considérait que :

"Une science ne fait de véritables progrès que lorsqu'on est parvenu à bien déterminer le champ où peuvent s'étendre ses recherches et l'objet qu'elles doivent se proposer [...]

On a longtemps confondu
- la Politique proprement dite, la science de l'organisation des sociétés,
- avec l'Economie politique qui enseigne comment se forment, se distri-buent et se consomment les richesses qui satisfont aux besoins des sociétés."

Et Say de préciser que :

"Cependant les richesses sont essentiellement indépendantes de l'organisation politique."

Say aurait dû être plus explicite et écrire :

"... l'Economie politique qui enseigne comment se forment, se distribuent et se consomment les richesses qui résultent des actions humaines et satisfont aux besoins des sociétés"


A l'opposé, la "non praxéologie" qui a pour domaine l'abandon aux orties par les savants économistes, des actes de choses humains et qui s'intéresse aux résultats des actes de choses humains et à eux seuls. 

Les résultats des actes de choses humains ont, en effet, longtemps retenu, seuls, l'attention des savants économistes (cf. par exemple Vilfredo Pareto à la fin du XIXème siècle avant qu'il devînt "sociologiste", et comme parlait de la méthode de ces derniers, Henri Poincaré dans Science et méthode).


1. L'échange de choses ou le commerce est une action économique humaine.

Au nombre des résultats des actes de choses, il y a les échanges de choses que les gens ont passés entre eux, ensemble que Friedrich von Hayek et ses amis dits par les historiens de la pensée économique marxistes "économistes autrichiens" dénommaient "catallaxie" plutôt qu'"économie" (cf. Hayek, Droit, législation et liberté, tome 2 : Le mirage de la justice sociale).

Il convient en effet de souligner que, pour beaucoup de savants économistes, non praxéologistes, l'échange n'est pas une action humaine, une action menée par la personne, ou bien,
à défaut, elle est une action mais n'a pas de coût ou,
à défaut encore, elle a un coût nul.

Ils lui préfèrent l'action de production qui est supposée tout dominer.

Reste que si tel était le cas, ce qu'on dénomme "monnaie" n'aurait jamais vu le jour.
En effet, la monnaie n'a rien à voir avec l'action de production.
Elle a tout à voir avec le "coût de l'action d'échange" ...

Le point a été relevé par Ulph et Ulph (1975) (cf. ce texte d'avril 2014) qui sont remontés à ce qu'avait pu écrire Adam Smith sur le sujet à la fin du XVIIIème siècle, pour s'y opposer.

En cela, échanges ou commerce effectués sont des faits et refuser ces faits situe dans l'absurdité.


2. L'échange de choses ou le commerce est une organisation naturelle et non pas artificielle.

L'"Ecole économique" que Frédéric Bastiat appréciait, en 1850, dans son livre intitulé Harmonies économiques parce qu'elle s'intéressait à l'organisation naturelle des choses et non pas à des organisations artificielles s'opposait aux écoles socialistes, nouvelles alors, rêvant justement de créer une organisation  artificielle :

… "Ce qui sépare radicalement les diverses écoles socialistes (j'entends ici celles qui cherchent dans une organisation artificielle la solution au problème social) de l'Ecole économique, ce n'est pas telle ou telle vue de détail, telle ou telle combinaison gouvernementale ;
c'est le point de départ, c'est cette question préliminaire et dominante : les intérêts humains laissés à eux-mêmes, sont-ils harmoniques ou antagoniques?

Il est clair que les socialistes n'ont pu se mettre en quête d'une organisation artificielle que parce qu'ils ont jugé l'organisation naturelle mauvaise ou insuffisante ;
et ils n'ont jugé celle-ci insuffisante et mauvaise que parce qu'ils ont cru voir dans les intérêts un antagonismes radical car sans cela ils n'auraient pas eu recours à la Contrainte.

Il n'est pas nécessaire de contraindre à l'harmonie ce qui est harmonique de soi" (Bastiat, Harmonies économiques, p.4)


Les échanges de choses ou le commerce que la personne a conclus avec autrui témoignent donc d'une partie de ses valeurs et donnent lieu à prix en monnaie et quantité de marchandises non monnaie convenus, au "marché conclu".

Cette réalité est encore un fait incontournable.


3. L'échange de choses, le commerce  ou le "marché".

Soit dit en passant, selon des savants économistes, à défaut de "valeurs" de chacun (nécessairement ignorés des tiers à commencer par eux-mêmes), tout échange de chose effectif a caché au moins une offre et une demande de choses, deux notions chères à beaucoup, et une égalité de quantité de celles-ci, troisième notion.

S'en déduisent le prix en monnaie et la quantité de marchandises non monnaie échangés.

Recouvre l'ensemble de ces éléments, la notion de "marché".

a. Echange direct et échange indirect.

Le "marché" recouvre deux types d'échange possible: l'échange direct et l'échange indirect.

Un échange direct de choses a caché lui-même une double coïncidence des besoins ou désirs des gens ...

Un échange indirect a fait intervenir un intermédiaire des échanges entre deux personnes ou deux populations de personnes.

b. Echange indirect ou intermédiaire des échanges.

Le plus connu des intermédiaires est ce qu'on dénomme "monnaie".
Ce qu'on a dénommé "monnaie" pendant longtemps a eu comme cause d'être l'intermède entre les gens qui échangaient et ainsi de contribuer à amoindrir le coût des échanges.
Il a fait qu'on offrait pour pouvoir demander par la suite.

La monnaie est ainsi un élément de l'organisation naturelle pour ne pas dire qu'elle est, à soi seule, une sous-organisation...

c. Remarque.

Dans cette perspective, en conséquence, selon certains des savants économistes, mais ils sont rares, les échanges effectifs traduisent des harmonies économiques.


4. Les éléments oubliés du "marché".

A défaut d'abandonner aux orties :
* les règles de droit,
* la législation et les réglementations, et
* les échanges non aboutis,
éléments de l'organisation naturelle comme ils le font pour les échanges effectifs - le "marché conclu" - , les hommes des organisations artificielles, à savoir les socialistes, les mettent de côté sans le dire, sauf nécessité.

Et certains d'entre eux se rendant compte du manque qu'ils se sont créés par leur mauvaise démarche dans leur raisonnement, remplacent les "absences" par une analogie de leurs choix ... avec d'autres sciences.

Et c'est, par exemple, 
* l'équilibre économique général ("n" marchés en interdépendance depuis Léon Walras et la fin du XIXème siècle) ou
* l'équilibre macroéconomique (trois marchés ou plus depuis J.M. Keynes et la décennie 1930) qui reposent sur des "marchés", leur égalité ou inégalité de l'offre et de la demande de marchandises sous l'égalité globale supposée dénommée "équilibre économique", et leur interdépendance supposée.

Le cas échéant, ils vont au-delà en comparant entre eux des équilibres passés comme si chacun d'eux étaient un état observé, et cela en totale opposition avec ce que Hayek expliquait dans le tome 2 cité de Droit, législation et liberté :

"En jugeant les adaptations à des situations changées, les comparaisons entre la position nouvelle et l'ancienne sont sans valeur.

Alors que dans le cas du troc bilatéral les avantages réciproques qu'en tirent les deux parties sont aisément perçus, la position peut à première vue sembler différente dans les conditions de l'échange multilatéral ou multiangulaire qui sert de règle dans la société moderne.

Ici, une personne rendra normalement service à un groupe d'autres personnes, et recevra elle-même des services de groupes différents

Et comme chaque décision portera d'habitude sur le point de savoir à qui acheter et à qui vendre, tout en admettant que même alors l'une et l'autre partie à la nouvelle transaction en tireront avantage, nous devons considérer aussi les effets sur ceux avec qui les contractants ont, cette fois, décidé de ne plus traiter parce que leur nouveau partenaire leur a proposé de meilleures conditions.

Les effets de telles décisions sur des tiers seront ressentis par ces derniers d'autant plus vivement qu'ils auront pris l'habitude de compter sur la possibilité de traiter avec les mêmes personnes que par le passé, et voient maintenant leur attente déçue et leur revenu diminué.
Ne devons-nous pas dans ce cas considérer que la perte subie par ceux que l'offre ou la demande a déserté fait contrepoids au gain de perte qui ont profité des nouvelles possibilités ?

Comme nous l'avons vu dans le précédent chapitre, ce genre de diminution imméritée de situation matérielle qui affecte des groupes entiers est la source de vives récriminations contre l'ordre de marché.

Or de telles dégradations de la position relative, voire souvent absolue, de certains sera un effet inévitable et constamment renouvelé du système, tant que dans les diverses transactions les parties considéreront seulement leur avantage propre et non les effets de leurs décisions sur des tiers.
Cela signifie-t-il que quelque chose est négligé, qui devrait être pris en compte dans la formation d'un ordre souhaitable ?

Mais les conditions qui régnaient auparavant ne fournissent aucunement un élément valable pour juger de ce qui convient une fois que les circonstances externes ont changé.
La position antérieure de ceux qui sont maintenant forcés d'en descendre avait été déterminée par l'effet du même processus qui maintenant en favorise d'autres.
L'orientation du marché ne tient compte que des conditions connues pour existantes à présent (ou que l'on s'attend à voir, prévaloir à l'avenir) ; c'est à ces conditions-là que le marché adapte les valeurs relatives, sans égard aucun au passé.
Ceux dont les services éraient estimés plus cher dans le passé furent alors payés en conséquence.

La nouvelle configuration n'est pas un progrès sur la précédente en ce qu'elle constituerait une meilleure adaptation aux mêmes circonstances ; elle représente le même genre d'adaptation à des circonstances nouvelles, que la configuration précédente représentait par rapport aux circonstances alors existantes.

Dans le contexte d'un ordre dont l'avantage est qu'il adapte continuellement l'emploi des ressources à des conditions imprévues et inconnues de la plupart des gens, ce qui est du passé est définitivement du passé — les conditions d'hier ne nous disent rien sur ce qui convient aujourd'hui.

Bien que dans une certaine mesure les prix antérieurs servent habituellement de base principale pour former des pronostics quant aux prix futurs, ils ne sont pris en considération que lorsque les conditions sont restées largement inchangées, et non pas lorsque la situation s'est profondément modifiée.

Toute découverte de possibilités plus favorables en vue de répondre aux besoins aura donc un effet adverse sur ceux dont les services auraient été recherchés sans cette découverte.
Néanmoins, à cet égard les effets de nouvelles possibilités d'échange, plus favorables pour certains individus, constituent pour la société dans son ensemble un événement aussi bienfaisant que la découverte de ressources matérielles nouvelles ou ignorées.
Les parties à la nouvelle transaction d'échange seront désormais en mesure de satisfaire à leurs besoins en dépensant une moindre pan de leurs ressources, et ce qu'ainsi elles peuvent économiser peut être employé pour fournir des services plus abondants aux autres.

Bien entendu, ceux qui en conséquence seront privés de leurs clients antérieurs subiront une perte qu'il serait de leur intérêt d'éviter.
Mais comme tous les autres, ces perdants auront continuellement profité des répercussions de milliers de changements analogues survenus ailleurs, libérant des ressources pour un meilleur approvisionnement du marché.
Et bien que sur la courte période l'effet défavorable pour eux puisse excéder le total des effets indirects favorables, sur la longue période l'ensemble de ces effets particuliers — qui toujours léseront certains — améliorera vraisemblablement les chances de tous.

Toutefois ce bilan positif ne se réalisera que si les effets immédiats, généralement plus visibles, sont systématiquement ignorés et que la politique suivie mise sur la probabilité que, à long terme, tout le monde bénéficiera de la mise en oeuvre de toutes les opportunités.

Le dommage connu et concentré sur ceux qui perdent tout ou partie de leur source habituelle de revenu doit, en d'autres termes, ne pas être mis en balance avec l'avantage diffus dont profitera la multitude (bien que du point de vue de la politique cet avantage soit d'habitude indéterminé quant à sa nature et quant à ses bénéficiaires).

Nous verrons que la tendance universelle des politiciens est de prêter de préférence attention aux conséquences très visibles qui frappent lourdement un petit nombre de gens plutôt qu'aux effets peu sensibles et donc aisément négligés qui atteignent le grand nombre; et par là, d'accorder des privilèges spéciaux aux groupes menacés de perdre la situation qu'ils avaient acquise.

Mais rappelons-nous que la plupart des avantages que nous recevons habituellement du marché sont le fruit d'adaptations incessantes dont nous n'avons pas connaissance, et que, de ce fait, nous pouvons prévoir une partie seulement des conséquences de nos décisions délibérées; il doit alors être évident pour nous que nos meilleures chances de réussite résident dans notre constante observation d'une règle qui augmente probablement les chances de tous lorsqu'elle est appliquée systématiquement.

Assurément, la part effective de chacun en particulier sera alors imprévisible parce qu'elle ne dépendra qu'en partie de l'habileté et de la possibilité d'être informé des faits, mais aussi en partie d'événemcnts fortuits; mais c'est pourtant la condition indispensable pour que l'intérêt de tous soit de se comporter de telle sorte que soit aussi grand que possible le produit global, dont chacun ne recevra qu'une part inconnue d'avance.

De la répartition résultante, l'on ne peut dire qu'elle soit matériellement juste; l'on peut dire seulement qu'elle est le résultat d'un processus dont il est connu qu'il améliore les chances de tous, et non pas le résultat de mesures spécifiques d'autorité favorisant certains selon des principes dont l'application ne peut être générale." (Hayek, pp.145-48)


Sans y faire référence, Hayek était en opposition avec ce qu'avait écrit Pareto, à savoir :


"Il faut faire ici une observation que nous aurons lieu de répéter maintes fois, et c'est que les mesures prises pour obtenir un bénéfice en altérant l'équilibre économique ont deux sortes d'effets.

Les premiers de ces effets sont ceux qu'on a directement en vue ; ils consistent dans le transfert de la richesse de certains personnes à certaines autres.

Les seconds, qui accompagnent nécessairement les premiers, consistent en une perte sèche de richesse, dans une destruction de biens économiques.

C'est ce qui explique comment il peut convenir aux gens favorisés par ces mesures, et aux gens qui en souffrent, de conclure un accord moyennant lequel les seconds, en payant une certaine somme, obtiennent que les premiers renoncent à cette source de gain.

Les maux infligés ainsi aux populations rendent parfaitement compréhensible la proposition faite par M. G. de Molinari et par Herbert Spencer de laisser à la libre concurrence le soin du monnayage." (Pareto, 1896, § 381, pp. 252-3)


Bref, Pareto admettait que le concept qu'on dénommait "équilibre" fût un état, contrairement à Hayek ...

Il n'anticipait pas tout ce que François Guillaumat et moi-même avons pu écrire sur ce qu'on a dénommé la "loi de Bitur Camember" (cf. ce texte de mars 2013 ou celui-ci de septembre 2009).


5. Ce qu'on ne voit pas.

Reste qu'il y a aussi les échanges de choses que les gens désiraient passer mais qu'ils n'ont pas pu réaliser.

Les échanges désirés entre les gens qui n'ont pas abouti sont ignorés des mesureurs ou des calculateurs.
Implicitement, tout se passe comme si ceux-là laissent entendre qu'ils n'ont pas d'effets sur la catallaxie.

Pourtant, ils reposent sur des valeurs qu'ont données aux choses les gens, certes ignorées des tiers et non mesurées ni calculées par ceux-ci, qui sont autant permanentes qu'éphémères...

Bref, les « marchés non aboutis » sont laissés de côté par le savant économiste, non praxéologiste, comme s'ils n'avaient pas des effets économiques,

Reste aussi que la démarche suivie ne repose pas non plus sur des données connues, mais inconnues (les offres et demandes des marchés sont des concepts ignorés en tant que tels, mais supposés, les valeurs ne sont connues que de leurs propriétaires, non pas des tiers à commencer par des savants économistes) alors que les échanges ou le commerce effectifs font apparaître, pour une grande majorité d'entre eux, des données connues, objectives.

6. Ce qu’on croit voir.

Cinquante ans après les propos de Bastiat, en 1900, Pareto a vu dans la démarche où il se trouvait, un péril à attendre, étant donné le socialisme croissant (cf. ce texte de décembre 2008).

Quelques décennies plus tard, tout en se situant dans la même perspective, Ludwig von Mises a généralisé le propos et expliqué le panorama de la science économique qu'il observait (cf. original en français http://herve.dequengo.free.fr/Mises/Articles/HTSE.htm

"La science économique ne porte pas sur les biens et services, elle porte sur les actions des hommes en vie.

Son but n'est pas de s'attarder sur des constructions imaginaires telles que l'équilibre.
Ces constructions ne sont que des outils de raisonnement.

La seule tâche de la science économique est l'analyse des actions des hommes, c'est l'analyse des processus." (Mises, 1962, cf. ce texte)


après qu'il avait écrit, en 1949, dans le livre L'action humaine : que la science économique avait pour domaine les phénomènes de marché expliqués par les actes des êtres humains:

[...] branche de la connaissance [...]
pour étudier les phénomènes de marché,
c'est-à-dire la détermination des rapports d'échange mutuel entre les biens et services négociés dans les marchés, leur origine dans l'action humain eet leurs effets sur l'action ultérieure

En anglais

[…] branch of knowledge […]
to investigate the market phenomena, that is, the determination of the mutual exchange ratios of the goods and services negociated on markets, their origin in human action and their effects upon later action". (Mises, 1949, p.232)



Il est très loin de ce que pouvait écrire à la même époque Raymond Barre, professeur de sciences économiques, futur Premier ministre du gouvernement de l'état de la France de 1976 à 1981 qui s'était piqué de s'intéresser aux "économistes autrichiens", en particulier, dans l'ouvrage intitulé Economie politique (cf. Barre, 1969 et http://blog.georgeslane.fr/category/Ignorance-action-humaine-et-duree/page/85 ).

Qu'écrivait Barre ?

"L'objet de la science économique".

II existe aujourd'hui une distinction bien établie entre
- les Sciences de la Nature, ou Sciences physiques, et
- les Sciences de l'Homme, ou Sciences sociales.

[ma remarque : comme si sciences de l'homme et sciences sociales étaient la même chose ; cette réduction, amoindrissement, va en amener d'autres]

Les premières traitent des relations entre les choses, des rapports entre les phénomènes naturels : ainsi en est-il de la géologie, de la physique ou de la chimie.

[ma remarque : et l'astronomie ?]

Les secondes concernent les actions de l'homme, les relations entre les hommes et les choses et les relations entre les hommes ;
leurs données ont un caractère subjectif,
- car elles ne peuvent se définir en termes matériels et objectifs,
- mais par référence à des desseins, des opinions et des croyances de l'homme.

[ma remarque : un peu d'économie autrichienne]

Les sciences de l'homme sont multiples : science de la population ; sciences sociologiques (psychologie sociale ; sociologie des groupes ; sociologie politique, économique, religieuse) ; sciences géographiques ; sciences historiques ; science politique.

L'économie politique est l'une d'entre elles, car elle est, selon l'expression d'Alfred Marshall, « une étude de l'humanité dans les affaires ordinaires de la vie ».

Toutes ces sciences connaissent, au XXème siècle, un développement rapide et imposant.

[ma remarque : non sequitur...]

De la réalité sociale, diverse et complexe, chaque science sociale n'exprime qu'un aspect ; chacune correspond à un angle de vue sur l'activité globale de l'homme.

C'est aussi Marshall qui écrivait que « l'économique examine cette part de l'activité individuelle et sociale qui est essentiellement consacrée à atteindre et à utiliser les conditions matérielles du bien-être ».

On aurait tort, cependant, de penser que les sciences sociales découpent la réalité en segments, qui sont juxtaposés ; leur démarche consiste à éclairer et analyser un aspect du complexe global des relations sociales.

[ma remarque : les sciences sociales ne sont pas un être pensant...]

Il importe donc de préciser cette démarche, avant de voir à quel aspect de l'activité humaine s'attache l'économie politique.
Nous serons ensuite amenés à constater le caractère partiel de l'analyse économique. (Barre, 1969, pp.11-12)

SECTION I. — La méthode générale des Sciences sociales

Toute science sociale choisit le réel : elle répond à l'heureuse formule de J. Ullmo :
« Contre l'école idéaliste qui dirait : nous inventons le réel,
contre l'école réaliste qui dirait : nous subissons le réel,
l'analyse de la pensée scientifique vous répond : nous choisissons le réel. » (Revue philosophique, nov.- déc. 1936, p. 339.)

Une science sociale décompose le réel : elle privilégie des faits, des quantités, des actes, des organismes et elle leur donne une certaine qualification.

Elle est une abstraction qui sert à saisir la réalité à partir de certains ternies de référence, selon un certain schéma d'interprétation.

Elle propose une théorie qui sert à organiser des faits isolés ou des constatations éparses et constitue un fil d'Ariane dans la complexité déroutante de la réalité.

[ma remarque : qu'est-ce qu'un fait...]

Un exemple, emprunté à K. Boulding (Economie Analysis, p. 5, 2è. éd.), fera comprendre ce point.

C'est un fait qu'Oliver Cromwell avait une verrue sur le nez.
Mais qu'est-ce que ce fait ?
Du point de vue du chimiste, c'est un conglomérat d'atomes et de molécules ;
du point de vue du biologiste, c'est une certaine impropriété dans le fonctionnement des cellules ;
du point de vue du psychologue, il peut éclairer le caractère de l'homme ;
du point de vue de l'historien, ce peut être un fait historique important ou sans valeur ;
du point de vue de l'économiste, la verrue est négligeable, à moins que Cromwell ne dépense une certaine somme pour la faire enlever.

Cet exemple montre qu'un fait peut avoir des significations diverses, selon le point de vue auquel on se place ;
le sens qu'on lui attribue dépend du schéma général d'interprétation dans lequel on le situe.


Il n'y a pas de fait brut ; tout fait est construit.
Chaque science sociale est une reconstruction rationnelle et partielle de la réalité.

Marc Bloch a écrit, dans Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, le meilleur discours sur la Méthode des Sciences sociales que nous puissions découvrir :
« La science ne décompose le réel qu'afin de mieux l'observer, grâce à un jeu de feux croisés dont les rayons constamment se combinent et s'interpénétrent... (p. 75).

[ma remarque : approche physique implicite ...]

« Homo religiosus, Homo oeconomicus, Homo politicus, toute cette kyrielle d'hommes en us..., le péril serait grave de les prendre pour autre chose que ce qu'ils sont en vérité : des fantômes commodes, à condition de ne pas devenir encombrants.
Le seul être de chair et d'os est l'homme sans plus, qui réunit tout cela à la fois... (p. 76).

« Rien de plus légitime, rien de plus salutaire que de centrer l'étude d'une société sur l'un de ces aspects particuliers, ou mieux encore sur un des problèmes précis que soulève tel ou tel de ces aspects particuliers...
Par ce choix raisonné, les problèmes ne sont pas seulement à l'ordinaire plus fermement posés: il n'est pas jusqu'aux faits de contact et d'échange qui ne ressortiront avec plus de clarté... » (p. 78).

SECTION II. — Activité humaine et économie politique

Comme toute science sociale, l'économie politique est un schéma d'interprétation de la réalité concrète.

Quand peut-on dire d'une activité humaine qu'elle présente un caractère économique ?

Sous quel angle de vue l'économiste saisit-il et étudie-t-il cette activité ? » (Barre, 1969, pp.12-13)


Pour sa part, Hayek avait complété le propos par anticipation, si l'on peut dire, en écrivant en 1939 que :

"Dans les sciences sociales, toutefois, la situation est exactement l'inverse [de celle des sciences naturelles].

D'une part, l'expérimentation est impossible :
nous ne pouvons donc connaître des règles définies dans le phénomène complexe comme dans les sciences naturelles.

D'autre part, la situation de l'homme à mi-chemin entre les phénomènes naturels et les phénomènes sociaux
- dont il est l'effet en ce qui concerne les premiers, et
la cause, en ce qui concerne les seconds -
prouve que
les faits essentiels de base dont nous avons besoin pour l'explication du phénomène social participent
- de l'expérience commune et
- de la matière de nos pensées.

Dans les sciences sociales, ce sont les éléments des phénomènes complexes qui sont connus, sans aucune contestation possible [...]

Or l'existence de ces éléments est tellement plus certaine que l'existence des règles quelconques dans le phénomène complexe auquel ils donnent naissance, que ce sont eux qui constituent le vrai facteur empirique dans les sciences sociales. [...]

dans les sciences sociales, [le processus de déduction] part directement d'éléments empiriques connus et les utilise à la découverte des règles dans les phénomènes complexes que l'observation directe ne peut établir" (Hayek, 1939).


Reste que quarante ans plus tard, en 1979 (après un livre publié en 1951, cf. ce texte http://blog.georgeslane.fr/category/Ignorance-action-humaine-et-duree/page/63 ), Henri Guitton, professeur de sciences économiques à l'université de Paris I Sorbonne, concluait son livre intitulé De l'imperfection en économie avec, en particulier, ces mots:
 

"Il s'agissait de savoir ce qu'était l'objet de l'économie politique.
La question reste actuelle, toujours la même, bien qu'elle s'exprime en termes nouveaux.

Je me demande aujourd'hui si l'opposition que j'avais proposée entre
- 'l'économie politique à l'image des sciences physiques' et
- 'l'économie politique science de l'action humaine'
ne garde pas sa valeur, mais dans l'atmosphère renouvelée par l'épistémologie contemporaine qui nous a permis de lever certaines ambiguïtés." (Guitton, 1979, p.225)

Guitton était un des rares économistes français de l'époque à ne pas laisser de côté l'école de pensée économique dite "autrichienne", même s'il ne s'y engageait pas.

Malheureusement, lui-même ne s'est pas engagé dans la voie.

Le débat continue toujours comme en témoignait d'ailleurs un critique du livre (cf. le texte de 1981).


Soit dit en passant, on se serait attendu à ce que la loi de l'économie soit au départ de l'économie politique comme elle l'a été au départ de la mécanique du XVIIIème siècle avec les succès qu'on sait (cf. ce texte de juillet 2015 ou ce texte plus ancien).

Il n'en a rien été.

Ce sont, au contraire, des analogies physiques qui, majoritairement, sont appliquées en économie politique par l'intermédiaire de mathématiques, voire par l'intermédiaire de la dernière mathématique du moment (exemple de l'application de la mathématique du groupe Bourbaki à partir de la décennie 1940, cf. ce texte d'avril 2013 ...).


7. Le "P.I.B.", à la fois ancre et totem du socialisme.

Dans ces conditions, des gens ont créé cent ans après ce qu'avait écrit Bastiat (il y a seulement quelques décennies pour nous...), un ensemble de règles dénommé "comptabilité nationale" variant selon les pays et permettant soi-disant de mesurer et de calculer des choses économiques échangées (cf. ce texte d'avril 2014).

Ce fut le cas en France, à partir de la décennie 1940, à l'aide d'un monopole de production de données privilégié dénommé "I.N.S.E.E.", créé pour l'occasion en 1946 (cf. ce texte d'avril 2016).

Héraut de la mesure, principal agrégat de la mesure ordinairement évoqué, le "produit intérieur brut" (sigle "P.I.B.").

Le "P.I.B." a des acceptions qui varient selon les nations et le temps et qui ont donné lieu à ce que des agences ou prétendues telles les modifient pour les rendre comparables (Eurostat, F.M.I., O.C.D.E., O.N.U., etc.).

En France, jusqu'en 1963, le P.I.B. était annuel, il est aussi devenu trimestriel depuis cette date.

a. La falsification.

En vérité, malgré sa dénomination, le "P.I.B." a peu de chose à voir avec les "produits", mais tout avec le "non dit" que sont les échanges de marchandises qu'ont effectués les gens dans une période de temps, d'une part, et, d'autre part, avec le "dit" que sont les "valeurs ajoutées" et qui ne signifient rien en économie politique.

Les échanges en question sont allés de pair avec des prix d'échange, le plus souvent non cernés par la comptabilité nationale. Soit dit en passant, les gens de l'I.N.S.E.E. ne font pas de différence, semble-t-il, entre les uns et les autres.

Tout se passe comme si le produit était nécessairement échangé, tout se passe comme si le produit avait cannibalisé l'échange, la marchandise, effectué (cf. ce texte de juin 2015).

La "valeur ajoutée" est en fait une valeur ajoutée brute.
Elle mérite attention car elle n'a pas de définition précise non plus sinon d'être un

… "Solde du compte de production.
Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire."


b. Egalité arithmétique.


Curieusement, au moins en France, le "P.I.B." n'a pas été véritablement défini par ses constructeurs, mais conçu "égal" à trois grandeurs différentes.

L'une de ces grandeurs est l'égalité arithmétique à la "somme des valeurs ajoutées brutes".

Autant le produit a été préféré aux échanges, c'est le "totem" du socialisme, autant l'égalité arithmétique a été préférée à l'équilibre, il en est l'"ancre".

c. Comptabilité nationale et comptabilité générale.

Reste enfin qu'à défaut d'en être une falsification quoique..., la comptabilité nationale de l'I.N.S.E.E. n'a rien à voir, ou très peu, avec la comptabilité générale, celle qui mesure les échanges effectués volontairement ou presque par les gens, étant donné les principes de l'économie politique et ce qu'ils cachent (à savoir, en particulier, les règles de droit, de justice naturelle).

La comptabilité générale a pour principe de permettre à la personne juridique en question ("physique" ou "morale") de "rendre compte", de "prendre en compte" des valeurs échangées avec les tiers dans une période de temps et avec des détails juridiques plus ou moins grands, en les comparant, en les additionnant ou en les soustrayant.

Elle reprend ainsi les choses effectuées dans les échanges par les gens, étant donné les principes de l'économie politique et ce qu'ils cachent (en particulier, les règles de droit, de justice naturelle).

Tout cela, la comptabilité nationale l'ignore.






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