A Paris, le 14 mars 2009.



1. Les retraites de base de la Sécurité sociale vieillesse.

€ 100 milliards, c'était jusqu'à il y a quinze jours encore le montant des pensions de retraite de base que verserait en 2009 le "régime général" de la sécurité sociale de France.

Il ressortait en effet du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 que le montant des pensions s'élèverait à 

                                      € 190,3 milliards
dont 
                                      € 100,3 milliards

pour le seul "régime général de sécurité sociale".

Et la loi a été votée en décembre 2008.


Soit dit en passant, la retraite de base du régime général de sécurité sociale a un montant qui se situe entre un maximum égal à un demi plafond de la sécurité sociale et un minimum de l'ordre de 25% de ce plafond, lequel plafond est réajusté chaque année par le gouvernement, au 1er janvier : pour l'année 2009, il s'élève à

                                      € 2 859 par mois.

En conséquence, la retraite mensuelle de base - à taux plein - se situe "en gros"

                                entre € 1 429,5 et € 714,8.

La retraite de base ne doit pas être confondue avec la retraite complémentaire qui s'y ajoute et qui est versée par une caisse de retraite complémentaire qui n'a rien à voir avec la Sécurité sociale vieillesse, mais qui reste obligatoire pour vous et moi et gérée par les hommes des mêmes syndicats prétendûment représentatifs.



2. Le déficit du budget de l'Etat.

Mais désormais, € 100 milliards, c'est aussi le montant du déficit programmé du budget de l'Etat de France pour 2009.

Selon le dernier – en date - projet de loi de finances rectificative, il serait de l'ordre de :

                                    € 103 milliards

Il va donc falloir pour l'Agence France Trésor trouver sur le marché financier des opérateurs (nouveaux épargnants ou épargnants qui changent la structure de leur portefeuille) intéressés par prêter à l'Etat de France une telle somme, bien évidemment à des taux d'intérêt "pas trop élevés".

Soit dit en passant, l'Agence France Trésor est l'organisme gestionnaire de la dette et de la trésorerie de l'Etat, "au mieux des intérêts du contribuable et dans les meilleures conditions de sécurité".



3. "Comme si".

Le montant du déficit de l'Etat de France a ainsi rejoint et même dépassé le montant des retraites de base du régime général de la sécurité sociale vieillesse.

Cette situation budgétaire est sans précédent dans l'histoire de France, étant entendu bien sûr que la sécurité sociale vieillesse n'a été individualisée de la sécurité sociale qu'en 1967 et que la sécurité sociale n'a été créée qu'à partir des années extraordinaires 1941-1946.

Tout se passe en effet "comme si" le montant des retraites de base que va verser le "régime général" de sécurité sociale allait être payé par le marché financier !

"Comme si" car la Sécurité sociale vieillesse et l'Etat font deux en France, car la Sécurité sociale vieillesse a un budget distinct de celui de l'Etat, car ces deux budgets sont constitutionnellement étanches, même si en pratique...

Sinon il en serait ainsi.

Cette situation de flou politique est d'une grande originalité et fait que les institutions françaises sont difficilement comparables aux institutions étrangères où la sécurité sociale vieillesse, quand elle a été instituée, est un département de l'Etat.
 
Elle est trop ignorée pour ne pas en faire état chaque fois que possible et y insister.
La Sécurité sociale vieillesse de base n'est pas un département de l'Etat comme cela est le cas à l'étranger ou est cru en France, le budget de la sécurité sociale vieillesse de base n'est pas un compte du budget de l'Etat avec quoi les hommes de l'Etat peuvent "jouer".

Pour cette raison, mais il y en a bien d'autres, si on veut gommer ou désinformer sur l'originalité française précédente, il n'y a qu'à faire remonter la Sécurité sociale vieillesse à Roosevelt (Etats-Unis) ou à Bismarck (Allemagne).

Autre raison par exemple : l'Etat fait les "fins de mois" de la Sécurité sociale vieillesse, voire plus...



4. Le marché financier.

L'Agence France Trésor devait trouver sur le marché financier pour 2009, 
                                  € 191,7 milliards

étant donnés les emprunts passés à rembourser et un déficit budgétaire de :
                                 € 79,1 milliards

(dernier chiffre officiel publié le 23 décembre 2008) .


Avec maintenant un déficit budgétaire rectifié à :

                                € 103 milliards

(+ 23,9 milliards), c'est :
                                  
                                € 215,6 milliards

- (191,7 + 23,9 milliards) -

qu'elle va devoir trouver sur le marché, soit à titre de comparaison :
* une somme largement supérieure au montant total des pensions de retraite de base de sécurité sociale, et par conséquent, tout se passe comme si... ; 
* une somme sans commune mesure certes, mais dans la droite ligne de celle que, par exemple en décembre 1982, Jacques Delors, ministre des finances en exercice, allait quêter - 4 milliards de dollars - en Arabie Séoudite pour financer la politique destructrice de son gouvernement parce que, alors, il y avait un contrôle des changes en France et que le marché financier était encore sous-développé dans le monde.


Où tout cela va-t-il mener ?
J'aurai l'occasion d'écrire de prochains billets en guise de réponses.


Pour l'instant, je me bornerai à conseiller aux contempteurs de l'économie de marché en général et du marché financier en particulier, émules plus ou moins proches politiquement de M. Delors, que, sans le marché financier ou bien si ce marché se trouvait dans l'état de développement où il se trouvait du temps de celui-ci, les hommes de l'Etat n'auraient pas la capacité de couvrir un déficit d'un tel montant ni, en conséquence, de "venir en aide" à la Sécurité sociale vieillesse.

A fortiori, les hommes de l'Etat ne pourraient pas avoir la présomption de présenter un déficit de cet ordre et de le rectifier à la hausse car ils sauraient qu'il est sans espoir de financement.

 Bref, sans le marché financier, c'est-à-dire sans la capitalisation organisée, qu'ils honnissent, ils auraient du faire diminuer progressivement les dépenses de l'Etat dont ils se ravissent jusqu'à ce que soit réalisé l'équilibre du budget - l'"équilibre des finances publiques" comme on disait hier -, au lieu de les augmenter inexorablement et d'éloigner ainsi, toujours plus, de l'équilibre comme ils l'ont fait jusqu'à présent.

Quant à ceux qui aiment les faux concepts d'analyse économique du type "aléa moral" ou "hasard moral", "asymétrie d'information", "externalité" ou "prêteur de dernier ressort", ils devraient châtier le marché financier pour être un "pousse au crime" - voilà en effet un nouveau faux concept de même nature qu'ils devraient employer - pour autant qu'il laisse espérer la couverture de n'importe quel emprunt de n'importe qui.

Le marché financier l'avait été pour Ponzi dans la décennie 1920, il l'a été pour Madoff ces dernières décennies ainsi que pour les emprunteurs en "subprime" à taux d'intérêt variable.

Il l'est pour les hommes de l'Etat depuis près de 35 ans. Dans le quotidien Les Echos du 5 mars 2009, Philippe Mills, le directeur général en exercice de l'Agence France Trésor, ne répond-il pas, sans sourciller, à une question des journalistes que :

"le marché devrait aisément absorber la dette supplémentaire [de l'Etat de France] en 2009".
 

Bonne chance à lui... et à nous - car nous sommes sur le même radeau (ci-contre...) -, pour 2009 et pour après...



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