Paris, le 10 octobre 2008
Aussi spectaculaire soit-elle aux yeux de certains, la "chute" de la bourse
n'existe pas. Il y a "chute de neige" ou "chute par terre d'un cycliste"..., il
n'y a pas chute de la bourse. Le mot "chute" dénomme un phénomène
physique, il n'est pas un concept de la théorie économique. Sauf à
vouloir impressionner le "bon peuple", à lui faire prendre des vessies pour des
lanternes, il faut bannir son emploi.
A l'opposé, le prix et la baisse d'un prix sont des concepts de la théorie
économique.
Ces concepts une fois définis sont mesurables de différentes façons. Les
marchés organisés que sont ce qu'on dénommait dans le passé "bourses"
fournissent une façon.
Et il y a, depuis le début de l'année au moins, une baisse observable des prix
– au comptant, "spot" - des actions cotées et échangées sur les marchés
organisés d'actions.
D'après la théorie économique digne de cette appellation, cette baisse démontre
une offre d'actions ("stocks" ou "equities" en anglais) supérieure à la demande
en permanence… et un équilibre, c'est-à-dire un échange, qui se réalise à
la baisse.
Pourquoi cette offre excédentaire ? Pourquoi la permanence de l'équilibre à la
baisse ?
Et l'actionnaire : doit-il s'inquiéter ? Doit-il être
désabusé ?
Ces questions sont la porte ouverte à un grand nombre de réponses de prétendus
experts, hommes politiques, journalistes, etc. dont il faut se méfier pour le
moins.
1. Des réponses...
Il y a les réponses qui partent de l'explication seule de l'offre d'actions, ou
de celle seule de la demande, ou de celle seule du déséquilibre du marché -
i.e. de la "bourse" -.
Il y a les réponses qui portent sur des marchés autres que les marchés
organisés "spot" d'actions, à commencer par les marchés à terme - "non spot" -
d'actions, aux mains des "méchants spéculateurs".
Elles privilégient soit l'explication de l'offre, soit celle de la demande,
soit celle du déséquilibre du marché.
Il y a les réponses qui portent sur des marchés autres que les marchés
financiers organisés que sont les marchés précédents.
Elles
portent sur les marchés financiers de "gré à gré" - dénommés en anglais
"O.T.C." pour "over the counter" -, à commencer par les marchés de créances
hypothécaires et son compartiment des "subprimes"
... d'où viendraient tous les maux actuels.
A suivre par les marchés "interbancaires" où les banques, quand elles sont
"excédentaires" au regard des règles comptables, ne prêteraient pas leurs
excédents aux banques "déficitaires" au regard des règles comptables de sorte
qu'il y aurait un
problème de liquidité...
A terminer par les marchés de crédit où les intermédiaires financiers
(bancaires ou non bancaires) ne prêteraient plus aux particuliers et
entreprises non financières...
2. L'ignorance économique colportée.
Toutes ces réponses ont en commun de condamner plus ou moins explicitement les
marchés objets de leur attention qu'elles dénomment à l'occasion "finance",
"capitalisme
financier", "industrie financière". Ils ne feraient pas partie de
l'économie réelle, ils ne seraient pas créateurs de richesses, de valeur.
Et les mêmes de leur opposer l'économie réelle - avec, vraisemblablement dans
l'esprit, la construction de barrages, les hauts fourneaux, l'automobile
-, la "bonne vieille économie", celle qui avait justement conduit à leur
repoussoir par excellence, à savoir la "crise de 1929".
Soit dit en passant, que ceux qui chérissent ces réponses demandent donc aux
salariés de l'industrie financière qui viennent d'être licenciés s'ils ne
créaient pas de valeur, s'ils ne produisaient pas des services de valeur,
ignares qu'ils sont de l'innovation économique et financière depuis 1929.
Eux-mêmes ne consomment-ils ses services !
3. Et si on parlait des hommes de l'Etat.
Les réponses ont surtout en commun d'oublier les politiques budgétaires des
Etats
qui ont amené ceux-ci avoir des déficits permanents depuis des années et à
accumuler des dettes.
Sans les marchés financiers que les hommes de l'Etat ou d'autres tendent à
dénaturer aujourd'hui, ces déficits, les endettements croissants à quoi ceux-ci
ont donné lieu, n'auraient pas été possibles.
Ils n'auraient pas constitué les piliers de leur développement.
Pensez qu'il y a précisément dix ans, alors qu'il était ministre de l'économie
et des finances du gouvernement de l'Etat de France, l'actuel directeur général
du F.M.I. (Fonds monétaire international créé en 1945 pour aider les pays à
problème conjoncturel de balance des paiements) a créé les OATi, c'est-à-dire
des dettes de l'Etat indexées sur l'inflation, la pire forme d'endettement
étatique. Demandez lui aujourd'hui pourquoi il l'a fait !
Je ne développerai pas l'exemple
du budget de l'Etat de France pour illustrer ce qui précède tant il est
effrayant par exemple sur la période
2002-2007.
Pour une période plus longue, je vous renvoie à ce texte.
4. A la recherche de l'ancre perdue.
Ma réponse est que quelque chose manque, il manque une ancre.
L'ancre du bateau "économie mondiale" sur la mer de la conjoncture est une
chose ou un type de choses sur quoi la vérité ne peut pas être cachée à chaque
instant - comme c'est le cas depuis longtemps -et que les hommes de l'Etat ne
peuvent pas manipuler directement ou indirectement - comme c'est aussi le cas
depuis encore plus longtemps -.
Hier, l'ancre à quoi les hommes étaient parvenus progressivement était
l'étalon-or.
Mais elle a été déformée dans la décennie 1920 par l'étalon de change-or quand
les gouvernements de l'Occident se sont accordés pour juxtaposer à la capacité
d'échange international de l'or la capacité d'échange international des
monnaies nationales convertibles en or à taux fixe, à la demande. Je vous
renvoie au livre de Jacques Rueff intitulé Le péché monétaire de l'Occident
sur ce point.
Elle a disparu en 1971 avec l'abandon du système monétaire dirigiste impossible
convenu à Bretton Woods en 1944.
Depuis lors, les monnaies nationales n'ont cessé d'être manipulées par les
Etats.
L'Occident a évité de prendre au début de la décennie 1970 le chemin des D.T.S.
(droits de tirages sociaux, monnaie "internationale" que voulait émettre le
F.M.I.), en vérité, du "néant habillé en monnaie" pour reprendre l'expression
de Jacques Rueff.
Une partie de l'Union européenne n'a pas évité celui de l'euro à
la fin de la décennie 1990.
5. Monnaies privées en concurrence.
Etant donnée l'innovation technique récente qu'est la "monnaie
électronique", l'ancre se trouve plus que jamais dans la dénationalisation
des monnaies (cf. Hayek 1976) et dans la
concurrence
des monnaies publiques et privées.
A très court terme, sa forme provisoire se trouve dans l'arrêt de l'endettement
des Etats, c'est-à-dire dans l'équilibre de leur budget.
A moyen terme, elle se trouve dans le désendettement des Etats, c'est-à-dire
dans leur retrait des marchés financiers.
Pour conclure sur une note consensuelle et non pas polémique, je paraphraserai
la chanson de Salvatore Adamo, le chanteur :
"Tombe la ... bourse, tu ne
... vendras pas ce soir"
Aller au
sommaire de l'EAMF.
Tag - bourse
mercredi 1 février 2006
Ce qui arrive devait-il arriver ?
Par Georges Lane le mercredi 1 février 2006, 10:02 - 3. Economie appliquée des marchés financiers