A Paris, le 13 août 2018.





Le mot "valeur" fait partie de ces mots d'économie politique déformés ou dénaturés de plus en plus, et cela depuis le XVIIIème siècle, dont l'empilement des types, espèces, genres, et autres formes n'a de cesse, quoique la "théorie de la valeur" en soit le point de départ.


1. Les choses, des valeurs, un type de valeur.

Depuis bien avant J.B. Say (1767-1832), le savant économiste a supposé que, fondamentalement, les gens voyaient des "valeurs" dans les choses ou, si on préfère, dans les choses, un type de "valeur".
En effet, existaient des choses ("res" en latin) sensibles ou non aux facultés ou capacités des personnes juridiques physiques, vous et moi, dont l'ensemble était la réalité économique.
En particulier, selon Say,

"Quand on les [choses] considère sous le rapport de la possibilité qu’elles confèrent à leur possesseur d’acquérir d’autres choses en échange, on les appelle des valeurs; " (Say, 1815, p.14)


Ils allaient même au delà et voyaient dans la "valeur",
-  des quantités de choses et 
- des taux ou rapports  imaginés d'une (quantité de) chose contre une autre.


2. Le bien ou le mal, d'autres valeurs ...

Parallèlement, si on peut dire, depuis François Quesnay (1694-1774) - et le Code civil de France l'a institutionnalisé fin XVIIIème -début XIXème siècles -, on a eu aussi tendance à identifier le "bien" (ou le "mal"...) à telle ou telle chose, à une valeur...

Alors qu'on redoutait les maux, on appréciait les biens.

Reste que, comme l'écrivait Mises (1881-1973) dans L'action humaine :


"Un bien économique ne doit pas nécessairement être incorporé dans quelque chose de tangible.
Les biens économiques non matériels sont dénommés services".

"An economic good does not necessarily have to be embodied in a tangible thing.
Non material economic goods are called services" (Mises, 1949, p.94)


Cela a amené le savant économiste à voir dans la "valeur",
-  des quantités de biens, "meubles" ou "immeubles", et 
- des taux ou rapports  imaginés d'une (quantité de) bien contre une autre.


3. Le point sur le "principe de la valeur ".

En 1850, dans le livre intitulé Harmonies économiques, Frédéric Bastiat (1801-50) a fait le point sur le "principe de la valeur" (cf. ce texte d'octobre 2015 ou celui-ci de décembre 2015).

Selon lui, la "valeur", :
- pour Adam Smith (1723-1790), se trouvait dans la "matérialité" et la "durée",
- pour Henri Storch (1766-1835), c'était alors le jugement,
- pour Jean Baptiste Say (1767-1832), l'utilité, 
- pour David Ricardo (1772-1823), le travail,
- pour Nassau Senior (1790-1864), la rareté.

Dans la droite ligne de Smith, de la matérialité et de la durée de la chose, David Ricardo avait privilégié le travail. 

La démarche économique pernicieuse télescopait entre autres, par exemple, … la "bourse des valeurs".

Elle cachait aussi le privilège donné par l'économiste à la production sur l'échange comme si la production était plus importante que l'échange, comme si l'action humaine était d'abord action de production et non pas action de production ou action d'échange...

Elle cachait surtout la méthode qui consistait à vouloir mesurer le travail par le "temps", la "durée", notion pourtant étrangère à l'économie politique.

Et la méthode a perduré... jusqu'à aujourd'hui.


En fait, Senior avait mis l'accent sur un aspect de la matérialité et de la durée de Smith et l'avait dénommé "rareté".
La "rareté" cachait à la fois la quantité de chose à l'instant "t" et une norme ignorée, à savoir celle que ceux qui parlaient de "rareté" dénommaient ainsi.


Pour sa part, Storch avait généralisé, sans le savoir ou en le sachant, l'originalité de la notion de "valeur" de Say, en y voyant un jugement de la personne sur la chose (cf. un de ses livres où intervenait Say https://archive.org/details/coursdconomiepo02saygoog).


4. L'objet matériel (substance) ou le service, deux valeurs.


Les choses, les biens, etc., bref les (types de) valeurs que tout un chacun pouvait discerner dans la réalité économique et évaluer selon ses besoins ou désirs à la façon de Smith, étaient encore décomposables par ses soins en deux grandes catégories:
- l'objet matériel ou corporel, la substance, et
- le service, chose immatérielle ou incorporelle.

Selon les uns, la substance, l'objet matériel était essentiel, selon d'autres, c'était le service qui l'était, selon des troisièmes, il existait une relation entre objet matériel et service à ne pas mettre de côté dans l'analyse économique et sur quoi il fallait se situer.

Quant aux services, i.e. des choses immatérielles ou incorporelles, ils étaient des actes d'échange menés par les gens, par vous et moi, sur quoi on ne mettait pas l'accent ou bien on le mettait mais mal.
Et, ex post, les services étaient des résultats qui cachaient les actes antérieurs effectués.


Reste que Bastiat s'était posé la question suivante:


"Faut-il voir le principe de la valeur dans l'objet matériel et, de là, l'attribuer par analogie, aux services ?"

Et y avait répondu :

"Je dis que c'est tout le contraire, il faut le reconnaître dans les services et l'attribuer ensuite, si l'on veut, par métonymie, aux objets matériels."

Mais aux "services" de Bastiat, Mises a préféré les "actes d'échange de marchandises" de l'homme.

La chose est serve, le service est serf, seule l'action humaine est cause de la réalité économique.


Soit dit en passant, selon Frédéric Bastiat, qui privilégiait donc la notion de service, il fallait aussi faire intervenir les circonstances qui contribuaient à augmenter ou à diminuer la valeur.


5. Le mythe des "biens et services".

Il est classique aujourd'hui d'entendre parler des "biens et services" et d'en voir proposée une mesure - par l'utilisation de l'une ou l'autre des "comptabilités nationales" existantes - qui n'est autre que le "produit intérieur brut".

Mais la distinction est fallacieuse, il n'existe pas des "biens et services".
La fausse confusion des "biens et services" contribue à la dénaturation de la valeur.
Et l'une s'appuie à l'autre.

Le mot "valeur" désigne certes autant des "biens" que des "services" mais il est vain de vouloir opposer, tacitement, les uns des autres.
Tout bien peut être "objet matériel" ou "service" et tout "service" peut être "bien" ou "mal" ...

. Il n'y a pas de service "non marchand".

L'imposture est totale quand le mot "service" est prolongé par un qualificatif qui le déforme ou le dénature davantage et devient, par exemple, "service non marchand".

Le "service non marchand" est un oxymore sauf à transformer, sans le préciser, le mot "service" en un autre mot non dit et à y voir, le plus souvent, un département d'entreprise dont on ne précise pas l'organisation d'où il procède ou bien à y faire intervenir la réglementation (en vérité, l'interdiction).


6. Le travail ne saurait être mesuré par une quantité ...

Evaluation et mesure font deux.
"(Type de) valeur" comme l'est l'"objet matériel", le "service" ne saurait être mesuré par une "quantité" comme peut l'être l'objet matériel.

Ainsi, par exemple, le " produit intérieur brut" (P.I.B.), "somme des valeurs ajoutées" du pays comme le veut en principe la comptabilité nationale de l'I.N.S.E.E., est censé mesurer les "biens et services".

A supposer que l'expression ait un sens (ce qui n'est pas le cas, cf. ci-dessus), les services ne sont pas mesurés, ni mesurables par des quantités comme le sont les objets matériels
Le P.I.B. donne d'ailleurs lieu à des combats à n'en plus finir entre pseudo-économistes qui ont pour point de départ ce faux fait, cette fausse mesure.

Reste que de même que les gens évaluent les taux d'échange de deux quantités d'objets matériels dont ils conviennent par un prix (abstraitement ou concrètement), de même ils évaluent le taux d'échange d'une quantité d'objet matériel et d'un service convenu par un prix.
A cet égard, les taux d'échange d'une quantité d'objet matériel (ou d'un service) et d'une quantité de monnaie convenus sont évalués par des prix ... en monnaie.

a. Le travail, un (type de) service, une valeur.

Un des domaines de l'économie politique a introduit, en particulier, la fausse notion de "valeur travail", valeur du service "travail" (abstraction supposée être en propriété de chacun).

La démarche s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui comme le prouvent nombre de discours d'hommes de l'état, en passant par des ouvrages du type de celui de Gérard Debreu à la fin de la décennie 1950 qui n'hésitait pas à écrire que:

"Le premier exemple d'un service économique sera le travail humain. Sa description est celle de la tâche accomplie [...]" (Debreu, 1960)


La notion de "travail" est, dans ces conditions, une absurdité d'économistes relayés par des politiques.
Et qu'une analyse économique, sans concept d'"acte humain", qui identifie le travail à un résultat d'action observé comme le faisait Debreu en évoquant la "tâche accomplie", n'y change rien.

En conséquence, le taux d'échange d'une quantité d'objet matériel (ou de service) et du travail dont conviennent les gens peut être évalué par un prix...

b. Valeur de type "valeur d'usage".


Le "travail" en tant que valeur ne signifie donc rien, sinon contribuer à cacher la "valeur" que chacun donne au travail qu'il mène.

Attention à la "valeur d'usage" qui n'est connue que de chacun, ex ante, et que ses prosélytes prétendent connaître et crient à tue-tête dans le "marché du travail" - qu'ils dénomment aussi pour l'occasion "marché de l'emploi"! -.

c. Le travail ne saurait être mesuré par la "durée" ...

Dans ces conditions, pas plus que le service, l'élément de celui-ci qu'est le travail ne saurait être mesuré par une quantité, au sens habituel du mot.
Et, d'ailleurs, tout le monde en convient.

Mais, vraisemblablement, l'analogie de l'économie politique avec telle ou telle science physique a contribué à lui donner comme mesure, la mesure qu'on lui connaît dans ces différentes physiques, à savoir une "durée", un "intervalle de temps"... au cœur de la "vitesse", du "mouvement", de l’"accélération", de l’"énergie" ou etc. …
"Quantité de mouvement et quantité de travail, même combat" par exemple!

La mesure en question, i.e. de la "quantité du travail" par la "durée", est une imposture.
Le prix en monnaie du travail n'a pas de relation économique avec la durée quoique le travail puisse recouvrir "de la durée" ...

La mesure du travail par une quantité reste à être trouvée en économie politique ...

Pour l'instant, le travail n'est en vérité qu'une valeur abstraite...



7. La (quantité de) marchandise, une valeur de type "valeur d'échange".

Les valeurs précédentes sont échangeables en pratique ou ne le sont pas par les gens.

Elles ne sont pas nécessairement échangeables pour des raisons
- juridiques (interdiction, etc.),
- techniques (à commencer par "on ne sait pas"...) ou
- économiques (coût d'opportunité trop élevé, etc.).

Echangeables, elles sont dénommées "marchandises" ou "valeurs d'échange".

Elles ne sauraient cacher que, dans l'avenir, elles peuvent ne plus être échangeables : il y a attente avec incertitude des gens qu'elles ne le soient plus.
Et il est commun désormais de dire que, pour cette raison, la marchandise est un "risque".

Elles ne sauraient cacher non plus que, dans le passé, elles pouvaient ne pas exister.
Rares sont les échanges éternels.

a. La valeur de l'acte d'échange.

Le service est un acte d'échange de l'être humain.
Il est nécessairement échangeable dès lors qu'il est mené.

Il n'empêche qu' échanger une quantité de marchandise contre une autre est un exemple d'acte d'échange dans quoi voient une "valeur" les gens qui y procèdent
- soit par échange synallagmatique (dit aussi "échange de troc"),
- soit par marché (avec offre et demande).
Les valeurs en question font intervenir le profit attendu avec incertitude et le coût d'opportunité de l'acte d'échange.

b. L'information.

Dernière "marchandise" en date à signaler, l'"information" au début du XXème siècle et la mesure "numérique" de sa quantité depuis le milieu de celui-ci ...

8. Ce qu'on dénomme "monnaie", une "valeur", un type de valeur.

La monnaie est, selon Vilfredo Pareto (1848-1923), fin du XIXème siècle, une marchandise :

« 269. Une marchandise en laquelle s'expriment les prix des autres marchandises, est un numéraire ou une monnaie.” (Pareto, 1896-97, §269).


Selon Say, début du XIXème siècle, elle est un intermédiaire des échanges:

"La monnaie n’est pas le but, mais seulement l’intermédiaire des échanges.
Elle entre passagèrement en notre possession quand nous vendons ;
elle en sort quand nous achetons, et va servir à d’autres personnes de la même manière qu’elle nous a servi." (Say, 1815, p.49)


Et son propriétaire ou son locataire lui donne une "valeur d'usage" ou une "valeur d'échange" si l'on suit John Locke (1632-1704) cité par J.M. Keynes (1883-1946):


"Locke explique que la monnaie a deux valeurs :
elle possède une valeur d'usage mesurée par le taux de l'intérêt « et en cela elle a la même nature que la terre, le revenu de l'une étant appelé Rente et celui de l'autre Intérêt ».
Elle possède ensuite une valeur d'échange « et en cela elle a la nature d'une marchandise », car sa valeur d'échange « est uniquement fonction du rapport entre l'abondance ou la rareté de la monnaie et celles des produits ; et « elle ne dépend nullement du niveau de l'Intérêt »"  (Keynes, 1936)


Malgré tout, rien ne justifie d'opposer "théorie de la valeur" et "théorie de la monnaie" comme l'a fait Keynes car la "valeur" englobe la monnaie qui n'est qu'un type de "valeur"...

a. Le prix en monnaie est, aujourd'hui, la valeur, le type de valeur le plus courant ...

Reste qu'aujourd'hui, les gens donnent aussi une "valeur" aux prix en monnaie des marchandises qu'ils échangent.
La "valeur" fait ainsi référence aux prix en monnaie et quantités des marchandises, résultats
- des échanges synallagmatiques - des actions économiques d'untel et untel - ou
- de l'offre et de la demande - du "marché", concept cher au savant officiel -. 

Les prix en monnaie ne sont que des quantités unitaires dont ils conviennent ou qu'ils consentent.
Ce sont des abstractions, des valeurs abstraites.

Mais la démarche est fallacieuse là encore.

En effet, le prix en monnaie d'une marchandise n'est jamais qu'un taux d'échange convenu ou consenti, donc résultat, d'une marchandise et de monnaie.
Il n'est aussi qu'une quantité de monnaie unitaire, convenu ou consenti, résultat (sous entendu, la marchandise autre).
Et, quand il y a diverses monnaies, une quantité de monnaie unitaire est prise pour "unité de compte".

Reste que les prix en monnaie de marchandises ou les quantités unitaires convenues de monnaie sont des "valeurs" de même nature malgré des noms donnés différents.

Ce sont encore des types de "valeur" ex post signifiant des taux de quantités intimement liés choisis par les personnes juridiques physiques, mais sans valeur pour l'avenir.
Et n’oublions pas ce que Mises a écrit à propos du « prix en monnaie » de n’importe quelle marchandise :

« Les prix ne sont pas mesurés en monnaie, ils consistent dans de la monnaie. » (Mises, 1953, p.664) .

Rien ne justifie d'opposer "théorie de la valeur" et "théorie des prix" car la "valeur" englobe le prix qui n'est alors qu'un type de "valeur".

b. le prix en monnaie du travail, une valeur.

En conséquence, les gens évaluent, de même, les taux d'échange d'une quantité de monnaie ou du travail convenus par un prix.

Seulement ce prix n'a pas de relation avec la durée quoique le travail puisse recouvrir "de la durée" (cf. ci-dessus) ...

9. L'utilité, une valeur, un type de valeur.

Si la chose ou le bien, en quantité ou en nombre, reçoit une "valeur d'usage" ou une "valeur d'échange", lui est aussi donnée, selon le "savant économiste",
- depuis le début du XIXème siècle, une "utilité" (Say) et
- depuis la seconde moitié du XIXè siècle, une "utilité marginale" (ou une "ophélimité élémentaire" comme disait Vilfredo Pareto).

Depuis Say, l'utilité d'une (quantité de) bien est, en effet, la valeur que lui donne une personne.
Selon la question de J.B. Say :

"Comment donne-t-on de la valeur à un objet?" (Say, 1815., p. 10)


la réponse était:

"en lui donnant une utilité qu'il n'avait pas" (ibid.).


D'après Pareto:


"82. Une autre grande classe de théories met la source de la valeur dans l'utilité.
Cette conception est développée par J. B. Say. [... ]

J. B. Say a pourtant très bien vu le caractère subjectif de la valeur;
il dit:
'La vanité est quelquefois pour l'homme un besoin aussi impérieux que la faim.
Lui seul est juge de l'importance que les choses ont pour lui et du besoin qu'il en a.'" (Pareto, op.cit. § 82)

Quelques décennies plus tard, Menger (1840-1921) a évoqué l'idée de Say sans trop y insister : 


"La valeur n'est rien d'inhérent aux biens [...] [n'est] pas une propriété de ceux-ci, ni une chose indépendante existant en elle-même.
C'est un jugement que les individus font de l'importance des biens [...] la valeur n'existe pas en dehors de la conscience des individus" (Menger, 1871, pp.120-21)


Quant à la "théorie de la valeur", Menger a été explicite sur ce qu'il fallait y comprendre :

1. La nature et l'origine de la valeur ( Menger, 1871, https://mises.org/library/principles-economics )

If the requirements for a good, in a time period over which the provident activity of men is to extend, are greater than the quantity of it available to them for that time period, and if they endeavor to satisfy their needs for it as completely as possible in the given circumstances, men feel impelled to engage in the activ- ity described earlier and designated economizing.
But their perception of this relationship gives rise to another phenomenon, the deeper understanding of which is of decisive importance for our science.
I refer to the value of goods.

Si, dans une période de temps durant quoi l'activité de prévoyance des hommes doit prendre de l’ampleur, les besoins d’un bien sont supérieurs à la quantité qui leur est offerte pendant cette période et
s'ils s'efforcent de satisfaire leurs besoins aussi complétement que possibles dans les circonstances données, l
es hommes se sentent contraints de participer à l’activité décrite ci-dessus et qui vise à économiser.
Mais la perception de cette relation entraîne un autre phénomène, à savoir une compréhension plus profonde d’importance décisive pour notre science.
J’entends par là, la valeur des biens.

If the requirements for a good are larger than the quantity of it available, and some part of the needs involved must remain unsatisfied in any case, the available quantity of the good can be diminished by no part of the whole amount, in any way practically worthy of notice, without causing some need, previously provided for, to be satisfied either not at all or only less completely than would otherwise have been the case.
The satisfaction of some one human need is therefore dependent on the availability of each concrete, practically significant, quantity of all goods subject to this quantitative relationship.
If economizing men become aware of this circumstance (that is, if they perceive that the satisfaction of one of their needs, or the greater or less completeness of its satisfaction, is dependent on their command of each portion of a quantity of goods or on each individual good subject to the above quantitative relationship) these goods attain for them the significance we call value.
Value is thus the importance that individual goods or quantities of goods attain for us because we are conscious of being dependent on command of them for the satisfaction of our needs.1

Si les besoins d’un bien sont plus grands que la quantité disponible, et une partie de ces besoins en question doit rester insatisfaite dans tous les cas,
la quantité disponible du bien ne peut être diminuée du montant total, en aucune façon digne d’intérêt, sans faire qu’un besoin, précédemment pourvu, ne soit pas du tout satisfait ou alors moins complétement que cela aurait dû l’être.
La satisfaction d’un besoin humain est par conséquent dépendante de la disponibilité de chaque quantité concrète, en pratique significative, de tous les biens sujets à la relation quantitative.
Si les hommes économisants ont conscience de cette circonstance
(c’est-à-dire s’ils perçoivent que la satisfaction de l'un de leurs besoins, ou la plus ou moins grande complétude de la satisfaction dépend de la demande de chaque portion d’une quantité de biens ou de chaque bien individuel sujet à la relation quantitative ci-dessus)
ces biens atteignent pour eux la signification que nous dénommons valeur.
La valeur est donc l’importance que des biens individuels ou des quantités de biens atteignent pour nous car nous sommes conscients d’être dépendants de leur obtention pour la satisfaction de nos besoins.

The value of goods, accordingly, is a phenomenon that springs from the same source as the economic character of goods—that is, from the relationship, explained earlier, between requirements for and available quantities of goods.2
But there is a difference between the two phenomena.
On the one hand, perception of this quantitative relationship stimulates our provident activity, thus causing goods subject to this relationship to become objects of our economizing (i.e., economic goods).
On the other hand, perception of the same relationship makes us aware of the significance that command of each concrete unit3 of the available quantities of these goods has for our lives and well- being, thus causing it to attain value for us.4


La valeur des biens est donc un phénomène qui jaillit de la même source que le caractère économique des biens, c'est-à-dire de la relation, expliquée précédemment, entre les besoins et les quantités disponibles de marchandises.
Mais il y a une différence entre les deux phénomènes.
D'une part, la perception que cette relation quantitative stimule l’activité de prévoyance, impliquant alors que les biens sujets à cette relation deviennent des objets de notre économie (c’est-à-dire des biens économiques).
Et d’autre part, la perception de la même relation nous rend conscients de la signification que la commande de chaque unité donnée des quantités disponibles de ces biens a pour nos vies et bien être, faisant qu’elle atteigne la valeur pour nous.

Reste que, dans son Cours d'économie politique (§§78-82) de 1896-97, Pareto est revenu sur la "théorie de la valeur" pour acquiescer ce qu'en avaient dit Say et Bastiat, sans faire référence à Menger, et a ajouté :
- les propos de Karl Marx (1818-83) qui faisait référence explicitement à la "marchandise" (cf. §18),
- ceux de Gustave de Molinari (1819-1912) qui expliquait la valeur par l'"intensité comparée des besoins" (cf. §81) et
- ceux de Stanley Jevons (1835-82) qui, selon Pareto, aurait introduit le concept de "taux d'échange de choses" en économie politique (cf. §74) et qu'il a dénommé "prix d'une chose en une autre chose" (il n'a pas insisté sur le fait de la conclusion de l'échange).

. L'utilité marginale ou l'ophélimité élémentaire, une valeur, un type de valeur.

A la fin du XIXème siècle, l'utilité marginale ou l'ophélimité élémentaire d'un bien était la valeur que le savant économiste supposait que lui donnait une personne, à la suite de ...

Rappelons en effet ce qu'a écrit Pareto :


"Les choses qui ont une ophélimité élémentaire appréciable pour le plus grand nombre d'hommes sont appelées […] des biens économiques". (Pareto, 1896, §31, p.12)

Pour qu'il n'y ait pas d'ambigüité sur le mot "utilité" qui était pris alors pour être tantôt objectif, tantôt subjectif, Pareto a introduit la notion d'"ophélimité" pour désigner l'"utilité subjective", laissant la notion d'"utilité" désigner l'"utilité objective"...

Comme il l'a indiqué, Pareto a adopté sa dénomination "ophélimité" pour insister sur le caractère "subjectif" de l'utilité, ce que Say, trois quarts de siècle plus tôt, n'avait pas cru bon de faire tant, d'après lui, l'utilité ne pouvait qu'être subjective.

D'après Pareto, en effet:


"82. [... ] Il est difficile, en bien des cas, de se rendre compte si les économistes veulent parler
- de l'utilité subjective (ophélimité), ou
- de l'utilité objective.

Quand ils portent leur attention spécialement sur ce sujet, ils les distingent, mais bientôt ils les confondent.
C'est là, à proprement parler, outre l'omission de la considération des quantités, le défaut de cette classe de théories." (Pareto, op.cit. § 82)


Par conséquent, il n'y a pas, en économie politique, de "valeurs objectives" des choses à quoi on pourrait opposer des "valeurs subjectives", comme certains imposent de le croire.

Et Pareto de préciser :


"L'ophélimité élémentaire est le final degree of utility de Jevons, la marginal utility des auteurs anglais... "


Il est ainsi question, en français, d'"utilité marginale" de biens de la personne.

Ce qui lui a permis de distinguer la notion, nouvelle alors, d'"ophélimité élémentaire" de l'ancienne notion d'utilité qui pouvait être subjective ou objective.

Attention néanmoins aux propos ambigus, voire dénaturant, de Pareto du type:


"Toute chose qui, soit directement, soit indirectement, par les services qu'elle rend ou les autres choses qu'elle procure, a une ophélimité élémentaire appréciable par un individu, est dite bien économique pour cet individu" (Pareto, 1896, §31)


En relation avec ce qu'avait écrit Léon Walras (1834-1910), Pareto a aussi identifié l'ophélimité élémentaire à la "rareté relative".

Malheureusement, ce que Pareto a proposé est resté lettre morte par la suite, en particulier aux Etats-Unis d'Amérique à partir de la décennie 1930 où ses propos ont été dénaturés ... (cf. ce texte de juillet 2009).
C'est le marginalisme dévoyé (sauf par les économistes dits "autrichiens"), bien connu aujourd'hui dans son principe, même si beaucoup d'erreurs sont commises à son sujet.


10. Un dernier mot (provisoire).

En tous les cas, l'"utilité", totale ou marginale, d'une (quantité de) chose ou bien est une valeur abstraite, comme peuvent l'être travail ou monnaie, et non pas concrète, ni concrétisable comme l'a été longtemps la monnaie.






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