Paris, le 16 mai 2013.



L'économie politique n'a pas pour domaine les fonctions économiques des choses, des objets, comme beaucoup le croient ou le disent.

Son domaine est celui des phénomènes de marché, de la détermination des taux d'échange mutuel des biens convenus sur des marchés, de leur origine dans l'action humaine et de leur effet sur cette dernière action comme l'ont expliqué les économistes de l'école de pensée autrichienne - au nombre desquels quelques Français -.

Ce domaine n'est pas à confondre, par exemple, avec celui de Vilfredo Pareto pour qui l'économie politique s'intéresse aux phénomènes économiques qui résultent de l'action humaine, au nombre desquels le principal est l'équilibre économique général.

Les échanges économiques de vous et moi cachent, d'une part, les actes de production, investissement, consommation et épargne qu'ils révèlent et, d'autre part, l'équilibre économique en relation avec l'offre et la demande.

Ils donnent lieu à ce qu'on dénomme "monnaie" et non pas l'inverse comme c'est ordinairement évoqué.

Peu importent les politiques monétaire, budgétaire, etc. des hommes de l'Etat sur quoi l'accent est mis - certes en France, les recettes sont moins de 50%, mais les dépenses beaucoup plus que 50%, pas loin de 60% -.
Elles ne sont jamais que des annexes du "bateau de l'économie politique" et non pas des points de départ, d'ancrage, de la connaissance.


1. Des fonctions économiques de la monnaie.

Malgré tout cela, la grande majorité des économistes s'astreint donc à  limiter ce qu'ils dénomment "monnaie" à des fonctions économiques, ou plus exactement à une partie d'entre elles, comme si l'économie politique avait pour domaine, répétons-le, des fonctions.

Même Ludwig von Mises faisait grand cas de la seule fonction qu'il appréciât, à savoir celle de moyen d'échange.

Paradoxe ?

Encore aujourd'hui, pour ne prendre qu'un seul exemple, un homme français de la Banque centrale européen n'hésite pas à y faire référence sans autre forme de procès (c'est Benoit Coeuré dans "Euro banknotes – a secure means of payment and a symbol of Europe", 22 avril 2013, qui en arrive même à parler d'Aristote!  Quelle connaissance économique?).

A l'opposé, quelques économistes ont cherché, à leur façon, à sortir du biais dans quoi ils se sentaient coincés. 
Par exemple, Jacques Rueff en était parvenu à voir dans la monnaie non pas une ou plusieurs fonctions économiques, mais un "récipient à valeur" - du genre "tasse à thé" ...-, les échanges de l'économie politique, c'est-à-dire de vous et moi, permettant les échanges synallagmatiques ou catallactiques des contenants des "récipients à valeur" entre vous et moi, à savoir les "valeurs" des droits de propriété des choses qui sont convenus d'un commun accord.


2. Les fonctions économiques oubliées.

Quitte à adopter un instant la démarche fallacieuse des fonctions économiques, pourquoi ne pas la mener au bout, c'est-à-dire aux dernières fonctions ou rôles découverts au XXè siècle à la monnaie comme c'est le cas de sa fonction macroéconomique, celle qui voudrait que la variation de la quantité de monnaie contribuât aux variations de prix et de l'activité économique, au chômage?

Curieusement, cette fonction macroéconomique n'est jamais évoquée en tant que telle.
Le prétendu rôle donné à la quantité de monnaie est ainsi séparé des trois fonctions admises depuis au moins le XIXè siècle, à savoir les fonctions de moyen d'échange, de réserve de valeur et d'unité de compte.


Politique monétaire.

Il importe d'être sensible au fait qu'à défaut d'être associée aux autres, la fonction macroéconomique est adossée à ce qu'on dénomme la "politique monétaire", réglementations décidées par "X", "Y" ou "Z" d'un ou plusieurs pays en matière de monnaie.

A cette occasion, lui est juxtaposée la "politique budgétaire" pour expliquer prétendument des phénomènes économiques ou des concepts, par exemple, du type "zone optimale de monnaie".


L'économie sans monnaie.

Il reste que la monnaie n'est pas toujours séparée de ses fonctions économiques restreintes en fin de compte.

Une façon de voir la non séparation amène même certains à dire que la monnaie est le grand perturbateur économique qu'ils ont en tête. 

Selon eux, sans monnaie, tout serait beaucoup plus simple, il n'y aurait pas de perturbation (Ecole hollandaise, au nombre de qui J.G. Koopmans, mais surtout M.W. Holtrop dans la décennie 1960.).


3. La comptabilité bancaire réglementée de la monnaie.

Le cas échéant, des économistes définissent la monnaie par la comptabilité bancaire du moment où ils procèdent à leurs analyses monétaires, en relation avec ses fonctions économiques restreintes - et ce qu'elles cachent -..

En vérité, ils ne prennent pas en considération les principes de la comptabilité qui permettent de mesurer la quantité de monnaie - en droits constatés - dont ils font seulement apparemment grand cas.

Ils admettent aussi que des réglementations instaurées ici ou là par le passé sont définitives et non pas temporaires.
Par exemple, les réglementations instaurées au XXè siècle, depuis la décennie 1930 en particulier et le rapport MacMillan, sont mises de côté.

En d'autres termes, la comptabilité bancaire en question qu'ils observent est réglementée sans que les réglementations interviennent dans leurs études.
On sait pourtant d'ordinaire que le non respect des lois de la nature ou de la réalité - que sont les échanges économiques - que mesurent les comptabilités réglementées a pour effet ou conséquence, immédiat ou non, un dommage, une pénalité, voire la mort.
Pourquoi en serait-il autrement en matière d'échanges économiques dès lors qu'on ne cache plus ces derniers?


4. Une troisième voie...

Entre la monnaie définie prétendument par des fonctions économiques restreintes et la monnaie définie et mesurée par des postes de comptabilité bancaire réglementée tantôt nationalement, tantôt internationalement, des économistes ont fait connaître leurs travaux du XXè siècle au travers d'une autre voie, d'une troisième voie, celle de l'offre et de la demande des biens en général, de leur "valeur", mais surtout celle de l'offre et de la demande de monnaie, de sa "valeur", nouvelle façon d'amener à définir ce qu'on dénomme "monnaie" ... par sa "valeur".

4.A. Le concept de demande de monnaie.

Au nombre des propos tenus sur la demande de monnaie, le concept de "préférence pour la liquidité" de John Maynard Keynes a acquis un rôle important rétrospectivement.

Il a ajouté à l'ambigüité de ce qu'on peut dénommer "monnaie" aujourd'hui (en sigle, C.Q.D.M.A.) en faisant oublier ce que la "liquidité" était supposée cacher.

Il a conduit certains (par exemple, Gurley et Shaw, 1960) à mettre l'accent sur la finance et les "instruments financiers" et à voir dans la monnaie un actif financier.

On n'en est pas sorti.

4.B. Le concept d'offre de monnaie.

Au nombre des propos tenus sur l'offre de monnaie, les concepts de "convertibilité monétaire" et de "couverture bancaire" qui sont essentiels si on veut comprendre de quoi il s'agit, ont été l'objet de réglementations.

Ils s'accoquinaient à leur façon avec le concept de "liquidité" - ou celui de "réserves" - et n'excluaient pas celui de "solvabilité".

C'est ainsi qu'il y a cent ans, la couverture bancaire soulevait un problème financier aigu depuis le débat anglais du XIXè siècle entre la "currency school" et la "banking school".

Pour sa part, la convertibilité  monétaire restait encore dans l'ombre de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or ou argent.

Depuis lors, tout a changé. 
Aujourd'hui, dans certains pays, la convertibilité monétaire - intérieure et extérieure - a été interdite par le législateur ou les hommes de l'Etat, en deux temps, d'abord intérieure, puis extérieure (cf. par exemple ce texte du 27 mai 2013);
dans d'autres, comme dans des pays de l'Europe géographique, non seulement, la convertibilité des monnaies nationales réglementées a été interdite, mais certaines d'entre elles ont été fusionnées en une monnaie régionale créée pour l'occasion et de convertibilité monétaire interdite, à savoir l'€uro.

4.C. Remarque : l'ajustement de l'offre et de la demande de monnaie à l'équilibre du marché.


Dans ces conditions, des économistes ont encore introduit la conséquence de la mise en relation des concepts d'offre et de demande de monnaie qu'on peut dénommer "ajustement de l'équilibre du marché de la monnaie".

Pour les uns, l'ajustement est problématique et, pour le résoudre, ils ont introduit d'autres marchés de l'économie politique dont ils ont dénommé "système économique" l'ensemble.

Pour d'autres, l'ajustement n'est pas problématique, l'équilibre du marché de la monnaie, façon de parler de la "valeur" de la monnaie, se réalise spontanément en raison de l'offre et de la demande des biens en général et de celles de la monnaie en particulier.

Selon ces derniers, demande et offre s'harmonisent avec la mesure de la quantité de monnaie, mais pas avec l'existence - et le développement -, avec la définition de la monnaie.

II faut savoir que, longtemps, ce qu'on dénomme "monnaie" n'avait été qu'un objet aux caractéristiques juridiques de type "titre" ou "aloi".

Face aux contrefaçons du droit de la monnaie, l'Etat avait fait progressivement valoir la protection qu'il pouvait donner.
Et ce sera, par exemple en France (avec l'administration des monnaies et médailles créée au XIVè siècle), le privilège de monopole de production donné à une organisation et l'obligation de l'accepter faite aux autres.

Mais la contrepartie a tenu par la suite dans les effets non compris et désastreux des variations de la quantité de monnaie, à savoir les variations des prix en monnaie.


5. Une quatrième voie...

Malgré tout cela, contre vents et marées, des économistes se retranchent encore dans une quatrième voie et tentent de convaincre que seules politique monétaire et politique budgétaire sont dignes d'intérêt économique (cf. par exemple ce billet de mai 2013).
On retrouve la doctrine acatallactique de la monnaie (cf. Ludwig von Mises)

Par exemple, hier, des économistes de la Banque de réserve de Saint Louis faisaient connaître des résultats économétriques sur le sujet (cf. ce texte de mai-juin 1998)

Aujourd'hui, à n'en plus finir, d'autres n'hésitent pas à faire valoir de prétendues relations entre ces politiques et des formes empiriques de C.Q.D.M.A. comme, en particulier, ce qu'on dénomme aujourd'hui "€uro" depuis 1999-2002 (cf. ce billet de janvier 2013 par exemple).


6. Quantité de monnaie en circulation.

Qu'à cela ne tienne, il a été admis et observé depuis longtemps qu'il y avait, à chaque instant, une "quantité de monnaie en circulation", dans des périodes comparables, une "vitesse de circulation de la monnaie" qui affecte cette quantité, et tous les économistes cités précédemment ne font pas trop de liens précis entre leurs propos et cette quantité instantanée.

Cette dernière tend à prédominer.

La quantité de monnaie en circulation ne devrait pas cacher pourtant
1) les règles de droit,
2) la législation réglementation,
3) les actions humaines assujetties aux règles précédentes
comme c'est malheureusement le cas dès lors qu'on n'est pas économiste de l'école de pensée autrichienne.

Au nombre des économistes qui se moqu(ai)ent des règles précédentes et des actions humaines en conséquence - ils préfèr(ai)ent les résultats de ces actions aux actions elles-mêmes -, Irving Fisher (1911), puis Knut Wicksell (décennie 1920) - selon T. Haavelmo (1978) pour ce dernier - méritent d'être cités.

Nous atteignons aujourd'hui des sommets successifs dans des quantités de monnaie en circulation magique comme on peut l'observer à partir des comptes de bilan de la Banque centrale européenne (graphique 1)

                                                Graphique 1

                                    Base monétaire "zone €uro"
                                               2005-2013





ou du système de réserve fédérale des Etats-Unis (graphique 2)

                                                Graphique 2

                                       Base monétaire U.S.A.
                                                2005 - 2013




                                                2008 - 2014




En vérité, nos économistes sont parvenus à fournir une expression algébrique simple - qui ne signifie pas exacte - de ce qu'ils dénommaient "équation des échanges".
Mais ils l'ont déformée, voire l'ont dénaturée en lui parachutant une causalité qu'elle ne saurait avoir...

La déformation/dénaturation a commencé avec Fisher par un accent mis non pas sur telle ou telle quantité de monnaie, ni même sur l'"équation des échanges", mais sur le "pouvoir d'achat" de la monnaie qui est le titre de son ouvrage et qu'il avait déduit de l'équation précédente, sans aucune logique économique.

L'accent fait malheureusement fureur depuis lors et le triste mot d'ordre semble être celui qu'a donné un auteur de la décennie 1920 selon quoi:

"la circulation monétaire ne saurait être soumise aux mêmes règles que celle des autres marchandises.
S'il en était autrement, le cours de la monnaie serait facultatif et la monnaie aurait une valeur simplement commerciale. [...]
La monnaie doit [...] posséder une valeur légale à côté de sa valeur commerciale".

C'est la confusion entre une expression mathématique inexacte et une incompréhension de la monnaie.



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